2019. Lettre de l’Avent 3/4

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 « Ayez à cœur de faire le bien devant tous les hommes »

 

            La foi est d’abord une histoire de rencontre. Elle ouvre à un dialogue, puis à une prise de conscience. Elle invite ensuite à la conversion. La foi est la liberté retrouvée au cœur de notre histoire. En effet, rencontrer le Christ et vivre de l’Esprit Saint nous amène naturellement à rechercher la présence du Père pour mieux comprendre notre identité de fils de Dieu appelés à la ressemblance.

 

Nous ne cessons jamais d’être fils, nous le savons bien dans nos limites humaines. C’est vrai qu’au début nous étions pris dans les bras de notre père, qu’ensuite celui-ci nous donnait la main, et puis nous avons pris de la distance, gagnés en autonomie, pour revenir dans les vieux jours s’occuper de lui et lui redire notre affection dans la fidélité filiale. Un père reste toujours un repère dans notre vie et dans l’évolution des relations. Mais cette nécessaire évolution n’est pas l’ignorance de son identité de père ni l’amoindrissement de la réalité de fils, nous avons gagné notre autonomie pour voler de nos propres ailes cependant nous gardons nos responsabilités familiales. Dans notre relation à Dieu, nous sommes amenés à témoigner de cette relation filiale dans une transformation de notre vie pour nous attacher au bien et faire des choix pour l’avènement de la civilisation de l’amour.

 

1       « Je vous exhorte mes frères, par la compassion de Dieu».

 

            Un appel à la conversion dans la joie de Dieu au nom de l’amour. « La familiarité avec le Dieu personnel et l’abandon à sa volonté empêchent la dégradation de l’homme »[i] et restaure notre fraternité. L’appel de Paul est fondé sur l’amour de Dieu pour chacun d’entre nous. Un amour de compassion visitant notre vie par le pardon afin de nous restaurer. La miséricorde est une grâce à accueillir et un don à transmettre comme lieu de renouvellement de notre humanité. « La signification véritable et propre de la miséricorde ne consiste pas seulement dans le regard, fût-il le plus pénétrant et le plus chargé de compassion, tourné vers le mal moral, corporel ou matériel: la miséricorde se manifeste dans son aspect propre et véritable quand elle revalorise, quand elle promeut, et quand elle tire le bien de toutes les formes de mal qui existent dans le monde et dans l’homme. »[ii] Concrètement, le lien fraternel est communion d’amour, il se comprend aussi à travers le pardon. La miséricorde est la compassion de Dieu que je vis à travers la relation fraternelle et elle est à régénérer sans cesse pour trouver la juste distance.

 

La tendresse de Dieu est joie de l’homme lorsque nous nous transformons entièrement en offrande sainte dans toutes nos relations. Comme une exhortation à un renouvellement intérieur à travers la joie de l’amour. Une joie parfois blessée par le péché de l’homme, du proche, du frère,  mais restaurée par la miséricorde, car l’unique nécessaire est de toujours regarder vers Dieu et de faire la vérité dans nos relations par une hiérarchie des valeurs fondée sur la grande espérance du salut. Il ne s’agit pas d’une espérance individuelle, mais bien personnelle et communautaire. Une espérance où la miséricorde tient lieu de porte d’entrée pour tous à la grâce du Seigneur, c’est-à-dire un appel à une vie de communion pleine et entière.

 

Au nom de Dieu en dialogue avec nous, par fidélité à son amour dans l’espérance de travailler au salut de tous, nous sommes invités dans notre personne toute entière à conformer notre vie aux Ecritures, à laisser notre cœur se réchauffer par la Parole et à en témoigner autour de nous comme une évidence. « la dimension divine de la rédemption nous dévoile … la profondeur de l’amour qui ne recule pas devant l’extraordinaire sacrifice du Fils pour satisfaire la fidélité du Créateur et Père à l’égard des hommes créés à son image »[iii] En écho nous essayons de vivre cette profondeur de l’amour dans nos vies. Toute action vient de l’amour qui sait pardonner et trouve sa prééminence dans la relation à Dieu. Parce que nous sommes disciples, nous pouvons agir avec Lui. C’est-à-dire prendre conscience de sa propre misère avant de voir la misère de l’autre, et dans cette conscience de nos propres limites, regarder les limites de l’autre pour l’aider à grandir et à vivre la liberté de l’amour. Plus nous voyons la misère du cœur, plus nous nous laissons imbiber de l’amour et pouvons répandre l’amour dans l’âme qui désire Dieu et veut s’attacher à lui. Car l’attache au Dieu Tout Puissant, se vit dans le mystère d’une relation à redécouvrir chaque jour. Elle trouve sa fécondité dans l’universalité de son action toujours à la recherche d’une humanité fourvoyé dans le péché. Et elle s’accomplit pleinement dans l’amour comme offrande de lui-même par l’acte créateur, l’efficacité de la rédemption et l’effusion de la communion.

 

1.1         Une démarche de bienveillance

 

            Comprendre la miséricorde nous engage à vivre l’amour dans ce regard de bienveillance sur nous-mêmes et sur l’autre, en nous reconnaissant en manque de Dieu. C’est peut être la meilleure définition de l’homme dans ses limites, être en manque de Dieu. Mais elle n’est pas si négative qu’il y parait, car Dieu est en manque de l’homme, c’est-à-dire qu’il recherche en Père aimant la communion pour vivre la louange, en frère, la participation à la vie divine dans nos capacités humaines, en Esprit une vie de don et de pardon pour progresser dans la grâce de la rencontre et de la relation. C’est pourquoi la miséricorde se moque du jugement, car elle voit d’abord en l’autre un frère avant d’y voir la cause d’un préjudice. Parfois nous en avons oublié la juste place du droit qui est de protéger le plus faible au nom d’une conception de l’amour sans responsabilité propre. Certes c’est une erreur, mais au nom de la vérité nous devons réaffirmer avec force que l’amour de Dieu est toujours premier dans notre vie, et que l’amour que nous devons avoir envers nos frères est toujours premier quoiqu’il se passe. Néanmoins nous devons vivre dans la réalité du quotidien et prendre acte des décisions de l’autre sans les amoindrir, ni les rendre disproportionnées, mais dans une juste distance avec la vérité. « la miséricorde devient un élément indispensable pour façonner les rapports mutuels entre les hommes, dans un esprit de grand respect envers ce qui est humain et envers la fraternité réciproque. Il n’est pas possible d’obtenir l’établissement de ce lien entre les hommes si l’on veut régler leurs rapports mutuels uniquement en fonction de la justice. »[iv]

 

            Il nous faut rappeler que la première marche de la miséricorde se tient dans la bienveillance sur le frère et le refus de juger. Mal dire de son frère c’est maudire son frère. Le jugement enferme l’autre dans son acte, et nous enferme dans une vision de l’autre en oubliant qu’il est avant tout une personne. Si l’acte dit la personne, la personne ne se définit pas par un acte, et jamais dans un instant, mais se comprend dans la continuité de son histoire. Vivre la miséricorde est justement comprendre son histoire et avec elle cheminer dans l’amour pour lui permettre de grandir et de se libérer du péché et de tout ce qui l’enferme. « La miséricorde authentique est, pour ainsi dire, la source la plus profonde de la justice. Si cette dernière est de soi propre à «arbitrer» entre les hommes pour répartir entre eux de manière juste les biens matériels, l’amour au contraire, et seulement lui (et donc aussi cet amour bienveillant que nous appelons «miséricorde»), est capable de rendre l’homme à lui-même. »[v] Nous pouvons dire que certaines situations de vie, même si l’on pense vivre l’amour, ne conduiront jamais à l’accomplissement de l’amour, parce que la vérité impose une fécondité dans le don sincère de soi et de l’altérité pour grandir sur le chemin d’humanité. Toutefois nous pouvons rappeler que la vie est un don sacré de Dieu et qu’il s’inscrit dans chaque acte créateur d’enfant, et que la fascination technique du fruit séduisant ne fera jamais de nous des dieux.

 

 

1.2         La miséricorde ne nie pas la vérité

 

Néanmoins, ne pas juger n’empêche pas de dire les vérités et qu’elles soient entendues avec justesse et humilité, mais qu’elles soient dites avec la force de l’Esprit Saint et du témoignage fervent de la parole. Parfois ne pas se positionner c’est collaborer au péché, par son silence et en être un acteur par omission. En fait ne pas juger n’est pas l’absence de la vérité. Certes une vérité qui demande l’humilité du cœur pour être entendue par le plus grand nombre, mais une vérité qui s’impose comme une évidence dans la révélation, et en même temps une vérité qui s’exprime dans le refus de conversion, comme un jugement, parce qu’elle redit notre devoir premier de fidélité au Seigneur et d’attention à la dignité de tout homme.

 

 

            Prendre acte… la miséricorde est justement de prendre acte que l’amour nous conduit sur un chemin de vie, et que c’est le dynamisme même de toutes nos logiques, et de tout notre être. Ce n’est ni par devoir, ni par obligation et encore moins par peur, mais bien par amour que nous sommes amenés à une vie nouvelle. La rencontre du Christ nous transforme et nous donne une autre logique dans la raison, celle de l’amour fondée sur une rencontre, approfondie dans les Ecritures, et vécue dans le discernement apostolique.

