Lettre de rentrée 2019 : la fraternité 1/4

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Le Seigneur Dieu dit à Caïn:  » Où est Abel, ton frère? « 

 

            « Ou est Abel, ton frère ? », la question de la fraternité dès les origines est d’abord une interrogation de Dieu sur notre relation à l’autre. Dans ce temps de rentrée, et en commençant une nouvelle année pastorale sous le souffle du Synode  et des orientations à vivre, peut-être pourrions-nous réfléchir ensemble sur la question de la fraternité, dans sa réalisation très concrète dans nos paroisses ?

 

1     Abel – la fraternité du plus faible et les enjeux

 

L’histoire d’Abel nous introduit sur la difficulté de la fraternité. Caïn est le premier fils, l’aîné. Il vient d’une union entre l’homme (qui n’est pas nommé Adam étant le nom générique de l’humanité) et Eve la vivante. De plus à sa naissance sa mère reconnaît la bénédiction de Dieu.  « J’ai acquis un homme avec l’aide du Seigneur ! » Il vient donc d’une union du genre humain dans son altérité et en même temps il est le fruit d’une bénédiction de Dieu. Caïn est le possédant, il a une terre promise à Dieu pour son Père, c’est un cultivateur un sédentaire qui est fiable. L’étymologie est celui de forgeron, celui qui a acquis. Par contre, rien n’est dit sur Abel, ni de sa relation humaine, ni de la relation divine sous forme de bénédiction. Il est le frère oublié, le pauvre marginalisé, celui pour qui personne ne prend le temps d’une parole, d’un échange, d’une relation. Celui mis sur le bord de la route, et criant son désespoir à l’humanité, et à Dieu, « Fils de David aie pitié de moi ». Un cri qui déchire nos silences convenus de bienséance pour nous rappeler à l’amour comme lieu premier d’humanité. Il est facile de mettre nos frères à la périphérie de nos vies, mais plus difficile de s’y rendre et de renouer avec eux pour les mettre au centre de notre attention. Dieu est amour certes, mais nous demande une conversion du cœur pour nous laisser transformer par l’amour, pour nous laisser embraser par son amour unique pour chacun d’entre nous. Le refus de conversion fait notre propre jugement et nous sépare de Dieu. L’amour lui nous harmonise à la volonté de Dieu et nous change définitivement. « L’amour grandit par l’amour. L’amour est «divin» parce qu’il vient de Dieu et qu’il nous unit à Dieu, et, à travers ce processus d’unification, il nous transforme en un Nous, qui surpasse nos divisions et qui nous fait devenir un, jusqu’à ce que, à la fin, Dieu soit «tout en tous»[i] La conversion personnelle devient une transformation de notre vie communautaire. La relation au frère est transformée par l’amour que je reçois de Dieu et que je témoigne au prochain. Cela demande un changement de tout notre être, de notre tête pour être attentif à l’autre,  du regard pour être bienveillant, des mains pour partager, des pieds pour accompagner.  Ce changement est tout aussi intérieur afin de vouloir être proche de notre frère, de prendre le temps de le connaitre, de savoir l’approcher, et ainsi conjuguer nos sentiments dans cette volonté d’être fraternels et ouverts à l’autre dans toutes ses dimensions. Oui, il y a une impérieuse exigence à nous laisser transformer dans le service du frère par un témoignage authentique pour être vraiment au service de Dieu. Aucun frère n’est à marginaliser, même s’il est plus simple de vivre avec certains qu’avec d’autres. La communion demande l’attention à l’autre et la capacité de persévérer malgré les vents contraires. La fraternité, n’est pas un chemin d’évidence, ni toujours de bonheur immédiat, mais dans tous les cas elle est un chemin de sainteté. La prière et la méditation des Ecritures doit nous transformer dans la relation au frère afin de vivre une communion véritable par une vie de foi où se partage l’amour à travers la grande espérance du salut. Dieu en Jésus vient nous transformer définitivement pour être des amoureux de Dieu par une relation au frère toujours plus proche et plus vraie.

  L’étymologie du nom d’Abel dit ce qu’il est : du vent, de la fumée, de la buée, l’inconsistance. C’est pourquoi il est l’expédiant. Il vit de l’aléa de la santé des bêtes et des longues maturations de la fragilité de la vie et en même temps de son extraordinaire fécondité. Il est le fragile.  Et comme nos relations fraternelles sont fragiles !!! C’est pourquoi il nous faut en prendre soin. Cela demande un investissement de notre part, et non pas une simple lettre de bonnes intentions. La conversion de notre vie demande évidemment la relation de l’amour pour nous laisser saisir par Dieu et le suivre. Or Dieu est Trinitaire, car l’amour est toujours dynamique. « L’Esprit est aussi la force qui transforme le cœur de la Communauté ecclésiale, afin qu’elle soit, dans le monde, témoin de l’amour du Père, qui veut faire de l’humanité, dans son Fils, une unique famille. »[ii] A travers le don j’entre dans une interaction avec le frère, et une vie de communion, le visage tourné vers Dieu dans la prière et les mains tendues vers le frère pour le partage. Nous n’aurons plus la nuque raide, incapable de tourner notre regard vers le pauvre Lazare, le cœur endurci à ne pas écouter ses cris, car lorsque nous savons aimer, que nous voulons aimer, et que nous mettons nos désirs à aimer vraiment alors notre lieu de rencontre dans la fraternité devient la réalisation d’une civilisation de l’amour, d’un bonheur vécu par anticipation du royaume. Le désir d’aimer devient ainsi la mémoire de notre fidélité à Dieu dans la volonté du service, et la connaissance à travers la réalité du frère. C’est un recentrement de nos désirs pulsionnels vers de la vérité de la pulsation de l’amour. Une configuration de tout notre être dans la ressemblance à Dieu et dans une même image fraternelle. « La reconnaissance du Dieu vivant est une route vers l’amour, et … demeure cependant constamment en mouvement: l’amour n’est jamais «achevé» ni complet; il se transforme au cours de l’existence, il mûrit et c’est justement pour cela qu’il demeure fidèle à lui-même.  vouloir la même chose et ne pas vouloir la même chose; voilà ce que les anciens ont reconnu comme l’authentique contenu de l’amour: devenir l’un semblable à l’autre, ce qui conduit à une communauté de volonté et de pensée. »[iii] Car l’amour n’est ni fusion ni confusion, mais bien communion et union. L’amour n’est pas l’égalitarisme au service de l’autre, mais une attention aux plus faibles, et à ceux qui sont laissés pour compte, chacun selon ses besoins propres. Nous devons tenir compte de l’unicité des personnes dans la composition d’un corps fraternel à unifier. Dieu ne nous traite pas chacun de manière égale, mais bien selon notre vocation propre. Il nous accompagne sur le chemin de la joie que nous avons à découvrir et non dans une joie immédiate, ni une joie lointaine. Une vraie joie – la vraie joie qui se vit jour après jour avec persévérance et humilité à travers la relation à Dieu et à notre prochain. L’appel de notre Eglise de Créteil aujourd’hui est de redécouvrir cette joie de la fraternité en prenant soin les uns des autres au nom de notre vocation baptismale et en même temps dans les engagements communautaires.  « Les diverses instances ecclésiales doivent être pour leurs membres des lieux de fraternité et de convivialité, où chacun peut relire ses engagements dans un climat amical de foi et de prière, afin de se laisser lui-même évangéliser »[iv]. Nous sommes tous responsables du baptême que nous avons reçu, et que nous avons déployé à travers la communion et la confirmation. Le souffle de l’Esprit nous conduit sur un chemin de partage et de service fraternel, et nous introduit dans une meilleure connaissance de Dieu par l’obéissance à la Parole de Dieu que nous posons en acte.

