2020. Lettre de tous les saints 2/3

« Ô Mort, où est ta victoire ? »

 

La question de la mort hante notre histoire, et celle de la prière pour les défunts fait mémoire d’un lien sacré qui ne peut s’arrêter sur le monde visible, mais ouvre à d’autres horizons. «C’est grâce à une à une conscience plus aiguë de la mort pourrions-nous dire, qu’Israël pose radicalement, Dieu au cœur de sa foi »[i] La vie n’est pas une fin en soi mais demande l’amour pour devenir éternelle. Ceux qui ont l’intelligence spirituelle le vivent, disant que l’amour est éternel. Ce qui fait la valeur et la vie d’un homme c’est justement la trace qu’il aura laissée dans l’histoire, et ce n’est pas tant sur son gouvernement, sur les grandes découvertes et l’ouverture aux connaissances, mais bien à l’amour qu’il aura déployé autour de Lui jusqu’à donner sa vie, comme les martyrs,  

 

Qui ne se souvient pas de sainte Blandine, sainte Agnès ou saint Tarcisius et tant d’autres, alors que nous ignorons même ceux qui étaient au pouvoir à cette époque-là. La fête de tous les saints nous invite à prier pour ceux qui connaissent la joie du ciel, mais nous avons aussi dans notre fraternité universelle à prier pour les défunts et les âmes du purgatoire, afin que le Seigneur les accompagne sur le chemin de la grâce et de la communion avec Lui. Cette prière, présente dès l’antiquité dans le christianisme, est un devoir sacré du 4ecommandement, honore ton père et ta mère, en élargissant la prière des défunts à toute la famille. La prière pour notre généalogie participe à la restauration de notre mémoire et notre capacité à vivre nos choix dans une liberté toujours nouvelle dans le Christ. Aujourd’hui encore, nous sommes là pour être fidèles à la foi reçue de notre baptême et vivre ainsi une communion avec ceux qui ont franchi la mort. « Le Seigneur est ma lumière et mon salut; de qui aurais-je crainte ? » Nous prions pour ceux qui nous ont quittés, qu’ils soient dans la pleine lumière de vérité de l’amour de Dieu. Mais c’est aussi comprendre la mort à travers la lumière de la foi, comme un don de Dieu pour vivre l’amour en vérité. Le jugement de Dieu est donc cette liberté que nous avons exercée dans nos choix et qui se mesure à l’amour.

 

1.  La mort comme un don

La mort est arrivée par le péché d’Adam, non comme une punition mais comme un don que nous recevons pleinement avec la résurrection du Christ. « Le don de la mort est, pour les chrétiens, une expérience de liberté. Cette vie ne représente pas le seul horizon de l’existence »[ii] Nous ne sommes pas enfermés dans nos limites humaines, mais au contraire nous sommes invités à partager l’éternité de Dieu dans le choix de l’amour. C’est là notre espérance, que Dieu soit pour l’éternité avec nous. La définition de l’enfer est que Dieu y soit absent. « La mort devient le lieu même de la vie. On peut vivre la mort, dans la mort, il y a la vie parce que c’est à travers elle que Dieu nous a donné la vie »[iii] Une continuité entre la vie et la mort, que par la prière des défunts nous prolongeons dans notre mémoire, et continuons ce dialogue avec Dieu et ceux qui sont orientés vers le ciel. « Vivre en rapport avec la mort, c’est faire l’expérience de Jacob ; se trouver emporté dans une lutte avec le Dieu incompréhensible qui nous a pris et ravis, auquel nous ne pouvons échapper, et dons nous désirons désespérément découvrir le visage »[iv] Oui le mystère de la mort est une interrogation : pourquoi lui, pourquoi elle, pourquoi la mort, pourquoi en telle occasion, pourquoi justement celui ou celle dont j’ai besoin ? Et les questions s’égrènent, toujours plus angoissantes, parfois avec un refus de Dieu, d’autres fois avec un cri de détresse et cette lancinante incompréhension. Mais la mort est un passage à la vraie vie, c’est-à-dire à la communion avec Dieu. Une vie de joie parce que nous serons en paix dans la louange pour notre créateur, unifié en nous pour retrouver l’équilibre de notre vocation d’appelés à vivre l’amour.

