2019. Lettre de Pentecôte 2/2. L’unité

« Que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux »

L’unité entre nous est à puiser dans le mystère de communion Trinitaire. Lorsque le don de l’Esprit Saint vit en nous, alors nous participons (dans nos limites humaines) à la nature de Dieu un et trine. En effet, l’unité fraternelle et la communion avec le prochain nous enseignent sur le respect d’une égale dignité dans la vérité de l’amour. En d’autres termes la vie de communion influence notre rapport au monde créé par l’ajustement de tout notre être à l’appel Créateur afin de soumettre la nature et être partenaire de la création dans une relation de confiance. Or le signe tangible de cette relation de confiance est la vie en l’Esprit Saint, car elle vient non seulement nous secourir dans notre faiblesse, mais nous inspirer l’attitude la plus juste dans notre vocation de Fils de Dieu appelés à la ressemblance par nos choix de vie. Cela détermine nos actes dans la recherche du bien pour approfondir la communion dans un échange qui respecte l’autre comme sujet, et se met au service de la nature et non en intendant peu scrupuleux.

Notre âme a soif de communion qu’elle retrouve dans la contemplation du mystère de la Trinité, même si elle est abîmée par le péché originel et aussi dans l’inclination à faire des choix où manque la confiance au salut, c’est-à-dire l’espérance. L’âme « Morte par la négligence de son salut, par le péché et les occasions du péché, … commence à recevoir la vie, quand, échauffée par la chaleur de l’Esprit Saint, elle profite du secours général que Dieu donne à tous, et use des remèdes dont il a laissé la dispensation à son Église, tels que la fréquentation des sacrements, la lecture des bons livres, et les prédications. »[i]. Notre cheminement dans la foi se vit à travers l’Eglise comme lieu de présence du Seigneur et d’aide à la recherche du salut. Une marche dans la réalité fraternelle comme lieu de témoignage et de sanctification et affirmation de notre unité dans la foi.

Il s’agit bien d’un ajustement de notre vie où nous sommes au service et non mercenaires de ce qu’il nous est permis d’utiliser. Nous ne pouvons pas avoir une perspective clivante d’un équilibre écologique, attiré seulement par la faune et la flore, l’équilibre minéral, et refuser parallèlement la dignité de la personne humaine dans une écologie intégrale. Vouloir défendre la vie des animaux en assassinant les fœtus ne tient pas seulement du paradoxe, ni même du mensonge éhonté sur les finalités à géométrie variable. Cette défense irrationnelle n’est pas non plus à réduire à une simple et navrante bêtise crasse, mais elle tient bien d’un clivage idéologique propre à la culture de mort dans une tyrannie idéologique. Nous ne pouvons pas avoir une parole qui ne prend qu’un aspect des choses, sinon de vouloir une maison commune à feu et à sang. « Une écologie intégrale requiert une ouverture à des catégories qui transcendent le langage des mathématiques ou de la biologie, et nous orientent vers l’essence de l’humain »[ii]. C’est pourquoi elle transcende tous les programmes politiques et toutes les sensibilités pour retrouver le sens de l’homme dans l’univers et l’harmonie qui doit s’y développer. « La volonté du Créateur était que l’homme entre en communion avec la nature comme son «maître» et son «gardien» intelligent et noble, et non comme son «exploiteur» et son «destructeur» sans aucun ménagement. »[iii] C’est pourquoi cantonner le soin de la maison commune à une sensibilité politique ou à un seul aspect de la question est de l’instrumentalisation idéologique. La vie de la cité doit prendre en compte tous les aspects de la relation à soi, la relation aux autres, et la relation au créé sans tomber dans une forme d’illusion économique ou un utilitarisme humain, jr ne parlerais pas de la tyrannie communautariste observable dans certains cas. Seulement voilà, nous sommes baptisés, et donc envoyés pour être les témoins du Christ par nos voix et par nos voies. Oui nous sommes bien appelés à être artisans de paix, c’est-à-dire dans le domaine de la vie de la cité, à être prudents et avisés, pour effectuer un discernement qui prend en compte tous les paramètres, et assure une certaine unité entre nous.

            Si la vie de la cité demande de vivre une cohésion pour développer la paix, il peut être un sport national de critiquer la religion catholique, ou encore ses membres, usant et abusant des situations de scandales pour légitimer les propos injurieux ou mensongers dans une rancœur propre à des personnes blessées dans leur fonctionnement psychique. Néanmoins entre baptisés, nous devons toujours avoir une volonté de communion, et ne pas oublier que nous ne sommes ni au service d’hommes particuliers, ni même seulement engagé dans la vie de la cité mais bien d’abord et avant tout dans le service de Dieu sous le regard du Christ, avec pour modèle Marie, afin de vouloir ce que Dieu veut et de l’accomplir dans les médiations humaines. « L’exemple de sainte Thérèse de Lisieux nous invite à pratiquer la petite voie de l’amour, à ne pas perdre l’occasion d’un mot aimable, d’un sourire, de n’importe quel petit geste qui sème paix et amitié. Une écologie intégrale est aussi faite de simples gestes quotidiens par lesquels nous rompons la logique de la violence, de l’exploitation, de l’égoïsme. En attendant, le monde de la consommation exacerbée est en même temps le monde du mauvais traitement de la vie sous toutes ses formes. »[iv]. La communion est un appel à vivre dans un climat de confiance entre nous et en même temps de communication pour ne pas nous laisser instrumentaliser. La prière est là pour nous ajuster dans nos comportements et nous assurer l’aide de l’Esprit Saint afin de discerner les propositions et la vie fraternelle dans une recherche d’une meilleure communion.

 L’Esprit Saint nous fait expérimenter l’amour, comme lieu de la présence de Dieu, comme un lieu de relation et d’échange. C’est là où nous avons à déployer la notion d’écologie intégrale, pour reprendre l’ensemble de notre vie sous le regard de Dieu et du don qui nous a été donné à travers la création. « Une écologie intégrale implique de consacrer un peu de temps à retrouver l’harmonie sereine avec la création, à réfléchir sur notre style de vie et sur nos idéaux, à contempler le Créateur, qui vit parmi nous et dans ce qui nous entoure, dont la présence « ne doit pas être fabriquée, mais découverte, dévoilée»[v]. »[vi] Un appel à la conversion permanente pour nous laisser transformer par la Parole de Dieu, saisir par l’inattendu de la présence de l’Esprit Saint qui se révèle dans la vérité de la relation fraternelle. Etre attentifs aux signes de l’Esprit pour maintenir une communion toujours plus forte. Ce qui est propre à notre foi dans l’Eglise catholique doit se poursuivre à travers le dialogue avec nos frères chrétiens. « Dans ce courageux cheminement vers l’unité, la lucidité et la prudence de la foi nous imposent d’éviter le faux irénisme et l’indifférence aux normes de l’Eglise. [vii]Inversement, la même lucidité et la même prudence nous recommandent d’écarter de nous la tiédeur dans l’engagement pour l’unité et plus encore l’opposition préconçue ou le pessimisme qui tend à tout voir négativement. »[viii]. La recherche de communion dans la relation est de trouver le bon équilibre dans l’environnement moral, social économique et spirituel pour respecter l’unité et approfondir le véritable amour. L’amour c’est la manière dont l’Esprit Saint habite en nous.

 1 Que tous soient un

            « Que tous soient un.» Quelle est-donc cette perfection de la communion ? Nous avons trois aspects, l’unité qui nous vient de Dieu et que l’on reçoit, et nous pouvons distinguer l’unité intérieure, de notre personne, corps et âme, fait pour la louange de Dieu, et l’unité extérieure avec notre prochain et comme témoignage pour le monde de la parole vivante. Pour l’unité intérieure nous pouvons reprendre l’expression d’écologie intégrale puisqu’il s’agit bien d’unifier toute notre vie, dans notre âme et notre corps c’est-à-dire au rapport avec le monde tant minéral que biologique, que dans la relation fraternelle.

1.1          La communion dans le mystère Trinitaire

La première unité que nous recevons de Dieu est la contemplation de la Trinité, Trois volontés qui s’expriment d’une seule voix, chacun selon sa spécificité. L’unité de la Sainte Trinité nous apprend à contempler ce dynamisme de l’amour entre le Père et le Fils qui se reçoivent dans la Personne Don[ix]. « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. » Union des volontés dans une triple harmonie, la voix de l’accord parfait. Il ne s’agit donc pas d’affirmer son individualité mais bien d’exprimer sa complémentarité dans la diversité des personnalités. Une complémentarité où l’amour est toujours premier comme le don et le pardon (pour l’homme). Il y a une synergie spirituelle forte entre l’amour, le don et le pardon, comme trois actions d’une même réalité source de vie. Une prolixité de l’amour toujours dynamique dans la création des nouvelles relations et en même temps fidèle à soi-même. Un ajustement à l’autre pour un même dynamisme de l’amour dans la générosité de son expression toujours divers, toujours varié, toujours inattendu et pourtant toujours le même. Un amour personnel pour chacun d’entre nous, unique, qui nous libère, qui nous restaure qui nous envoie. L’amour de Dieu est d’abord une liberté du don vécu dans la gratuité du sacrifice pour le salut et de la générosité du don qui se propose et vient nous sauver. C’est pourquoi le mystère de la Trinité est en même temps un approfondissement de nos limites humaines et une contemplation de cet infini de Dieu auquel nous sommes appelés à ressembler sans remplacer.

