Lettre de Pentecôte 2021

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« Chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit. »[i]

 

« Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues. »[ii] L’expérience de la vie en Dieu passe par la présence de l’Esprit Saint dans notre vie et son expression par les dons qu’Il prodigue. Une expérience qui s’expérimente donc de manière très concrète. L’Esprit Saint se manifeste toujours dans la disponibilité de notre cœur et de manière très réelle. Il nous faut donc découvrir les dons que Dieu nous propose et les déployer dans nos vies par notre libre acceptation. La prolixité des dons peut entraîner un accaparement particulier sur tel aspect au détriment de la communion et ainsi blesser nos frères par des comportements inappropriés. Pour nous, il nous faut toujours être vigilants à vivre cette joie de l’Esprit en communion les uns avec les autres, et dans l’humilité de l’amour ; le pardon, pour rétablir toute relation comme projet de Dieu en participant à sa création. «  Le centre du message évangélique est bien l’amour de Dieu pour l’homme. Dieu veut le sauver. C’est pour cela qu’il a offert son Fils. Mais si Dieu aime à ce point les hommes, nous aussi nous devons en faire autant les uns envers les autres. »[iii] La vie de l’Esprit Saint nous entraîne au souffle de Dieu à regarder nos frères, à la lumière des Écritures et à la reconnaissance des commandements comme lieu de structuration de l’amour. L’Esprit Saint nous conduit sur un chemin de vérité de l’amour en mettant dans notre cœur les motions intérieures nécessaires à une conversion sincère pour donner le meilleur de nous-mêmes. Plus l’homme contemple Dieu, plus il se comprend lui-même dans sa vocation propre au service son appel premier. Non en serviteurs inutiles, mais en serviteurs disponibles, nous prenons un engagement libre et responsable dans notre oui à la proposition de joie de l’Esprit Saint, en toute occasion, et demander au Seigneur de nous conduire sur le chemin de vie en refusant la culture de mort. Cela demande des démarches concrètes et surtout un refus des valeurs contraires à l’évangile.

 

1     Joie de la venue de l’Esprit à partir de la lumière de Pâques.

Si nous lisons bien les textes, les disciples « étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu. »[iv] La prière est donc la porte d’entrée dans l’onction de l’Esprit. Une prière de reconnaissance des prodiges de Dieu et de l’émerveillement de sa présence dans notre vie, un dialogue amoureux, où nous jubilons parce que Dieu est présent dans nos vies, et nous chantons pour Lui l’action de grâce. Une prière incessante pour les merveilles de Dieu, parce que nous étions coupés de la source à cause du péché, et voici que Jésus vient nous sauver une fois pour toutes, Il vient nous libérer et nous ouvre un chemin de joie où notre cœur veut battre au rythme du sien. Cette lumière tant attendue est enfin là, et nous le bénissons. La prière est alors un souffle de joie en Dieu et l’accueil de son souffle dans le don de l’Esprit. « Avec lui, le cœur de l’homme est habité par le Père et le Fils[v]. L’Esprit Saint y suscite une prière filiale qui jaillit du tréfonds de l’âme et s’exprime dans la louange, l’action de grâces, la réparation et la supplication. Alors nous pouvons goûter la joie proprement spirituelle, qui est un fruit de l’Esprit Saint.[vi]  Elle consiste en ce que l’esprit humain trouve le repos et une intime satisfaction dans la possession du Dieu trinitaire, connu par la foi et aimé avec la charité qui vient de lui. »[vii] Or l’aventure spirituelle avec l’Esprit Saint commence par une rencontre personnelle et se prolonge dans la vie communautaire, car il y a toujours la dimension du partage et de l’envoi. Vivre la communion avec Dieu demande de vivre le discernement fraternel en Eglise et dans la contemplation de l’œuvre de Dieu dans la vie de chacun.