 

D’ailleurs peut-on parler de la mort comme un passage ou un accomplissement de nos choix de vie pour l’éternité ? Poser simplement la question interroge sur l’espérance qui nous habite, et sur la confiance en Dieu et en son dessein d’amour. Non que je veuille retirer à la question de la mort, l’examen de conscience final devant le créateur, ou que je veuille insister sur le contrôle continu tout au long de notre vie dans les choix posés. Mais il me semble important de penser la mort comme une continuité de notre vie terrestre pour la vie du ciel. Et les psaumes, prière d’Israël, nous aident à comprendre ce passage comme un lieu de libération. En effet « Si je travers les ravins de la mort, je ne crains aucun mal » parce que l’expérience d’une relation unique avec Dieu m’apprends qu’Il veille toujours sur moi et Il m’accompagne dans toutes les circonstances de ma vie, je suis sûr de sa présence en toute occasion.  « Le chrétien sait que la souffrance ne peut être éliminée, mais qu’elle peut recevoir un sens, devenir acte d’amour, confiance entre les mains de Dieu qui ne nous abandonne pas et, de cette manière, être une étape de croissance de la foi et de l’amour »[v] Il nous faut comprendre que l’amour de Dieu est toujours présent dans le témoignage du frère. La vie d’un belle personnalité, sans formuler sa foi, reste quand même une occasion de vérifier la beauté de la création de Dieu en toute chose. Mais dans la foi nous regardons le Christ et nous comprenons la mort comme un lieu de pleine réalisation de notre vocation d’images de Dieu, appelés à le contempler. « Par conséquent la mort est éclairée et peut être vécue comme l’ultime appel de la foi, l’ultime « Sors de la terre », l’ultime « Viens ! » prononcé par le Père, à qui nous nous remettons dans la confiance qu’Il nous rendra forts aussi dans le passage définitif »[vi] C’est notre espérance profonde qui donne sens à tout ce que nous sommes appelés à vivre dans la gratuité du don, la disponibilité de notre présence et la recherche d’unité avec notre frère. « Espère le Seigneur, sois fort et prend courage, espère le Seigneur » La présence de Dieu dans notre vie pousse à reconnaître l’espérance qui nous habite et à faire confiance, malgré les affres de la nuit.

 

2.  Relire le sens de la réalité du moment

Toutefois, il nous faut prendre le temps de la méditation pour savoir ce que nous avons vraiment à vivre. « Il faut donc veiller et prier, afin que le temps ne se passe pas sans fruit. S’il est permis, s’il convient de parler, parlez de ce qui peut édifier. »[vii]  C’est le sens du désert que nous vivons joyeusement dans l’Avent, en attendant le Christ, ou que nous expérimentons dans la conversion de notre vie durant le carême, mais c’est aussi le temps de ce sinistre confinement, que je peux offrir comme une retraite spirituelle, et qui m’amène alors à me recentrer sur l’essentiel plutôt que de piller les magasins de l’inutilité des besoins exprimés. « La rencontre avec Dieu réveille ma conscience parce qu’elle ne me fournit plus d’auto-justification, qu’elle n’est plus une influence de moi-même et de mes contemporains qui me conditionnent, mais qu’elle devient capacité d’écoute du Bien lui-même. »[viii] Demandons au Seigneur de nous guider avec assurance sur ce chemin de joie promis à tous parce que de Lui vient toute joie, et la paix inonde toute notre vie en sa présence. « Grâce et bonheur m’accompagnent, j’habiterai la maison du Seigneur ». Nous pouvons comprendre la mort comme la réalisation de ce désir de Dieu que nous avons vécu tout au long de notre vie, comme une recherche de joie avec Lui.

 

C’est pourquoi, il nous faut bien comprendre que la prière pour les défunts est d’abord une prière d’espérance, car nous savons que Dieu a promis le salut pour tous les hommes et nous Le prions pour qu’Il puisse amener nos chers disparus à Le rejoindre au ciel. « En ce sens, il est vrai que celui qui ne connaît pas Dieu, tout en pouvant avoir de multiples espérances, est dans le fond sans espérance, sans la grande espérance qui soutient toute l’existence[ix]. La vraie, la grande espérance de l’homme, qui résiste malgré toutes les désillusions, ce ne peut être que Dieu – le Dieu qui nous a aimés et qui nous aime toujours « jusqu’au bout », « jusqu’à ce que tout soit accompli »[x]. »[xi]Nous comprenons la mort comme un aboutissement de l’amour où Dieu se fait pleinement communion avec nous par nos choix de vie et notre décision définitive de Le suivre. La prière pour les défunts et les âmes du purgatoire est alors l’expression de la louange d’amour de Dieu et l’intercession pour ceux qui sont partis. Une même pratique de l’amour des vivants, priant pour les morts, et des saints, intercédant pour les vivants. Mais c’est aussi un avertissement pour nous : « Qui aura su mourir à tout recevra vie de tout »[xii] La vie en Dieu demande d’écouter l’Esprit nous détourner du monde qui passe pour nous attacher à la vie de l’amour éternel.