 

2              « Vous offrir vous-même en sacrifice vivant »

 

            La logique de l’amour implique le sacrifice de nos vies. Nous aimerions parfois amoindrir le choc des mots dans l’illusion de pouvoir adoucir nos maux. Mais le sacrifice est de vouloir ce que Dieu veut, c’est-à-dire l’obéissance dans le dépouillement. Ce n’est pas un sacrifice pour plus tard, ni même un sacrifice – démission où nous sommes morts en dedans de nous. Le sacrifice vivant est le don sincère de soi-même qui place l’amour de Dieu premier à tout autre chose. « Marie est celle qui, d’une manière particulière et exceptionnelle … a expérimenté la miséricorde, et en même temps … a rendu possible par le sacrifice du cœur sa propre participation à la révélation de la miséricorde divine. »[vi]  A la suite de celle que l’on appelle le premier disciple, nous sommes invités à une liberté de l’engagement où nous laissons l’autre s’aventurer sur nos chemins et où nous lui faisons place pour partager l’intimité de la relation fraternelle. Un engagement qui n’est pas dans l’à peu près mais demande un investissement permanent. On peut faire un parallèle entre le sacrifice vivant et un lâcher prise de l’amour, où nous sommes amenés à nous laisser conduire, et à recevoir l’amour comme un don gratuit. C’est peut-être cela la véritable humilité, d’accueillir l’amour simplement, en connaissant nos faiblesses, mais en recevant la force de Dieu passer dans les canaux de notre humanité.

 

            Que nos vies soit un sacrifice agréable à Dieu, c’est-à-dire une eucharistie à la suite du Christ et à l’exemple de Marie. Comme lieu du don et en même temps de l’action de grâce permanente. Cela demande d’être tourné vers la vie, dans la continuité du partage. Les parents en accueillant l’enfant dans le couple, savent les perturbations, et les tracas que cela peut occasionner. Mais en même temps dans la générosité du don, ils savent aussi toutes les richesses que les enfants peuvent apporter, et la complémentarité qu’ils vivront dans une croissance d’humanité à travers la recherche du bien commun. C’est en famille que nous avons la première définition de ce que doit être le bien commun, dans un climat de confiance et d’amour réciproque, de respect et d’attention à l’autre, et de responsabilité pour mûrir et croître chacun selon son charisme et dans un temps qui passe et oriente les choix différemment.

 

3       « Le culte spirituel »

3.1     Quelques jalons

            Le mot culte apparait 5 fois dans le nouveau testament, une fois dans l’Evangile de Jean (Jn 13,2) deux fois dans l’épitre aux hébreux (Heb 9,1 et 9,6) et deux fois dans l’épitre aux romains (9,4 et 12,1). Dans tous les cas il est relié au culte de l’ancienne alliance, et dans le cas présent il nous est demandé d’être dans un culte raisonnable, spirituel. Un service auprès de la parole de vie pour manifester le renouvellement de tout notre être par la présence du Seigneur. Il ne s’agit donc pas d’un simple discours rationnel mais d’un discours qui est en même temps prière, et retournement vers Dieu.

 

            Ainsi le véritable culte à Dieu se comprend par un sacrifice saint c’est-à-dire sacré, et en fidélité avec la parole et agréable, dans l’union des volontés qui œuvre pour une obéissance à Dieu et une complémentarité dans l’ordre de la création. Et si la véritable prière n’était pas tout simplement l’union à Dieu dans un agir fidèle à sa Parole et conforme à la liberté de l’amour ? A écrire tout parait si simple… Si nous faisions de toutes nos actions des prières, et faisions confiance en Dieu en reconnaissant à chaque fois nos limites, non pour se dédouaner, mais pour progresser.

 

3.2     La vie des saints un exemple de culte spirituel

            Lorsque Dieu parle à François d’Assise et l’appelle à rebâtir son Eglise, celui-ci va réparer une chapelle abandonnée dans les faubourgs d’Assise. Sa compréhension a été celle-là. Mais elle a été aussi un passage obligé de sa maturité spirituelle, en reconstruisant cette chapelle abandonnée. Par sa vie austère et son exemplarité, il a attiré la jeunesse d’Assise, et il est devenu un modèle. C’est ainsi qu’il a pu expérimenter d’abord la vie fraternelle dans sa réalité quotidienne, mais aussi mesurer la soif de ses contemporains à une vie qui a du sens, et à l’exemplarité dont il rayonnait avec efficacité. La grâce de l’appel, et le discernement à travers les signes des vocations, montraient la sureté du chemin de sainteté dans lequel Dieu l’appelait.

Ensuite, et seulement ensuite, le Seigneur lui fait comprendre autrement la phrase. St François saisit alors la Parole, comme une Eglise institution en rappelant le devoir de pauvreté et de vivre dans la simplicité de vie, de prière par une vie ancrée aux rythmes des offices et des sacrements, et de charité par le service auprès de tous et notamment ceux que l’on négligeait si promptement, les indigents et aujourd’hui ceux que l’on laisse en marge de nos sociétés. Ce ne sont pas les plus médiatiques, mais ce sont les plus marginalisés, nos vieux dans les maisons de retraite, et délaissés dans les soins par des budgets irresponsables, ceux qui connaissent l’exclusion, souvent suite à un divorce et dorment dans la rue parce qu’ils ne trouvent pas de logement. Ceux qui sont cloîtrés dans leur habitation et vivent la solitude avec une incapacité chronique à sortir, et n’ayant pas vraiment de visites. La compréhension de François n’a pu se faire que dans l’approfondissement de la Parole comme lieu de méditation et d’ouverture au dialogue. Dieu se sert de nos limites, pour se révéler davantage dans la gratuité de sa grâce qu’Il nous prodigue au moment voulu avec bienveillance et compréhension, dans ce qu’il nous est possible de porter en serviteur bon et fiable.

 

Le culte spirituel est l’offrande de soi corps et âme pour être pleinement embrasé de l’amour divin. Il y a bien un culte spirituel dans le corps, lorsque nous savons le façonner dans la prière. Le corps participe à la prière, debout il signifie la gloire de Dieu dans l’homme vivant, assis, il médite la Parole et la souveraineté de Jésus Christ, à genoux il supplie avec l’âme pour être pleinement configuré à la prière d’intercession. Il nous faut donc entendre le culte spirituel comme un lieu de façonnage de tout notre être pour être conformes à la volonté de Dieu, source de toute vie. Les dons de l’Esprit Saint nous le montrent en laissant refléter dans notre corps le dynamisme de l’âme, et lui donner une énergie irrésistible. L’envoi pour la mission n’est pas simplement le déplacement d’âme, mais il y a bien aussi le corps qui se transporte, c’est d’ailleurs raconté dans le Nouveau Testament. Le culte spirituel est alors l’expression d’un ajustement de tout notre être pour la louange et l’action de grâce des bienfaits du Créateur.

 

4       « Ne vous conformez pas au monde présent »

4.1 Autorité et dessein de Dieu

            Aujourd’hui combien d’attitudes utilitaristes dans une forme de légitimisme de ce qui est vécu. D’ailleurs n’est-ce pas le même St Paul qui dans le chapitre suivant dit « que tout homme soit soumis aux autorités qui exercent le pouvoir ». De quoi enlever tout l’aspect révolutionnaire de l’enseignement du Christ, et en même temps nous rappelle notre devoir premier d’être artisans de paix.

 

            Pourtant nous avons aussi à nous sortir de nos cultures prégnantes pour nous laisser évangéliser par la Bonne Nouvelle, c’est-à-dire transformer nos mœurs afin de mieux correspondre aux attentes du Christ et des signes qu’Il nous donne de vivre. Saint Dominique rappelle que c’est par le dialogue et la connaissance que nous sommes amenés à la conversion, et non dans le châtiment et la violence de l’inquisition. La transformation de nos mœurs doit toujours se faire dans une vie de prière, et l’éclairage de la Parole de Dieu. Quelle que soit notre éducation familiale, notre prégnance culturelle, et notre histoire, nous sommes appelés dans la réalité du temps présent à nous laisser saisir par la présence de Dieu, et à la révéler dans la transformation de tout notre être. Oui nous devons vivre des conversions, en laissant parfois de côté certaines injonctions parentales qui ont mangé nos vies, pour accueillir la grâce d’être une merveille de Dieu. Certes notre culture avec toutes ses richesses comporte aussi des pauvretés et des enfermements qu’il me faut aussi laisser pour rejoindre l’autre dans ce qu’il est. Quels que soient les boulets de notre histoire, nous sommes libérés par le Christ et nous avons à avancer dans la certitude de son amour. « Pour la foi des chrétiens, ce monde a été fondé et demeure conservé par l’amour du Créateur ; il est tombé certes, sous l’esclavage du péché, mais le Christ, par la Croix et la Résurrection, a brisé le pouvoir du Malin et l’a libéré pour qu’il soit transformé selon le dessein de Dieu et qu’il parvienne ainsi à son accomplissement. » [vii]

 

4.2 La conversion du monde présent

            Le monde présent s’apparente aussi à nos frontières culturelles. Celles-ci ne doivent pas servir de prétexte pour cultiver des antagonismes, ou se complaire dans des différences, afin de mieux refuser les conversions nécessaires. La vertu de chasteté est à vivre pour chaque homme et non suivant la couleur de peau ou d’origine ethnique, avec le présupposé que certains culturellement seraient inaptes à la continence alors que d’autres plus « sérieux » pourraient y accéder « naturellement ». Ce qui est vrai pour l’origine ethnique, l’est aussi dans un contexte sexué, les femmes « naturellement » plus capables que les hommes de vivre la continence…

 

 D’ailleurs cela voudrait-il dire que la nature dépend de la culture ou de l’être sexué ? En d’autres termes que la dignité de l’homme serait en fonction de critères d’a priori ? Les implications de telles pensées amènent à une culture de mort, où le dissemblable serait apparenté à un déchet d’humanité. La vertu du zèle missionnaire serait-il selon les coutumes, certains étant excentriques alors que d’autres plus renfermés garderaient dans le cœur pour ne pas choquer les autres. Certaines introversions sont un scandale pour la foi car elles oublient leur vocation d’annoncer la Parole à temps et à contre temps. « La connaissance authentique du Dieu de la miséricorde, Dieu de l’amour bienveillant, est une force de conversion constante et inépuisable, non seulement comme acte intérieur d’un instant, mais aussi comme disposition permanente, comme état d’âme »[viii] Le monde de ce temps a besoin d’une évangélisation en profondeur pour retrouver cet ajustement à la volonté du Seigneur. L’amour demande cet ajustement et va jusqu’à rejeter tout ce qui dans la culture nous en éloigne afin de vivre une civilisation où Dieu est présent. Une civilisation de la familiarité de Dieu quelle que soit notre race, notre langue, notre culture, car nous sommes tous enfants d’un même Père qui est aux cieux.