Le mystère de la Trinité est un lieu d’éternelle action de grâce pour tous les bienfaits reçus de Dieu dans la diversité des personnes divines. « Le Père fait toutes choses par le Verbe dans l’Esprit, et c’est ainsi que l’unité de la Sainte Trinité est sauvegardé »[x]. L’agir de Dieu est orienté vers un même bien, vers le seul bien vers tout ce qui est bien. L’action de Dieu est l’amour de tout ce qui est bien en soi, bien pour les autres et un bien pour tous, c’est-à-dire la Création. Tout cela en Dieu est un même bien. « Tu vois la Trinité si tu vois la charité »[xi] Il y a une concomitance entre la Parole de Dieu et son action. La Parole est en même temps action pour Dieu. Nous le voyons lors de la Création, mais également lorsque Jésus donne une parole de guérison, aussitôt nous disent les évangiles, la personne recouvre la vue. « La Parole de Dieu, assidûment proclamée dans la liturgie est toujours vivante et efficace par la puissance de l’Esprit Saint, et manifeste l’amour agissant du Père qui ne cesse jamais d’agir pour tous les hommes »[xii]. Lire la Parole de Dieu et s’en abreuver tout au long de notre vie est une recherche d’unification de notre existence sous le souffle de l’Esprit. Une communion qui touche à tous les aspects et qui engage à un témoignage de vie qui se concrétise de manière visible. « La Parole de Dieu pousse l’homme à des relations animées par la droiture et par la justice ; elle atteste la valeur précieuse, face à Dieu, de tous les efforts de l’homme pour rendre le monde plus juste et plus habitable[xiii]. » Nous savons où aller, lorsque nous laissons les Ecritures nous guider, et nous lui faisons confiance en persévérant dans la fidélité. L’Esprit Saint nous aide à garder cette persévérance en nous donnant les signes sensibles tout au long du chemin pour nous faire progresser vers cette belle amitié d’union.

            Là où se trouve l’amour, là se trouve Dieu, là nous contemplons le mystère de la Sainte Trinité. La communion que nous avons à vivre est d’abord en relation avec l’amour de Dieu et son dynamisme relationnel, qui est échange dans une dynamique de création renouvelée. Une perpétuelle inventivité féconde et en même temps que nos pauvres mots par analogie essayent d’approcher sans jamais vraiment en parler. Parce que la relation d’amour est d’abord une expérience. Le Christ en nous invitant à l’unité nous rappelle qu’elle est fondée sur sa relation unique au Père. Plus nous sommes fidèles aux Ecritures, que nous méditons la Parole et que nous nous laissons inspirer par elle dans tous nos actes, plus nous entrons dans le mystère de l’amour qui ouvre à tous les possibles. La relation à Dieu dans l’amour nous rend proches de lui et nous invite à le partager à nos frères dans le témoignage. « Ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux. ». Il y a bien un échange par le témoignage des actes et une répétition de ce qui est vécu, chacun selon ses propres talents. L’amour que Jésus a pour le Père n’est pas le même que nous avons pour Lui, et pourtant nous sommes invités à vivre la réciprocité de l’amour divin avec nos limites humaines. L’important n’est pas le décalage de notre amour mais l’exercice de notre liberté à vouloir ce que Dieu veut, et à conformer toute notre vie à l’amour divin qui ne cesse pas d’agir par l’action de l’Esprit Saint. « La parole du Seigneur nous invite à aller vers une communion plus large. « Nous sortons de l’étroitesse de nos expériences et entrons dans la réalité qui est vraiment universelle. En entrant dans la communion avec la Parole de Dieu, nous entrons dans la communion de l’Église qui vit la Parole de Dieu. (…) C’est sortir des limites de chaque culture dans l’universalité qui nous relie tous, nous unit tous, nous fait tous frères »[xiv].

 1.2          L’incarnation du Christ, perfection de la communion

 Et cet amour de Dieu dans l’incarnation du Christ révèle une dimension nouvelle à travers l’Eucharistie. « Sacrement de l’amour[xv], la sainte Eucharistie est le don que Jésus Christ fait de lui-même, nous révélant l’amour infini de Dieu pour tout homme»[xvi] La vie d’unité à Dieu passe par des signes concrets et notamment la célébration de l’offrande d’amour du Fils pour nous revigorer dans notre vie humaine tant dans notre âme que dans notre corps. « Dans le Sacrement de l’Eucharistie, Jésus nous montre en particulier la vérité de l’amour, qui est l’essence même de Dieu »[xvii] et par notre participation nous faisons de Dieu notre compagnon de route, notre cœur réchauffé par les Ecritures et nos yeux ouverts à la réalité fraternelle par la fraction du pain invitant ainsi au témoignage. « Dans le pain et le vin, sous les apparences desquelles le Christ se donne à nous à l’occasion du repas pascal[xviii], c’est la vie divine tout entière qui nous rejoint et qui participe à nous sous la forme du Sacrement »[xix] La communion en Dieu nous éclaire sur notre relation avec Lui et les étapes d’une rencontre qui respecte tout l’homme et lui fait la promesse de la vie éternelle dans le choix à poser pour répondre à l’amour premier de Dieu. « . Le « mystère de la foi » est mystère d’amour trinitaire, auquel nous sommes appelés à participer par grâce. »[xx]

             L’unité qui nous vient de Dieu est première, parce qu’elle nous permet de comprendre dans le mystère de la Trinité ce que nous avons à vivre par l’exemple. Mais la prière de Jésus nous révèle Dieu comme Père Saint. L’amour de Dieu est pour chacun d’entre nous comme une révélation de la relation unique qu’il veut. Car l’amour a ce particularisme de l’universel. Chacun d’entre nous est aimé de façon particulière, et unique, et en même temps Dieu aime tout le monde d’un amour gratuit et abondant afin de nous conduire au salut, c’est-à-dire à la réalisation de l’amour dans le don sincère de soi-même et cela commence par le Christ. « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui […] obtiendra la vie éternelle»[xxi] La communion dans l’amour de Dieu conduit à l’espérance du salut. L’amour est une réponse au don de Dieu qui se manifeste dans la venue de l’Esprit Saint. Il embrase nos cœurs afin de vivre la rencontre comme un échange libre de tout péché. Et le premier amour de Dieu pour l’homme est bien sa création en le marquant de son image, tout en le laissant inachevé pour lui laisser l’enfantement à la responsabilité d’exercer sa volonté. L’amour ne s’impose pas mais se propose par une recherche de communion vers un meilleur bonheur. 

            L’incarnation du Christ Rédempteur est de montrer par l’exemple la possibilité réelle de remplir notre vocation d’image de Dieu, c’est pourquoi le Christ est appelé le nouvel Adam. Il unifie la volonté de Dieu avec nos limites humaines. Et Marie comme témoin accomplit cette vocation en ne laissant jamais place au péché dans sa vie. « Il faut donc croire dans le Fils de Dieu, afin qu’advienne en nous la vie qui est la vie véritable et éternelle »[xxii] L’exemplarité de la vie du Christ, et le témoignage de Marie la Théotokos nous ouvre alors un chemin de conversion possible accompagné par l’Esprit Saint car Lui, ne cesse pas de prodiguer tout ce dont nous avons besoin pour vivre la communion dans la transformation du cœur. A la suite du Christ nous voici au service de nos frères dans l’annonce de la foi, et la confiance en sa parole. Avec Marie nous prolongeons notre charité dans la persévérance malgré les épreuves de la route. L’incarnation du Christ nous fait prendre conscience de notre propre fraternité à la suite du Messie, tout en remettant une distance nécessaire avec Dieu qui par nature vit autrement la communion. Vivre la Parole du Seigneur au milieu de nous, le rendre présent dans chaque acte que nous posons, change notre personne de manière concrète, tout en traçant une voie de sainteté dans la pleine communion où sera manifestée la gloire de Dieu dans l’accomplissement de la vocation ontologique de chacun. Il faut entendre par vocation ontologique, la vocation de tout notre être, de toute notre existence, en quelque sorte ce qui fait le principe premier de ce que nous sommes. Une vocation de ce qu’il y a de plus profond en nous, de plus intime, et en même temps de plus vrai, de plus essentiel.