 

2     Caïn ou le défi de l’altérité

 « Au temps fixé, Caïn présenta des produits de la terre en offrande au Seigneur.  De son côté, Abel présenta les premiers-nés de son troupeau, en offrant les morceaux les meilleurs. » A l’absence des mots de la mère qui donne vie, voici que dans le rapport à Dieu, tout change, comme un renversement des valeurs, où ce n’est plus l’apparence ou les circonstances, qui font office de jugement, mais la conversion du cœur, et l’humilité de l’offrande, dans le meilleur de soi-même. En effet, Caïn est sûr de son fait, et donne le superflu des produits de la terre, alors que le fragile Abel fait attention à donner le meilleur de lui-même. Car justement dans son inconsistance et dans sa précarité, il s’en remet complètement à Dieu, et n’offre pas simplement une obole, mais tout ce qu’il possède de mieux. Abel dit son abandon à Dieu. Et Dieu tourna son regard vers lui et son geste d’amour comme un lieu de bénédiction.  Vouloir ce que Dieu veut dans l’expression du charisme personnel qu’Il a déposé en chacun de nous fait vivre une communauté dans la diversité de ses membres pour un plus grand enrichissement. Les forêts d’une seule essence sont des déserts arborés, sans animaux parce que le lieu n’est pas viable. La diversité de la forêt peut nous faire rencontrer des chênes avec des buissons, des animaux avec des végétaux, dans une diversité qui demande les vertus de prudence et de patience. Il en va de même pour nous dans la relation à l’autre. Nous sommes fils de Dieu, et donc sommes appelés à une fraternité spirituelle dans le Christ que je vois en tout homme. C’est un appel à vivre le renoncement à soi-même pour entrer dans le don sincère dans ce projet d’amour que Dieu a voulu. « le témoignage de sainteté, dans notre monde pressé, changeant et agressif, est fait de patience et de constance dans le bien. C’est la fidélité de l’amour, car celui qui s’appuie sur Dieu peut également être fidèle aux frères »[v] Cette fidélité à l’amour pour le frère s’authentifie à la fidélité à l’amour de Dieu.

 

Or l’amour est gratuit et il a cette radicalité sans concession. Ce n’est pas dans la tiédeur du don que Dieu s’inscrit. « Puisque tu es tiède – ni brûlant ni froid – je vais te vomir de ma bouche. »[vi] Ce qu’Il donne, c’est tout et nous recevons ce que nous pouvons faire fructifier. «  Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. »[vii] C’est pourquoi Caïn fut irrité de la bénédiction de Dieu pour son frère, au lieu de s’en réjouir, et il ne se remet pas en question. Il se referme un peu plus sur son offrande pusillanime jusqu’à en être violemment jaloux. Dans la folie de ses pulsions clivantes et meurtrières il exerça sa liberté en allant tuer son frère. Pourtant la parole du Seigneur l’avait mis en garde : « Si tu agis bien, ne relèveras-tu pas ton visage ? Mais si tu n’agis pas bien…, le péché est accroupi à ta porte. Il est à l’affût, mais tu dois le dominer. » . Il nous faut comprendre la relation au frère comme une domination sur soi-même pour être disponible à l’écoute et au partage. C’est ainsi que nous exercerons une vraie proximité  à travers un échange enrichissant. Or, dominer par la volonté notre vie pour la rendre conforme à la volonté de Dieu et accepter la grâce déposée en nous dès l’origine pour la faire croitre sous la chaleur de l’Esprit Saint, ce n’est pas vouloir dominer l’autre et le réduire à n’être qu’un faire-valoir d’une relation. La relation y est, dans ce cadre-là, immanquablement tronquée. C’est une illusion de la relation, qui amène à l’enfer-mement.  Dominer l’autre est faire du frère un objet de notre relation et non un sujet de Dieu avec qui j’échange et je partage. Le contraire de la relation est la solitude, elle est la marque originelle (donc avant le péché), comme une incomplétude de Dieu. Mais à travers le péché originel, et ensuite la violence dans le refus de la relation, elle devient désespérance. Une des illusions de la solitude est de vouloir la combler par l’ersatz d’une vie à travers les écrans. Une chose est sûre, c’est que les écrans font écran à la relation. Poussée à l’extrême, la société d’écran devient la désespérance d’une culture du non-sens. Le Verbe de vie nous invite à entrer en relation, et à vivre la relation dans la proximité de l’amour comme une grâce de Dieu pour notre aujourd’hui.  La nuque raide ne voit que dans une direction, le cœur qui frémit jusqu’aux entrailles est toujours en recherche de communion. C’est là notre témoignage, de porter à nos frères la joie de notre relation à Dieu. La joie de Dieu se décuple dans la conversion de notre cœur, car l’amour a non seulement découvert le don, mais aussi le pardon et ainsi entre en action de grâce. Nous sommes appelés à vivre une conversion de tous les instants et à nous laisser transformer par la Parole de Vie.

 

Il nous faut rappeler alors, que la Parole de Dieu se reçoit et nous n’en sommes pas propriétaires. Elle est don de Dieu à notre humanité, et demande un discernement qui s’authentifie en Eglise. Lorsque Dieu s’adresse à Caïn il lui rappelle le discernement pour accueillir la Parole de vie et refuser le péché. La tentation est de nous éloigner de la parole, lieu de vie. En effet nous pouvons trahir la Parole de Dieu non seulement dans la nuque raide, et une seule interprétation, mais encore dans l’endurcissement du cœur et en ne voyant qu’une rigidité de valeur avant de voir l’amour qui y demeure. Le relativisme, et une contextualisation excessive entretienne une mise à l’écart de la relation à Dieu et participe à cet endiguement de la Parole. Elle collabore à la compromission et à la tyrannie du désir. L’endurcissement fait dépérir l’amour, abîme notre foi et entame notre espérance. Une lecture déformée de la Parole nous égare loin de la vérité et devient un contre témoignage.

 

Mais par grâce Jésus vient renouveler notre fraternité et touche notre cœur de sa présence aimante. Il est le Rédempteur et il vient nous sauver en nous proposant de vivre le baptême et d’être éclairés par l’Esprit Saint. Nous demandons au Seigneur de nous éclairer à travers la Parole, et que l’Esprit Saint nous fasse bruler de cet amour dans la ferveur de la foi et la persévérance dans la grande espérance du salut. « Là où les fidèles ne se forment pas à une connaissance de la Bible selon la foi de l’Église dans le creuset de sa Tradition vivante, on laisse de fait un vide pastoral dans lequel des réalités comme les sectes peuvent trouver un terrain pour prendre pied. »[viii] Si Caïn était allé voir ses parents pour mieux comprendre son rapport à Dieu, peut-être que les choses auraient pu être différentes. La problématique de la fraternité est de vivre l’exclusivité. Cela amène à une violence dans le refus de l’autre pourtant si proche, ça nous entraine sur des conduites schismatiques ou sectaires parce qu’exclusives où compromises.