 

5 « Soyez transformé par le renouvellement de votre intelligence »

5.1 Une métamorphose grâce à la présence de Jésus en nous.

 

            Il nous faudrait traduire par « Soyez métamorphosés », plutôt que transformés. Un renouvellement par l’Esprit Saint pour reconnaitre l’amour comme premier lieu de la juste relation. « Le Saint Esprit vint  dans les disciples et dans tous ceux qui étaient prêts à le recevoir avec une grande richesse… C’est ce qu’il fait encore à toute heure et sans cesse ; il remplit et inonde tous les fonds, cœurs et âmes où il trouve quelque place et les comble de grâce, d’amour et de dons, d’une richesse qu’on ne saurait décrire »[ix] C’est pourquoi nous sommes entièrement renouvelés par sa présence dans notre vie, comme une maison restaurée de fond en comble et qui respire la joie de la beauté. Et dans l’intelligence de la foi nous avons à comprendre que ce renouvellement fait agir notre corps autrement, afin de se laisser vivifier par l’âme.

 

La transformation du corps et de l’âme est en fait une pleine communion où les besoins vitaux sont réunis dans ce qui est vraiment primordial  et non dans une recherche dispendieuse d’utilisation du nécessaire. Ainsi le rapport à la nourriture est pour sustenter et non pour se gaver. Il en va de même pour tous les autres besoins fondamentaux. Le renouvellement intérieur consolide l’extérieur et conforte son ossature et ses fondations dans le ciment de la foi par une saine isolation de la grande espérance et l’illumination de la charité. « De fait, c’est en espérance que nous sommes sauvés: l’espérance du quotidien manifeste sa puissance dans les œuvres de l’homme et jusque dans les mouvements du cœur, traçant ainsi le chemin, en un certain sens, à la grande espérance eschatologique liée à la Rédemption du corps. »[x] La métamorphose de tout notre être est bien de conformer tous nos actes à la dimension de l’Evangile et d’y faire écho. La recherche d’un grand bien se traduit par une conversion de ce que nous sommes pour nous dépouiller de nous-mêmes et nous enrichir de la relation à l’autre et au Tout Autre. Les paroles du Christ nous transforment entièrement et renforcent le lien du mystère de la dignité de l’humain dans son âme et dans son corps.

 

5.2 L’intelligence de la foi

           

            Les anciens nous aident à différencier ce qui est du monde sensible, voir les choses, gouter les fruits, sentir les fleurs, entendre la Parole, toucher la table, et ce qui est du monde intelligible, la volonté, la connaissance (l’intelligence) et la mémoire. Les sens c’est ce qui est premier et vient à nous, l’intelligibilité, c’est ce qui dépend de notre personne et qui demande un acte positif. En clair, nous ne sommes pas responsables de ce que nous sentons et qui est de l’acte de la réception, mais nous sommes clairement responsables de ce que nous en faisons, puisque cela dépend de l’expression même de notre volonté éclairée par l’intelligence et dans le contexte de notre histoire.

 

            C’est justement là que nous avons à nous laisser transformer par le Seigneur, dans cette connaissance qui ne dépend ni de notre volonté ni de notre histoire, mais se reçoit de l’histoire du salut, en reconnaissant notre  vocation première de fils de lumière, et dans une rencontre avec Jésus qui oriente notre volonté vers la recherche du meilleur bien. Or le renouvellement ne se fait pas sur un point, mais bien au contraire sur l’ensemble de notre intelligence pour orienter dans la recherche de la sagesse, et de l’obéissance à la Parole ce qui demande une vigilance de tous les instants.

6       « Pour discerner quelle est la volonté de Dieu »

6.1     L’amour comme unique recherche

 

            Le discernement demande la vertu de prudence d’une part et d’humilité d’autre part. La prudence pour prendre la hauteur nécessaire afin de percevoir la juste décision à prendre. Cela implique de prendre du temps et paradoxalement ne pas être attentiste. La confusion sur l’attentisme est perceptible dans la tension entre ceux qui veulent agir ici et maintenant sans prendre en compte les conséquences, ni même réfléchir à la portée des actes, et ceux qui procrastinent à épuiser toutes les bonnes volontés.

 

Le discernement de la volonté de Dieu est en même temps l’urgence du salut, et l’attente de la conversion des cœurs. Nous pouvons dans le Nouveau Testament prendre deux exemples, celui de l’aveugle guéri le jour du shabbat, pas d’attente c’est pour lui le salut ici et maintenant et d’autre part celui des zélotes qui voulaient faire advenir le règne de Dieu immédiatement, et Jésus leur rappelle que nous sommes dans les temps favorables, mais il nous faut encore patienter jusqu’à la moisson. «  A regarder notre vie superficiellement, certains jours sont féconds, d’autres stériles… Mais ce qui compte c’est comment nous avons vécu notre journée. Dans ce comment réside l’amour qui seul a de la valeur qui la communique à tout le reste »[xi] La grande espérance du salut se comprend dans l’amour et se consolide dans l’enracinement de la foi. Une foi qui fait confiance et discerne les fruits. Une foi qui écoute la Parole et la médite. Une foi qui chaque jour essaye de lire les signes et de comprendre ce que l’homme doit vivre. « De même  que les efforts humains sont par eux-mêmes impuissants à atteindre la perfection sans le secours de Dieu, de même déclarons nous que la miséricorde et la grâce de Dieu ne sont accordées qu’à ceux-là seuls qui peinent et se donnent du mal »[xii]  Rechercher la volonté de Dieu est le cheminement de toute une vie et demande un engagement concret de notre part.  Comment vivre la vérité de l’amour dans ma propre histoire, et être disciple du christ dans la méditation des Ecritures ? Un chemin de transformation et en même temps de découverte et de dialogue à l’écoute de l’Esprit Saint.

 

6.2     comprendre nos motions intérieurs

 

En fait, il nous est demandé de manière active de comprendre ce que nous avons vivre. C’est-à-dire relire l’amour de Dieu dans notre vie. « Les hommes sont agis par l’Esprit de Dieu pour faire ce qu’ils doivent faire, et quand ils l’ont fait, qu’ils rendent grâces à celui par qui ils sont agis ; ils sont en effet agis pour agir, non pour ne rien faire »[xiii] C’est par l’Esprit que nous sommes invités à discerner les actions de Dieu dans notre vie, ce que St Ignace appellera les motions intérieures. Nous avons à discerner ce qui nous conduit à vivre en enfant de Dieu dans la recherche du bien et à refuser tout éloignement ou toute agitation intempestive faisant oublier l’unique nécessaire.

 

C’est pourquoi comprendre la volonté de Dieu demande du temps. S’arrêter uniquement sur Marie au pied de la croix pour comprendre la révélation est un peu court. Mais oublier cet aspect dans l’histoire du salut est franchement instrumentalisé. Le discernement dans le temps regarde le dynamisme de la réalité, et vers quoi cela nous pousse, et nous fait discerner l’orientation fondamentale qui ne se voit pas tout de suite mais se dessine. Tout bateau dans la tempête, quand bien même cela le fait dévier, tend à vouloir aller vers une direction précise. Or la tempête des instants peut nous faire oublier que nos décisions amènent à des choix bien calculés. Même s’ils ne se découvrent pas immédiatement, lorsque l’horizon laisse entrevoir la destinée, nous comprenons alors tout le sens de notre histoire et la volonté de Dieu pour nous.

 

Parfois nous voulons discerner sans entendre les voix discordantes, ou même sans être attentifs à l’histoire des personnes. Et nous comprenons les choses sans assoir notre raison dans les signes qu’il nous est donné de voir. Nous manquons alors d’une prudence dans ce que Dieu nous demande vraiment de vivre. Jésus reprenant Ste Marguerite-Marie Alacoque sur des mortifications qu’elle se donnait de vivre en oubliant un peu vite que la véritable mortification se vit dans la relation fraternelle et notre quotidien avant de nous poser d’autres épreuves dénuées de sens. Ainsi les motions intérieures demandent la prudence et l’humilité pour avancer avec attention sur des choix et essayer de pénétrer le mystère de la révélation de Dieu et ce qu’Il veut nous faire comprendre. Je ne peux prétendre détenir tout du mystère de Dieu, ni même d’avoir compris mais d’être dans une démarche de vérité pour essayer d’entendre l’Esprit Saint dans ma vie et porter du fruit. Parce que vivre la volonté de Dieu me fera habiter la joie et connaitre une paix intérieure que nul ne peut détériorer, puisqu’elle est l’expérience de l’Esprit Saint.  

7       « N’ayez pas de prétention au-delà de ce qui est raisonnable »

           

            Comme nous devrions méditer sans cesse cette phrase pour nous rappeler l’humilité spirituelle que nous devons avoir dans toutes nos demandes. Cette humilité qui ne prend pas Dieu pour un magicien, mais comme celui qui pourvoit à nos manques et nous aide à aller vers l’essentiel. Des prétentions au-delà du raisonnable, c’est parfois demander à Dieu de faire à notre place, et dans la communauté de laisser à d’autres les taches qui nous incombent pour être affairés à ne rien faire.

 

            L’articulation des mots doit nous faire réfléchir sur l’importance de ce qui est premier. La prétention à des choses peut se faire en toute justice, mais lorsqu’elle offre un déséquilibre, ou est entrainée par des désirs malsains, alors il y a un problème de fond.  Cela demande en même temps de savoir où est notre place, et de rester à notre place, comme un dynamisme de l’amour qui commande de servir notre vocation propre et de nous y tenir dans la fidélité. Reconnaitre notre héritage de fils de Dieu et prendre en compte nos limites de fils d’Adam.

