2020. Lettre de Pentecôte 1/2

Ensemble paroissiale – Ste Anne de Polangis – St Charles Borromée

« Veillez donc parce que vous ne savez pas le jour ni l’heure »[i]

Sommaire :

1 L’Esprit Saint dans nos actes
2 21 – 31 mai. Neuvaine à l’Esprit Saint
3 Conclusion

Durant ces jours de prière à l’Esprit Saint qui s’ouvrent avec la fête de l’Ascension et atteignent le point culminant à la Pentecôte, il s’agit non seulement de prier l’Esprit Saint, mais encore de le fêter car il est déjà là. Un paradoxe pour la Personne Don, que l’on espère dans sa manifestation visible, et qui pourtant nous habite déjà par le sacrement du baptême. Il nous invite à hériter du Royaume des Cieux en fils du Père, et nous avons à l’accueillir dans notre vie en disciple avisé. Ce temps de dix jours, rappelle le cadre d’une attente qui demande de ne pas nous assoupir mais au contraire d’être avisés et, par la lumière de la foi, nous préparer à la rencontre avec le Rédempteur.

1 L’Esprit Saint dans nos actes

Quel est donc le problème aujourd’hui de rechercher les voies tortueuses ? C’est l’orgueil de posséder notre vie sans prendre la prendre en compte dans sa globalité et le souffle nécessaire à sa vitalité. Cela se manifeste par le refus du temps, on veut toujours rester jeune, même à 120 ans… Une maitrise de sa vie en dehors du cycle naturel, que Dieu a pourtant déposé en chacun de nous, pour nous aider à maintenir le rythme. Il nous invite à vivre les étapes du temps comme un temps de maturation et de sanctification avec l’aide du Paraclet. La conversion, loin d’un enferment culpabilisant, nous introduit à la vie en Dieu par le sang de Jésus qui est venu nous sauver. Celui qui vient faire la vérité c’est l’Esprit Saint. L’expression de notre liberté demande alors d’accueillir la vie selon l’Esprit. « L’appel de Jésus, « viens et suis-moi », montre le haut degré de liberté accordé à l’homme et, en même temps, il atteste la vérité et la nécessité des actes de foi et des décisions dont on peut dire qu’elles relèvent de l’option fondamentale »[ii] Une option qui constitue tout notre être à entrer à la suite du Christ dans le champ du salut. « Sur des près d’herbe fraîche il me fait reposer » En transformant ma vie je retrouve la confiance en Dieu, et la contemplation de son amour pour moi. La recherche de l’onction de l’Esprit Saint dans notre vie procède de cette humble démarche d’attente du Seigneur et de disponibilité de notre part. C’est vouloir entrer dans le cycle de Dieu, pour répondre à l’appel d’un bonheur éternel.

1.1 La vie dans l’Esprit

De quelle vie de l’Esprit Saint parlons- nous ? Si dans l’Eglise catholique et la tradition apostolique, nous recevons la marque de l’Esprit Saint au baptême et à la confirmation, c’est-à-dire dans deux moments différents, c’est pour signifier la double signification de l’accueil du Sauveur et de l’appel à vivre comme témoin. (certes nous pouvons en avoir une lecture historique mais peut être pouvons-nous y trouver aussi une forme de révélation de l’action de l’Esprit Saint).Il s’agit de recevoir le don, le faire fructifier en nous par une vie bonne et en témoigner autour de nous comme un résultat de l’amour premier de Dieu. Le temps de prière que nous sommes appelés à vivre de l’Ascension à la Pentecôte est un passage entre l’Esprit reçu par notre baptême et qui a fait de nous des fils, à un accueil de notre héritage en tant que témoin à la Pentecôte. Cela interroge aussi sur la manifestation de l’Esprit Saint dans notre vie. L’Esprit Saint tarde-t-il à venir ou est-ce nous qui avons besoin d’approfondir notre amour pour le recevoir pleinement dans la transformation de notre vie ? Il nous faut nous tenir prêt pour toute éventualité, les grâces de l’Esprit Saint sont si vite arrivées. C’est bien à nous de nous rendre disponible, même si l’on pense qu’Il tarde, c’est au plus profond de la nuit que la lumière jaillit, comme une aurore, alors que l’on se croyait perdu : la révélation du Christ nous amène plus haut, plus loin, près de Lui, près du Père par le souffle de l’Esprit. La folie d’un jeûne de privation, comme enfermement de soi-même, disparaît pour le vrai jeûne qui est service de la charité, partage et juste relation fraternelle[iii]. L’Esprit Saint nous guide dans le désert de nos existences vers la seule source, l’Evangile de vie dont le Christ est le chemin. Alors, par les dons et les vertus, nous serons le jardin bien irrigué prêt pour le repas de l’alliance avec Dieu, dans la familiarité du pas qui dit sa présence. A la question où es-tu, nous répondrons à la lumière de nos lampes, me voici Seigneur, je viens faire ta volonté, et Lui nous reconnaîtra dans l’embrasement de son amour comme nous invitant à l’héritage de la communion. Parce que nous serons demeurés fidèle et attentif au souffle de l’Esprit Saint, notre témoignage sera la lumière pour nos frères. Non seulement une vie dans l’Esprit nous transforme, mais elle nous invite à la transformation de l’autre comme lieu de rencontre.

