Lettre de la Trinité 2021

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« Que ton amour, Seigneur, soit sur nous

comme notre espoir est en toi ! »

 

Ce qui fonde notre espoir en Dieu c’est une rencontre que nous resituons dans le temps. En effet, découvrir Dieu et entrer dans une relation personnelle passe par faire mémoire d’une histoire. « Interroge donc les temps anciens qui t’ont précédé. »Notre foi se situe bien dans la tradition apostolique, comme nous le répétons à chaque Credo. C’est à travers cette foi que nous découvrons avec plus d’épaisseur, mais en même temps plus de justesse, la vérité du mystère trinitaire, révélé par l’Esprit dans l’intelligence des hommes et discerné en Église.  « La vérité révélée de la Sainte Trinité a été dès les origines à la racine de la foi vivante de l’Église, principalement au moyen du baptême. Elle trouve son expression dans la règle de la foi baptismale, formulée dans la prédication, la catéchèse et la prière de l’Église. De telles formulations se trouvent déjà dans les écrits apostoliques, ainsi cette salutation, reprise dans la liturgie eucharistique : ” La grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous. “[i] »[ii] Toute notre prière est tournée vers un Dieu unique qui est toujours en relation avec lui-même et avec sa création. Un lieu d’unité et de communion que nous devons découvrir dans la révélation pour participer à la relation de chacune des trois personnes, dans cette réalité d’un seul et même Dieu. « La Trinité est Une. Nous ne confessons pas trois dieux, mais un seul Dieu en trois personnes : ” la Trinité consubstantielle “[iii]. Les personnes divines ne se partagent pas l’unique divinité mais chacune d’elles est Dieu tout entier : ” Le Père est cela même qu’est le Fils, le Fils cela même qu’est le Père, le Père et le Fils cela même qu’est le Saint-Esprit, c’est-à-dire un seul Dieu par nature “[iv]. ” Chacune des trois personnes est cette réalité, c’est-à-dire la substance, l’essence ou la nature divine “[v]»[vi] Le Père Créateur engendre par sa personne toute vie, le Fils par sa personne révèle l’amour du Père, et nous envoie l’autre paraclet (défenseur – avocat) l’Esprit Saint. L’Esprit se révèle dans notre vie comme Don de Dieu et partage de sa joie. Ce chemin de foi invite à être attentif à tous les aspects de la vie spirituelle pour accueillir l’amour et le salut, et le partager par la fécondité des dons reçus dans notre vie. En effet le mystère de la Trinité, avant d’être un débat intellectuel, est d’abord une expérience de vie, une relation de prière, une rencontre avec les personnes et un retournement intérieur pour ajuster tout notre être à notre vocation première d’images de Dieu appelées à la ressemblance.

1     D’une alliance à l’autre, l’appel à la rencontre

 

Dès le commencement Dieu s’est révélé à l’homme comme celui qui se manifeste dans notre histoire et, trop souvent, l’homme est resté sourd comme le rappelle le livre du Deutéronome : « est-il un peuple qui ait entendu comme toi la voix de Dieu parlant du milieu du feu ? » La prise de conscience des signes de Dieu dans notre vie doit nous appeler à la fidélité, nous rappellent tous les prophètes d’Israël. Nous faisons mémoire de la traversée de la Mer rouge, comme acte fondateur de l’engagement de Dieu pour son peuple en le libérant de l’esclavage pour l’amener vers la Terre Promise. La traversée du désert est ce temps de purification nécessaire pour se défaire de nos idoles et nous attacher au seul et unique Dieu. Mais l’homme a vite fait de se construire des veaux d’or, que ce soit le pouvoir avec le roi David, l’argent et cette soif insatiable de bien matériel ou la recherche de plaisir de vie sans discernement et sans Dieu. « Sache donc aujourd’hui, et médite cela en ton cœur : c’est le Seigneur qui est Dieu » et il n’en est pas d’autre. La confiance en Dieu demande la fidélité de notre part et un engagement total pour nous conformer à sa parole et suivre ses commandements. La radicalité de l’amour n’est pas l’extrémisme, mais l’accomplissement d’une volonté d’aller jusqu’au bout pour ce qui a vraiment du sens.