 

            Toutefois nous ne devons pas tomber dans une fausse humilité qui serait de nous retirer de ce qui nous revient de droit, ou même de ce qui est de notre responsabilité. En clair les premiers éducateurs sont les parents. Et l’Etat même s’il veut s’en arroger le droit, ne sera jamais à sa place lorsqu’il s’immiscera dans l’éduction des parents au nom d’une idéologie ou d’avancée culturelle discutable. Inversement les parents doivent rendre compte de l’éducation de leurs enfants dans le respect de la dignité humaine et en artisans de paix.

 

Mais peut être devrions nous aussi entendre l’appel intérieur et le désir que Dieu nous a déposé dans le cœur pour répondre avec générosité. En cela nous pouvons nous positionner sur des demandes auxquelles personne n’avait pensé nous proposer. Néanmoins elles doivent être en concordance avec ce que nous pouvons porter et ne pas nous mettre en situation d’échec. Il s’agit d’être attentifs au désir profond et de vouloir la communion avec Dieu dans notre appel particulier. « Jamais le désir de celui qui progresse ne s’en tient au bien déjà connu ; un autre désir, plus intense, puis un autre, encore plus profond, par la suite, poussent l’âme qui s’élève sans cesse sur la route de l’infini, par des biens toujours supérieurs »[xiv]  La recherche du bien de la personne et de la communauté est en même temps une progression de sainteté pour tous dans la réalité des vies de chacun.

 

            Parfois l’accompagnement spirituel nous fera comprendre que la vérité de ce que nous sommes donnera une liberté à tous nos actes, en d’autres termes, accepter ce que nous sommes, et que les frères puissent nous le dire simplement en nous encourageant sur tels aspects de nos vies, et de nos services, et en nous réorientant lorsque ce n’est pas notre charisme. Cette liberté du service dans la vérité de la relation permettrait parfois une meilleure communion entre nous et un témoignage plus efficace auprès de la cité. Un vrai travail est à faire sur la simplicité relationnelle qui demande en même temps la charité pour dire les choses avec miséricorde et pour aider à la croissance et en même temps la vérité par un discernement de ce qui est vécu.

 

8       « chacun selon la mesure de la foi »

8.1 La bonne mesure

 

            Quelle est la bonne mesure ? Aujourd’hui nous confondons l’égalité en dignité avec l’égalité dans les ressources allouées. Un peu comme vouloir installer de la climatisation au pôle nord parce que cela existe partout ailleurs, et qu’ils y ont aussi le droit, ou du chauffage dans les pays de l’équateur. Chacun selon ses besoins nous expliquent alors que la mesure que nous devons prendre n’est pas ce qu’à l’autre mais la bonne mesure de nos besoins propres sans disproportionnalités.

 

            Ici nous pouvons comprendre que c’est la foi qui exprime l’acceptation du don de Dieu et non l’inverse comme nous pourrions le penser. Dieu ne s’impose pas, et nous introduit à une communion où nous avons juste à accueillir. La mesure de la foi qui permettrait de dire à cette montagne déracine toi et va te planter dans la mer. Parfois nous rapetissons l’action de Dieu en lui disant si tu peux… Pourquoi un conditionnel lorsque nous prions le Seigneur. Il agit selon son dessein d’amour et nous avons à vivre la confiance dans la foi pour être fidèles à sa promesse révélée par les Ecritures. Les épreuves parfois nous font entrer en errance et dans un sombre doute.

 

            Doit-on mesurer notre foi ou faire confiance en Dieu en pleine liberté ? Dès que nous mesurons nous restreignons. L’infini n’est pas mesurable, ni l’éternité… La mesure de la foi veut voir avec les yeux du croyant à l’impossible qui se réalise, les déserts qui deviennent des terres fertiles, elle se mesure à notre capacité à nous convertir et à transformer notre vie dans une langue d’amour à travers la rencontre personnelle. Par contre elle perd sa mesure lorsque nous ne savons plus vivre la communion, c’est-à-dire espérer sur l’autre. C’est l’Eglise et la résonnance de la Parole du Christ qui nous rappellent à la réalité de la mesure de la foi dans la méditation des Ecritures.  « La parole du Christ, une fois écoutée, et par son dynamisme même, se transforme dans le chrétien en réponse, et devient elle-même parole prononcée, confession de foi. Saint Paul affirme qu’avec le cœur, on croit, et avec la bouche on fait profession de foi »[xv] Renoncer à mesurer notre foi c’est accepter de recevoir l’infini du bonheur dans la fidélité au Seigneur et marcher en sa présence dans la variabilité de notre histoire. C’est par l’amour que nous comprenons pleinement la foi comme une vertu et comme un don. « C’est dans cet entrecroisement de la foi avec l’amour que l’on comprend la forme de connaissance propre à la foi, sa force de conviction, sa capacité d’éclairer nos pas. »[xvi] C’est pourquoi l’amour est la mesure de notre foi, plus nous aimons, plus nous faisons grandir la foi, plus nous faisons confiance et vivons la grande espérance du salut. Plus nous avons la foi, plus nous entrons dans la lumière du Christ qui nous transforme et ouvre nos yeux à d’autres réalités, celle du culte spirituelle, de la recherche de l’unique nécessaire.

 

8.2 Une expérience plus qu’une mesure

            Nous sommes bien dans l’expérience d’une connaissance à approfondir où la raison et la justice ont la même logique de l’amour dans la vérité et la miséricorde. « L’égalité introduite par la justice se limite cependant au domaine des biens objectifs et extérieurs, tandis que l’amour et la miséricorde permettent aux hommes de se rencontrer entre eux dans cette valeur qu’est l’homme même, avec la dignité qui lui est propre. En même temps, l’«égalité» née de l’amour «patient et bienveillant» [xvii]n’efface pas les différences: celui qui donne devient plus généreux lorsqu’il se sent payé en retour par celui qui accepte son don; réciproquement, celui qui sait recevoir le don avec la conscience que lui aussi fait du bien en l’acceptant, sert pour sa part la grande cause de la dignité de la personne, et donc contribue à unir les hommes entre eux d’une manière plus profonde. »[xviii]Plus nous contemplons Dieu plus notre foi s’agrandit dans la réalité de la communion vécue, et plus nous sommes amenés à demeurer dans la lumière. Retrouver la relation fraternelle c’est participer à la restauration de la dignité de la personne et la conscience d’avoir un même Père. Parallèlement nous sommes alors invités à redécouvrir ensemble la recherche d’un même bien personnel et communautaire sachant que nos différences ne sont jamais plus grandes que ce qui nous unit.

 

            Cette révélation du rapport fraternel puise sa source dans la révélation du Verbe incarné. Certes, la méditation des Ecritures n’est pas une possession de la parole de Dieu, mais bien à ce qu’elle irrigue toute notre vie, et nos façons de faire afin de témoigner davantage de la grâce, afin d’illuminer nos frères de la présence de Dieu en nous. Car un des fruits de la foi dans l’Esprit Saint est la communion où nous sommes invités à rester en silence pour l’adoration. Un émerveillement de la création et un éblouissement de notre Père Créateur. Cet éblouissement qui nous fait agir ensuite pour ouvrir nos horizons à la volonté de Dieu et de le chercher sans cesse. Un désir d’être en communion avec lui, à travers l’amour d’un cœur sincère jamais statique mais dynamique dans la fécondité de la grâce. « c’est justement dans l’amour qu’il est possible d’avoir une vision commune; qu’en lui nous apprenons à voir la réalité avec les yeux de l’autre, et que cela n’appauvrit pas mais enrichit notre regard. Le véritable amour, à la mesure de l’amour divin, exige la vérité et, dans le regard commun de la vérité qui est Jésus Christ, devient solide et profond. »[xix] La foi entraine dans ce lien profond avec le Verbe incarné et nous rend réceptifs au souffle de l’Esprit pour agir avec justesse. La bonne mesure est bien dans la justesse de l’amour divin avec notre vie.

 

9       «Plusieurs membres en un seul corps »

9.1     Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême

 

            La multiplicité des charges dans l’Eglise, et à travers nos relations fraternelles au cœur de la cité ne doit pas  empêcher notre devoir de préserver la communion d’une même humanité. Une évidence qui pourtant nous égare dans l’esprit du monde pris entre la possession et la liberté. En fait c’est perdre la notion du service d’un même corps pour tirer à soi, dans l’exercice du pouvoir une vision étriquée et non ajustée à la volonté de Dieu.

 

            Plusieurs aspects d’une même et seule foi qui s’expriment dans l’harmonie des personnalités, des cultures et de l’histoire générationnelle. Or parfois on confond radicalité de l’Evangile dans la Vérité avec rigidité excessive d’un aspect culturel marqué. . A décrire c’est assez simple, mais parfois la limite est un peu juste. Doit-on faire des hosties en riz en Asie puisque c’est l’élément nutritionnel principal ? Le débat amorcé par les missions a reçu un refus de la part de l’Eglise. Une confusion entre ce qui est de l’ordre culturel de ce qui est de l’ordre de la théologie sacramentelle. Par ce simple exemple du XVIème siècle on voit bien la difficulté d’une expression de foi inculturée et pourtant universelle. Qu’y a-t-il de commun entre l’expression liturgique des pays d’Afrique noire, celle de l’Europe, et celle des rites orientaux ? Tout semble s’y opposer or ils célèbrent tous le kérygme[1] de la foi et vivent la communion avec le Pape et la tradition apostolique.