            Il y a un véritable appel à vivre « le sacrement du frère » dans une recherche de communion où est prise en compte non seulement l’union de notre personne à Dieu mais passe aussi par la réalité fraternelle, nous remettant les pieds sur terre. Dans la grâce de l’Esprit Saint il nous faut redécouvrir la fraternité humaine des témoins du Christ que nous sommes, et dont nous devons porter témoignage. L’esprit de suspicion comme celui du murmure ou de la récrimination n’aide pas à l’édification de notre fraternité. Un regard de bienveillance n’exclut pas un juste discernement pour manifester la vérité de l’amour dans sa profonde radicalité enseigné dans les Ecritures. Le Christ nous invite juste à un changement de regard, pour puiser l’essentiel dans l’amour de Dieu et avancer sans juger notre frère, mais en transformant notre propre terre. C’est ainsi pour une fertilité de la Parole dans toute notre vie. Il faut qu’à partir des grains de blé nous portions des épis en profusion pour le témoignage. L’Eucharistie nommée le sacrement de l’amour, nous engage à vivre cette confiance illimitée de Dieu dans nos limites humaines afin que la vie de tout notre être soit en Dieu dans un agir authentique selon l’Evangile et l’intelligence que nous en donne l’Esprit Saint. Le Christ non seulement redit l’union à Dieu et l’unité à tout le genre humain, dont il est la source, mais nous invite dans une redécouverte de l’autre à changer nos rapports pour mettre Jésus en premier non seulement dans notre vie, mais encore dans la relation à l’autre, et la recherche de la volonté de Dieu en toute chose.

Le témoignage de notre foi comporte un contre-témoignage dans la multiplicité des églises chrétiennes, et ce qui est vrai à l’extérieur, l’est aussi à l’intérieur de notre église, dans l’éclosion de courants de sensibilité qui oublient la nécessaire communion avec l’ensemble. Notamment dans le discours éthique nous ne pouvons pas avoir plusieurs langages concernant la dignité de l’homme et le principe premier de ce qui fait la source de la vie, du beau, du bien. « nous pouvons et nous devons d’ores et déjà parvenir à notre unité et la manifester: … en luttant avec une persévérance inlassable pour cette dignité que chaque homme a atteinte et peut atteindre continuellement dans le Christ et qui est la dignité de la grâce de l’adoption divine et en même temps la dignité de la vérité intérieure de l’humanité; si cette dignité a pris un relief aussi fondamental dans la conscience commune du monde contemporain, elle est encore plus évidente pour nous à la lumière de cette réalité qu’est le Christ Jésus lui-même. »[xxiii] Les avancées scientifiques ne sont ni bonnes, ni mauvaises, mais nous devons avoir un discernement éclairé pour ne pas sombrer dans l’illusion de ce qui pourrait s’avérer un dommage plus grand que le mal qu’elles voudraient réparer. La vertu de prudence nous indique une invitation critique à ce que nous avons à vivre, et éclairer nos prises de décisions dans la réalité de notre humanité et non d’une situation particulière. L’incarnation du Christ nous montre que ce qui est bien pour un homme peut l’être pour l’humanité, sachant que l’humanité ne peut se restreindre à un seul cas. « Le tout est plus que la partie, et plus aussi que la simple somme de celles-ci. Par conséquent, on ne doit pas être trop obsédé par des questions limitées et particulières. Il faut toujours élargir le regard pour reconnaître un bien plus grand qui sera bénéfique à tous. Mais il convient de le faire sans s’évader, sans se déraciner. Il est nécessaire d’enfoncer ses racines dans la terre fertile et dans l’histoire de son propre lieu, qui est un don de Dieu. »[xxiv] L’incarnation du Christ sur une terre marquée par une patrie, et dans un temps particulier nous engage à vivre une autre relation avec l’Esprit Saint en lui demandant de redresser ce qui est tordu dans notre vie et notre culture, et de réchauffer la tiédeur de notre foi qui doit unir tous nos instants afin d’être embrasés par sa présence et proclamer la joie d’être en Dieu au monde de ce temps.

1.3          La dignité de la personne dans son intégralité

             L’unité intérieure de l’homme corps et âme est un apprentissage à recevoir notre vocation dans son intégralité sans les opposer. « Dans le Christ et dans l’Esprit-Saint, nous sommes tous un et selon le corps et selon l’esprit »[xxv] Une reconnaissance de la masculinité et de la féminité dans une égale dignité mais avec une spécificité bien réelle. C’est bien avec notre corps glorieux et notre âme que nous sommes invités à comprendre la joie du salut. Le Christ apparait toujours en tant qu’homme, et Marie en tant que femme. Notre masculinité et notre féminité ne sont pas relatifs à un sentiment ou à une idée mais au fondement de notre dignité humaine marqué par une réalité de notre caractère corporel, c’est dans toute notre personne que nous sommes amenés à accueillir cette différenciation sexuelle, à l’accepter comme lieu de sainteté, et à progresser dans une communion qui nous ouvre aux possibles que Dieu nous donne de vivre et nous invite à l’appel fondamental d’une communion de personnes à former à travers l’appel du mariage ou d’une toute autre manière par le service et l’offrande de sa vie à travers le célibat pour le royaume par sa une dimension eschatologique.

 Le mystère des fins dernières commence déjà dans l’acceptation d’un corps et d’une âme, à travers la réalité de notre masculinité et notre féminité. Elle se poursuit dans la réalité de l’amour ascendant, sensuel par ce désir du bonheur où nous nous approchons de l’autre, avec pour complément l’amour descendant où le don pour l’autre se retrouve dans la l’acceptation et l’integration du don reçu. Donner et recevoir nous permet de vivre l’amour dans la complémentarité, c’est cela la dynamique de l’amour. Etre fidèle à Dieu ouvre les yeux de l’humain et lui fait découvrir qu’il est aimé de Dieu expression d’une joie de la relation dans la vérité de ce que nous sommes et de ce qu’est Dieu. Une vérité qui nous entraine à choisir le bonheur comme lieu essentiel de notre réalisation en faisant des choix qui libérant et de plus nous engagent à vivre les profondeurs de l’amour à travers le détachement de tout ce qui est superflu pour vivre en cohérence le don comme un absolu qui s’offre et qui se reçoit. Par l’incarnation du Christ nous faisons l’expérience personnelle d’une nouvelle naissance dans nos vies grâce à l’Esprit Saint et d’une profondeur qui ne peut pas être appropriation, mais juste ce qui donne sens à toute notre existence. L’amour nous conduit à vivre cette responsabilité d’achever ce que Dieu a commencé à travers toute notre existence, manière de retrouver notre unité originelle et la vocation de communion avec Dieu dans la familiarité du jardin.

Or l’amour se vit dans l’acceptation du don de soi-même dans tout notre être ( corps et âme). Dieu c’est tout entiers qu’Il nous a voulus, qu’Il nous a créés, qu’Il nous aime. Séparer une partie de nous-mêmes parce que notre volonté a plus de mal à s’exprimer est une erreur. Nous ne sommes pas qu’un corps, objet de cellules, prêt à toutes les expérimentations, nous ne sommes pas qu’une âme, dans la négation de la réalité des limites humaines. Corps et âme Dieu nous a créés pour le salut. Avant de parler de communion avec les autres, encore faut-il s’accepter soi-même. Aujourd’hui dans une vision individualiste, nous avons une bipolarisation entre ceux qui se voient manifestement comme des êtres fondamentalement mauvais, corrompus par le péché et incapables de faire le bien… (sans le dire très clairement puisqu’automatiquement ce serait une négation du baptême, une erreur de la foi, un errement de la raison), et les autres qui sont dans une recherche narcissique du bien pour soi et la surmédiatisation, la suffisance de soi et l’exclusion des autres, riches, repus de soi et laissant Lazare à la porte. Nous sommes pris en tenaille et notre communion est difficile. Peut-être pouvons-nous méditer sur notre fin dernière pour être en adéquation avec la foi de l’Eglise « la résurrection signifie non seulement la récupération de la corporéité et le rétablissement de la vie humaine dans son intégrité grâce à l’union de l’âme avec le corps, mais aussi un état absolument nouveau de la vie humaine elle-même. »[xxvi] L’acceptation de cette union de notre personne corps et âme nous décentre de nous-mêmes pour nous envoyer vers nos frères. Le péché des origines a essayé de nous cliver en nous apercevant qu’il y avait un homme, et qu’il y avait une femme, et que l’esprit de concupiscence pouvait faire de la sexualité une fin en soi, au lieu de la vivre dans la complémentarité. Mais notre masculinité et notre féminité sont comme deux incarnations d’être un même corps, c’est-à-dire d’une égale dignité humaine[xxvii]. « les êtres humains, créés comme homme et femme, ont été créés pour l’unité, mais aussi que précisément cette unité, par laquelle ils deviennent une seule chair, a dès l’origine le caractère d’une union qui découle d’un choix »[xxviii]

1.4          Le Christ commande l’amour comme chemin indispensable du bonheur

Néanmoins dans nos choix de vie, notre amour peut devenir une réponse de tout notre être, ce que le pape Jean Paul II appelle l’amour sponsale et qui assure une communion complète de ce que nous sommes. Cela se vit dans les deux états que sont le mariage et la virginité pour le royaume. Le propre de l’amour sponsale est dans ce rapport interpersonnel qui exige une communion des personnes et en même temps répond à ce qui fait tout notre être, à ce que nous sommes vraiment dans le don total de notre personne. Il s’agit bien d’un don et non d’une liquidation de notre personne. Il ne s’agit pas de s’oublier, ou de s’effacer, mais bien de se réaliser dans l’amour comme lieu d’échange et de don. Une liberté du don comme témoignage de l’Evangile vécu dans sa chair. Un accomplissement de notre vocation de Fils de Dieu à travers la source de vie donnée par Dieu et que nous faisons jaillir dans nos actes quotidiens de façon irrévocable. L’amour sponsale est « l’espace intérieur de la liberté du don »[xxix] dans sa vérité intégrale[xxx].