 

Et pourtant l’homme a continué d’errer à la suite de Caïn, portant sa faute et s’éloignant de Dieu, malgré le signe divin marqué par l’alliance. La vie du Fils et l’envoi de l’Esprit sont un renouvellement de l’alliance et un approfondissement de notre rencontre avec le Seigneur. Mais cette manifestation de Dieu dans notre vie et sa participation à notre histoire demandent que nous sachions nous ouvrir à tous nos frères, dans cette universalité de l’amour. « Allez ! De toutes les nations faites des disciples ». Le renouvellement de tout notre être par la Parole nous fait sortir de nos zones de confort et de l’entre-soi, pour voir en tout être un frère et avec lui faire un bout de chemin vers Dieu. L’appel à vivre l’alliance en dehors de toute frontière humaine doit être compris comme un dépassement de nos propres limites, pour rejoindre par amour l’autre dans sa langue et sa culture, et évangéliser tout ce qui va à l’encontre de la Parole de Dieu et de la volonté du Père. Il nous faut former à nouveau un lien social pour mettre Dieu au centre de nos préoccupations et Lui rendre l’honneur dû par notre comportement. Il ne s’agit pas d’uniformiser la foi, mais de la rendre vivante dans toutes ses expressions, tout en gardant la communion d’une même doctrine et poursuivant une même relation d’un Dieu qui se révèle dans nos vies. Cela demande toujours un dialogue constant, une ouverture à la diversité et une volonté de progresser ensemble à l’écoute de la Parole dans l’humble service du frère. Le travail d’humilité dans la foi est l’expression de l’amour qui se vit dans la vérité des personnes. Et justement L’universalité nous pousse à comprendre que tous peuvent avoir accès au Salut et que nul ne peut rester dans l’orgueil d’un peuple élu qui se désintéresse des autres. L’appel à l’universalité, par l’apparition du Christ envoyant dans toutes les nations, est une injonction à annoncer Dieu à toute la création et retrouver ainsi la relation différenciée entre les hommes, à l’image d’un Dieu trinitaire, c’est-à-dire dans la complémentarité des personnes

 

N’ayons pas de doute sur l’appel à la fraternité mais, dans la confiance en l’œuvre de Dieu, laissons-nous saisir par sa Parole : « baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » L’envoi en mission du Christ, pour témoigner de notre foi, se vit dans la relation trinitaire. Annoncer le Christ, c’est reconnaître le Père avec l’aide de l’Esprit : un seul et même Dieu qui s’exprime à trois voix, comme une communion sans confusion mais dans une même action, et révèle l’amour comme lieu de réalisation. « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. » Le pouvoir du Christ est toujours orienté vers le service de l’humanité pour parfaire la création et manifester la paternité de Dieu comme configuration de tout notre être à son image, afin de révéler pleinement l’amour. « Toute l’activité de l’Église est l’expression d’un amour qui cherche le bien intégral de l’homme : elle cherche son évangélisation par la Parole et par les sacrements, entreprise bien souvent héroïque dans ses réalisations historiques ; et elle cherche sa promotion dans les différents domaines de la vie et de l’activité humaines. »[vii] Se laisser visiter par un amour, rencontrer, occasionne une transformation non seulement de tout notre être, mais aussi de la manière de voir les choses, et ainsi nous fait agir autrement, dans une hiérarchie des valeurs où Dieu est toujours premier servi et le désir d’être tout à Lui mis en exergue dans notre recherche de sens.

 

Dieu est une rencontre dans une relation de communion où le Fils nous parle du Père et l’Esprit nous fait entrer dans l’intelligence de cette révélation par pure grâce. « Alors nous pouvons goûter la joie proprement spirituelle, qui est un fruit de l’Esprit Saint.[viii] Elle consiste en ce que l’esprit humain trouve le repos et une intime satisfaction dans la possession du Dieu trinitaire, connu par la foi et aimé avec la charité qui vient de lui. »[ix] C’est à ce moment-là que nous devenons des missionnaires, car il nous faut partager ce que nous avons vécu, dans l’élan d’une joie rencontrée et que nous avons l’ambition de faire connaître poussés par l’Esprit.