 

 

9.2     Universalité et communion

 

            Mais l’universalité de l’Eglise n’empêche pas une certaine cohésion sur les éléments fondamentaux. Hier, les chrétiens se sont retrouvés sur le Credo pour affirmer clairement ce qu’il fallait croire et ce qu’il fallait refuser. Depuis la tradition de l’Eglise s’est enrichie dans la clarification, grâce aux dogmes et aux abondants écrits spirituels. Si les questions théologiques sont aujourd’hui à peu près ajustées pour tous, les questions d’éthique, et notamment de l’agir divisent profondément. Il n’y a qu’à voir le positionnement dans l’Eglise sur le mariage dit pour tous, de paires d’hommes et de femmes, ou sur les questions de PMA. Or certains s’arrogent des prises de position en dehors de la communion ecclésiale au nom d’un pluralisme. Néanmoins dans certains cas nous ne formons plus un seul et même corps. La cacophonie des propositions est parfois délétère et entraine les jeunes à choisir des religions beaucoup plus justes et plus claires sur les positions (au moins à leurs yeux). Nous ne pouvons dans ce domaine que souligner le souci d’unité de la conférence des évêques de France, et du document signé par tous les évêques sur la PMA. En fait le débat même en Eglise est empoisonné par un climat sociétal peu propice à la réflexion et assenant des positions dans un sentimentalisme repoussant. L’unité demande de pouvoir dialoguer, mais aussi de réfléchir sur les conséquences et de relire en Eglise les exigences de l’Evangile pour trouver un juste discernement et avancer en communion.

 

Ce qui est vrai pour le débat en bioéthique l’est tout autant pour la construction de la cité et la recherche du bien commun. On ne peut confondre l’immigration, qui est l’accueil de l’étranger pour qu’il puisse vivre dans la culture et la langue qui le reçoit avec l’invasion qui veut imposer sa propre culture, et refuser l’intégration au nom de son origine ou d’un tribut d’un préjudice historique. De plus la prise en charge des veuves d’une part, et des orphelins d’autre part pose vraiment des questions sociétales jusqu’alors non résolues. Je découvre de plus en plus dans notre ville de Joinville, lors des enterrements des grandes solitudes, elles sont toujours masquées il s’agit des vieux et de ceux qui sont sortis un jour du tissu social, on ne sait  même plus trop comment. Il nous faut être attentifs à nos voisins, mais plus encore à ceux qui partagent la même foi pour les entourer de notre affection et avec eux chercher à déployer le règne de Dieu autour de nous.  A chacun d’avoir un positionnement différent et un engagement spécifique. L’exercice de la charité dans ces domaines ne s’oppose pas mais se complète. En faire un terrain d’opposition ou de dénigrement abime le respect de notre lien fraternel alors que nous devrions plutôt être un lieu pour vivre l’action de grâce dans ce que se vit pour chacun. La pastorale de la bienveillance ne doit pas être un vain mot mais une recherche au jour le jour de l’action de Dieu par nos charismes propres. 

 

 

10     « les dons qui diffèrent selon la grâce accordée »

           

            Dans la vie en Dieu il y a une différence entre égalité et égalitarisme. L’égalitarisme étant de donner à chacun la même part. Dès les paraboles, que ce soit celle de l’ouvrier de la onzième heure ou celle des talents, en passant par le fils prodigue, nous voyons bien que nous ne sommes pas sur une quantité à évaluer (voir à jalouser tel Caïn envers son frère) sur le bien de l’autre mais à un égal amour de Dieu pour chacun de nous, et partageant les grâces pour chacun selon ses propres capacités à recevoir. C’est-à-dire que Dieu ne nous écrase pas  de biens mais nous rend responsables de ce qu’il nous donne en accordant son secours par l’onction de l’Esprit Saint afin de nous aider à les faire fructifier.

 

            Si les dons diffèrent c’est pour notre sanctification personnelle et corollairement[2] pour le bien commun, et les besoins de la communauté. Notre transformation par la joie de Dieu reçue porte un témoignage autour de nous, selon ce que nous révélons, et notre personnalité. C’est-à-dire que les dons s’incarnent réellement et ne font  pas que  nous saupoudrer. Et plus je suis réceptif au don et je prends ma part de responsabilité, plus il grandit et porte du fruit. Il est important de ne pas vouloir comme l’autre, mais de vouloir selon notre besoin. C’est d’ailleurs l’invitation de St Benoit à ceux qui sont Abbé, qu’ils soient attentifs aux besoins des frères pour donner ce qu’il faut à chacun selon les besoins. Nous pourrions d’ailleurs en faire un exercice très pratique sur les retraites. Tout le monde doit-il partir en retraite ? Pas forcément, il peut y avoir une cohésion sociale à vivre autrement dans la vie de la cité. Par contre, certains par la maladie, ou un vieillissement différencié ne peuvent garder leur travail, ou remplir le rôle premier, et ce n’est pas une question d’âge mais de personne. D’autre part la place des grands parents qui peuvent s’occuper des enfants à la sortie de l’Ecole et les accueillir en attendant le retour  du fils ou de la fille du travail consolide le lien familial et l’utilité sociale dans une reconnaissance des personnes et une transmission générationnelle. Tout cela demande un discernement et d’être attentifs à ce qui fait grandir l’autre pour le bien de la cité. Je ne donne aucune indication sur ce point, mais je montre à travers cet exemple que les différences de nos états de santé ou de nos implications familiales font évoluer notre positionnement dans la société et  notre responsabilité de construction d’un monde meilleur, et pas forcément dans le consumérisme d’une recherche individuelle de loisirs. 

 

A chacun de vivre son appel dans le discernement fraternel et avec le souci du bien commun et une volonté d’être dans la grâce. « Dégage –toi en vérité, de toi-même et de toutes choses créées, et élève pleinement ton âme à Dieu au-dessus de toutes les créatures dans le profond abîme ; là, plante ton esprit dans l’esprit de Dieu, dans un véritable abandon de toutes des facultés supérieures et inférieures… dans une véritable union avec Dieu, … »[xx] Le don s’accueille dans l’abandon à Dieu et la réception de sa grâce, une volonté d’être pleinement en communion avec Lui et de l’accueillir chaque jour de notre vie. Comme une joie venant en surprise et demandant d’être à l’écoute des signes de l’Esprit. Chacun selon sa grâce reçoit ce dont il a besoin.  L’abandon à Dieu évite les comparaisons et les situations de jugements pour s’aligner à la volonté de Dieu et correspondre jour après jour à notre élection de fils de lumière.

 

11 « don de prophétie » « don d’enseigner »

 

            On peut parler du prophétisme du corps, c’est-à-dire que la Parole est vécue dans ce que nous vivons. Mais elle annonce aussi sur ce vers quoi nous allons. Ce chef d’entreprise auquel le médecin avait conseillé du repos après sa crise cardiaque lui répond, je n’ai pas le temps, et le médecin de lui rétorquer, « bien, je vous reverrai à vos obsèques d’ici deux – trois mois » Ce fut un bon électrochoc.. Le corps a une portée prophétique de ce que nous vivons et de ce que nous donnons à voir.

 

            Une des erreurs fondamentales serait de croire que la foi ne s’enseigne pas, comme une transmission de ce qui nous fait vivre. L’enseignement est une transmission de connaissances que l’on partage. Il y a bien une transmission de la foi à vivre entre les parents et les enfants, et sur plusieurs générations pour rappeler l’amour infini de Dieu dans l’histoire familiale, et lui demander les bénédictions nécessaires sur toutes nos générations. La transmission de la foi est un impératif dans une famille chrétienne et fait partie de l’éducation des parents auprès de leurs enfants. Il ne s’agit pas de donner un choix, mais bien d’offrir le choix de la vie en Dieu par l’enseignement de la Parole. Nous entendons la Parole de Dieu, nous la méditons dans notre cœur et nous la transmettons à nos frères de manière audible et en y conformant notre vie. « Celui qui s’est ouvert à l’amour de Dieu, qui a écouté sa voix et reçu sa lumière, ne peut garder ce don pour lui. Puisque la foi est écoute et vision, elle se transmet aussi comme parole et comme lumière. »[xxi] L’appel à la liberté de l’autre se fait dans la conscience de la vérité, et demande alors de témoigner avec amour de cette paix que Dieu met dans notre vie par sa présence. « La parole reçue se fait réponse, confession, et de cette manière résonne pour les autres, les invitant à croire. »[xxii] Il nous faut rappeler notre vocation baptismale de témoigner auprès des autres de cette rencontre avec le Vivant. En famille mais auprès de nous, la transmission de la foi est juste la contagion de l’amour qui se partage comme une joie et une renaissance de tout notre être. Avec Jésus tout prend sens. C’est le premier enseignement que nous avons à recevoir.  « La transmission de la foi, qui brille pour tous les hommes et en tout lieu, traverse aussi l’axe du temps, de génération en génération. Puisque la foi naît d’une rencontre qui se produit dans l’histoire et éclaire notre cheminement dans le temps, elle doit se transmettre au long des siècles. »[xxiii]

12     Donner sans calcul

 

            Le calcul de ce que l’on fait est souvent le curseur de notre superficialité. Or la métamorphose de notre vie à la Parole du Christ implique de vivre l’amour en toute chose. Notamment de la patience dans l’écoute, de la persévérance dans la présence de la rencontre, de la confiance dans nos relations humaines et les signes de l’Esprit Saint pour nous éclairer des grâces qui nous sont envoyées. La gratuité du don est l’extension de la gratuité de l’amour. « Nous ne pourrons pas célébrer avec gratitude le don gratuit de l’amitié avec le Seigneur si nous ne reconnaissons pas que même notre existence terrestre et nos capacités naturelles sont un don. Il nous faut « accepter joyeusement que notre être soit un don, et accepter même notre liberté comme une grâce. C’est ce qui est difficile aujourd’hui dans un monde qui croit avoir quelque chose par lui-même, fruit de sa propre originalité ou de sa liberté »[xxiv]. Cela veut dire que la relation demande la vérité en reconnaissant l’autre comme sujet, et non comme objet de satisfaction.  La relation à l’autre doit s’exprimer dans la gratuité de l’amour pour être véritablement sincère. Un chemin d’amour que nous traversons avec nos frères en famille, et en cité pour le vivre avec tout homme comme un lieu de croissance et d’enracinement à la lumière des Ecritures. C’est un chemin d’espérance parsemé de doutes et de frayeurs, mais en même temps avec une promesse, comme horizon de notre accomplissement. Le salut promis ouvre à la liberté de nos choix, et non dans un esprit mercantile de donnant – donnant.