 Vivre la communion c’est user de son corps avec respect dans la pureté du cœur. A travers le mariage il y a une victoire sur le péché de concupiscence et un rapport dans les relations réciproques fait de simplicité dans une joie intérieure où le don de soi peut vraiment recevoir l’autre comme un partage. En effet vivre la communion demande toujours cet échange et forme « à la maturité spirituelle adéquate de la personne humaine »[xxxi]. Paradoxalement la virginité pour le royaume trouve son accomplissement dans l’obéissance comme lieu de ressourcement avec Dieu de manière radicale et par la médiation des relations humaines et le discernement opéré. C’est la Parole qui nous rend libres, et sa proclamation est lieu de sanctification intérieure parce que nous nous laissons transformer pour mieux recevoir l’autre dans toutes ses réalités, et l’aider avec nous à recevoir le Christ Seigneur. Car la communion entraine non seulement un changement de notre part, mais aussi une réponse du frère à vivre cette conversion.

            Oui le lien de l’unité se vit à travers l’amour déployé dans la relation à l’autre, un amour sponsal pour vivre la communion avec Dieu jusqu’à configurer notre vie à celle du Christ. L’Esprit Saint est là pour nous accompagner dans ce charisme du don qui accompagne la vertu de charité afin de faire des choix de vie conformes à la volonté de Dieu et comme témoignages pour nos frères. Il s’agit de vivre l’amour dans la vérité plénière de ce que nous sommes et la relation que nous avons à vivre dans la liberté des enfants de Dieu. En effet, vivre la communion nécessite en même temps de vivre la vérité de l’amour dans toutes ses composantes, et la liberté de l’ajustement à la Parole de vie. En d’autres termes, aimer l’autre en discernant toutes ses composantes, et être fidèle à Dieu en respectant le mystère de sa présence. « L’unité à laquelle nous aspirons, nous ne la réalisons que dans la reconnaissance des dons du Père et de celui qui est notre source… Ce n’est qu’en lui que nous pouvons nous reconnaitre frères »[xxxii] Vivre la communion entre nous est un chemin de conversion permanente, où l’amour ne cesse pas de se dire en termes de pardon et de réconciliation. Oui le don de l’amour est aussi pardon pour vivre la communion.

1.5          Le témoignage est fécond dans la communion

            L’invitation du Christ à vivre l’unité demande alors le témoignage. Nous ne pouvons pas annoncer le Christ si nous ne savons pas vivre la communion entre nous. Cela commence déjà par notre participation active à la vie de l’Eglise, mais se témoigne dans ce regard bienveillant sur le frère et en contemplant toujours le Christ. Comment marche-t-il avec moi tout au long de mon chemin d’humanité ? Qu’aurait voulu Jésus pour moi aujourd’hui ? Mettre la présence de Dieu dans mon aujourd’hui c’est éclairer tous mes choix de sa présence et ainsi réorienter ce que je fais à la lumière de l’Evangile. Comme la première communauté de Jérusalem nous devons être assidus à la prière, à l’enseignement des apôtres, au partage et à la fraction du pain. Il ne s’agit pas tant d’être entre gens bien, mais plutôt de se laisser aimer par Dieu et aimer nos frères en écho à cet amour premier. Nous répandrons la Parole du Seigneur autour de nous en assurant d’abord et avant tout notre unité. L’Esprit Saint enrichit toute l’Eglise qui évangélise par les dons et les charismes afin de nous soutenir dans l’œuvre d’édification de l’Eglise qui attire vers le Christ dans une nouveauté féconde[xxxiii].

 Plus nous mettons au cœur de notre agir la Parole de Dieu, plus nous laissons le Christ agir et nous transformer,et plus nous sommes missionnaires. « L’évangélisation cherche à coopérer aussi à cette action libératrice de l’Esprit. Le mystère même de la Trinité nous rappelle que nous avons été créés à l’image de la communion divine, pour laquelle nous ne pouvons-nous réaliser ni nous sauver tout seuls »[xxxiv] Il y a bien une recherche de communion à travers le partage qui nous ouvre à d’autres réalités où le frère à toute sa place. Ce qui nous unit c’est l’attention à l’autre dans le don de soi-même, c’est le témoignage de l’amour lorsqu’il s’invite dans toutes les rencontres comme lieu de ressourcement et lorsqu’il témoigne de l’amour de Dieu toujours premier. C’est ainsi que nous entrons dans la puissance de la bénédiction. Un lieu de communion entre le ciel et nous. Une manifestation de Dieu dans notre vie avec une prise de conscience d’une force nouvelle et du devoir impératif de propager le bonheur autour de nous. Rechercher la volonté de l’amour c’est déployer notre communion aux carrefours du monde pour rejoindre chacun dans la foi. C’est bien une illumination du cœur par la présence du Christ plutôt qu’un chemin tortueux de notre intelligence par des idées. La volonté est ainsi transformée dans une recherche de l’intelligence de la foi et nous faisons mémoire de l’action de Dieu dans notre vie à travers l’action de grâce. Il s’agit d’un lien indissoluble entre l’annonce de la Bonne Parole et l’amour fraternel qui se voit, qui se vit, qui se témoigne et alors devient contagieux. La première évangélisation est dans notre faculté à vivre la communion.

 Notre regard tourné vers le Christ, dans l’incarnation de sa présence, laissons nous guider par le souffle de l’Esprit à progresser dans l’amour pour vivre la communion de manière authentique. Non pas attendre de l’autre qu’il fasse un pas, mais comment ma rencontre avec le Christ m’engage à témoigner avec audace et fait de moi un témoin véritable ? Nous devons nous encourager dans la prière, et l’action solidaire auprès des frères à être une communion vivante qui oriente vers la mission et témoigne avec d’autant plus d’ardeur de cette présence agissante le Christ notre Seigneur. « Celui qui entend, qu’il dise : « Viens ! » Celui qui a soif, qu’il vienne. Celui qui le désire, qu’il reçoive l’eau de la vie, gratuitement. »

2        Les déviances sur la communion

Parler de communion n’empêche pas les difficultés de réalisation dans la vie tant spirituelle que fraternelle. Le livre de Job et la question de l’absurdité du mal nous interroge sur nous-mêmes et notre façon d’appréhender le quotidien. Cela se vérifie dans la difficulté que nous pouvons rencontrer dans la relation fraternelle jusqu’à en avoir parfois des troubles psychosomatiques. La vie en Eglise connait des regains de tensions suivant l’exacerbation des courants de sensibilités qui rendent anathème toute autre manière d’exprimer sa foi. Enfin, le débat politique nous l’a montré ces dernières années, la mise à l’index de tous ceux qui ne sont pas dans le bon courant de pensée amène à une forme de tyrannie idéologique où la radio de la conscience libre émet toujours la notion de bien et de mal, malgré les ondes menteuses de ce que nous avons le droit de penser suivant ce qui apparait comme novateur et se révèle castrateur. Le témoin du Christ quant à lui, recherchera toujours la vérité de l’amour en se référant au message de l’Evangile sans l’instrumentaliser mais dans le souffle de l’Esprit Saint et le discernement de la communauté priante et de la tradition apostolique.

         Sur soi

            Un des premiers empêchements de la communion est notre rapport à nous mêmes comme signe de fragmentation, une forme de schizophrénie élitiste à définir ce qui est de l’ordre du propre de ce qui est du commun. Chrétien sans exagération avec une complaisance dans la tiédeur de la foi.