 

3.  La foi, un chemin de vie vers la civilisation de l’amour éternel

Parfois nous laissons la foi au bord du chemin de notre vie et nous nous enivrons de non-sens, dans la superficialité de ce monde, nous laissant parfois entraîner dans la culture de mort. Or nous avons à développer l’amour comme lieu de relation et d’action efficace pour la fraternité. Un amour qui rayonne dans l’attention à toute la création, et à l’égale dignité de toute personne humaine. « La vie n’est pas un simple produit des lois et des causalités de la matière, mais, en tout, et en même temps au-dessus de tout, il y a une volonté personnelle, il y a un Esprit qui, en Jésus, s’est révélé comme Amour.[xiii] »[xiv] Recevoir la révélation de l’amour c’est vouloir vivre d’amour et faire tout pour mieux connaître l’amour et en faire mémoire dans notre vie. Lors de notre mort, nous célébrons l’amour qui devient éternel, alors nous entrons dans la pleine communion avec Dieu. « Mais j’en suis sûr je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants » Car l’amour rencontré est une promesse pour l’éternité, qui invite à sa reconnaissance dans notre aujourd’hui. Dieu est présent, et Il nous appelle à faire de notre vie un chant de louange comme citoyens de la civilisation de l’amour. La réalité du temps fait que la promesse comprise dans le futur de l’éternité, est déjà une réalité dans le présent de notre histoire, comme elle est décelable dans le passé de l’incarnation du Christ et de la vie des saints. Notre vie d’initié (Baptême – Confirmation – Eucharistie) est remplie des balises de vie, comme la vie de nos frères qui nous ont quittés et dont nous gardons le souvenir, comme autant d’amour emmagasiné dans le relationnel. C’est bien ce que nous retiendrons lors de la prière pour les défunts, parce que nous jugeons aux fruits de l’amour.

 

« Voici à quoi se reconnaît l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est Lui qui nous a aimés, et Il a envoyé son Fils qui est la victime offerte pour nos péchés. » La mort est le tremplin d’un monde qui passe à l’amour éternel. C’est-à-dire un monde où nous avons désiré Dieu et nous l’avons cherché, à un monde de communion avec Lui et de retrouvailles. « Il n’y a pas de commune mesure entre la vie de Dieu – qui est la Vie en personne – et celle de la créature, si celle-ci est vraiment appelée à communier en Dieu, elle ne peut y parvenir qu’en franchissant un abîme ontologique pour passer à une condition d’existence totalement nouvelle »[xv]Cet abîme ontologique, ce lieu de dépassement de tout notre être, c’est la mort. Oui, c’est un acte de charité de Dieu qui nous fait passer par la mort pour découvrir la communion totale avec Lui pour toujours. En préparant la civilisation de l’amour, nous devons rechercher le sens de ce que nous vivons et de ce que nous sommes appelés à connaître. Nous pouvons rester sourds à la dimension spirituelle, préférant les illusions du monde qui passe. Mais, justement, l’expérience de la mort et de notre finitude à travers les deuils nous fait comprendre qu’il y a peut-être d’autres dimensions à explorer, et que l’important n’est pas dans l’argent ou le pouvoir et encore moins la séduction, mais bien dans la vérité de l’amour, l’intelligence de la fo, et la lumière de la grande espérance du salut.