 

12.1 La vitalité de l’amour

            En effet l’amour n’est pas utile, il est juste principe de vie. Passer des moments avec certaines personnes, ou des personnes dans le coma, n’est pas forcement utile, mais cela a du sens. Le sens de l’amour qui exprime toujours le respect de la dignité de l’être. Un amour transformant dans la relation à l’autre et se prolongeant harmonieusement à travers l’attention pour chacun. Donner sans calcul c’est retrouver le sens de la gratuité. La première gratuité que nous recevons vient de Dieu qui nous donne un monde à aimer et à faire fructifier en respectant ce qu’Il nous donne et en faisant appel à notre responsabilité propre. Cette gratuité est à vivre avec nos frères dans ce que nous avons à vivre dans la relation « Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra. »[xxv]Une conscience de faire le bien, et une liberté de le faire en secret pour laisser à l’autre sa pleine autonomie et le respect de sa personne. Le don implique une gratuité pour aimer vraiment tous ceux qu’il nous est donné de côtoyer dans un libre échange et une relation de fraternité universelle. Une générosité de la relation comme un don de notre humanité et une reconnaissance de la fraternité. En résumé le respect de la personne dans sa valeur première et sacrée d’image de Dieu et l’acceptation de sa propre liberté à travers les choix effectués.

 

            Nous pouvons parfois manquer de générosité dans notre ministère. Certains prêtres par exemple étant arc boutés sur le repos du lundi pour refuser tout apostolat. Mais n’ayons crainte, nous avons tous des manques de générosités, dans la participation à la vie de la paroisse, dans l’investissement en famille ou dans les relations de voisinage… etc.. Lorsque nous faisons de la relation à l’autre un échange ou un contrat. C’est d’ailleurs ce que l’on peut reprocher aux groupes sectaires, d’être entre membres et de favoriser ceux-ci pour l’utilité d’un petit groupe, la Franc maçonnerie en est un bon exemple. Or dans la foi nous avons à vivre la gratuité dans la relation fraternelle, dans une hiérarchie de la charité demandant de s’occuper des plus proches mais en aucun cas ne rendant exclusif ce service, ni en rendant mineur l’engagement avec ceux qui nous sont plus éloignés socialement – affectivement – culturellement.

 

12.2 Dans ce monde avec l’esprit de Dieu

 

            Notre société médiatique à sentimentalisme variable essaye de combler le vide des solitudes dans l’assommant programme d’informations ou de loisirs laissant très peu de place à une réflexion fondée sur la raison et la vérité. Le divertissement étant souvent orienté dans des messages subliminaux de la culture de mort et d’un tapage médiatique désespérant. « L’expérience de la discontinuité, du déracinement et de l’effondrement des certitudes de base, promue par la culture médiatique actuelle, provoque ce sentiment profond d’abandon auquel nous devons répondre en créant des espaces fraternels et attirants où l’on vit avec sens. »[xxvi] Nous avons à travailler notre fraternité en Eglise pour témoigner d’un accueil inconditionnel de chacun pour l’embrasement de la foi en Christ. Il nous faut vivre un accueil patient pour la conversion, persévérant dans la proclamation des vérités de la foi et efficace au service de la charité. La gratuité de la relation donne le sens de ce que nous avons vraiment à vivre, et la force de l’accomplir dans un esprit de sacrifice et d’offrande. Le don se vit à travers une promesse de communion parfaite à Dieu au dernier jour, et d’une progression sur notre vie actuelle à travers les frères.

            La gratuité du don se fait aussi par notre présence. Or parfois la communication avec l’autre s’arrête vite par l’écran portable ou le téléphone qui encombre notre quotidien et nous fait oublier la qualité d’être. Peut-être qu’avec mon frère je m’ennuie, je me lasse, je vis des moments de grande solitude, mais il est et reste mon frère et l’apparition d’objets pour chasser l’ennui sont parfois l’expression d’une angoisse de vaincre nos propres vides intérieurs. Néanmoins, il faut bien y être confronté un jour pour vivre un certain détachement et accéder à une purification afin d’aller vers un sens de la vie qui nous porte et nous conduit aux chemins de la paix. Pour nous conduire à La Présence des présences. A vouloir fuir cette gratuité de la relation, la toxicité relationnelle peut entrainer clivage, violence et refus de dialogue, voire un entre soi et une marginalisation abrupte de ceux qui sortent des cadres. La gratuité du don n’est pas simplement un précepte évangélique, même si en soi c’est déjà très important pour nous configurer au Christ, c’est aussi une qualité de relation qui va à l’essentiel et un profond respect de l’humanité de chacun dans la valeur sacrée de la personne. « On consacre un temps gratuit et sans hâte uniquement aux choses et aux personnes qu’on aime »[xxvii]

 

 

12.3 L’incarnation mystère de la gratuité de l’amour

 

            Le Christ par son incarnation nous révèle ce respect profond de l’homme pour lui-même et de sa valeur sacrée aux yeux du Père. « Tu as du prix à mes yeux » n’est pas une belle phrase poétique mais une réalité que le Christ vient révéler par sa personne. La  mort sur la croix et sa résurrection nous invite à comprendre le pardon de Dieu et  la gratuité de son amour qui va jusqu’à nous libérer de tout péché. « Le don de lui-même sur la croix est une chose si grande que nous ne pouvons ni ne devons payer, nous devons seulement le recevoir avec une immense gratitude et avec la joie d’être tant aimés, avant que nous puissions l’imaginer : « Il nous a aimés [le premier] » »[xxviii] Ainsi nous sommes invités à entrer dans cette disponibilité du cœur pour accueillir le don de Dieu comme salut pour les hommes et à le partager par une vie donnée dans la gratuité de notre disponibilité.

 

L’amour est offrande de soi et comme unique logique de l’amour de Dieu pour son humanité que nous répercutons auprès de nos frères. Ni utile, ni toujours agréable, mais toujours par amour de Dieu et configuré au mystère du Christ dans l’acte d’offrande proposé par l’Esprit Saint comme lieu de joie. « Il y a de la beauté, au-delà des apparences et de l’esthétique en vogue, en tout homme et en toute femme qui vit avec amour sa vocation personnelle, dans le service désintéressé de la communauté, de la patrie, dans le travail anonyme et gratuit pour rétablir l’amitié sociale »[xxix] En effet cela nous parle de l’œuvre de Dieu et nous invite à regarder plus haut, plus loin, dans ce petit coin de ciel où le jardin de la familiarité avec Dieu nous introduit à une complicité de nos vies avec son amour et une fécondité dans le témoignage.

 

Il nous faut savoir donner gratuitement pour recevoir avec abondance les grâces que Dieu nous fait vivre à travers les frères. Une gratuité qui demande d’avoir confiance en Dieu et en l’autre et de faire confiance dans cette rencontre entre Dieu et l’homme. Une rencontre faite d’humilité pour avancer avec persévérance et de courage pour garder le cap malgré les tempêtes inévitables. Combien de rétrécissements du cœur devrons-nous affronter avant de prendre enfin le large avec Dieu aux commandes ? L’incarnation nous fait prendre conscience de la gratuité de l’amour de Dieu dans notre vie et de nous sentir accueillis, aimés et pardonné dans la relation fraternelle à la lecture de l’Evangile et l’expérience de la vie communautaire axée sur la recherche du meilleur bien.

 

 

13     L’amour soit sincère

 

            Etymologiquement le mot sincère à son origine dans les marchés romains où l’on voulait acheter du miel sans cire, c’est-à-dire non trafiqué, pur. La sincérité a donc cette dimension d’honnêteté et en même temps de séparation entre ce qui est de l’ordre de la fraude et de l’ordre de la vérité du produit. Evidemment se dire sincère en regardant droit dans les yeux pour affirmer un mensonge a quelque peu déprécié le terme, reconnaissons-le. Néanmoins la sincérité n’est pas de l’ordre d’un point de vue mais d’une réalité matérielle de ne pas duper. Or en histoire d’amour la sincérité est plus que nécessaire pour vivre la confiance dans la fidélité à l’autre.

 

            Comment parler de sincérité dans un monde de plus en plus formaté par l’apparence. L’arrivée des nouvelles technologies, que ce soit la photographie, la télévision et l’informatique aujourd’hui nous apprennent à revoir notre concept de sincérité tant l’instrumentalisation de l’information et la différence de traitement des sujets est flagrante. La sincérité de l’amour va avec le don de soi-même. Une sincérité certes dans la gratuité, mais aussi dans la vérité. Pas de paraitre, mais bien un être relié à sa profondeur spirituelle pour porter la lumière de Dieu à tous par ce que nous témoignons par nos paroles et par nos actes. C’est l’amour dans sa radicalité et non dans le relativisme qu’il nous faut vivre, c’est-à-dire de manière sincère et désintéressée, et non dans la possession et le mercantilisme. Ce qui demande de s’abreuver à la source de la vie pour recevoir l’amour comme un don. « Sans des moments prolongés d’adoration, de rencontre priante avec la Parole, de dialogue sincère avec le Seigneur, les tâches se vident facilement de sens, nous nous affaiblissons à cause de la fatigue et des difficultés, et la ferveur s’éteint. »[xxx]. Or le témoignage et l’appel à la conversion nécessitent de garder cette ferveur en gardant nos regards fixés sur le Christ et sans faux semblants.

