« Soyez forts, prenez courage,  vous tous qui espérez le Seigneur, »[1]

     Annoncer la vérité de l’évangile dans une culture du déchet, peut s’avérer difficile. Que dire de cette culture qui propose la mort comme un acte d’amour dévoyant la vérité au nom d’une projection anarchique des désirs pulsionnels ? Néanmoins nous sommes appelés à répandre le feu sur la terre, pour faire de chacun de nos frères, un ami de Dieu, un frère de Jésus, et un compagnon de route dans la civilisation de l’amour, puisque nous sommes tous appelés à la sainteté. « Tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur condition et leur état de vie, sont appelés par Dieu, chacun dans sa route, à une sainteté dont la perfection est celle même du Père. »[2] Cela demande de prendre courage devant l’adversité et de persévérer dans la foi malgré l’obstruction que nous pouvons connaître dans l’annonce explicite de la vérité de l’amour.

 

     Etre en contradiction avec l’esprit du monde, et se retrouver dans la fragilité de la minorité, nous rappelle l’importance de tenir fermement dans la foi, enracinée dans la Parole de Dieu, la méditant chaque jour avec assiduité, et la vivant à travers le service de la charité fraternelle. Le service du frère se fait dans la vérité de la foi et à la lumière des Ecritures. « Je suis conscient des dévoiements et des pertes de sens qui ont marqué et qui marquent encore la charité, avec le risque conséquent de la comprendre de manière erronée, de l’exclure de la vie morale et, dans tous les cas, d’en empêcher la juste mise en valeur »[3] Or nous sommes invités à répandre le feu de l’Esprit par notre témoignage de vie, ce qui demande de prendre position, et d’affirmer, quand bien même nous serions seul, la suprématie de la volonté de Dieu sur l’esprit de ce monde. Ne pas respecter la personne humaine, comme lieu de bénédiction de Dieu, source de vie, pour le réduire en un amas de cellules, détériore la paix sociale et fracture le lien d’une histoire commune. L’enjeu idéologique devient un enjeu relationnel et impacte la capacité à exercer notre fraternité dans la reconnaissance d’une même terre qui a porté du fruit.

 

     Si nous sommes appelés à vivre en artisan de paix, il faut bien comprendre que cela dépend en partie de nous, et que l’annonce de l’Evangile peut occasionner des divisions, « le père contre le fils, et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère.. »[4] L’annonce d’un témoignage jusqu’au don de soi-même inclut l’offrande de sa vie pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Cela ne va pas sans grincement de dents et un rejet à la périphérie de ceux qui proclament le Christ.

 

Mais c’est justement, au cœur de la cité, comme devant les murailles de Jéricho que nous devons annoncer la joie de la rencontre avec Dieu.  « Ton amour me fait danser de joie »[5] C’est dans cet amour de Dieu que nous puisons l’espérance du salut et que nous devenons témoins dans la radicalité de notre foi, expression même de la liberté de l’amour. « À cette vue, enflammé de ton amour, j’aime mieux mourir et que mes membres soient coupés en morceaux en témoignage de mon amour pour toi, Seigneur. »[6]L’important est de toujours regarder vers le Christ et de garder confiance dans le dessein du Créateur.

 

Justement l’autorité comme la tradition aujourd’hui sont questionnés, et renvoyés à un passéisme au nom d’une modernité qui voudrait s’affranchir des normes afin de vivre dans l’irresponsabilité des conséquences. Rappeler que nous sommes enfants d’un même Père, et invité à vivre l’obéissance de sa volonté dans tous les actes de notre vie est un appel à vivre notre vocation fondamentale de fils de lumière. Ce n’est pas de la dialectique, mais un principe de relation fraternelle où l’Evangile nous éclaire sur le sens de ce que nous avons à vivre. L’unique nécessaire est d’être à la disposition du Seigneur. « Dans tous les cas, nous sommes tous appelés à offrir aux autres le témoignage explicite de l’amour salvifique du Seigneur, qui, bien au-delà de nos imperfections, nous donne sa proximité, sa Parole, sa force, et donne sens à notre vie »[7] Que ce mois où nous fêtons tous les saints et le Christ Roi pour nous ouvrir à une nouvelle année liturgique soit un engagement de soi pour la mission et l’annonce du royaume par nos paroles, nos actes, et notre vie en Dieu. « Béni soit le Seigneur : * son amour a fait pour moi des merveilles dans la ville retranchée ! »[8]

 

 

Père Greg BELLUT

Cure modérateur – St Charles Borromée

 

[1][1] Ps 30,25

[2] Lumen Gentium 11

[3] &2 Amour dans la vérité

[4] Lc 12

[5] Ps 30,8a

[6] &37 Spe Salvi – Bréviaire du 24 nov office des lectures

[7] &121 Evangelii Gaudium

[8] Ps 30,22

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