L’orgueil et l’idolâtrie : L’un des premiers aspects de la rupture de communion est l’orgueil qui va de pair avec l’idolâtrie. L’orgueil est de ne pas s’abaisser à être avec les autres, à se mettre au service des autres, comme faisant le banquet dans l’entre-soi et laissant Lazare à la porte. Il va de pair avec l’idolâtrie, parce que nous avons une haute estime de nous-mêmes, nous nous croyons parfois tout puissants, et assurés, par notre position sociale, économique ou culturelle d’une reconnaissance acquise en oubliant nos propres limites humaines. Les dieux humains, et les empereurs humains en sont un exemple, ont une importance dans la modernité de leur époque, mais dans l’histoire demeurent d’obscurs tyrans, de César à Néron. La mort d’un proche, la maladie, la souffrance rappellent d’un coup nos limites humaines et éveillent nos consciences à d’autres réalités dans la recherche du sens.

La vanité dans la satisfaction de soi. Parfois certains sont tellement satisfaits d’eux-mêmes et de ce qu’ils font qu’ils excluent les autres d’une participation à l’édification du bien commun. Etre satisfait de soi nous empêche d’être disponible pour l’autre. Nous ne sommes plus en recherche de la relation à l’autre puisque nous nous satisfaisons de nous-mêmes. D’un point de vue culturel, cela est marquant des sociétés retirées des échanges et qui sont restées à une civilisation, qui a certes de la simplicité mais en même temps un manque de perspective flagrant.

 La suffisance dans le refus de l’autre Une autre forme de rupture de communion proche de la vanité, est la suffisance de soi, en pensant être seul compétent. C’est vrai que parfois seul nous allons plus vite, mais il ne faut pas oublier qu’ensemble nous allons plus loin. Des personnes ayant un charisme particulier fort, mais qui n’ont pas su travailler en communion ont laissé en friche l’intuition, alors qu’en communauté celle-ci perpétue la bonne tradition. « Tant l’action pastorale que l’action politique cherchent à recueillir …le meilleur de chacun. Y entrent les pauvres avec leur culture, leurs projets, et leurs propres potentialités. Même les personnes qui peuvent être critiquées pour leurs erreurs ont quelque chose à apporter qui ne doit pas être perdu. »[xxxv] La recherche de communion n’est pas un beau projet, mais une réalité à vivre dans ses difficultés, certes mais aussi dans ses joies, et les fruits que cela apporte.

 Le premier travail que nous avons à faire est d’abord un travail de reconnaissance de la merveille que Dieu a faite en nous créant. Ce travail de l’amour qui demande de notre part une réponse dans l’amour fraternel pour être toujours dans le partage et grandir en humanité par le don et le service. Le témoignage demande une reconnaissance de l’amour dans notre vie et un épanouissement de tout notre être en résonnance à la Parole de Vie. L’Esprit Saint nous y conduit subtilement en respectant notre propre autonomie et notre responsabilité.

         Sur la relation fraternelle

            Si l’attention à la communion est la plus importante, c’est bien celle de la relation fraternelle, c’est-à-dire des très proches. C’est ainsi qu’il nous faut comprendre l’adage, « Mon Dieu, gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m’en charge ! »[xxxvi] En fait, il signifie que les problèmes viennent souvent là où on ne les attend pas, et nous prennent en traitre. Ce sont les luttes intestines les plus sauvages et les plus violentes. Le rétablissement dans la paix demande un vrai chemin de réconciliation qui ne soit pas tronqué par l’une des parties.

Le clivage. Souvent dans les conflits nous nous mettons dans un monde sans couleur, en noir et blanc. Pourtant nous avons le droit de dire qu’il y a des nuances et que tout n’est pas résoluble à une analyse de situation. Comment chercher à vivre l’attention à l’autre, et à ses réels besoins au lieu de s’arrêter sur la superficialité du conflit ? L’enfermement dans les excès sur la pensée brouille durablement la relation et instaure une incompréhension de la pensée de l’autre et de son positionnement. Il est plus difficile ensuite de démêler la problématique pour ajuster la bonne relation.

Le relativisme Il s’agit d’excuser les comportements au nom des liens du sang comme dans les régimes à tendances népotistes. La vérité n’a pas de relativité, et demande une certaine radicalité, tout en refusant de contextualiser à outrance les situations pour ne pas saisir les problématiques que cela dégage, et refuser de prendre une position claire. Dans la fraternité nous devons savoir nous dire les choses d’une part, les entendre d’autre part, et toujours avec bienveillance pour travailler à l’unité et non décourager les bonnes intentions.

La négation Ne pas reconnaitre l’autre comme un frère est un vrai problème de communion. Les tyrannies se sont bâties dessus. Les traites arabo-musulmanes d’une part qui ont décimé le continent européen lors de l’empire ottoman d’une part et la traite négrière d’autre part, est toujours une négation de reconnaitre l’autre comme son égal. Pire, profiter d’une connaissance technique pour assujettir l’autre et le brimer déshumanise ceux qui le pratiquent. Lors des gros conflits que nous pouvons rencontrer, nous devons toujours tenir en compte qu’en face ce n’est pas un ennemi mais d’abord mon frère, même si je ne suis pas d’accord avec lui.

La relation fraternelle est le premier lieu de notre communion que nous avons à évangéliser à chaque instant. Rien n’est acquis, et demande une présence active pour instaurer des échanges qui ouvrent à l’émerveillement de l’autre. Les choses seraient plus faciles si nous abandonnions les méfiances réciproques pour un regard bienveillant et constructif d’une civilisation de l’amour où nous regarderions vers le Christ avant de nous jauger dans nos responsabilités.

Dans le couple

            Dans le couple, nous sommes invités d’une manière toute spéciale à vivre la communion dans l’union des personnes, corps et âme sans fusion ni confusion. Etre soi-même tout en étant don pour l’autre dans une joyeuse complémentarité qui ne va pas sans sacrifice et exigence mais qui en même temps trouve un bonheur à nul autre pareil. C’est de l’ordre de la vocation propre de la nature humaine que de connaitre le mariage en quittant ses géniteurs pour être d’autres géniteurs et transmettre la vie. « À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. » Mais cette unité peut être mise à mal sur plusieurs aspects

La cohabitation. S’il est l’un des aspects les plus accentués de notre siècle la cohabitation est une forme d’indifférence et finit par devenir un lieu d’exclusion dans une vie parallèle qui est bien entendu faite pour mon propre épanouissement individuel. Il y a mon secteur d’activité où je rends l’autre absent et ce qui est commun dans un partage des taches sans relation.

Je ne m’étendrai pas sur la maitresse, (ou l’amant) qui s’appelle travail et qui entâche la communion du couple, s’il n’est pas recadré avec rigueur dans une proportion qui maintient le lien social au service du couple dans un juste échange et selon les besoins réels. Il regroupe en même temps une forme de cohabitation et en même temps une forme de violence dans une séparation imposée, ou un décalage d’horaire et des cadences qui ne cadrent pas avec la vie familiale. Une des questions est la préservation d’une intimité du couple qui doit savoir se parler cœur à cœur et non trouver une échappatoire au bureau pour ne pas rentrer trop vite en trainant les pieds. La maison doit toujours être lieu de communion et non d’exaspération ou d’humiliation.

Une forme larvée d’occupation non ajustée, se trouve dans le sport, ou l’activité associative voire musicale qui se fait au détriment du conjoint et des enfants et prend toute la place dans le rythme de vie. Ne pas gérer de manière ajustée le temps, arrive souvent à une impasse et à une séparation.

La fusion exclusive Certains couples peuvent connaitre une relation fusionnelle qui devient exclusive de tout et devient toujours étouffante. Les enfants sont là pour nous rappeler à la réalité, mais ces couples-là refusent les enfants pour profiter de leur jeunesse, ou pour ne pas « s’encombrer ». Un couple a une jour clairement signifié qu’il voulait des chats plutôt que des enfants, c’est plus facile à gérer… Sidérant mais tellement dans l’air du temps… La communion des relations ouvre toujours sur l’extérieur, refuser l’altérité qui signifie en même temps un certain équilibre compromet la santé du couple. Il nous faut être vraiment attentifs à ne pas être autocentrés mais à s’ouvrir à la réalité du monde qui frappe à notre porte.

 La violence. Si dans la fragmentation de la communion la violence occupe une place importante que ce soit envers soi, sur la relation fraternelle et dans la cité, il nous faut bien reconnaitre, que dans le cadre d’un contrat de mariage qui contraint dans l’engagement, la liberté de discernement peut être parfois altérée. La violence en soi n’est jamais acceptable, même lorsqu’il s’agit de corriger mon enfant pour son bien, même dans ce cadre-là, elle marque un échec de la relation pédagogique.