 

Or c’est tous les jours que nous devons être attentifs à la vie de l’Esprit. Tous les jours, que nous sommes invités à une conversion du cœur pour écouter parler notre Seigneur, et ainsi répondre au bonheur promis. « On ne peut limiter le don et l’action de l’Esprit à un moment seulement du déploiement de la foi. L’Esprit est actif dans la Parole et dans l’écoute ; Il rend témoignage à Jésus au-dedans et au dehors. Même si l’onction dont parlent [saint Paul[viii] et saint Jean[ix]] est l’onction de la foi, … elle est liée à l’action de l’Esprit. »[x] A chaque instant de notre vie il nous faut être vigilants à garder au cœur la Bonne Nouvelle, afin d’entendre le souffle de Dieu redynamiser notre vie vers la promesse du salut dans l’accomplissement de notre vocation propre. Suivre le Christ est un chemin de vigilance de chaque instant. La joie de la venue de l’Esprit dans notre vie est à cultiver chaque jour dans l’attention à la Parole de Dieu, la méditation dans la prière et le service de la charité, avec le souci du frère et la vie de partage. « Le chrétien à qui le Saint-Esprit a infusé l’amour de Dieu accomplit spontanément une loi qui se résume dans l’amour. ‘Il n’est pas sous la loi, mais il n’est pas sans loi.’[xi] »[xii] La vigilance à vivre l’onction de la foi doit maintenir ce dialogue avec Dieu dans l’accueil de l’Esprit Saint et la volonté de se conformer à la Parole. C’est Lui qui agit, mais demande de notre part une responsabilité active pour répondre librement oui à son dessein d’amour.

2     Vivre de l’Esprit de Dieu, c’est expérimenter la communion

La vie de l’Esprit nous donne cette liberté d’essayer en toutes choses de vivre la communion sans réserve et avec une volonté de faire ensemble dans une recherche de construction fraternelle. Ainsi la Parole de Dieu s’accomplit en demeurant en Dieu et en unité avec nos frères, dans l’expression de nos charismes divers. Or  nous vivons de la vie de l’Esprit pour mettre Jésus au milieu de nous et ainsi développer la fraternité et le partage comme une réalité de notre foi. « Si nous vivons notre idéal chrétien, si nous nous faisons tuer plutôt que de perdre la présence de Jésus au milieu de nous, la source de la sagesse jaillira continuellement dans nos esprits et débordera sur les autres. »[xiii] Dans notre communauté paroissiale, comme dans notre famille, il nous faut rechercher sans cesse comment vivre de plus en plus unis, c’est-à-dire rechercher avec les autres les meilleures relations pour construire la civilisation de l’amour. De fait l’unité n’est pas un concept, mais une réalité à développer, à chaque instant de notre vie. Il est important de prendre du temps ensemble. Une étude de neuroscience montre l’importance que les parents investissent leurs relations avec les enfants et sachent jouer avec eux, mettre un cadre et les aider à gagner en autonomie. L’amour demande des actes et surtout une présence. L’Esprit nous invite alors à reconnaître que c’est dans l’unité que nous pourrons grandir en humanité. Plus nous sommes en communion, plus nous serons attentifs à la réalité du frère et nous nous laisserons bousculer pour ajuster nos actes à la Parole de Dieu. Néanmoins l’amour demande aussi d’aller jusqu’au don de sa vie, un élément parfois occulté aujourd’hui dans un monde individualiste. Le don de sa vie, ce n’est pas regarder vers soi-même mais vers « l’Au-delà de tout créé » pour nous abandonner à sa présence et être pleinement au service de nos frères. Nous ne sommes plus dans la recherche d’un confort personnel ou d’un confort communautaire, mais d’un appel à la responsabilité de notre âme pour livrer notre corps au feu de l’amour de Dieu comme le formulait Thérèse de Lisieux.

 