 

Petite Synthèse

Découvrir la Trinité comme annonce de la foi redirige nos relations pour vivre l’ouverture à soi, aux autres et à Dieu afin d’y goûter toute la richesse de la communion. Or l’annonce de notre foi est dans la profusion de cette richesse de la relation d’être qui dépasse l’avoir pour une redécouverte du sens de la vie. Toute l’histoire de l’alliance est une révision de notre relation avec Dieu, et c’est Lui, le premier qui a toujours pris l’initiative. Le Salut promis est « non pas un salut immanent, à la mesure des besoins matériels ou même spirituels s’épuisant dans le cadre de l’existence temporelle et s’identifiant totalement avec les désirs, les espoirs, les affaires et les combats temporels, mais un salut qui déborde toutes ces limites pour s’accomplir dans une communion avec le seul absolu, celui de Dieu : salut transcendant, eschatologique, qui a certes son commencement en cette vie, mais qui s’accomplit dans l’éternité. »[x] L’unique Dieu nous convie à dépasser nos étroitesses d’être pour embrasser l’appel à la transcendance que nous vivons déjà dans la vérité de l’amour. Cela nécessite un ajustement de tout notre être à la création, comme artisans de paix, avec la simplicité du rapport qui dit déjà la joie d’être avec Dieu. La découverte d’une paix à nulle autre pareille, embrasant toute notre existence d’une joie éternelle, préfigure la civilisation de l’amour pour toujours. Oui, l’annonce de la foi est une vision de la grande espérance du Salut et de la fécondité de la relation par le mystère trinitaire. « Il y a là une relation incommunicable d’amour, qui se confond avec son existence de Fils et qui est le secret de la vie trinitaire: le Père y apparaît comme celui qui se donne au Fils, sans réserve et sans intermittence, dans un élan de générosité joyeuse, et le Fils, celui qui se donne de la même façon au Père, avec un élan de gratitude joyeuse, dans l’Esprit Saint. »[xi] Nos relations deviennent alors source de la vraie joie, celle qui puise en Dieu sa force, car le souffle de l’Esprit n’est que don.

 

2     Les conversions, lieux des nouvelles relations

La découverte de Dieu induit un changement de vie et réoriente toute notre existence vers la réalisation de tout notre être, image de Dieu appelée à une responsabilité dans sa vocation spécifique. « Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur. » En pleine situation Covid, et plus généralement dans un monde angoissé dans son expression existentielle et perclus d’un certain occultisme angoissant, à travers un mauvais rapport à la transcendance perçu par des esprits, des sortilèges et des pouvoirs irrationnels, nous voici rappelés à l’ordre d’une manière ferme. Le mal a été vaincu une fois pour toutes par le sang de Jésus sur la croix. Il nous a sauvés de la mort éternelle et a ouvert la possibilité d’une vie de conversion et de communion avec un unique Dieu en trois personnes. Il nous faut vivre ce que nous annonçons et ne pas nous accrocher à nos fausses sécurités. La foi demande la confiance et l’abandon à la volonté de Dieu. Responsables de notre foi, nous sommes aussi des fils, obéissant à la volonté du Père. Le renouvellement de toute notre personne et la transformation de nos actes par la prise de conscience de l’amour de Dieu et la volonté de Le suivre demande aussi une certaine persévérance dans la foi, comme une progression acte après acte, et la fidélité de l’amour. C’est d’abord une expérience à vivre et à accueillir comme lieu de réalisation d’une joie plénière.