Il nous faut rappeler que dans le couple, la violence est inacceptable, et l’indissolubilité du mariage n’est pas l’acceptation de l’immédiateté du danger. Lorsque les cas de violence physique sont là, il vaut mieux se séparer que de rester en couple, et non, ce n’est pas un péché, mais une réalité qu’il n’est plus possible de vivre. Non nous ne pouvons le lier au martyr, car l’impératif de la sauvegarde de la dignité humaine est toujours première et il n’y a pas de témoignage à se laisser mourir sous les coups de l’autre personne. La violence familiale s’arrête rarement au conjoint, et les enfants peuvent en pâtir, c’est pourquoi il vaut mieux s’éloigner pour que la personne qui exerce la violence puisse faire un travail sur soi-même afin de retrouver un équilibre nécessaire à la relation.

            Il va sans dire que la violence blesse la communion, mais la cohabitation la rend insignifiante et la fusion exclusive lui donne une toute puissance tyrannique. Méditer sur la communion laisse entrevoir dans le lieu familial une spécificité de la relation qui épanouit tout l’homme. « Dans la famille en effet, la personne humaine n’est pas seulement engendrée et introduite progressivement, à travers l’éducation, dans la communauté humaine, mais grâce à la régénération du baptême et à l’éducation de la foi, elle est introduite également dans la famille de Dieu qu’est l’Eglise. »[xxxvii] Nous voyons que la communion demande une vie de prière dans le couple, mais aussi avec les enfants, dans une recherche d’ajustement permanente à la parole de Dieu. Ne pleurons pas sur le désinvestissement de nos enfants dans la pratique religieuse, pleurons plutôt sur la tiédeur qui a pu naître de notre témoignage. « Aucune famille n’ignore combien l’égoïsme, les dissensions, les tensions, les conflits font violence à la communion familiale et peuvent même parfois l’anéantir: c’est là que trouvent leur origine les multiples et diverses formes de division dans la vie familiale. »[xxxviii] L’Esprit Saint nous conduit sur une recherche de communion qui respecte l’autre dans ce qu’il est tout en approfondissant notre cheminement intérieur vers la contemplation du seul et vrai Dieu.

Sur l’Eglise

            Nous sommes appelés à vivre notre foi dans cette relation unique à Dieu qui nous engage tous. « Ecoute Israël, le Seigneur est notre Dieu, le Seigneur est un » La communion que nous avons à vivre est d’abord l’accueil du Dieu unique en trois personnes dont nous ne pouvons pas nous défier sans pécher.

La torsion Il y a une double torsion entre mettre en perspective les commandements, et aller comme dans un supermarché prendre ce qui nous plait dans le cadi de notre foi, et laisser le reste sur les rayonnages du passé. Nous ne pouvons pas vivre notre foi en décalage avec l’Evangile et la tradition apostolique, sous prétexte d’actualisation scientifique et sociale de ce qu’il convient de faire et de vivre. Le relativisme n’aide pas à comprendre le message de radicalité de l’Evangile. Il y a bien une conversion à vivre, et une rupture dans ce que nous faisons habituellement pour nous laisser habiter par l’Esprit Saint et être attentifs aux vrais besoins du monde.

La conversion de notre vie demande une transformation de notre cœur pour faire des choix conforment à la foi et non à des désirs immédiats. La foi se vit dans l’intelligence de l’amour et la fidélité à la voix du Seigneur. « la Parole nous transforme… nous adoptons, comme don de Dieu, le même regard que Lui pour juger la réalité, et nous nous demandons : quelle conversion de l’esprit, du cœur et de la vie le Seigneur nous demande-t-il »[xxxix] Cette recherche permanente de conversion à vivre sous le regard de la Parole nous permet d’éviter les torsions que nous pourrions repérer entre nos manières d’agir et le témoignage de notre foi.

 Le gnosticisme. Ce qui fragilise notre unité, se trouve dans les deux dimensions du gnosticisme qui d’un côté refuse les réalités du corps pour rechercher seulement à éduquer l’âme, et de l’autre côté sépare les initiés de ceux qui ne sont pas parmi les élus. Sur ce point précis nous comprenons l’interdiction de la franc-maçonnerie comme un refus de fraternité universelle puisqu’il faut être initié. C’est d’abord et avant tout un délit de refus de communion avant de discuter sur les valeurs colportées suivant les loges.

La vision de l’entre-soi dans une communauté qui se referme sur elle-même demande toujours une grande vigilance et un discernement opérés par l’autorité légitime. Lors d’agression extérieure et de christianophobie patente, le danger de l’entre-soi est beaucoup plus présent. Mais les actes des apôtres que nous avons lus durant le temps pascal nous apprennent notamment que Paul devant fuir la persécution allait dans une autre ville et annonçait explicitement la Parole de Dieu. C’est bien de montrer que la communion demande toujours pour nous d’être fidèles à notre vocation de fils de lumière en proclamant cette civilisation de l’amour, et devant la haine et la violence, répondre à l’appel de Dieu en artisan de paix, soit en allant ailleurs, soit en offrant sa vie pour le salut du monde. L’entre-soi brise la communion d’une part et créé une certaine opacité dans la relation d’autre part. Or la vérité vient toujours à la lumière, parfois elle met du temps, mais illumine ceux qui se laissent toucher.

 La rigidité. Un des traumatismes de la communion est la rigidité que nous pouvons exercer dans l’obéissance au commandement en retirant tout amour de la loi. C’est d’ailleurs ce que condamne le Christ dans la vie des pharisiens, qui essayaient pourtant d’aimer Dieu dans la stricte observance des lois. Or la première loi est l’amour. Cela nécessite pour nous d’être attentifs à voir l’autre toujours comme un frère et ne pas entrer dans un jugement enfermant. Le discernement n’est pas la condamnation. Vivre la communion fraternelle en Eglise demande l’exigence d’une réalité fraternelle dans une pratique liturgique tout en n’excluant pas les touristes spirituels qui viennent quémander un peu de réconfort. Le discernement qui doit s’opérer est toujours d’essayer de faire un bout de chemin avec eux, et prendre acte de la responsabilité de chacun à l’appel de l’amour dans ses choix de vie. Le cœur missionnaire « ne se ferme, jamais il ne se replie sur ses propres sécurités, jamais il n’opte pour la rigidité auto-défensive. Il sait que lui-même doit croître dans la compréhension de l’Évangile et dans le discernement des sentiers de l’Esprit, et alors, il ne renonce pas au bien possible, même s’il court le risque de se salir avec la boue de la route »[xl]. La rigidité touche à la communion dans ce mouvement d’orgueil spirituel qui laisse l’autre dans la périphérie de notre cœur.

A la rigidité s’oppose une forme de laxisme qui au nom de l’émotionnel laisse tout faire sans espace critique nécessaire à l’ajustement de la Parole. Une extériorisation de la foi qui vide le centre pour aller aux périphéries avec la perte du sens et une forme d’idéologie stérile. Les générations suivantes ne retrouvant pas la nécessaire subsistance vont aller ailleurs dans cette soif d’absolu.

 L’ère du soupçon et la duplicité La défiance envers Dieu est dès l’origine ce qui nous a séparés de Dieu. Le soupçon s’immisce dans les questions morales comme une hiérarchie de ce qu’on peut vivre dans l’Eglise et ce qui est commun à ce monde. Nous le voyons aujourd’hui sur des sujets fondamentaux. Un prêtre dit son opposition à l’avortement, ou à l’euthanasie, et facilement on s’en dédouane en disant « de toute manière il ne peut pas dire autre chose », ou c’est un réactionnaire intégriste, un autre dans un errement peccamineux relativise l’avortement sur les situations précises, et on l’acclame en le disant moderne et dans la réalité du monde. Le problème n’est pas tant de l’extérieur de l’Eglise que ce qui est vécu au cœur de notre foi dans la communauté des croyants.

Nous ne pouvons pas avoir un double langage, ce que dit l’Eglise et ce que je pense sans toucher à notre communion et à la vérité de notre foi. L’expression de notre foi peut connaitre des modalités différentes, mais le message reste toujours le même. Vivre notre foi demande de manifester notre communion dans la lumière de l’amour. Une invitation à la conversion du cœur pour manifester la présence du Christ dans notre vie et en témoigner avec ardeur. Le soupçon sur l’autorité de l’Eglise ou son message d’amour est une grave offense à la communion et blesse le cœur de l’Eglise. Le regard bienveillant sur le frère témoigne d’abord de cet attachement au Christ et d’une bonne maturité dans la foi. Parce que nous sommes sauvés par le Christ, rachetés pour toutes nos fautes, nous pouvons témoigner d’une nouvelle fraternité débarrassée de tout soupçon dans un amour vrai et le don sincère de soi.

Vivre la communion en Eglise nous ramène au mystère du Verbe incarné, et de son message de bonheur dans l’amour vécu dans le partage de la vérité. L’Esprit Saint nous rend missionnaires dans cet amour reçu et partagé. Il nous donne les clés nécessaires pour développer la communion dans la richesse de nos personnalités, en nous invitant à la purification intérieure pour choisir non l’ersatz du moment mais la joie qui fait sens. Travailler à la communion dans notre communauté n’est pas un simple plan pastoral, mais d’abord une vocation ecclésiale. Nous serons tous missionnaires si nous savons tous vivre en communion.