La Trinité nous montre le principe d’unité que nous devons vivre par analogie entre nous et de manière spécifique dans le couple, certes, mais aussi dans la relation fraternelle. Cela demande de redécouvrir la relation de gratuité et d’humanité que nous avons perdue dans un monde marchand et utilitariste. Or l’unité de notre être, qui relie toute notre personne au monde et à nos relations humaines, s’inscrit à travers l’expérience concrète des vertus théologales (charité – foi – espérance). La fidélité à la Parole de Dieu et l’enracinement dans la confiance en son dessein d’amour nous entraîne à travailler pour garder cette grande espérance du Salut. La foi illumine nos rapports aux autres, pour rappeler que tout vient de Dieu et qu’Il nous guide sur un chemin de bonheur. L’amour est l’expérience de fidélité à travers la rencontre de l’autre et la volonté de bienveillance en toute occasion, devenant ainsi des artisans de paix sachant persévérer dans le temps grâce à l’espérance du Salut. La vie de l’Esprit, dans l’injonction de répondre au souffle de Dieu, n’empêche pas de rechercher aussi à vivre l’obéissance pour être pleinement libres dans l’acceptation de la présence de Dieu dans notre vie. L’Esprit d’unité nous fait vivre l’amour jusqu’au pardon, la foi jusqu’à la recherche de communion, en mettant Jésus au cœur de nos vies et de notre raison et l’espérance jusqu’à la bienveillance envers l’histoire du frère

3     « Le pardon, lieu de la résurrection »   

Le premier renouvellement de notre relation au Christ ressuscité est de retrouver la paix de Dieu. Celle qui nous donne la joie de nous savoir enfants de Dieu et de pouvoir comprendre que l’amour est le langage de Dieu dans la réalité de la communion avec nos frères. « Aimer quelqu’un, c’est vouloir son bien et mettre tout en œuvre pour cela. » Or, dans cette relation humaine de l’amour, nous faisons face aussi à nos limites et nos incapacités d’être ancrés dans la pleine fidélité à la Parole de Dieu et au service du frère. Cela engendre des blessures et des fractures dans la relation, comme un éloignement de la relation fraternelle. Une forme d’opposition, nous parlerions aujourd’hui de clivage, entraînant une méconnaissance de l’autre et peu à peu une indifférence à ce qu’est l’autre. Le pardon est le lieu de notre réconciliation avec Dieu, avec nous-mêmes et avec nos frères. « La charité manifeste toujours l’amour de Dieu, y compris dans les relations humaines, »[xiv] un lieu où se manifeste l’amour de Dieu au milieu de nos limites humaines, mais avec la possibilité de la grâce de l’Esprit Saint pour aller au-delà des situations afin de reconnaître en l’autre l’image de Dieu.

 

Plus nous contemplons Dieu, plus nous reconnaissons l’amour et plus nous comprenons la nécessité du pardon comme pleine réalité de notre être de communion. Un réajustement de toute notre personne dans une cohésion de nos relations où l’amour se vérifie dans toutes les situations, comme espace de relation. L’amour doit toujours être premier et la vérité sa composante dans la réalité fraternelle. « Dieu aime tellement l’homme que, en se faisant homme lui-même, il le suit jusqu’à la mort et il réconcilie de cette manière justice et amour. »[xv]. Grâce à la dynamique de l’amour, nous sommes sans cesse renouvelés jusqu’à comprendre le pardon comme une grâce de la relation et une réorientation les richesses et pauvretés de la personne dans ce qu’elle manifeste, et non la réduire à son acte. Ce qui est vrai pour la relation interpersonnelle l’est aussi dans cette construction de la civilisation de l’amour. En effet, « la charité dépasse la justice et la complète dans la logique du don et du pardon[xvi]. La cité de l’homme n’est pas uniquement constituée par des rapports de droits et de devoirs, mais plus encore, et d’abord, par des relations de gratuité, de miséricorde et de communion.»[xvii]Toute notre vie de foi doit être ancrée dans cette disponibilité à Dieu et aux frères, pour annoncer la joie de le connaître et témoigner de son amour qui va jusqu’à la croix et le rachat de notre humanité. Oui, Dieu continue d’espérer en l’homme par l’alliance éternelle dont la résurrection est la promesse pour chacun d’entre nous d’une communion avec Dieu pour l’éternité lorsque nous exerçons notre liberté pour le meilleur bien et tendons à le suivre jusqu’au bout de nous-mêmes, et non dans un esprit étriqué et comptable de nos actes et de nos mérites pour placer la barre à un niveau infranchissable.