            En effet, le premier rapport de fraternité se vit dans l’offrande à Dieu et du choix d’élection. Nous sommes tous appelés chacun selon la volonté de Dieu et notre propre charisme. Ce n’est pas de l’égalitarisme mais le respect de la dignité humaine dans sa vocation propre et l’ajustement à la réalité. Dieu donne les talents nécessaires à chacun selon sa propre force. Mais cela demande une attitude responsable de notre part, pour être acteurs du don et le déployer dans la relation à l’autre. Si nous ne sommes jamais seuls, puisque Dieu est avec nous, nous avons à le témoigner auprès de nos frères dans une inventivité de l’amour. Le service de la charité n’est pas optionnel mais le fondement de notre engagement dans la fidélité à Dieu et la raison de la grande espérance du salut. « Les chrétiens, en particulier les fidèles laïcs, sont exhortés à se comporter de telle sorte que « brille dans la vie quotidienne, familiale et sociale, la force de l’Évangile. Ils se présentent comme les fils de la promesse, lorsque, fermes dans la foi et dans l’espérance, ils mettent à profit le moment présent[ix] et attendent avec constance la gloire à venir[x]. Cette espérance ils ne doivent pas la cacher dans le secret de leur cœur, mais l’exprimer aussi à travers les structures de la vie du siècle par un effort continu de conversion, en luttant “contre les souverains de ce monde des ténèbres, contre les esprits du mal”[xi] ».[xii] Il serait une erreur de marginaliser une partie des Ecritures en voulant être le sel de la terre et en oubliant d’être les lumières du monde. Dans notre vie quotidienne, comme dans la cité, nous avons à annoncer cette espérance qui jaillit de la rencontre du ressuscité et de la joie de Pâques. Il a vraiment fait ce qu’Il a dit. Il est venu nous sauver une fois pour toutes, et c’est encore actuel aujourd’hui. Certes chacun de nous comprend cette joie de l’espérance à travers sa propre histoire, et le contexte de vie. Mais nous avons une coresponsabilité à déployer solidairement cette mission de l’Evangile de partager la joie de Dieu à tous, chacun selon ses charismes. Dans une société qui s’ingénie à éviter la responsabilité comme lieu de nos choix, nous avons à témoigner de notre engagement en prenant part à la vie communautaire ainsi que le service du bien commun.

 

3     Fraternité et convivialité

            Etre frères cela se voit. Or nous avons une curieuse manière de vivre cette fraternité, en menant des activités parallèles et en se rencontrant à la sainte eucharistie  dans un concept d’ami inconnu. Nous nous reconnaissons de vue, mais nous ne partageons qu’un minimum d’histoire. Parfois il y a un vrai investissement dans sa mission, dans son mouvement, dans son service,  et une totale indifférence à ce qui lui est étranger. Or nous avons bien des frères à aimer, à vivre avec eux et à témoigner de l’esprit de communion dans un partage vivant.

 

            Parallèlement, nous ne pouvons pas nous engager dans toutes les activités paroissiales, car il y a aussi le devoir d’Etat. Nonobstant cet aspect, il nous faut revoir nos pratiques pour donner à la fraternité une réalité communautaire et non pas une sorte de cohabitation spirituelle pour un consensus minimum. Il nous faut revoir nos engagements dans tous les mouvements et services de la paroisse pour en même temps s’interroger sur nos pratiques et regarder comment je suis vraiment frère dans l’exercice de charité. Nous sommes interpellés pour revoir nos priorités dans le temps et comprendre que la fraternité se vit dans la relation et non par une vie en parallèle.

 

            Le don de soi n’est pas l’accaparement des autres. S’il s’agit bien de se donner soi-même dans le service de la fraternité, ce n’est pas dans une vaine recherche de reconnaissance, ou en créant un cercle d’admirateurs qui rend la relation exclusive. C’est ensemble que nous avons à construire dans le discernement des frères et le bien de la communauté pour l’annonce de la Parole. « Pour y parvenir, nous devons nous mettre à la dernière place, au service de tous, toujours prêts à aimer. Aimer est la façon d’atteindre la première place »[xiii]. Or la vérité de l’amour n’est pas d’arriver avec ses gros sabots, et ses idées toutes faites, mais bien d’accueillir l’autre dans un désir de communion, et ,ensemble chercher la voie qui nous ramène au Christ. Cela demande de passer du temps ensemble et donc de refuser la dictature de la société des écrans qui peu à peu s’introduit dans notre vie et crée un vide existentiel sans précédent dans l’histoire de l’humanité. « Le péché ébrèche ou brise la communion fraternelle. »[xiv] L’engouement pour les jeux ,quand bien même ce sont des solitudes partagées en ligne ne favorisent pas la relation fraternelle. De même manger en regardant la télévision ou en écoutant la radio. Lorsque je suis avec l’autre, je dois être présent à l’autre, savoir couper mon portable, savoir ne pas répondre au téléphone. Nous ne parlons pas seulement d’hygiène de vie, mais de conversion de la relation pour se recentrer vraiment sur l’essentiel. A chaque fois que nous sommes avec le frère, le Christ est là au milieu de nous. C’est pourquoi nous devons nous recentrer sur la relation. Nous n’avons jamais été une société d’individus solitaires, mais notre témoignage a été authentifié par une communauté de frères.

 

Etre attentif à la communion c’est savoir vivre la gratuité du temps dans la relation. « Il ne suffit pas, pour être chrétien d’être bon, miséricordieux, humble, doux et patient… il faut avoir de l’amour pour ses frères »[xv]. L’amour est le chemin de vie ouvert par le Christ comme lieu de rencontre et de transfiguration. Car l’amour illumine le quotidien d’une nouveauté qui sans cesse se renouvelle. Le bel amour lorsqu’il souffle entre frères, a la fragrance de Dieu. « L’amour de Dieu et l’amour du prochain se fondent l’un dans l’autre: dans le plus petit, nous rencontrons Jésus lui-même et en Jésus nous rencontrons Dieu. »[xvi]

 

4 Avoir un regard bienveillant

 

Trop de fois nous sommes dans un regard accusateur, et nous faisons assumer à d’autres nos propres peurs. Il nous faut un regard bienveillant, c’est-à-dire être attentif à laisser l’autre grandir, au lieu de vouloir l’écraser. Cela demande un détachement par rapport à l’esprit de ce monde, l’accueil de nos propres limites dans la réalité que nous traversons et de se dresser contre l’adversaire par la construction d’une vie bonne et le combat spirituel. Etre disciple c’est vouloir aimer jusqu’au bout dans la radicalité du don. Et « On ne peut aimer Dieu parfaitement, si l’on ne quitte les affections aux choses périssables. »[xvii] Nous sommes appelés à vivre l’obéissance dans la volonté de Dieu et de nous armer pour le combat qu’immanquablement nous devrons engager. Car il ne s’agit pas d’une obéissance d’esclave, mais bien de fils de Dieu c’est-à-dire mus par l’amour et dans cette liberté du cœur qui accueille la volonté de Dieu en toute chose. Cette liberté de l’esprit ouvrant les horizons du salut dans la fidélité à la Parole et l’amour partagé. « Oh ! quelle vie de renoncements et d’austérités, que celle des saints dans le désert ! quelles longues et dures tentations ils ont essuyées ! que de fois ils ont été tourmentés par l’ennemi ! que de fréquentes et ferventes prières ils ont offertes à Dieu ! … quelle forte guerre contre leurs passions ! quelle intention pure et droite toujours dirigée vers Dieu ! »[xviii] Etre disciple est donc se conformer au Christ et accepter de prendre ce chemin d’humanité pour partager la joie des Ecritures, malgré l’hostilité du monde et la fausse indifférence parfois haineuse contre la Parole qui dit la Vérité. Le combat pour l’affirmation de notre volonté de suivre Dieu est âpre et peut paraitre terrifiant à travers la radicalité proposée, mais c’est pour un chemin d’humanisation qui respecte la dignité de l’amour.