 

            Le premier Dieu nous a aimés, et nous invite à l’accueillir dans notre vie et lui faire une place dans notre cœur pour croitre et acquérir cette liberté d’enfant de lumière. « Son amour est si réel, si vrai, si concret qu’il nous offre une relation faite de dialogue sincère et fécond. »[xxxi] et nous avons à l’imiter dans notre relation avec nos frères, et cette conscience d’ajustement à notre relation avec Lui.  Il est venu nous sauver, et il n’a pas fait semblant, mais s’est fait pleinement homme pour montrer cette sincérité de l’amour, comme nous avons à prendre nos responsabilités et nous investir pour redire cette même sincérité auprès de nos frères. Nous ne sommes pas dans le paraitre, mais bien dans le don généreux qui demande de faire des choix et par conséquent des sacrifices qui certes coûtent mais rendent pleinement fécond dans un témoignage authentique. C’est le sens du disciple du Christ, il « sait bien que sa vie donnera du fruit, mais sans prétendre connaître comment, ni où, ni quand. Il est sûr qu’aucune de ses œuvres faites avec amour ne sera perdue, ni aucune de ses préoccupations sincères pour les autres, ni aucun de ses actes d’amour envers Dieu, ni aucune fatigue généreuse, ni aucune patience douloureuse. Tout cela envahit le monde, comme une force de vie. »[xxxii] L’amour sincère n’est pas qu’un témoignage mais bien l’émergence de la civilisation de l’amour où chacun à sa place. C’est ce que nous avons à vivre concrètement dans la relation fraternelle à travers une volonté d’être donné. « L’Esprit Saint agit comme il veut, quand il veut et où il veut ; nous nous dépensons sans prétendre, cependant, voir des résultats visibles. Nous savons seulement que notre don de soi est nécessaire »[xxxiii]

 

            Il en va de même dans la famille. L’histoire des époux dans le sacrement du mariage est déjà un appel au don sincère de soi-même et nous vient du récit de la Création. « En effet, pour pouvoir demeurer dans le rapport du « don sincère de soi-même » et pour devenir un tel don l’un pour l’autre à travers toute leur humanité faite de masculinité et de féminité …ils doivent être libres précisément de cette manière. Nous entendons ici la liberté comme maîtrise de soi. »[xxxiv] L’amour sincère est donc l’expression d’une vérité qui nous rend libres et permet un échange dans la fidélité. Il en va de même pour chacun d’entre nous à l’écoute de la Parole de Dieu et par la force de l’Evangile à vivifier cet amour de Dieu dans un cœur sincère pour transformer ce qui doit l’être et nous laisser envahir par la présence du Seigneur. « Dieu ne se cache pas à ceux qui le cherchent d’un cœur sincère, bien qu’ils le fassent à tâtons, de manière imprécise et diffuse »[xxxv] Il nous revient alors de vivre cet amour sincère en recherchant le royaume, et nous laisser conduire par la grâce de l’Esprit Saint pour être attentifs à ce que Dieu nous demande aujourd’hui. « là où l’homme, même fragile et pécheur, s’ouvre sincèrement à la rencontre avec le Christ, là commence une transformation radicale »[xxxvi]

 

14     Fuyez le mal avec horreur

 

            Quelle phrase paulinienne étonnante ? Comment ne fuirions nous pas le mal ? Et pourtant c’est une réalité que j’ai exprimée auprès des jeunes lors des débats sur la drogue. Dire que la drogue n’est pas bonne est un leurre, car celui qui en prend c’est parce qu’il pense bien parce qu’à la base il a trouvé le fruit bon, et les yeux se sont fermés sur l’aliénation qui en découla.

 

            Lorsqu’au baptême on affirme refuser Satan et ses séductions, c’est bien que quelque part nous pouvons avoir une notion d’agréable à voir et à regarder, et se laisser tenter. Sinon il n’y aurait pas vraiment de tentation et le débat serait clos et joué d’avance. Mais le malin tire bien son nom de sa façon d’appâter sur les apparences et nous piéger dans des paroles et des actes qui ne sont pas justes. Rien n’est plus vrai qu’un faux billet nous disent les moralistes, pour nous mettre en garde contre les pièges du démon.

 

            Induire en erreur et piéger l’autre peut être un savoir-faire dans nos relations. Cette histoire d’un PDG lors d’un comité des délégués du personnel. Ceux-ci demandent de pouvoir raccourcir la pause repas de 35 mn à 30 mn pour aller plus rapidement au bureau. Le PDG n’y voit pas d’inconvénient jusqu’à l’intervention de son DRH lui faisant remarquer que dans la convention collective, moins de 35 mn revenait à payer le temps du repas.. Comme nous savons parfois être dupés par ignorance, ou par malice, ou par perversité !

 

            Peut-être pouvons-nous encore une fois parler de notre devoir de travailler l’intelligence de la foi afin d’avoir le discernement idoine dans les situations. Cultiver une ignorance crasse, afin de faire exprès de ne pas savoir pour ne pas se positionner est de l’ordre du péché. Le droit canon dit que lorsque nous ne savons pas, ce n’est pas péché, mais lorsque nous cultivons cette ignorance pour se justifier c’est clairement une faute grave. Aujourd’hui, certains se complaisent dans la vie quotidienne et les occupations du monde, et parfois dans la gourmandise spirituelle par la prière en oubliant l’enseignement et l’obligation de formation. Ce n’est pas normal. Ce n’est ni sain, ni saint.

 

            Fuir le mal est l’attitude de St Augustin devant la tentation, « courage fuyons ! », résumant ainsi la vie spirituelle par la vertu de prudence. Lorsque le combat est là il faut s’armer, mais si on peut l’éviter, il faut surtout prendre tous les moyens pour ne pas y être confronté.

 

 

15     D’un zèle sans nonchalance

Ah que de problèmes au nom de ce zèle missionnaire, avec la confusion entre prosélytisme et l’annonce joyeuse et affirmée de sa foi. Que de problèmes entre les signes ostentatoires qui deviennent pour les autres des attentats du positionnement libre de chacun dans une logique de relativisme débridé. Et pour couronner le tout dans le Nouveau Testament nous donnons la notion de zèle dans l’empressement à faire les choses, à dire les événements (upodei) avec le mot (zélon)  qui est plutôt la ferveur de l’esprit, l’ardeur (être chaud bouillant pour l’annonce).

 

 

15.1   L’empressement de dire

 

D’autre part notons dans le nouveau testament qu’il y a bien une différence entre l’empressement de l’annonce, la chaleur de l’esprit dans le zèle, l’ardeur politique du zélote et le décalage du propriétaire de la foi à travers le prosélyte.  Il est vrai qu’entre le zèle et la ferveur la définition du sens est assez faible. Car la ferveur demande toujours le zèle, même si ce n’est pas toujours vrai dans l’autre sens.

 

Un problème de traduction ? Le mot (upodei) est traduit en français suivant le contexte, par zèle ou empressement. Il apparait dans l’évangile de Marc pour la hâte de la fille d’Hérodiade de demander la tête de Jean le baptiste[xxxvii]. Nous ne  retrouvons pas le sens négatif du mot dans 2 co (employé 5 fois sur les 12 usages dans tout le NT) et les autres usages des écrits apostoliques.

 

Mais nous pouvons parler de zèle lorsque Marie rejoint en hâte[xxxviii] sa cousine Elisabeth comme un empressement à partager le bonheur de la présence de Dieu dans sa vie et concrètement dans son corps. Un zèle qui fait jaillir une joie de l’autre qui est en attente. L’enfant qui est au-dedans de moi a tressailli. Combien d’attente de ceux qui recherchent un sens à ce qu’ils vivent tressaillent lorsqu’ils trouvent des témoins lumineux leur parlant de l’invisible comme d’un compagnon de route dans la réalité du quotidien qui réchauffe le cœur et redonne vigueur au corps. Un empressement dans la conversion pour rejoindre le Seigneur[xxxix] dans différents sens du mot zèle (zelon) employé quelques mots plus loin. « Quel empressement ! Que dis-je ? Quelles excuses ! Quelle indignation ! Quelle crainte ! Quel ardent désir ! Quel Zèle » Un empressement pour Dieu et aussi à l’égard de l’apôtre[xl] confirmant le service de la charité que le mot développe. Une hâte à vouloir exceller dans la foi, la Parole et la science, don de l’Esprit Saint et témoignage de la libéralité de l’amour qui s’exprime selon les charismes de chacun[xli]. L’empressement se vit dans la vérité de l’amour[xlii] comme disciple du Christ. Cette hâte à répondre à l’appel du Seigneur[xliii]dans la foi, et la vertu de la connaissance[xliv] qui fait de nous des témoins authentiques de la Parole. Ainsi nous rendons compte de notre espérance[xlv] du salut. Un zèle à donner sans calculer mais dans l’accueil de la miséricorde et le service, même lorsqu’il préside[xlvi] (surtout lorsqu’il préside devrions nous dire).

 

15.2   Le zèle ce feu dévorant – l’esprit fervent

 

Le mot grec (zélon) n’est employé qu’une seule fois dans les Evangiles et chez St Jean. « Le zèle pour ta maison me dévorera [xlvii]». reprenant ainsi la citation du psalmiste dans le constat assez déterministe d’un feu dévorant qui consume le témoin. Le mot est le plus employé par St Paul ,et notamment dans la lettre au corinthiens six fois sur seize emplois dans le NT, deux fois dans la lettre aux romains et une fois en Galate.  Chez St Luc, il apparait dans les actes et de manière négative chez les pharisiens plein d’animosités[xlviii] et de jalousie[xlix]. Comme si ce zèle empêchait l’accomplissement de l’œuvre de Dieu. La lettre aux hébreux mentionne le « courroux de feu qui doit dévorer les rebelles »[l] mais là encore on ne peut pas dire que l’immanence de la justice divine soit vraiment positive. Dans la lettre aux philippiens Paul parle de zèle[li] pour dénoncer son attitude négative face aux chrétiens ou dans la lettre aux romains du zèle[lii] mal éclairé.