Nous sommes appelés à grandir dans la familiarité avec Dieu et à croître dans l’autonomie de l’amour, pour librement Le choisir en toute occasion. Il nous faut une âme de prière pour laisser le souffle de l’Esprit passer dans nos vies et Le suivre en méditant les Écritures dans l’intelligence de la foi. Notre vie personnelle, comme celle de la cité, exige une fécondité de la foi. « Le développement suppose une attention à la vie spirituelle, une sérieuse considération des expériences de confiance en Dieu, de fraternité spirituelle dans le Christ, de remise de soi à la providence et à la miséricorde divines, d’amour et de pardon, de renoncement à soi-même, d’accueil du prochain, de justice et de paix. »[xviii] A travers le service de la charité, nous illuminons toutes nos relations humaines d’une expérience divine, vécue dans la prière et partagé avec la grâce de l’Esprit,….et c’est bien là que nous sommes attendus.

 

3.1     Les trois rencontres

Après la rencontre du matin de Pâques où le Christ s’est révélé vivant aux femmes, voici l’annonce vivifiante dans l’évangile de Jean d’une expression de joie : « J’ai vu le Seigneur, voici ce qu’Il m’a dit. »[xix] Nous sommes à la neuvième heure, celle de la prière du soir où les disciples étaient réunis. Et Jésus dit trois paroles. La première est l’annonce de la paix comme une transformation de tout notre être en sa présence : « paix à vous » et la Parole produit toujours du fruit. La présence de Jésus au milieu de nous est d’abord un fait qui s’accompagne d’une Parole. La réalité de cette présence montre les mains et le côté, pour affirmer que la paix est maintenant possible car la croix est vaincue une fois pour toutes.

 

La présence de Jésus au milieu de nous est la joie. Une joie qui remplit les disciples qui ont vu le Seigneur, et sont entrés ainsi dans la pleine révélation : ils deviennent les messagers capables d’écouter la mission pour laquelle ils sont mandatés. Cette joie contagieuse se partage dans le monde parce qu’elle est un appel à la communion : « comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » Cette  deuxième parole insuffle l’espérance après le traumatisme de la Passion : non, tout n’est pas fini, mais justement tout commence et la réalité du Christ sauveur doit se faire connaître, d’abord dans la rencontre personnelle et puis dans la réalité communautaire.

 

Mais nul ne peut être envoyé sans la présence de l’autre paraclet Et la troisième parole se manifeste par le souffle de la Personne Don comme lieu de transmission de la foi et de pardon « Si à certains vous remettez les péchés ils seront remis, si à certains vous retenez, ils seront retenus. » Le pardon est un fruit de l’Esprit Saint, donné à tous mais qui demande la liberté de vouloir vivre la communion et d’accéder à la grâce du pardon. Le fait de retenir n’est pas définitif, mais demande toujours une conversion de la personne pour entrer dans la grâce du Salut.

 

Des trois paroles, nous avons trois aspects de la foi à vivre, celui d’être artisans de paix, car justement nous rétablissons ainsi durablement le lien fraternel et nous vivons alors en fils de Dieu en anticipant le Royaume des cieux. L’appel à la mission demande une attitude prophétique de notre part pour persévérer : nous serons appelés à la joie et à l’exultation car grande sera notre récompense auprès de Dieu. La miséricorde est toujours la volonté de recevoir la miséricorde, comme un mystérieux échange entre l’amour de Dieu pour l’homme et l’écho que cela doit avoir dans la relation fraternelle. Si Dieu nous pardonne, comment pourrions-nous faire autrement pour nos frères ?

 