 

4.  Conduits par le Christ vers une nouvelle espérance

Avec la mort de Jésus, nous comprenons que le Salut nous est proposé et que tout n’est pas fini mais, au contraire, tout commence car avec Dieu l’ingéniosité de l’amour dans la communion connaît un dynamisme sans limite. Oui, la mort « nous libère de ce monde, de ses excès, des intérêts, des faux compromis. Nous sommes libres pour une vie qui s’offre à la vérité, à la justice »[xvi] La vie en Dieu dès maintenant est une recherche de la vérité de l’amour et par-delà la mort, une joie de l’amour en communion dans un choix libre et permanent d’être avec Jésus pour toujours. Notre vie et cette recherche de la civilisation de l’amour éternel et du Royaume promis ; plus nous cherchons Dieu au plus profond de nous-mêmes, plus Il vient se révéler et bouleverser notre vie pour en faire un chant de louange, une terre, d’action de grâce. Transformation intérieure qui se témoigne par les choix que nous posons, qui disent Dieu lorsque nous vivons la communion de l’amour.

                                                                      

Néanmoins, nous devons continuer de cheminer dans la foi pour reconnaître ce qui est premier dans notre vie, ce qui fait sens, en un mot, la lumière de Dieu, car celle-ci éclaire sur le sens de la vie. « Moi je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt vivra »  La mort est alors la réalisation d’une promesse, et nous gardons confiance en la Parole comme lieu de re-création. Oui l’angoisse de la mort, et la tristesse qu’elle génère ne l’emportera pas sur l’amour victorieux du Christ, car Il est celui qui vient dans le monde pour le sauver. « Le Christ mène le temps à sa fin en l’introduisant dans l’instant de l’amour. Quand la vie humaine est vécue avec Jésus, elle entre du même coup dans le « temps de Jésus », c’est-à-dire dans l’amour qui métamorphose le temps et ouvre l’éternité »[xvii]Nous sommes de passage, mais nous n’avons pas à avoir peur, car si nous vivons l’amour de Dieu, alors Lui vit en nous, non avec des questions de forme, d’interdit et de devoir, mais par une présence à travers l’âme priante et des actions dans notre vie qui rendent témoignage. « L’amour du Seigneur pour ceux qui le craignent, est de toujours à toujours ». Lorsque le psalmiste parle de crainte, il ne s’agit pas de peur, mais bien de respect de l’amour.

 

Comment respecte-t-on l’amour de Dieu ? A travers la prière et à chaque fois que nous faisons des choses bonnes nous expérimentons le langage de l’amour, C’est ainsi que  nous travaillons à cette civilisation de l’amour vraiment définitive auprès de Dieu pour l’éternité. Quand bien même nos jours sont comme l’herbe, nous avons l’espérance que Dieu viendra nous appeler auprès de Lui. « Celui qui croit, voit ; il voit avec une lumière qui illumine tout le parcours de la route, parce qu’elle nous vient du Christ ressuscité, étoile du matin qui ne se couche pas »[xviii], cette lumière que nous voulons rappeler aujourd’hui dans la célébration des funérailles. Une lumière que nous avons à redécouvrir, chacun d’entre nous, en reconnaissant la présence de Dieu auprès de nous et le sens fondamental de son amour, toujours premier. «  Celui qui n’aime pas demeure dans la mort », cela signifie bien qu’il nous faut vivre d’amour et retrouver le bon sens dans notre recherche du bien commun et la vie fraternelle.

 

Notre prière pour les défunts et les âmes du purgatoire est déjà un acte de foi, même si nous voulons juste montrer notre sympathie car, lorsque nous aimons, nous croyons et nous vivons en pratique cette richesse de la relation à Dieu, peut être sans les mots ni la pratique, mais par son langage propre. Parler de Dieu, c’est le langage de l’amour et nous le vivons dans la vérité de la rencontre et la réalité du frère. « Dieu est celui qui rend juste » et l’ajustement à notre vocation de fils de Dieu, c’est la civilisation de l’amour.

 

Par le baptême, nous sommes fils de Dieu et sont ouvertes les voies du Salut. Car nous sommes régénérés dans le Christ, « et si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons avec Lui. » C’est notre espérance aujourd’hui : avec Dieu, tout est possible, et c’est Lui qui nous conduit vers les eaux du Salut. Parfois, nous nous égarons dans la vanité du monde, mais le Christ nous rappelle que tout vient de Lui et que c’est avec Lui que nous sommes appelés à conjuguer l’amour dans la vérité de notre vie. Nous ne parlons plus de passage, mais de transformation et de réalisation de l’être pour connaître l’existence nouvelle. L’homme, dans sa réalité ontologique, est image de Dieu et appelé à la ressemblance, mais plus encore, il est invité à la communion éternelle pour choisir, dans la vérité et la profondeur de ses actes, d’être toujours en relation avec l’amour. « Songez comme il est nécessaire de se faire ennemi de soi-même, et allez par la sainte rigueur de la perfection »[xix] Lorsque nous prions pour les morts, c’est aussi pour nous  un appel à la conversion pour que nous nous préparions, nous aussi, à l’appel de Dieu dans notre vie, c’est-à-dire à la grande espérance de Le rejoindre, et désirions, d’un grand désir, partager avec Lui la civilisation de l’amour éternel.