 

La synodalité est une manière de marcher ensemble. C’est-à-dire réfléchir ensemble avec le Christ comme compagnon, sur nos chemins d’Emmaüs, et laisser notre cœur s’embraser de sa présence pour courir en témoigner à tous. Parfois nos délégations deviennent des abandons. En famille, beaucoup d’enfants sont laissés seuls face à leurs études, parce qu’ils ne sont plus en primaire, mais ils entrent en 6ème et doivent se débrouiller « comme des grands ». Mais ce ne sont pas des grands, et ils ont besoin des parents, et d’accompagnement d’adultes pour les aider à grandir. C’est vrai dans les services de la communauté paroissiale où l’on demande l’avis de tous, et on se retrouve parfois bien seul à prendre les décisions. Cela demande un investissement de chacun sur le travail du frère, pour prendre part, dans une coresponsabilité à la mission du témoignage de notre foi. Ne soyons pas indiffèrents à ce qui se vit autour de nous. « Pour pouvoir soutenir un style de vie qui exclut les autres, ou pour pouvoir s’enthousiasmer avec cet idéal égoïste, on a développé une mondialisation de l’indifférence. Presque sans nous en apercevoir, nous devenons incapables d’éprouver de la compassion devant le cri de douleur des autres, nous ne pleurons plus devant le drame des autres, leur prêter attention ne nous intéresse pas, comme si tout nous était une responsabilité étrangère qui n’est pas de notre ressort »[xix] Or le regard bienveillant entraine une prise en compte du frère et de ses problématiques. Une attention qui se montre dans la prière d’intercession pour aider à la manifestation de Dieu dans la vie de notre frère, et un réconfort de notre foi. Le frère m’aide dans le cheminement de la foi.

 

5 Oser la vérité dans l’amour fraternel

Nous sommes dans un relativisme de la relation où les nuances masquent nos imprécisions et nos incapacités à discerner avec justesse. Je peux aimer mon frère, en lui rappelant que ses attitudes ne concordent pas avec la lumière de l’Evangile, sans rigidité certes, mais surtout sans un sentimentalisme de bon aloi mais destructeur. Par les sentiments, nous pouvons défendre tous les comportements, voire les plus pervers, parce que l’amour ne s’éclaire pas dans la vérité ! Or l’Ecriture ne se lit pas de plusieurs manières, il n’y a qu’une seule interprétation, mais plusieurs conjugaisons. La nuance est fondamentale. La liberté de fils de Dieu ne nous exonère pas de la recherche de la volonté de Dieu et du bien que nous avons à déployer en nous et autour de nous et de l’attention à notre communion.  « Le juste exercice de la liberté personnelle exige des conditions précises d’ordre économique, social, juridique, politique et culturel qui « sont trop souvent méconnues et violées. Ces situations d’aveuglement et d’injustice grèvent la vie morale et placent aussi bien les forts que les faibles en tentation de pécher contre la charité. En s’écartant de la loi morale, l’homme porte atteinte à sa propre liberté, il s’enchaîne à lui-même, rompt la fraternité de ses semblables et se rebelle contre la vérité divine ».[xx]Travailler à la fraternité est l’occasion de revoir ses pratiques pour demander ce qui est juste. Le commerçant demandera le juste prix des choses, et non pas une course au profit mettant à mal le bien commun. Dans l’interrelation les factures ne s’établissement pas entre sachant et non sachant, mais entre personnes ayant une relation fraternelle qui paye au juste prix. Cela est vrai aussi dans les services que nous pouvons rendre. Tout ne peut pas se réduire à un aspect financier. La gratuité de la relation se vit dans le fait d’être simplement là.

 

Il est important de bien relier notre fraternité au Christ pour discuter du bien commun et de nos choix de vie dans la société. Car nous pouvons avoir des appréciations différentes, mais certainement pas relativistes par rapport à la Parole de Dieu. Il nous faut toujours rappeler cette fraternité dans l’appréciation de nos opinions, et savoir mettre en priorité le service de l’Evangile avant les liens de famille. Cela pourrait passer par mettre en avant les activités paroissiales avant les retrouvailles familiales, ou les fêtes de famille à répétition. Parfois la famille devient un attachement déraisonnable et justifie la tiédeur de notre engagement communautaire. Cela n’est pas raisonnable. Le Christ nous interpelle dans une hiérarchie où c’est lui qui doit avoir la préférence. Tu n’auras pas d’autres dieux que Dieu, même si c’est ta famille.  La famille ne doit pas faire obstacle  à l’amour de Dieu qui doit toujours être premier. Il en va de même de sa propre vie, il y a un moment où notre vie est offrande à Dieu et nous devons consentir à être complètement donnés à son service, et non restreindre certains secteurs de nos activités pour un confort personnel.  Certes il y a une responsabilité à sa famille, et un amour légitime, comme nous avons à aimer notre prochain comme nous-mêmes, mais l’exigence évangélique demande une certaine radicalité. L’amour de Dieu n’est pas tant dans l’Ecoute de sa Parole que dans l’attachement à la personne du Christ, et de le suivre sur le chemin du monde, dans la disponibilité du cœur. En un mot imiter le Christ en réorientant nos priorités dans une certaine discipline de vie. « Mais ceux qui, méprisant le monde parfaitement, s’efforcent de vivre pour Dieu sous une sainte discipline, n’ignorent point les divines douceurs promises au vrai renoncement, et voient avec clarté combien le monde, abusé par des illusions diverses, s’égare dangereusement »[xxi] La mise à distance des liens fraternels, et de notre amour propre appellent à un certain détachement, et donnent le recul nécessaire pour entendre l’appel de Dieu dans notre vie. Nous entrons dans le mystère du sens de la vie et y découvrons une belle communion relationnelle.

 

Il nous faut non seulement prendre notre croix, c’est-à-dire, ce qui nous appesantit dans notre humanité, nos propres limites et nos faiblesses. Mais il nous faut aussi suivre le Christ jusqu’au bout de sa vie. C’est un chemin de conversion et en même temps d’illumination de notre vie par sa présence. Une transformation de ce qui fait sens en nous et de réponse à un appel pressant et toujours actuel de le suivre. La croix est a comprendre alors comme l’assaut de l’amour de l’Esprit Saint contre l’esprit du mal et de la mort, pour n’être que don. L’amour brise la vie mortelle pour entrer en possession de la vie éternelle. Nous sommes appelés par la croix à nous laisser saisir par le feu de l’amour et à nous détacher de tout ce qui n’est pas la volonté de Dieu. Une transformation de toute notre existence pour n’être qu’acte d’amour.