3.2     L’amour un impératif du don

Néanmoins dans ce même évangile de Jean, nous terminons le récit des apparitions par le dialogue entre Jésus et Pierre. Or Jésus demande à Pierre s’il l’aime d’un amour « agapé », rarement employé dans la langue grecque qui « devint l’expression caractéristique de la conception biblique de l’amour. En opposition à l’amour indéterminé et encore en recherche, ce terme exprime l’expérience de l’amour, qui devient alors une véritable découverte de l’autre, dépassant donc le caractère égoïste qui dominait clairement auparavant. L’amour devient maintenant soin de l’autre et pour l’autre. »[xx] Or, la question que Jésus pose à Pierre demande un engagement radical, mais celui-ci répond dans les limites de son humanité, par un amour « philia », c’est-à-dire d’une forte amitié, et disant le rapport entre Jésus et ses disciples dans l’évangile de Jean (7 fois utilisés alors que chez saint Marc il n’est utilisé qu’une seule fois)… L’amour de Dieu est « totalement agapè. Non seulement parce qu’il est donné absolument gratuitement, sans aucun mérite préalable, mais encore parce qu’il est un amour qui pardonne. »[xxi] Il attend juste un retour de notre part et, à la troisième interpellation, Jésus change le mot, parce que la relation est plus importante que tout dans l’amour, et il interpelle Pierre dans cet amour philia. D’ailleurs si Jésus change sa question, Pierre répond trois fois la même chose, car il n’a peut-être pas non plus perçu l’engagement que cela demande et il est attristé que Jésus insiste alors qu’il lui affirme par trois fois, après que le coq ait chanté, qu’il a de l’amitié pour lui. Or si Jésus rappelle la demande d’amour c’est pour lui manifester son pardon et la possibilité pour Pierre de le recevoir dans la dimension qu’Il lui donne, mais que plus tard, il signifiera par sa mort.

 

Il paraît difficile de comprendre le pardon sans parler d’amour et de l’impératif du don que cela impose. Si l’agape est cet amour gratuit qui pardonne, dans la relation spirituelle, l’amour sponsal comme offrande à Dieu à travers le don sincère de nous-mêmes implique un pardon sacrificiel qui va jusqu’à se consumer dans la relation pour laisser transparaître la puissance de Dieu. Par nous-mêmes ou aux yeux d’une logique humaine, c’est incompréhensible, mais en Dieu tout prend sens. Un pardon sponsal est signe d’un amour qui répond à l’amour comme le pardon à l’offense et lié à la personne, comme lieu de réalisation de tout son être. Je te pardonne dans cet amour qui se donne parce que je me reconnais à ton service, et je sais à travers le pardon aller à l’essentiel de notre relation qui va jusqu’à la croix de l’offense et le pardon pour retrouver une pleine communion. Cet amour sponsal résonne à deux, parce que l’autre reconnaît cet amour et lui donne la juste signification d’une recherche intense de communion et de cohésion d’âme pour un seul et même Dieu. « La capacité d’exprimer l’amour par lequel la personne humaine devient don et confirme ainsi le sens profond de son propre être et de sa propre existence. Dans ce caractère qui lui est propre, le corps est l’expression de l’esprit et est appelé, dans le mystère même de la création, à exister dans la communion des personnes « à l’image de Dieu »[xxii].Le pardon sponsal rend inépuisable alors l’unité parce qu’elle rétablit dans la juste distance toutes les relations à travers cette ressemblance recherchée de l’amour.

4     Synthèse

Il nous faut vivre de l’Esprit et redécouvrir le dynamisme missionnaire pour nous laisser guider dans l’histoire du Salut. Dieu ne cesse pas d’appeler, mais nous devenons de plus en plus sourds dans ce monde plus préoccupé de lui-même que des fins dernières et de la transcendance. Mais la vie n’est pas un spectacle, elle est un appel à la sainteté, c’est-à-dire à la familiarité avec Dieu. « L’Église est une … force vive : en elle vit la dynamique de l’amour suscité par l’Esprit du Christ. Cet amour n’offre pas uniquement aux hommes une aide matérielle, mais également réconfort et soin de l’âme, aide souvent plus nécessaire que le soutien matériel. »[xxiii] La vie dans l’Esprit Saint est la maturation de l’âme jusqu’à la pleine réalisation de sa vocation de ressemblance à Dieu. Nous nous arrêtons trop souvent aux besoins immédiats et aux réalités superficielles avant d’atteindre ce qui fait sens et ce qui est profond en nous. L’Eglise est là pour nous rappeler à l’importance de la foi et de la fidélité à Dieu dans un monde en recherche de valeurs, elle rappelle l’impératif de l’amour et de la vie fraternelle malgré les courants individualistes et l’absence de sociabilité de plus en plus forte. Elle nourrit la grande espérance du Salut en donnant un horizon nouveau à chaque action, pour l’inscrire dans l’histoire des hommes en concordance avec l’histoire de Dieu. Il y a bien une réalité de l’Esprit à rechercher à chaque instant, dans la manière d’être avec l’autre, et l’attention que nous lui portons, dans l’écoute, la compassion et le regard de bienveillance. C’est une manière d’être dans nos rapports à soi et au monde et dans la responsabilité de ce qui nous est confié avec la vigilance de rechercher toujours le dynamisme de l’amour et de la fécondité. C’est une manière d’être à travers la promesse de la grande espérance du Salut, en reconnaissant l’Esprit à l’œuvre en ce monde, pour nous mener vers la civilisation de l’amour éternel. 