 

5.  L’expérience du jugement

 

Ah, le fameux « si Dieu nous aime, nous sommes alors tous sauvés quoi que nous pensions », dans un raisonnement sentimentaliste qui oublie la vérité de nos actes face à l’amour ! C’est une vérité de foi que l’enfer existe, sans savoir s’il y a quelqu’un dedans, autre que les anges déchus. Certes, l’Eglise relit l’Ecriture et reconnaît le jugement de Dieu dans notre vie, tout en se gardant bien d’y enfermer qui que ce soit, puisque la Toute Puissance de Dieu est mystérieuse et que la logique de l’amour nous échappe. Néanmoins, penser la liberté sans pouvoir l’exprimer de manière définitive, paraît être une vue tronquée. Il y a effectivement des gens qui refusent Dieu, comme le serviteur du seul talent refuse le don de l’amour. Il existe aussi des bons larrons qui mènent une bien piètre vie et qui, au dernier moment, choisissent l’amour. Tout cela nous invite à une grande prudence vis-à-vis des affirmations intempestives, et à bien méditer l’Ecriture pour nous tenir prêts pour le jugement du dernier jour. « L’Eglise dans la fidélité au Nouveau Testament et à la tradition, croit à la félicité des justes qui seront un jour avec le Christ. Elle croit qu’une peine attend pour toujours le pécheur qui sera privé de la vue de Dieu, et à la répercussion de cette peine dans tout son être. Elle croit enfin pour les élus à une éventuelle purification préalable à la vision de Dieu, tout à fait étrangère cependant à la peine des damnés. C’est ce que l’Eglise entend lorsqu’elle parle d’enfer et de purgatoire »[xx] Les notions de ciel (paradis), de purgatoire (comme lieu de purification pour profiter pleinement de l’amour) et d’enfer (de refus de Dieu et de son amour) questionnent notre foi, mais en même temps invitent à contempler le Christ et, avec Lui, garder confiance dans la grande espérance du Salut. A travers la mort, dans la foi, nous sommes appelés à accepter le dessein de Dieu dans notre histoire et à Lui faire confiance. « La question du rapport entre la venue du Christ et notre temps se reflète dans la question des signes de la fin du monde »[xxi] Nul ne sait ni le jour ni l’heure, mais nous avons à veiller, pour tenir nos lampes de la prière allumées, puiser dans l’huile de la Parole pour comprendre le sens de ce que nous avons à vivre, et guetter le retour du Sauveur pour partager sa joie éternelle. L’attention que nous mettons à vivre une vie bonne nous permet d’avoir le cœur pur afin de guetter les signes, délivrés de tout ce qui nous appesantit, nous distrait et nous désoriente. C’est pourquoi vivre la liturgie de l’Eglise et le partage fraternel, dans la communion, de notre temps et de nos biens ouvre au rassemblement final pour le Royaume. C’est au cœur de la vie liturgique et de l’expression de notre foi que nous rayonnons de l’amour de Dieu, et qu’Il vient à notre rencontre. Et c’est ainsi que nous pouvons nous mettre au service les uns des autres. « Par sa croix, le Seigneur s’en est allé à l’avance nous préparer une place dans la maison du Père, dans la liturgie, l’Eglise marchant avec lui, doit pour ainsi dire lui préparer des habitations dans le monde. »[xxii]

 