 

 

 Il s’agit dans la nuit obscure de reconnaitre la voix du Christ et de suivre, même si nous ne comprenons pas bien ce qui se passe. Vivre la connaissance de Jésus me suffit pour parcourir le chemin de sainteté. « Mystérieusement, le Christ lui-même, pour déraciner du cœur de l’homme le péché de suffisance et manifester au Père une obéissance filiale sans partage, accepte de mourir de la main des impies[xxii], de mourir sur une croix. »[xxiii] Prendre sa croix c’est lutter contre sa suffisance et la vanité de notre existence. C’est Dieu et Lui seul qui nous conduit. La joie du royaume se réalise dans l’obéissance à sa volonté comme lieu de réalisation de tout notre être. Nous avons été créés pour cela, et nous sommes invités à entrer dans notre héritage. « Après Marie, Nous rencontrons l’expression de la joie la plus pure, la plus brûlante, là où la Croix de Jésus est embrassée avec le plus fidèle amour, chez les martyrs, à qui l’Esprit Saint inspire, au cœur de l’épreuve, une attente passionnée de la venue de l’Epoux.»[xxiv] Une confiance en l’amour de Dieu qui va jusqu’au don sincère de soi-même et réalise notre vocation propre de fils de Dieu. Si Dieu se donne, nous avons-nous aussi à nous donner, et c’est en donnant que nous trouvons le mystère de notre vocation d’amour. Le don est fécond lorsqu’il nous fait grandir dans la grâce et nous laisse entrevoir la grande espérance du salut. Tout prend sens puisque Dieu est avec nous. 

 

Prendre notre croix est une manière d’être disciple puisqu’il annonce le royaume des cieux et nous fait comprendre l’histoire du salut, chemin d’alliance au cœur de notre humanité. « Ce Règne et ce salut, mots-clés de l’évangélisation de Jésus-Christ, tout homme peut les recevoir comme grâce et miséricorde, et pourtant simultanément chacun doit les conquérir par la force — ils appartiennent aux violents, dit le Seigneur[xxv] — par la fatigue et la souffrance, par une vie selon l’Evangile, par le renoncement et la croix, par l’esprit des béatitudes. Mais, avant tout, chacun les conquiert moyennant un total renversement intérieur que l’Evangile désigne sous le nom de “ metanoia ”, une conversion radicale, un changement profond du regard et du cœur.[xxvi] »[xxvii] Devenir disciple du Christ demande une conversion radicale du cœur, pas seulement familiale, mais en portant sa croix et en suivant le christ sur le chemin du monde. Une recherche de Dieu, voire une soif de Dieu dans le désir du cœur inaltérable d’être en communion avec Lui en toute occasion. La manifestation de notre foi est alors l’esprit de communion que nous avons à vivre et à faire vivre autour de nous. Une présence amoureuse et constante qui se manifeste par la ferveur de notre prière (et qui se constate). Tout ne s’obtient pas dans l’immédiateté de l’action mais demande aujourd’hui la vertu de patience pour continuer avec persévérance dans la foi.  « La foi conserve toujours un aspect de croix, elle conserve quelque obscurité qui n’enlève pas la fermeté à son adhésion. »[xxviii] C’est bien dans l’espérance que nous pouvons comprendre la croix, et la logique de l’amour dans l’offrande. Sinon elle conduit à une impasse, et à une logique de la désespérance. La croix prend tout son sens lorsque nous croyons que nous sommes sauvés, et que nous comprenons enfin l’être vraiment.

 

6 Un ajustement de la relation au frère

            Vivre l’ajustement à la relation au frère c’est reconnaitre le Christ dans notre vie, et le suivre dans toutes nos décisions. Etre disciple du Christ et entendre la Parole de Dieu dans notre vie demande d’accueillir cette réalité de l’amour. La vie en Christ nous introduit à la recherche d’une relation bienveillante entre nous et en même temps une recomposition de notre fraternité pour voir devant nous un sujet et non un objet.

 

Quand-est ce que je vois mon frère comme un objet ? Lorsque je l’utilise, ou que je le réduis à ses actes sans prendre en compte toute sa dimension et son histoire. Lorsque je classifie mon frère dans le placard de mes occupations, en ouvrant le tiroir par moments.  Quand est-ce que je le vois comme sujet ? Lorsque je le respecte en tant que personne, et je vois avec bienveillance ses actes de liberté reprenant dans la vérité ce qui doit être juste, et confortant ce qui l’a été. Lorsque j’établis une relation équilibrée avec lui dans une réciprocité de la relation. Cependant vivre la fraternité demande en même temps d’avoir cette radicalité de l’amour avec Jésus qui est premier en tout. Le rapport fraternel que nous devons bâtir dans la joie des béatitudes se vit dans une relation de paix et de justice, où l’homme a toute sa place par la recherche du bien et non assujetti aux techniques. C’est ainsi que nous dévoilons le vrai visage de Dieu avec le déploiement de l’amour autour de nous comme lieu de réalisation de la Parole qui ne revient pas sans effet. Oui, c’est ainsi que nous répondons à notre vocation de disciples du[xxix] Christ porté par la grande espérance du salut. La fraternité n’est donc pas liée au sang, mais à la connaissance de Jésus, avec un regard tourné résolument vers lui en adoration, comme chemin de vie et de vérité, une recherche du plus grand bien. La fraternité est alors comprise comme propre à tout homme, et l’universalité de l’amour se vit autour de moi dans la réalisation de la relation avec le prochain.

 

Il nous faut rappeler que la fraternité prend son sens dans la famille composée d’un père et d’une mère et des très nombreux enfants. A l’intérieur de cette famille, l’enfant est éduqué sur l’amitié, la solidarité, la responsabilité, la confiance et le partage généreux dans la gratuité du temps reçu et donné.  Ce développement chrétien d’une cellule familiale qui est solidaire de sa patrie ouvre alors à l’unique famille d’un même peuple ayant Dieu pour Père. Le développement de tout l’homme au cœur du bien commun est au cœur de l’Evangile comme une condition du disciple à l’écoute de la Parole. «  J’ai quelque chose à te demander pour Onésime » Ce n’est pas tant de l’ordre que de la proposition bienveillante. C’est le Christ qui nous appelle à la fraternité. Ce n’est ni de l’ordre du vouloir ou de la connaissance, mais de l’ordre de l’intelligence, de l’amour à la lumière de la foi et la chaleur de l’espérance. Et oui, le frère à des limites, il a des défauts, il n’est pas parfait, on peut faire une liste de reproches aussi longue qu’une bibliothèque rassemblant les œuvres mondiales… mais il est mon frère. Et l’amour a sa raison en Dieu pour le disciple. L’amour a la gratuité de la croix qui ne tergiverse pas avec les reproches mais offre la radicalité du don. L’amour a le service du frère comme une autre réalité du service de Dieu. C’est bien dans l’amour que nous pouvons vraiment exercer notre liberté. Alors on peut comprendre le manque de fraternité comme un péché contre Dieu et contre le prochain. Un refus de l’égale dignité que nous avons par vocation. Vivre la réalité et oublier la transcendance c’est faire de mon frère un objet et non un fils de Dieu. Le frère se dit dans la réalité de ses actes, mais les actes n’enferment pas toute la richesse que Dieu y a déposée. Combien de fois nous pourrions avoir un regard libérateur en voyant notre frère au-delà des actes, comme enfant de Dieu. Combien de disputes et d’animosités prendraient naturellement fin si nous mettions en place une juste hiérarchie des valeurs qui mettrait l’amour et la vérité en premier et la recherche de communion comme horizon atteignable.