Satan existe, c’est une vérité de foi que nous récitons à chaque Notre Père, délivre nous du Mauvais, que l’on a traduit par délivre nous du mal, mais il y a bien une personnification du diable. Qu’il agisse dans notre vie, lorsque nous laissons des portes ouvertes, est une évidence. Que nous devions mener un combat personnel pour redécouvrir le chemin qui nous mène vers le Père, poussés par l’Esprit à vivre ce temps du désert, et se nourrir du Fils et de sa Parole pour progresser est une certitude. Que nous soyons fragiles, limités et enclin à pécher est une réalité. Cette inclination, que nous devons combattre tout au long de notre vie, n’enlève en rien notre responsabilité face au mal et à l’intentionnalité de nos actes. Parfois nous essayons d’accuser le diable de nos propres errements pour mieux nous déresponsabiliser et ainsi refuser la conversion nécessaire à un changement en profondeur. Que nous ne soyons pas au fait de toutes les réalités spirituelles est aussi un acte d’humilité de notre intelligence. Néanmoins, il nous faut rappeler très fermement que le Christ est notre sauveur et, si nous le professons comme tel, il nous faut aussi reconnaître que l’amour de Dieu est inconditionnel et qu’il nous revient de le faire nôtre en accueillant la Parole dans le souffle de l’Esprit. La foi au Christ nous détache de toute relation superstitieuse. « Sache donc aujourd’hui, et médite cela en ton cœur : c’est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ; il n’y en a pas d’autre. » La place que prennent certaines de nos angoisses et les terreurs que nous entretenons avec volupté, nous détourne de Dieu et de l’unicité de son œuvre. En accentuant le mal comme “presque” équivalent au bien, nous ne sommes pas seulement dualistes, nous mettons en cause l’unicité de Dieu.

 

La dimension spirituelle du mystère trinitaire est justement de prendre conscience que l’amour de Dieu est premier dans notre vie, et nous transporte dans la réalisation de tout notre être. La rédemption du Fils nous sauve une fois pour toutes, nous libère de tout ce qui pourrait nous pousser vers les profondeurs du mal et nous invite à redécouvrir notre liberté, volée par le péché. La venue de la Personne-Don nous fait participer par anticipation à la vie divine en goûtant les fruits de l’Esprit et en laissant les dons s’épanouir dans tout notre être. « Ô mon Dieu, Trinité que j’adore, aidez-moi à m’oublier entièrement pour m’établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l’éternité. Que rien ne puisse troubler ma paix, ni me faire sortir de vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre mystère. »[xii] La prière est une invitation à la profondeur de l’être, dans la relation à Dieu et au monde, pour savoir goûter l’amour et le vivre en profondeur. C’est un appel à redécouvrir l’amour dans le Salut apporté par le Christ et à en vivre par l’Esprit agissant dans notre vie : tout orientés vers la volonté du Père, nous nous laissons aimer.

3     Seul Dieu est Dieu

Seul Dieu est Dieu, c’est le secret de toute l’alliance dans les deux testaments qui constituent la Bible. Cette unicité de Dieu se vit dans l’alliance et la réalisation des commandements dans nos vies, comme un chemin de progression intérieure qui nous rendra bienheureux. Le Christ nous invite à redécouvrir les commandements, non pas comme un devoir d’école, mais comme le dynamisme de l’amour dans l’intelligence de la foi, pour découvrir la vérité de la relation avec Dieu et nos frères. C’est la réalité d’un même Dieu agissant par les trois personnes, le Fils révélant le Père, et dans le souffle de l’Esprit l’homme reconnaît son œuvre dans sa vie. Une complémentarité de la relation que nous devons vivre dans le lien fraternel.