L’amour de Dieu nous conduit à garder cette relation privilégiée de la rencontre et à la désirer pour soi et pour les autres, comme l’aboutissement d’une vie de prière et de communion. En effet, nous serons jugés non sur ce qui aura été utile ou pas, mais bien sur l’amour et le sens du service et du partage. Et « si nous manquons de foi, Lui reste fidèle à sa Parole », et nous fait entrer dans la joie de la rencontre. Paradoxalement, nous vivons l’angoisse de la mort, conséquence du péché originel, comme fin ultime et perte de sens, comme si nous doutions de l’après. La tristesse de la perte d’un être aimé ne doit pas nous empêcher, de reconnaître le réalisme de la mort et ce que cela implique dans nos choix de vie et leurs conséquences. Oui, la mort est aussi un arrachement à la vie. Oui, il y aura un avant et un après, mais chaque merveille de Dieu qui aura chanté sa foi jusqu’au bout entrera dans la symphonie de louange au ciel. « La perspective du Jugement a influencé les chrétiens jusque dans leur vie quotidienne en tant que critère permettant d’ordonner la vie présente, comme appel à leur conscience et, en même temps, comme espérance dans la justice de Dieu. »[xxiii] C’est pourquoi l’épreuve de la vie trouve sa résolution dans la joie bienheureuse du Royaume et, toute notre vie, nous sommes conviés à choisir les bienfaits de Dieu comme lieu de réalisation de la grâce jaillissante. La foi est une aventure personnelle qui se vit dans l’expérience communautaire. Elle est cette relation à Dieu qui se témoigne auprès de nos frères et s’enrichit de cette relation fraternelle. Car la foi et l’espérance ne sont qu’un développement de l’amour. Or, la foi nous amène à la réalisation de l’amour de Dieu et de sa promesse d’une heureuse éternité. Le jugement de Dieu est donc bien la vérité de l’amour que nous devons comprendre dans l’intelligence de la foi.

 

Synthèse

Alors, prier pour nos disparus est redire notre foi dans la grande espérance du Salut et, en même temps, intercéder pour ceux qui ont besoin de notre prière, notamment les âmes du purgatoire dans le dessein mystérieux du Seigneur qui nous fait prier mutuellement les uns pour les autres dans un dialogue de l’amour qui prend soin de toutes les réalités. « En mourant, l’homme s’en va vers la réalité et la vérité sans voile. Il prend dès lors la place qui lui revient selon la vérité »[xxiv] La prière est ce dialogue de vérité pour vivre la communion de l’amour. J’ai essayé d’esquisser les questions que pose la prière pour les morts, dans un dialogue œcuménique qui peut parfois être un dialogue de sourds. Mais ne perdons pas la richesse de notre foi basée sur l’Ecriture et la tradition apostolique. Le Credo sert de dialogue utile à la compréhension de notre foi, étant commun aux Eglises chrétiennes, orthodoxes, protestantes et catholique

 

Continuons de témoigner de notre espérance. Oui, nous le savons, le Seigneur est vivant. Agissons, nous aussi, comme des vivants en nous affranchissant de toutes nos chaînes, pour ne connaître que la liberté des enfants de Dieu qui agissent en conscience et choisissent de vivre la communion à Dieu et à nos frères. « Mon cœur m’a redit ta parole : « Cherchez ma face. » C’est ta face, Seigneur, que je cherche :ne me cache pas ta face. »

 

Père Grégoire BELLUT – Curé de Saint Charles Borromée

2 novembre 2020

 

[i] P 48 Communion n XXXVII – sept oct 2012 art Ivica Raguz

[ii] P 44 Communion op cité

[iii] P 50 Communion op cité

[iv] P 51Communion op cité

[v] &56 Lumen Fidei

[vi] ibid

[vii] &10/2 Imitation de JC

[viii] &33 Spe salvi

[ix] cf. Ep 2, 12

[x] cf. Jn 13, 1 et 19, 30

[xi] &27

[xii] St Jean de la Croix – &171 – p 95 les mots d’ordre

[xiii] Cf. CEC nn. 1817-1821

[xiv] &6 Spe Salvi

[xv] Exemption de la mort et victoire sur la mort – JP Batut p 64

[xvi] Questions théologique Ivica Raguz

[xvii] P 166 la mort et l’au-delà, Joseph Ratzinger

[xviii] &1 Lumen Fidei

[xix] &201 La rigueur du devoir – Saint Jean de la Croix

[xx] Note de la doctrine de la foi 7e point indiscutable (17 mai 1979) in La mort et l’au-delà – Joseph Ratzinger p 251

[xxi] P 201 La mort et l’au-delà op cité

[xxii] P 212 La mort et l’au-delà op cité

[xxiii] &41 Spe Salvi

[xxiv] P 213 La mort et l’au-delà