 

            La fraternité demande des actes positifs de notre part, et notamment la gratuité du temps à passer ensemble, et en même temps l’exploration des profondeurs de l’âme dans un partage qui fasse grandir chacun dans la relation. La relation entre amis c’est bien, mais retrouver le sens de la vie à travers une méditation collective de la Parole de Dieu et le service de la charité c’est autre chose. Vivre ensemble la réalité fraternelle demande une implication dans la vie communautaire, et une responsabilité dans nos choix posés. Nous devons être soucieux de vivre en communion et non en exclusion, attentifs à savoir passer du temps ensemble et non comptabiliser notre temps à vouloir mille autres choses. Cette première attention doit se vivre en famille, dans l’attention des parents aux enfants, dans l’écoute de leurs difficultés à l’école ou dans la vie quotidienne, cela est vrai en couple, dans les échanges que nous pouvons établir sur la réalité du quotidien, et cela est aussi vrai dans la communauté paroissiale, attentifs à demeurer proche de tous. C’est bien la définition du don sincère de soi-même dans l’ouverture aux autres que nous sommes invités à poursuivre dans la radicalité de l’offrande jusqu’au bout. « Ainsi donc, celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple. »

 

Vivre l’eucharistie chaque dimanche c’est découvrir cet aspect fraternel auquel nous sommes tous invités en imitant le Christ Pain rompu donné pour la multitude. « La vocation de chacun de nous consiste véritablement à être, avec Jésus, pain rompu pour la vie du monde. » Or nous pouvons vivre notre foi de manière rituelle, chaque dimanche, ou être assoiffés de Dieu et du service dans la participation quotidienne à l’eucharistie. Non ce n’est pas trop, c’est juste nécessaire, dans un équilibre d’emploi du temps où Dieu a toute sa place. Nous pouvons aussi entendre l’appel de Dieu nous envoyer à être missionnaires dans le service de la communauté, ou nous mettre au service pour aider à vivre la gratuité de la relation. L’amour exercé dans le service se vit dans la vérité. « La vérité tout entière » à laquelle l’Esprit seul peut nous conduire[xxx] –, qui trace le chemin que toute justice humaine doit emprunter pour aboutir à la restauration des liens de fraternité dans la « famille humaine, communauté de paix »[xxxi] Demandons-nous comment être artisans de paix dans la vérité de son amour et avançons avec confiance ?

 

7  « vois tes enfants rassemblés du couchant au levant par la parole du Dieu Saint »[xxxii]

 

            Le disciple du Christ est celui qui sait vivre l’amour dans ses trois dimensions. Accueillir l’amour de Dieu, comme lieu de création et de vocation à être des fils. Accueillir cet amour en l’utilisant dans notre vie de tous les jours, par nos actes et notre histoire. Savoir dire l’amour malgré ce monde abrupt et souvent mortifère qui nous demande un vrai chemin d’humilité et partager l’amour autour de nous comme la réalité de notre relation vivante avec Jésus. C’est une personne que nous appelons à connaitre de manière personnelle et nous pousse alors à la fraternité de la vie communautaire. Ne demandons pas au Seigneur de faire des choses qui demandent notre implication. Le principe de subsidiarité c’est d’accueillir les 5 talents que Dieu nous donne, mais de les développer en gagnant 5 autres talents. Ce n’est en aucun cas demander 10 talents au Seigneur, car notre responsabilité est toujours engagée à vivre la relation fraternelle suivant ce qu’il convient de faire, dans les démarches de pardon et de réconciliation, de recherche de communion et du temps gratuit donné pour mieux se connaitre.

 

7.1   L’amitié avec Jésus une réalité fraternelle.

            C’est à travers le Christ que nous sommes appelés à aimer notre frère. Qu’est-ce que l’amour fraternel sinon le partage du temps ensemble, l’expression de notre communion dans une recherche de la vérité qui se fait à travers ce qui semble pour nous le plus important. Ce n’est ni de l’inclusion ni de l’exclusion, mais une recherche de communion où chacun a sa place dans sa singularité, et en reconnaissant parallèlement les différences comme source d’altérité, et non comme lieu de justice et de droit. L’ajustement dans notre relation de l’amour demande d’être attentifs à reconnaitre l’appel spécifique de chacun pour le bien de la communauté, et la croissance spirituelle tant personnelle que communautaire. C’est en devenant soi-même saint que nous ferons une communauté de saints. Derrière cette évidence se lit une exigence qui demande la volonté de conformer sa vie à l’Evangile de la vie, et non dans la tiédeur du temps qui passe. A travers la Bonne Nouvelle du bonheur à être ajusté à Dieu, nous regardons le Christ et avec confiance nous cheminons dans notre humanité sur l’appel à être un serviteur bon et fiable.

 

Une autre erreur proviendrait d’une pensée de l’amour sans vérité dans un sentimentalisme qui sert de logique. Hélas, la raison y est toujours absente, la justice souvent violée, et la fraternité trop souvent amputée. En fait le sentimentalisme sert d’argument individualiste pour un bien particulier oubliant la nécessaire cohésion de l’ensemble et d’harmonie. En fait sous prétexte de contextualisation à outrance et de relativisme, nous oublions le tranchant de l’amour et sa radicalité. La croix n’est pas un compromis mais une réalité de l’amour non reçu. Et il n’y a pas d’autres chemins possibles face au péché de l’homme. Il faut bien travailler pour vivre et parfois avaler des couleuvres, mais il y a bien un moment où nous devons savoir quitter une entreprise, au nom même des valeurs premières de l’Evangile. Les nuances des positionnements doivent toujours être privilégiées pour une culture du dialogue, du pardon et de la réconciliation, mais il nous faut accepter aussi la liberté de l’autre et de son refus de communion pour constater l’échec et accepter la séparation. Au moment de la moisson, l’ivraie va d’une part et le blé d’autre part. La radicalité de l’amour demande  bien un choix au moment des décisions importantes. Toujours dans le discernement, et avec la vertu de prudence, certes, et il faut le rappeler précisément à ceux qui sont sans nuances. Mais il nous faut nous opposer aussi à la culture du relativisme et à ceux qui dans l’émotivisme deviennent attentistes paralysés à vouloir faire des choix, et oppressés par la tyrannie de ceux qui veulent affirmer une seule issue de secours. En général, lorsqu’on bloque toutes les sorties, pour n’en offrir qu’une et que l’on met de la fumée de l’autre côté, c’est pour conduire à une impasse, voire à un piège mortifère d’asservissement. L’une des questions sur la PMA d’ailleurs est justement son prolongement dans le trafic d’organes, qui parait bien lointain actuellement mais immanquablement arrivera au nom même d’une différence de la conception de la vie (lettre 2/4 de la rentrée 2019). L’amour n’est donc pas le lieu du désir pulsionnel, mais bien le lieu du désir vocationnel.

 

Le désir vocationnel est le lieu de la rencontre avec Dieu, et de notre accomplissement dans le don comme lieu de gratuité de l’amour. Ce don est lié à la méditation des Ecritures et à la prière, comme source de vie, et dans la fraternité comme lieu de réalisation, non dans une recherche vers une fin en soi, mais pour les fins dernières, le second avènement du Christ afin de connaitre la miséricorde de Dieu dans la communion à laquelle nous sommes tous appelés.