 

Seul Dieu est Dieu et nous devons combattre tout ce qui voudrait s’immiscer dans cette relation unique ou se vouloir égal. C’est le combat de toute une vie, dans la purification de nos sens, pour que dans notre corps, dans notre âme et dans notre esprit, tout soit orienté vers un seul et même Dieu. Vivre en fidélité avec Dieu c’est reconnaître que rien n’existe hors de Lui. Il est important de nous le rappeler à chaque instant, lorsque les tentations de la peur veulent nous faire penser à d’autres réalités, alors que c’est le Christ qui nous sauve vraiment, réellement, sans amoindrissement, totalement et sans autre condition que celle de L’accepter dans notre vie. Il connaît nos limites, nos manques d’engagement total, nos difficultés à vivre la radicalité de l’amour, mais Il n’est pas dans le reproche ni la suspicion de l’amour. Il attend un signe de notre part et ensuite agit avec autorité pour nous transformer totalement, parce qu’Il est Dieu et, dans notre liberté, Il veut totalement nous sauver. Certains peuvent vivre une forme de scrupules désaxés et penser que Dieu retarde son Salut parce que nous ne sommes pas parfaits (et ne le serons jamais d’ailleurs), néanmoins c’est à l’amour que nous serons jugés, à l’amour que nous aurons cherché à perfectionner dans notre vie, que nous aurons désiré vivre et que nous aurons pu réaliser. Si Dieu est communion dans cette relation trinitaire, alors Il vit de la communion avec l’homme dans cette recherche d’un amour partagé. La vocation de l’homme, est bien d’entrer en louange pour notre Créateur, et sans cesse Le magnifier par toute notre vie, aidés en cela par la vie de l’Esprit. « L’homme a été fait à l’image de Dieu car dans la ressemblance qui est celle de l’image, se retrouve l’ensemble des caractères de la divinité »[xiii] et la reconnaissance de l’unicité de Dieu dans la vie trinitaire nous rappelle l’impératif de communion dans la relation fraternelle par analogie. Parce que nous avons été créés par Dieu et à son image, nous sommes attirés par Lui et nous voulons Le reconnaître dans le Père à travers la relation d’être, le Fils dans le Verbe qui continue de se dire dans notre histoire, l’Esprit expression de la joie de Dieu dans notre vie par les dons et les charismes.

 

Nous avons à nous défaire de tout ce qui nous empêche d’être pleinement en communion. L’insistance du Christ pour que nous puissions demeurer en Lui, comme Lui demeure dans le Père, nous rappelle cet axe primordial de la communion comme témoignage de vie et essence de notre être. Êtres de relation, nous sommes aussi des êtres de communion puisque notre Créateur est communion. L’analogie avec la relation en Dieu est un appel manifeste à rechercher en artisans de paix cette communion entre nous pour vivre la fécondité de l’amour.

L’Esprit qui nous a été donné au baptême fait de nous des fils de Dieu, c’est-à-dire un peuple libre, parce que nous vivons dans la civilisation de l’amour à chaque fois que nous mettons la Parole en pratique. Un peuple sauvé par le Christ Jésus, chemin de vérité vers le Père lorsque nous laissons l’Esprit habiter notre être de sa joie qui est don. Nous vivons une relation de bénédiction où notre prière passe par la rencontre du Christ pour accueillir une vie de l’Esprit et ainsi reconnaître la fécondité de la relation au Père de qui vient toute vie. Reconnaître l’amour trinitaire, c’est retrouver par l’unicité de l’amour a gratuité dans la relation, sa vérité dans le don, sa réalité à travers le pardon. La prière trinitaire est d’abord une rencontre de l’amour à travers les trois personnes divines et une expérience de vie où tout se transforme à la lumière de l’amour révélé, reconnu et accueilli, pour qu’il soit partagé. « Ô mes Trois, mon Tout, ma Béatitude, Solitude infinie, Immensité où je me perds, je me livre à vous comme une proie. Ensevelissez-vous en moi pour que je m’ensevelisse en vous, en attendant d’aller contempler en votre lumière l’abîme de vos grandeurs. »[xiv]

 