 

Dans la 2ème lettre aux corinthiens Paul fait l’éloge du zèle de la communauté pour lui,  et d’une ardeur dans la foi de manière plus positive. En effet dans la 1ère lettre, c’était le zèle  pour mieux dénoncer les divisions qui s’ensuivent, l’un pour apollos, l’autre pour Paul[liii]… oubliant le Christ que nous devons servir en premier mais la seconde lettre, parle de zèle qui peut être aussi le ciment de l’unité qui fait la advenir la joie[liv]. Une ardeur à servir Dieu et qui rend fier St Paul, une jalousie dans l’expression d’un attachement des biens du ciel[lv]. Il faut reconnaitre pourtant que l’acception du zèle de manière positive dans le NT est très mince (4 /16) et se trouve uniquement dans la seconde lettre aux corinthiens. Est-ce à dire que le zèle ainsi appelé manque de discernement pour s’exprimer ? En tout cas il est clairement lié à l’esprit du monde et non à la sagesse de Dieu dans la plupart des cas.

 

L’Ancien testament (dans la version grecque), parle bien de zèle mais toujours attaché à l’action de Dieu comme une expression de sa jalousie pour garder l’attachement de son peuple.[lvi]  Et avec la réciprocité de la jalousie de l’homme pour la loi de Dieu décrivant ainsi son attachement radical[lvii] et marquant ainsi leur vie du témoignage absolu[lviii]. Néanmoins,  dans le livre de l’Ecclésiaste c’est pour dénoncer la vaine jalousie des hommes[lix] ou bien dans le livre de Job son emportement stérile[lx]. Le cantique des cantiques en parle comme d’une passion[lxi] qui rend inflexible par l’amour qui est le plus fort.

 

Mais comme témoignage le zèle est source d’honneur, comme dans le livre de Maccabées[lxii] mais on parle de beau zèle c’est-à-dire d’un zèle de la loi[lxiii] donné par Dieu. Et pris sous le terme négatif du vice c’est pour souligner la vertu de l’obéissance des hommes sans jalousie[lxiv]

 

 

 

15.3   « C’était en mon cœur comme un feu dévorant »

 

Au zèle de Dieu, plein de jalousie pour marquer l’infini de son amour et en même temps sa marque indélébile sur le peuple élu, répond le désir de l’homme comme un feu dévorant[lxv] au plus profond de l’être, ce qui structure ma chair, c’est-à-dire mes os. La Parole est ce qui me structure, et me permet de coordonner toute la vie au service du bien. Comme une raison qui m’invite à passer à autre chose, et cet empressement qui vient du désir le plus profond de communion et qui appelle l’onction du Seigneur sur la vie de chacun. La visite de Dieu dans notre vie est une flamme de feu dévorant[lxvi], promesse de victoire sur le péché et toute la culture de mort, de déchet, de relativisme mortifère. La Loi du Seigneur et la présence de Dieu me consolide dans la réalité du jour et les promesses de la nuit. La vérité qu’elle soit cachée ou en plein jour demeure comme le prolongement de la fidélité et de l’amour. La présence de Dieu est un feu dans notre vie, un torrent[lxvii] débordant et en même temps une purification de tout notre être qui nous pousse nous aussi à désirer le règne de Dieu pour tous

 

Encore faut-il comprendre que l’empressement de Dieu pour son peuple, et son attachement à nous faire vivre l’alliance n’a pas de commune mesure avec nos propres actions pour faire advenir le règne sans le souffle de l’Esprit Saint. Le zèle quitte alors le concept de jalousie, pour s’attacher à cette ferveur empressée de faire connaitre le règne de Dieu. Nous saisissons alors le passage entre le zèle de Dieu à la hâte de l’homme pour y répondre. L’empressement à fuir l’esclavage pour s’établir en Terre promise[lxviii] et prendre possession de la promesse de Dieu dans nos vies. La foi se vit dans la hâte de l’action de Dieu dans notre vie, la joie de la résurrection nous attend, les reins ceints, nos sandales aux pieds, le bâton[lxix] à la main, et la lampe allumée. L’empressement d’annoncer la Bonne Nouvelles est joie pour les pauvres en esprit, c’est-à-dire ceux qui vivent le détachement par rapport aux biens de ce monde, parce qu’ils peuvent courir, dépouillés de tout à la rencontre de leur Seigneur et lui répond sans tarder[lxx] parce qu’il est miséricordieux. Notre hâte à obéir à Dieu fait la fierté du Seigneur.

 

Synthèse

Ainsi, entrer et jouir de la foi, conformer sa vie à la volonté de Dieu et se donner dans la liberté d’un oui qui engage l’avenir, nous ouvre tous les horizons du bonheur. Lorsque je suis ajusté à la volonté de Dieu, et que j’accueille ce qui vient de Dieu avec confiance, alors tout prend sens, alors tout devient joie du moment, Oui, je construis cette civilisation de l’amour où Dieu est sans cesse présent. . Le Signe manifestant la présence de Dieu dans notre aujourd’hui pour jubiler dans l’action de grâce. « L’homme religieux cherche à reconnaître les signes de Dieu dans les expériences quotidiennes de sa vie, dans le cycle des saisons, dans la fécondité de la terre et dans tout le mouvement du cosmos. Dieu est lumineux, et il peut être trouvé aussi par ceux qui le cherchent avec un cœur sincère. »[lxxi] Dans cette recherche de la vérité de l’amour nous accueillons toujours le signe comme nourriture de sa Parole celle-ci se déploie dans la relecture. Rendre un culte sincère au Seigneur demande d’être attentifs à nous laisser transformer par sa parole et en vérité dans tous les actes de nos vies, à cela nous serons reconnus comme ses disciples, à l’amour que nous aurons les uns pour les autres, et que nous partagerons  à tous les peuples en tout temps. « Tout être humain qui respire de haut et de bas rang, instruit et ignorant, jeune et vieux, homme et femme a une mission un travail. Nous ne sommes pas envoyés dans ce monde pour rien… De même que le Christ a son travail, nous aussi avons le nôtre… Sans aucun doute, Dieu accorde à chacun tant de vigilance et de soin qu’au dernier jour il devra, sauvé ou non, reconnaître que rien de plus n’aurait pu être fait que ce qui, en effet, l’a été – et chacun verra sa propre histoire comme spéciale et unique »[lxxii].

 

 

Père Greg – Curé modérateur

St Charles Borromée –  Joinville le pont

 

 

 

[1] Kérygme : affirmation principale de la mort de la résurrection du Christ et de son retour dans la gloire.

[2] En même temps, réciproquement

[i] &37 Dieu est amour

[ii] &6 Dives in misericordia

[iii] &7 Dives in misericordia

[iv] &14 Dives in misericordia

[v] ibid

[vi] &9 Dives in misericordia

[vii] &2/2 Gaudium et spes

[viii] &13 Dives in misericordia

[ix] P87

[x] TDC 86/7

[xi] P 107  Aimer parce que Dieu est amour – Chiara lubich

[xii] Jean Cassien, Institutions cénobitiques XII, 11,13 p 878 dictionnaire des pères de l’Eglise

[xiii] St Augustin sur la correction et la grâce II, 4 p 879 dictionnaire des pères de l’Eglise

[xiv] St Grégoire de Nysse p 878 Dictionnaire (déjà cité)

[xv] &22 Lumen Fidei

[xvi] &26 Lumen Fidei

[xvii] 1Co 13,4

[xviii] &14 Dives in misericordia

[xix] &47 Lumen Fidei

[xx] P 83 Jean Tauler – Sermons

[xxi] &37 Lumen Fidei

[xxii] ibid

[xxiii] &38 Lumen Fidei

[xxiv] & 55 Gaudete et exsultate – Liucio Gera, Sobre el misterio del pobre, dans P. Grelot- L. Gera-A. Dumas, El Pobre, Buenos Aires 1962, p. 103.

[xxv] Mt 6,3-4

[xxvi] &216 Christus Vivit

[xxvii] &146 Evangelii Gaudium

[xxviii] &121 Christus Vivit

[xxix] &183 Christus Vivit

[xxx] &262 Evangelii Gaudium

[xxxi] &117 Christus Vivit

[xxxii] &279 Evangelii Gaudium

[xxxiii] ibid

[xxxiv] catéchèse du 15 janvier 1980 JPII (TDC 15&2)

[xxxv] &71 Evangelii Gaudium

[xxxvi] &50 Verbume Domini

[xxxvii] Mc 6,25

[xxxviii] Lc 1,39

[xxxix] 2 Co 7,11

[xl] 2 Co 7,12

[xli] 2 Co 8,7

[xlii] 2 Co 8,8

[xliii] 2 Co 8,16

[xliv] 2P 1,5

[xlv] He 6,11// désir du salut Jude 1,3

[xlvi] Rm12,8//Rm 12,11

[xlvii] Jn 2,17 citant le Ps 69,10 « Oui le zèle pour ta maison m’a dévoré ; ils t’insultent et leurs insultes retombent sur moi »

[xlviii] Ac 5,17

[xlix] Ac 13,45// Ga 5,20// Jc 3,14//Jc 3,16// Rm 13,13// 1 Co 3,3//

[l] Heb 10,7 Co 12,2

[li] Ph 3,6

[lii] Rm 10,2

[liii] 1 Co 3,3

[liv] 2 Co, 7,7

[lv] 2 Co 11,2

[lvi] ZA 1,14 et 8,2 – Sophonie 1,18 et 3,8, Siracide 30,24,40,4,48,2 sagesse 5,17, Proverbes 6,34, Is 9,6 ; 26,11 ; 37,32 ; 42,13 ; 63,15, Ezechiel, 5,16 ; 16,38, 16 42 ; 23,25, 36,6 et 38,19, Deutéronome 29,19, 2 R 19,31

[lvii] Nombre 25,11

[lviii] Judith 9,4

[lix] Ecclésiastes 4,4 et 9,6 // Pv 6,34 ou d’un clan Is 11,13

[lx] Job 5,2

[lxi] Cantique des cantiques 8,6

[lxii] 1 Maccabées 2,54

[lxiii] 1 Maccabées 2,58

[lxiv] 1 Maccabées _,16

[lxv] Jr 20,9

[lxvi] Is 29,6

[lxvii] Is 30,30

[lxviii] Dt 16,3

[lxix] Ex 12,11

[lxx] Si 21,5

[lxxi][lxxi] &35 Lumen Fidei

[lxxii] Cardinal Newman