 

La fidélité de Dieu nous dévoile la radicalité de l’amour qui recherche toujours comment prolonger la relation, malgré les blessures et les relations froissées. « L’amour passionné de Dieu pour son peuple – pour l’homme – est en même temps un amour qui pardonne. Il est si grand qu’il retourne Dieu contre lui-même, son amour contre sa justice. »[xxiv] Il nous faut continuer à vivre cet amour dans la relation à notre prochain, et particulièrement dans nos familles, dans l’acceptation des faiblesses et en même temps des richesses que l’on peut vivre ensemble. Nous devons avoir confiance dans le rôle de chacun pour une maturation de tous en vue du Royaume. Le premier aspect missionnaire de la foi se vit en famille. Je raconte souvent cette histoire d’une jeune femme d’une vingtaine d’année, ayant participé à une expérience du renouveau charismatique et pleine de feu depuis, pour l’annonce de la Bonne Nouvelle. Le discernement de son père, qui n’entrait pas franchement dans sa manière de vivre extérieurement sa foi, a été de remarquer le changement de sa fille et sa participation aux tâches de la famille, c’est-à-dire,  sa volonté de vivre en communion avec ses parents. C’est là qu’il a reconnu l’œuvre de l’Esprit Saint, même s’il n’était pas toujours en phase avec sa façon de prier. La confiance demande aussi, pour les enfants comme pour les parents et entre les conjoints, un appel à la vigilance pour ne pas s’égarer sur les chemins de l’égoïsme, du renfermement sur soi, et d’une forme de dépréciation de tout notre être. L’amour doit être toujours premier, dans ce que nous sommes, dans ce que nous faisons, dans nos relations avec Dieu et nos frères, dans le travail de la création. Laissons l’Esprit Saint nous guider sur le chemin de vie et, à la suite du Christ, marchons dans l’obéissance à la Parole pour connaître la joie du Père, en serviteurs fidèles pour la louange et l’action de grâce.

 

 

 

23 mai 2021 – Père Greg  BELLUT– Curé

Saint Charles Borromée – Joinville-le-Pont

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[i] Ac 2,4

[ii] Ac 2,4

[iii] P 100 La vie est un voyage – Chiara Lubich

[iv] Lc 24,53

[v] Cf. Jn 14, 23.

[vi] Cf. Rm 14, 17; Ga 5, 22

[vii] 3/ Gaudete in Domino

[viii] 2 Co1,21

[ix] 1 Jn 2,20 et 27

[x] Le souffle de Dieu dans nos vies – la vie dans l’Esprit selon l’Esprit p 135-136 Je crois en l’Esprit Saint – Yves Congar

[xi] Saint Augustin Evangile de Jean, Tome III, 2

[xii] Le souffle de Dieu dans nos vies, esprit et lutte contre la chair p 165 op cité

[xiii] P 95 aimer parce que Dieu est amour Chiara lubich

[xiv] &6 Deus Caritas Est Benoît XVI

[xv] &10 Deus Caritas Est op cité

[xvi] Cf. Jean-Paul II, Message pour la Journée mondiale de prière pour la Paix 2002: AAS 94 (2002), 132-140; DC 99 (2002) pp. 4-8.

[xvii] &6 Amour dans la Vérité Benoit XVI

[xviii] &79 Amour dans la Vérité

[xix] Jn 20,18

[xx] &6 Deus Caritas Est op cité

[xxi] &10 Deus Caritas Est  op cité

[xxii] TDC 32-1  Jean Paul II 16 janvier 1980 in Théologie du Corps Yves Semen

[xxiii] &28 Deus Caritas Est op cité

[xxiv] &10 Deus Caritas Est op cité

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