Synthèse

Souvent nous entrons dans des considérations théologiques pour parler de la Trinité avant d’en comprendre l’aspect spirituel et la dimension personnelle d’une rencontre. Ajouter à cela que nous avons une connaissance du Christ plus familière grâce à son incarnation, sa Parole de Vie qui se prolonge tout au long de l’histoire des hommes et nous comprenons l’atrophie de nos deux autres relations, avec le Père et l’Esprit. Pourtant qui aime le Fils et médite sa vie voit immédiatement la relation intense avec l’Esprit comme lieu de réalisation de la joie de Dieu, comme lieu d’exercice de la souveraineté de Dieu Notre Père dans ce monde. Néanmoins la vie de l’Esprit nous fait comprendre le service, comme un don de Dieu. Elle est l’expression même de notre vocation d’image de Dieu. Elle est un appel à témoigner de cette joie de la rencontre, en faisant des disciples. Nous percevons alors que la volonté du Père est que nous vivions l’amour à travers la rencontre de la Parole et par l’illumination du service afin de Le reconnaître comme Celui qui est à l’origine de tout. Le fondement de notre foi est cette capacité de Dieu qui est en l’homme, pour vivre la rencontre et s’ajuster, malgré sa nature différente, à la volonté du Père qui est d’ordonner toute la création à la louange de sa grâce.

 

L’aventure spirituelle que nous sommes amenés à vivre, en reconnaissant Dieu comme notre Père et le Fils comme le Sauveur qui vient nous libérer, éclaire notre vie mais la fraternité se comprend à la lumière de l’Esprit Saint. « C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu » par sa participation à notre vie et à celle de nos frères, dans une même générosité et la diversité de nos personnalités. Il se manifeste comme un lieu de joie et nous fait communiquer cette joie autour de nous. Dieu, en se manifestant à tous les hommes, nous rappelle l’égale importance que nous avons chacun à ses yeux. Plus nous nous conformons à sa volonté, plus nous agissons selon sa Parole et plus nous brillons de sa lumière et faisons ainsi honneur aux dons reçus, dans une responsabilité de la foi ancrée dans la fidélité et l’action de grâce.

 

D’aventure spirituelle en aventure spirituelle, nous progressons dans la connaissance de Dieu et par la pratique de la prière et du dialogue avec Dieu, nous accueillons notre responsabilité au service de la charité pour nos frères. Notre prière devient alors de plus en plus trinitaire, dans le don de nous-mêmes et au service d’un seul et même Dieu. En effet, notre prière est trinitaire car nous entrons de plus en plus dans le mystère révélé des trois personnes en un seul Dieu. Nous nous tournons vers l’Esprit pour venir au secours de notre faiblesse et nous apprendre à prier, nous reprenons les paroles du Fils pour les faire nôtres et nous adresser au Père pour qu’Il se manifeste pleinement dans notre vie comme la source de toute chose. Mais cette prière est aussi une communion d’amour où peu à peu nous entrons dans le dynamisme du service, dans l’accueil de la promesse du Salut pour reconnaître le Père et marcher avec Lui dans le jardin de la disponibilité. « L’heure vient – et nous y sommes – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité, car ce sont là les adorateurs tels que les veut le Père. Dieu est esprit, et ceux qui adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent adorer »[xv].

 

 

 

30 mai 2021 – Père Greg  BELLUT– Curé

Saint Charles Borromée – Joinville-le-Pont

 

 

 

 

 

 

 

 

[i] 2 Co 13, 13 ; cf. 1 Co 12, 4-6 ; Ep 4, 4-6

[ii] &249 CEC

[iii] Cc. Constantinople II en 553 : DS 421

[iv] Cc. Tolède XI en 675 : DS 530

[v] Cc. Latran IV en 1215 : DS 804

[vi] &253 CEC

[vii] &19 Dieu est amour

[viii] Cf. Rm 14, 17; Ga 5, 22

[ix] Gaudete in Domino – Paul VI

[x] &27 Evangelii Nuntiandi – Paul VI

[xi] Gaudete in Domino – Paul VI

[xii] Elisabeth de la Trinité, 21 novembre 1904 notes intimes 15

[xiii] P 154 Corps, âme, esprit, Valerry DA Wilson citant catéchèse de la foi de Grégoire de Nysse p 32

[xiv] Elisabeth de la Trinité op cité

[xv] Jn 4,23-24.

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