Dans la cité

            L’espace de communion que nous avons à vivre dans le travail du bien commun n’est pas exempt des difficultés que l’on peut reconnaitre dans les relations difficiles et l’instrumentalisation de la Parole. C’est dans la vérité que nous devons revoir notre rapport aux autres et non dans une forme d’idéologie mortifère. Le paradoxe d’une législation qui tend à défendre les idéologies du moment au détriment de la vérité fondamentale de la loi naturelle pose au vrai problème du vivre ensemble et exacerbe les opinions, clivant les uns par rapport aux autres. Dans des interdictions de dire des réalités concrètes, et en judiciarisant les propos on risque de, « mourir parce qu’on dit que l’herbe est verte »[xli]. Les évidences n’étant plus admises aux noms des théories fumeuses, telle la théorie du genre, que les protagonistes appellent l’étude du genre. Ce refus d’entendre des vérités simples sur l’altérité de l’homme et de la femme, ou sur tout autre sujet, entraine une violence qui est en rupture avec l’esprit de communion. Pour la vie de la cité, à défaut de communion, regardons comment nous pouvons être artisans de paix ?

L’insulte remplacement du raisonnement. Comme internet, la vie de la cité entraine pour nous une exigence dans la relation à l’autre pour continuer de témoigner de notre foi. Notre manière de parler sur les réseaux sociaux, comme la défense de nos justes convictions doit toujours se faire dans la capacité de l’autre à recevoir l’échange. C’est peut-être ce qui pèche le plus dans le débat politique où l’on parle de l’autre en termes d’anathème. Ainsi est devenu extrémisme tout ce qui n’est pas dans la ligne de ma pensée, et progressiste et moderne ce qui convient à une avancée idéologique souvent sans fondement. Le débat du chrétien dans cette cour d’empoigne invite à réfléchir autrement dans le respect de l’adversaire sans pour autant avaliser les obscurs arguments. Nous devons dire non à la culture de mort sans insulter la personne, même si les autres le font… Toujours être soucieux du témoignage de foi et de notre souci de communion qui permet un retour de l’autre dans la démarche de l’enfant prodigue. Des positionnements insultants amènent à un raidissement et un refus de retour par l’obstination déraisonnable de poursuivre sa pensée.

Nous ne pouvons pas être dans la même logique, en refusant toute forme de violence verbale ou de mépris de l’autre dans sa pensée, ou de réduction dans une posture figée. La foi s’appuie sur la raison et demande de se développer dans l’intelligence de l’amour, c’est-à-dire la pédagogie pour amener à une loi naturelle qui ouvre à la vérité de Dieu.

 L’irresponsabilité de l’action autrement appelée l’imprévoyance des situations à venir. Les tensions du bien commun s’expriment parfois dans une impréparation des situations à risques et des conséquences que cela peut amener. Dans la foi nous sommes amenés à vivre l’adaptation des situations dans le juste équilibre de ce qui est de l’ordre de l’aigu, en dénonçant avec justesse les situations, ce qui est de l’ordre du chronique en rappelant la radicalité de la foi et la nécessité de mettre fin à des situations sans issue. En bioéthique, dans le rapport Touraine, nous voyons justement l’irresponsabilité de l’action menée, en faisant des expérimentations et comme principal argument un ajustement à posteriori de ce qui se sera fait. Il y a une forme d’imprévoyance catastrophique avec en fond une volonté d’une cynique économie souterraine. Si avec l’émotion on peut se faire de l’argent, alors allons-y, semble être le leitmotiv dominant aujourd’hui. Ce qui est déjà fait et discutable d’un point de vue médiatique doit-il l’être d’un point de vue politique ? La muraille de Chine n’a protégé des invasions barbares qu’un temps. Et lorsque l’invasion s’est faite, elle s’est déployée en puissance, laminant tout sur son passage. Construire un mur est toujours refuser une réalité avec la conséquence d’une imprévoyance pour l’avenir.

 L’opposition systématique, dans l’amertume d’une autorité en recherche de légitimité. Un des questionnements sur notre recherche d’unité c’est d’accepter qu’il puisse y avoir dans la proposition de l’autre une part de vérité. « Il est interdit de pécher contre la vérité »[xlii] et la vérité on doit la prendre où on la trouve, même lorsqu’il s’agit d’un parti qui n’a en aucune manière mon assentiment. L’acceptation d’une vérité tant qu’elle est bien dite semble être préférable à des activités partisanes. Le fait d’être dans une opposition juste pour dire que l’on existe est délétère. L’important n’est pas le positionnement mais bien le sens du bien commun.

Un autre sport national est de dénigrer l’autorité en place, sans faire de proposition constructive. Il nous faut être vigilants à promouvoir une culture du dialogue au nom même de notre témoignage de foi, dans une relation qui laisse aux autres une chance de changement, dans une vraie intelligence des enjeux, et en argumentant sur les déviances possibles observées. L’opposition systématique quel que soit le pouvoir en face, n’est jamais signe d’ouverture et de construction. Or quand bien même nous parlons de la cité, nous sommes aussi des fils de la lumière par notre baptême et notre confirmation et devons en témoigner dans nos actes !

L’instrumentalisation. Les dernières élections présidentielles, nous ont montré comment une instrumentalisation de l’information, liée à un étroit engrenage juridique a mené à une parodie de démocratie. Faire dévier l’information pour son propre compte, c’est falsifier la vérité pour son avantage, et donc exercer un marché de dupes. Nous avons l’obligation à vivre un certain discernement, et un devoir de rechercher l’information nécessaire à l’éclaircissement de la raison pour avoir les éléments ad hoc au jugement. Trop de fois, les prises de positions sont sommaires et dénuées de tout fondement logique, agissant sous le coup de l’émotion. Dans la foi nous devons œuvrer toujours à l’émergence de la vérité dans la cité.

L’instrumentalisation de la lutte des classes pour évoquer la pauvreté est une forfaiture. De même classifier les personnes au vu de leur utilité dans la société est une monstruosité tyrannique. La valeur d’une société démocratique se jauge à la politique mise en place auprès des plus démunis, et non dans l’instrumentalisation par des discours qui ne reflètent pas la réalité du manque et la bonne analyse des besoins.

D’autre part nous ne devons pas abandonner des valeurs fondamentales, comme la bioéthique, à cause de notre foi, comme nous ne pouvons pas aliéner nos choix à une culture de mort. Le débat bioéthique aujourd’hui est devenu beaucoup trop important pour en faire une annexe de notre pensée, d’autant plus que cela divise très clairement la société et fragmente notre communion même au sein de l’Eglise. Opposer l’immigration au débat bioéthique est une forme d’instrumentalisation sordide, comme si les misères pouvaient s’opposer !!! Le discernement se fonde sur la capacité de dialogue et d’acceptation de la différence, tout ce qui est une forme idéologique oppressive doit nécessairement être abandonné, même si on a toujours voté comme ça depuis des générations dans notre famille. L’engagement dans la relation au Christ demande un engagement clair sur notre capacité à faire des choix responsables au service de la civilisation de l’amour fondé sur une écologie humaine intégrale.

 Une législation liberticide dans la perte du bien commun. Certaines lois sont liberticides, comme le délit d’entrave à l’avortement qui consiste à poursuivre toute personne s’opposant à l’avortement. Il s’agit d’une atteinte à notre liberté d’expression et détruit un peu plus, comme s’il le fallait, notre humanité. Il n’y a pas de compromission possible, l’Evangile de la vie nous invite à reconsidérer tout le sens de notre existence sur le don reçu de Dieu et que nous avons à déployer dans tous nos choix de sociétés. Lorsque l’on cherche à obtenir des droits particuliers pour un groupe d’individus, au nom souvent masqué de marché économique, c’est un fléau pour la société et une perte de chance d’une construction harmonieuse de la cité.

Les points étudiés montrent les difficultés que nous pouvons rencontrer à vivre la communion dans la cité, mais cela ne doit pas nous décourager, au contraire, fortifiés par la prière, et dans le souffle de l’Esprit, à la suite de St François d’assise nous devons rappeler l’harmonie entre la vie des hommes et la nature, à la suite de Mère Térésa,la nécessaire implication pour venir en aide auprès des plus pauvres, un Don Bosco pour développer l’éducation des jeunes et leur permettre de trouver un avenir plein de promesses dans la joie d’un St Philippe Neri. La société ne remplacera pas notre vocation missionnaire qui est d’annoncer à tous par la parole et nos actes, le salut de Dieu et d’œuvrer à un monde de justice et de paix.