7.2   La fécondité de l’amitié a comme source la prière

            Avoir une âme de prière, c’est d’abord la capacité à vivre l’émerveillement sur la création de Dieu. Une source d’émerveillement dans ce que je suis, et appelé à devenir sous le regard de Dieu à travers le langage de l’amour. Une joie de la rencontre par le cœur à cœur avec Jésus, et la conduite de l’Esprit Saint car Lui nous accompagne dans le quotidien. En cela nous devons être attentifs à la prière comme lieu de rencontre, mais aussi de fortification intérieure contre les attaques de l’ennemi et un lieu de liberté reconnu dans le don et la gratuité de la relation. L’amour avec le Christ touche notre être sexué pour vivre la fraternité à travers une solidarité au nom d’une même dignité humaine, relié à un seul et unique Dieu Notre Père. Il nous faut investir les lieux de prière, et les propositions de pèlerinages non comme encore une chose à faire, mais l’unique occasion d’une rencontre d’émerveillement de l’autre, et de ce que fait le Tout Autre dans la vie de ceux que je rencontre. Ce n’est pas un temps de plus dans mon agenda, mais une délicieuse invitation à suivre le Christ avec l’autre en faisant mille pas de plus avec lui. Ne soyons pas avare de notre temps mais partageons le très concrètement. Nous sommes attendus dans ces conversions-là. Quel témoignage donnons-nous à l’ensemble des Joinvillais, lorsque nous nous investissons si peu parfois dans les services de l’annonce de l’Evangile. D’autres, du coup, s’investissent beaucoup et se sentent submergés tant le travail est important. La subsidiarité demanderait un juste partage des tâches dans une coresponsabilité des membres. Et cela permettrait en même temps de travailler notre proximité. Dans la prière demandons à l’Esprit Saint de venir nous mettre la claire vision de ce que nous avons à faire, et à rechercher en toute chose la complémentarité avec les frères.

 

 

7.3    Regarder le Christ non en terme de rétribution mais de communion

            Une vraie difficulté aujourd’hui est de vivre la dimension scholastique « aimer d’aimer ». Aimer dans la relation même de l’amour et dans cette volonté et cette connaissance juste d’aimer, et d’en faire mémoire. Nous ne sommes plus dans une recherche des sens, mais dans la compréhension du mystère de l’amour auquel nous sommes appelés comme disciples du Christ. L’amour est le lieu de réalisation de tout notre être dans ce qu’il est, et dans ce qu’il fait. Et justement le chant de l’amour que nous déploierons se fera en harmonie avec les autres chants d’amour des disciples du Christ, qui sans être tout à fait le même est toujours harmonie. La recherche de rétribution dans la vaine recherche de reconnaissance par exemple ,entraine une disharmonie grave dans la vie communautaire et son propre développement spirituel.  Il ne s’agit pas tant de travailler pour son salut que de se montrer digne de vivre la plénitude de l’amour au royaume des cieux.

 

            Une question sur la fraternité est de savoir ce que j’ai à y gagner. L’argument utilitariste est aujourd’hui employé dans tous les domaines comme moralement acceptable et interdit la vision de la gratuité du don. Pourtant la recherche de sens de sa vie entre bien dans cette recherche de finalité qui ne peut jamais être confondue avec les moyens que sont la richesse et l’argent. A notre mort qu’emportons nous ? Qui se souvient de ceux qui furent immensément riches dans l’antiquité ? Presque personne, par contre, entendre parler de Platon ou Aristote, se souvenir des martyrs  St Laurent ou Ste Agnès, nous introduit à une qualité de vie dans la réflexion et le développement de la connaissance d’une part, et la hiérarchie des valeurs et du don de sa vie d’autre part. C’est bien l’amour qui détermina la qualité de notre humanité. L’amour gratuit, qui voit en son frère un sujet et non dans un renfermement comme objet. Si nous ne sommes pas fondés en Dieu, rien ne pourra révéler la grandeur et le prix de la vie humaine. « Face aux menaces innombrables et graves qui pèsent sur la vie dans le monde d’aujourd’hui, on pourrait demeurer comme accablé par le sentiment d’une impuissance insurmontable: le bien ne sera jamais assez fort pour vaincre le mal! »[xxxiii] Nous avons à témoigner du respect de la vie, et de la force de la vie qui se prolonge au-delà de la mort, dans la vie en Dieu. Notre foi est fondée sur l’événement pascal, et notre espérance sur cette promesse que Dieu nous accueille, et nous sommes invités ici-bas à apprendre le langage de l’amour qui est le langage du royaume.

 

 

Cela demande le don sincère de soi-même dans le service du frère, et en même temps d’accepter les limites humaines et de vivre le pardon. « Si nous permettons aux mauvais sentiments de pénétrer nos entrailles, nous donnons lieu à cette rancœur qui vieillit dans le cœur »[xxxiv] Or dans la foi nous devons témoigner de l’amour qui accepte de privilégier la relation fraternelle à la faiblesse du comportement.  Et en même temps nous devons rappeler la radicalité de l’amour qui se vit dans la vérité. «  Quand on a été offensé ou déçu, le pardon est possible et souhaitable, mais personne ne dit qu’il est facile. ….Nous savons aujourd’hui que pour pouvoir pardonner, il nous faut passer par l’expérience libératrice de nous comprendre et de nous pardonner à nous-mêmes  … Si nous acceptons que l’amour de Dieu est inconditionnel, que la tendresse du Père n’est ni à acheter ni à payer, alors nous pourrons aimer par-dessus tout, pardonner aux autres, même quand ils ont été injustes contre nous. »[xxxv] Pour autant il nous faut rappeler l’impératif de vérité pour que des situations iniques disparaissent, et que le respect de la vie soit toujours au centre de notre projet de société et du bien commun. C’est le Christ qui nous éclaire sur la vie bonne à mener, comme une chance pour l’humanité. C’est lui qui nous conduit en artisan de paix à vivre la vérité de l’Evangile dans une relation miséricordieuse avec le frère.

 

 

7.4   L’épreuve de l’amitié comme reconnaissance de la confiance.

Parfois nous sommes invités à connaitre l’épreuve pour expérimenter la confiance et la persévérance dans l’amour. Suis-je fiable auprès du Seigneur et auprès de nos frères, ou l’homme d’un instant qui fuit comme un mercenaire dès que les assauts du démon et de l’esprit du monde frappent à la porte du prochain ? La prière d’intercession devient alors une reconnaissance de la souffrance de nos frères et une marque de confiance en l’œuvre de Dieu même si je ne comprends pas. Et cette prière fraternelle franchit la mort pour être attentive aux âmes du purgatoire. Nous sommes invités à prier pour nos morts, afin qu’ils puissent entrer dans cette joie de Dieu et nous exprimons ainsi notre communion fraternelle. « Au moment du Jugement, nous expérimentons et nous accueillons cette domination de son amour sur tout le mal dans le monde et en nous. La souffrance de l’amour devient notre salut et notre joie. …– c’est le temps du cœur, le temps du « passage » à la communion avec Dieu dans le Corps du Christ.[xxxvi] Le Jugement de Dieu est espérance, aussi bien parce qu’il est justice que parce qu’il est grâce…nous attendons tous notre salut « dans la crainte de Dieu et en tremblant »[xxxvii]. Malgré cela, la grâce nous permet à tous d’espérer et d’aller pleins de confiance à la rencontre. »[xxxviii] Il est important de rappeler le jugement du salut pour orienter notre vie vers ce bien qui nous est promis de la civilisation de l’amour. Cela demande de notre part un travail de transformation pour nous ajuster à la volonté de Dieu.