Synthèse

            Vivre la communion nous interpelle sur notre témoignage. Il n’y a pas plusieurs façons d’être catholique, mais bien une seule, vivre la Parole de Dieu dans la prière et notamment la pratique eucharistique, fidèle à la tradition apostolique, dans une même direction et dynamique dans le partage fraternel, notamment auprès des plus pauvres (pauvreté qui soit tant économique, que physique, psychique, générationnelle ou spirituelle). Le témoin du Christ n’est pas novateur, il écoute son appel à communiquer la source de vie à chacun pour proposer la vérité qui est en Jésus. Il n’est pas dans le progressisme d’une idéologie stérile car d’un moment, mais dans le déplacement tant intérieur qu’extérieur pour aller sur le chemin de la rencontre de la lumière du Christ. Point ne sert d’être révolutionnaire dans le témoignage de la foi, juste dans la réalité de ce que nous avons à vivre au moment présent, et communiquer cette joie de la vie en Dieu, pur bonheur d’une communion de plus en plus intense. Le changement se vit dans le Christ dans l’intégralité de notre vie et non dans des clivages stériles et deshumanisants. Nous avons à être vigilants à vivre la communion pour ne pas dénoncer ce que nous pratiquons autrement. Peut-on dénoncer l’apartheid lorsque nous pratiquons parallèlement l’intégrisme idéologique ? A travers nos actes au cœur de la cité, nous ne pouvons pas collaborer avec des valeurs corrompues, notamment sur l’écologie intégrale. Un programme électoral qui propose une culture du déchet et refuse la dignité de l’homme, qui argue du principe moderne pour refuser le cadre moral, éclairé des valeurs de l’évangile, est à fuir.

Mais vivre la communion est l’appel à un témoignage authentique qui va jusqu’au don de sa vie comme nous le révèle le mot témoin en grec, martyrios et nous l’apprend la vie d’Etienne. Pourtant à la fin de sa vie il a vu la manifestation de Dieu. « Voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. » Ainsi, nous devons être des témoins authentiques de l’amour de Dieu, à travers la communion que nous établissons entre nous, et la relation fraternelle dans la prière, le partage et l’attention aux plus pauvres. Un témoignage de charité dans la gratuité du temps que nous sommes capables de vivre ensemble et qui est signe dans ce monde engagé vers une course folle,de l’affairisme plus ou moins utile. Redonner sens à notre vie, et vivre le témoignage de l’amour engage à ce désir de Dieu qui engage à la communion. « Celui qui a soif, qu’il vienne. Celui qui le désire, qu’il reçoive l’eau de la vie, gratuitement. » La communion trouve sa place dans la gratuité de la relation. Etre là, et accepter d’être disponible à l’autre, pour partager son temps vaut plus que tous les discours.

            Le témoignage de vie est la joie de la rencontre avec Dieu qui demeure en moi manifestation d’une communion voulue et acceptée. Ce témoignage de l’amour n’est pas statique dans la demeure, mais par l’expérience de la relation j’expérimente la joie de l’Esprit Saint. La joie du témoignage est bien la joie de la présence de Dieu car elle illumine tout ce que je fais d’un sens nouveau et m’introduit à la paix. Il ne s’agit pas de calculer ce que l’on perd dans nos limites humaines, mais plutôt ce que l’on gagne dans la communion avec Dieu. Demander le baptême, vivre la confirmation, participer à la communion ecclésiale nous entraine à expérimenter cette vie d’enfant de Dieu, et d’en témoigner autour de nous. « Le premier moment consiste en un dialogue personnel, où l’autre personne s’exprime et partage ses joies, ses espérances, ses préoccupations pour les personnes qui lui sont chères, et beaucoup de choses qu’elle porte dans son cœur. C’est seulement après cette conversation, qu’il est possible de présenter la Parole, que ce soit par la lecture de quelque passage de l’Écriture ou de manière narrative, mais toujours en rappelant l’annonce fondamentale : l’amour personnel de Dieu qui s’est fait homme, s’est livré pour nous, et qui, vivant, offre son salut et son amitié. »[xliii] La foi ne se vit pas seul mais demande bien un partage, découvrir ensemble l’émerveillement de la vie de Dieu en nous et la partager comme un chemin d’exigence et en même temps l’unique voie du bonheur. « L’Esprit Saint enrichit toute l’Église qui évangélise aussi par divers charismes »[xliv] L’union à Dieu demande la communion avec le frère. Le lien personnel avec le Christ ouvre à la dimension ecclésiale de la tradition apostolique. A chaque fois l’amour de Dieu et la médiation de la Parole nous entrainent dans cette dimension trinitaire de l’amour qui est création, incarnation et don.

            Peut-être que nous pouvons voir dans le fruit de la communion la persévérance de la relation. Il est bon d’être conservateur du bien commun plutôt que dans le mouvement révolutionnaire d’un relativisme individualiste qui sous couvert de bonnes intentions émotionnelles marque une vraie tyrannie d’une façon de penser. Il nous faut réagir à toute instrumentalisation de l’homme et les logiques clivantes qui réduisent le raisonnement à des insultes, preuve de l’indigence logique. Le travail en synodalité est d’accepter en Eglise les sensibilités autour de l’expression d’une même foi, et dans la richesse des personnalités. Ensemble, chacun selon son charisme nous pouvons progresser, si chacun tire la couverture à soi, il empêche de voir le Christ d’une part, et devient un contre témoignage. La communion n’est pas un vain mot, mais une réalité du don vécu en profusion dans l’équilibre de l’Esprit Saint. Si chacun n’est pas propriétaire de son charisme, mais en est le serviteur, la joie de la foi retentit en résonnance dans l’espérance et produit le son de l’amour vrai.

Père Greg – Curé

Ensemble paroissial – Ste Anne et St Joachim de Polangis – St Charles Borromée

JOINVILLE LE PONT – doyenné Joinville – St Maur – Diocèse de Créteil

[i] Ste Thérèse d’Avile – Le château intérieur 5ème demeures Chap 2

[ii] &11 Laudato si

[iii] &15 Redemptor Hominis

[iv] &230 Laudato Si

[v] Exhort. apost. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 71 : AAS 105 (2013), 1050.

[vi] &225 Laudato Si

[vii] UR 4 UR 11

[viii] &79 Ut unum sint

[ix] Dans une triple connaissance qui se relie comme une même source de vivifiante ou l’amour se conjugue au mode des personnes, et s’ajuste toujours à la Parole comme lieu de reconnaissance, cette Parole qui ne se comprend qu’à travers l’éternité ou le temps laisse un passage, prend effet que dans la compréhension illuminant chaque acte d’un don spécifique.

[x] Lettre à Sérapion 1,28-29 sur la Trinité p103 à l’écoute des Pères de l’Eglise – Marie-Pierre Bussières

[xi] St Augustin, la Trinité VIII,  in p 822 Dictionnaire contemporain des Pères de l’Eglise

[xii] Missel romain, Présentation générale du lectionnaire de la messe, n. 4.

[xiii] & 100 Verbum DominiCf. Proposition 39.

[xiv] &116 Verbum Domini citant Benoît XVI, Méditation à l’occasion de l’ouverture du Synode des Évêques (6 octobre 2008) : ASS 100 (2008), 758-760, L’ORf, 14 octobre 2008, p. 12.

[xv] Cf. S. Thomas d’Aquin, Somme théologique III, q. 73, a. 3

[xvi] &1 Sacramentum Caritas

[xvii] &2 Sacramentum Caritas

[xviii] cf. Lc 22, 14-20; 1 Co 11, 23-26

[xix] &8 Sacramentum Caritas

[xx] Op cité

[xxi] Jn 3,16

[xxii] Marius Victorinus – contre Arius

[xxiii] &11 Redempto Hominis

[xxiv] &234 Evangelii Gaudium

[xxv] St Cyrille d’Alexandrie – lettre à Nestorius

[xxvi] TDC 066 – du 2 décembre 1981

[xxvii] TDC 008

[xxviii] TDC 009 du 21 novembre 1979

[xxix] TDC 048 &4 du 12 novembre 1980

[xxx] TDC 058

[xxxi] TDC 059

[xxxii] P 229De la lumière à l’amour – Jean Laplace

[xxxiii] &130 Evangelii Gaudium

[xxxiv] &178 Evangelii Gaudium

[xxxv] &236 Evangelii Gaudium

[xxxvi] Attribué à Voltaire, mais semble être un plagiat d’Antigonos roi de macédoine

[xxxvii] &15 Familiaris consortio

[xxxviii] &21 Familiaris Consortio

[xxxix] &87 Verbum Domini

[xl] &45 Evangelii Gaudium

[xli] Traduction libre attribuée à Tolkien

[xlii] Konstanty Michalski

[xliii] &128 Evangelii Gaudium

[xliv] &130 Evangelii Gaudium

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