 

Car par notre baptême nous devons garder ce questionnement au cœur : « Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? » Ce n’est pas une belle idée, c’est d’abord une rencontre personnelle, une transformation de notre vie, une conversion du cœur, un bonheur retrouvé. En effet, le Christ est notre lumière, ce chemin de vérité qui transforme notre vie de sa présence. Une rencontre qui illumine toute notre vie, et celle de nos frères en remettant notre vocation première d’image de Dieu en perspective. Croire signifie aimer, aimer implique d’espérer, espérer nous donne de croire. Même dans l’obscurité et l’échec apparents, lorsque nous ne comprenons pas, l’espérance nous fait vivre la patience pour discerner ce que nous avons vraiment à vivre, passer les épreuves, et y relire l’émerveillement de Dieu pour notre vie dans la liberté de l’amour. Cela demande beaucoup d’humilité pour ne pas vouloir tout contrôler, mais accepter de s’abandonner à la providence de Dieu. C’est lui qui fait, et nous savons qu’Il est le langage de l’amour, alors nous avançons avec confiance et persévérance. Les Ecritures nous le rappellent sans cesse, Dieu est amour et nous appelle à témoigner de son amour à travers le partage de cet amour autour de nous. Or il y a bien une gratuité dans l’amour qui ne s’accommode pas de l’à peu près mais demande la radicalité.

 

Synthèse

 

            La fraternité se vit comme lieu de conversion intérieure et de témoignage de la lumière du Christ à travers le partage. Car la présence de l’amour demande de nous retourner non dans une recherche du vide pour mieux accueillir les résonnances, mais dans une recherche de plénitude du bonheur dans la rencontre avec son Seigneur. La conversion est ce retournement non dans la solitude mais dans l’accueil du Seigneur qui est à notre porte et frappe. Dans le témoignage de l’amour, « il devient évident que celui qui va vers Dieu ne s’éloigne pas des hommes, mais qu’il se rend au contraire vraiment proche d’eux. »[xxxix] La foi en Jésus est un chemin de vie auquel nous sommes tous conviés. C’est un chemin de rencontre où la vie retrouve son sens premier d’unité dans l’intégralité de son être. Demandons cette année pastorale au Seigneur de nous accompagner sur ce chemin de conversion pour transformer notre communauté paroissiale en une caisse de résonnance de l’amour de Dieu pour tous dans la vérité de la Parole et la fidélité aux commandements.

 

Peut-être sommes-nous appelés à nous demander comment marcher avec le Seigneur sur le chemin de vie en découvrant le bonheur comme lieu de réalisation de soi dans le détachement, la peine qui marque notre attente, la douceur, l’ajustement, la miséricorde, le regard tourné vers Dieu et en artisan de paix ? Tout ce bonheur se vit dans l’amour, se comprend grâce à l’amour et trouve son aboutissement dans la gratuité de l’amour à travers le service. « Oui, nous devons tout faire pour surmonter la souffrance, mais l’éliminer complètement du monde n’est pas dans nos possibilités – simplement parce que nous ne pouvons pas nous extraire de notre finitude et parce qu’aucun de nous n’est en mesure d’éliminer le pouvoir du mal, de la faute, qui – nous le voyons – est continuellement source de souffrance. Dieu seul pourrait le réaliser: seul un Dieu qui entre personnellement dans l’histoire en se faisant homme et qui y souffre. »[xl]Alors l’histoire de nos propres vulnérabilités n’a de sens que dans la configuration au Christ et d’un appel de Dieu à marcher vers le bonheur malgré les turpitudes de la vie et en toute chose rechercher la fraternité comme lieu de réalisation de notre vocation de fils de Dieu et de frères en humanité. Notre existence programmée dans l’amour n’est pas exempte de souffrances qui parfois sont les conséquences de nos actes, parfois la conséquence des actes des autres, et d’autres fois d’une conjonction d’événements complètement indépendants de notre volonté. Dans tous les cas, Dieu est présent, et nous accompagne sur le chemin de vie, pleure avec nous, et dans l’humilité de notre foi, nous sommes appelés à renouveler notre confiance en sa volonté. Engageons-nous résolument dans la réponse à notre vocation à aimer en vérité et laissons nous conduire au souffle de l’Esprit. « Le Seigneur est ma lumière et mon salut » Dans les éclats de ce monde tourné vers l’utilité, et le désir immédiat soutenu par les techniques médicales, nous sommes appelés à rappeler le sens de la vie et de ce qui fonde pour nous la grande espérance du salut. C’est avec Dieu que tout a du sens. Sans Dieu le monde est odieux. L’espérance demande la persévérance dans la foi pour ne pas se laisser abattre dans les situations d’un monde qui passe, et qui sont notre immédiateté, mais de retrouver la valeur de la création à travers l’amour de Dieu qui ne se dément jamais.

 

Père Greg – Curé St Charles

Ensemble paroissial de Joinville le pont

 

 

 

 

[i] &18 Deus caritas est citant 1 Co 15, 28

[ii] &19 Deus Caritas est

[iii] «&17 Deus Caritas est

[iv] CAP 94 «  Par la force du Seigneur la parole croissait et gagnait en puissance » septembre 2019 –n514

[v] &112 Gaudete et exsultate

[vi] Ap 3,16

[vii] Ap 3,20

[viii] &73 Verbum domini

[ix] cf. Ep 5, 16; Col 4, 5

[x] cf. Rm 8, 25

[xi] Ep 6, 12

[xii] &579 CDSE citant Concile Œcuménique Vatican II, Const. dogm. Lumen gentium, 35: AAS 57 (1965) 40.

[xiii] P109 sur les pas du ressuscité – Chiara lubich

[xiv] &1469 CEC

[xv] P 53 sur les pas du ressuscité – Chiara lubich

[xvi] &15 Deus Caritas Est

[xvii] St François de Sales

[xviii] &18/2 imitation de Jésus Christ

[xix] &54 Evangelii Gaudium

[xx] & 137 CDSE – Catéchisme de l’Église Catholique, 1740.

[xxi] &20/5 imitation de Jésus Christ

[xxii] Cf. Ac 2, 23

[xxiii] 28 Gaudete domine

[xxiv] &48 Gaudete Domine

[xxv] Cf. Mt 11, 12 ; Lc 16, 16.

[xxvi] Cf. Mt 4, 17.

[xxvii] &10 Evangelii Nuntiandi

[xxviii] &45 Evangelii Gaudium

[xxix] &89 Sacramentum caritas

[xxx] cf. Jn 16, 13

[xxxi] Benoît XVI, Message pour la Journée mondiale de la Paix 2008 : AAS 100 (2008), pp. 38-45 ; DC 2393 (2008), pp. 2-6

[xxxii] Baruch 5,5

[xxxiii] &29 Evangelium Vitae

[xxxiv] &105 Amoris Laetitia

[xxxv] &106-108 Amoris laetitia

[xxxvi] Cf. Catéchisme de l’Église catholique, nn. 1030-1032.

[xxxvii] Ph 2, 12

[xxxviii] &447 Spe Salvi

[xxxix] &42 Dieu est amour

[xl] &36 Spe Salvie