Le temps des dix jours entre l’Ascension et la Pentecôte est bien un temps de rencontre avec le Seigneur d’une autre manière. La révélation de Pâques, comme transformation de notre vie, devient l’envoi de la Pentecôte comme témoignage auprès de nos frères de l’œuvre de Dieu par une vie dans l’Esprit. La prière de l’Esprit Saint est alors une forme d’ajustement du don reçu à partager dans le feu de la joie, le Seigneur, notre gardien garde nos pieds du faux pas, et Lui ne dort pas ni ne sommeille[iv], mais Il arrive dans la nuit pour se révéler toujours près de nous en toute circonstance. « Voici l’époux ! sortez à sa rencontre »[v] Justement, la Pentecôte, c’est des témoins du Christ en sortie et qui témoignent par leurs actes et par leur parole de la joie de Dieu. Reconnaissons au moins une grâce de ce confinement spirituel, c’est d’approfondir notre vie de prière par le manque et, loin de nous assoupir, attendre la manifestation de l’Esprit Saint.

 Sommes-nous appelés à vivre la prospérité dans nos biens et une vision économique fructueuse, ou alors à la sainteté de notre personne dans la simplicité de vie et l’accueil des bienfaits de Dieu ? La vie de l’Esprit Saint nous invite à vivre une certaine prospérité dans la foi, accueillant la présence de Dieu dans nos vies et la manifestation de sa présence pour nous aider à cheminer. Mais nous pouvons nous détourner de son action prévenante et vouloir en faire un roi terrestre, comme les foules rassasiées, mais Jésus nous invite alors au combat spirituel pour nous défaire de nos propres sécurités et avancer dans ce chemin de grâce et de paix où nous le retrouvons en profondeur. Le « n’ayez pas peur » devient un chemin de sainteté afin de témoigner de cette joie de croire, un chemin de réalisation de soi en accomplissant notre vocation de fils de lumière, une richesse de sa foi dans la simplicité des moyens. Une invitation à nous détourner de la suffisance, pour nous laisser embraser par sa présence. La sainteté est alors l’ajustement à la Parole de Dieu.

1.2 Vertus, charismes et dons

Pour vivre une vie dans l’Esprit Saint, il nous faut être disposé à la gratuité de la grâce. Recevoir ce qui nous est donné, non en préjugeant de notre capacité ou non à la recevoir, mais bien en acceptant la manifestation de l’Esprit Saint, en L’accueillant et lui faisant porter du fruit dans notre vie. Si je voulais être un peu schématique pour faire comprendre cela, il nous faudrait partir de l’Esprit Saint qui nous est donné au baptême (nouvelle Pâques pour chacun d’entre nous), comme un don. Celui-ci est cultivé dans une vie de foi en développant les vertus nécessaires à l’intelligence de la foi et à la vérité au service de la charité (tout un temps pascal de proximité avec le Christ). Enfin les charismes viendraient confirmer notre onction baptismale (Pentecôte), nous envoyant à travers le monde annoncer la grande espérance du Salut. Une telle synthèse introduit à une compréhension des dons, des vertus et des charismes dans le temps tout en sachant que Dieu agit bien au-delà de nos schémas et qu’avant le baptême par grâce, certains peuvent recevoir l’Esprit Saint avant le baptême comme nous l’enseigne les Actes des apôtres et la conversion de Corneille[vi]. L’écoute bienveillante de la Parole de Dieu, et le service de la charité dans l’accueil de la fraternité sont les conditions à la manifestation de l’Esprit Saint. De plus, recevoir le don de l’Esprit en présupposant que les charismes ne sont que l’expression d’une vie vertueuse est un peu réducteur. Il n’empêche que la proposition dans le temps permet de mieux cerner les modes d’action des dons de l’Esprit, des vertus et des charismes.

Une autre manière de comprendre est une gratuité de la vie de l’Esprit Saint personnel à travers les dons, une réponse de notre part, dans le développement des vertus et une ouverture à la communauté par le charisme. En clair, si les dons de l’Esprit Saint sont une grâce de Dieu totalement gratuite par une vie de communion, les vertus (demandant un acte premier de Dieu) nous font participer par l’action de notre volonté à l’intelligence de la foi afin d’ajuster notre vie à la volonté de Dieu. Les charismes ont cette double appartenance du don qui s’opère pour le bien de l’ensemble et du travail opéré par la volonté pour le développer afin de le rendre plus opérant.

1.2.1 Les dons de l’Esprit Saint

La prière de Pentecôte à travers le Veni Creator demande au Seigneur de nous accorder les sept dons. Or les dons sont donnés par Dieu dans la gratuité de sa grâce agissante[vii].Il s’agit bien d’une action de Dieu dans une âme préparée à la recevoir (donc en voie de sanctification). Ce qui revient à dire que les dons de l’Esprit se proposent à l’âme prête à les recevoir mais ne s’imposent pas (lorsque l’âme se détourne de Dieu). Ils soutiennent notre recherche du chemin de vie et nous transforment dans la vérité de l’amour de Dieu. « La vie morale des chrétiens est soutenue par les dons du Saint-Esprit. Ceux-ci sont des dispositions permanentes qui rendent l’homme docile à suivre les impulsions de l’Esprit Saint. »[viii] Alors pourquoi prier pour les demander ? Afin de recevoir la grâce comme lieu de réalisation de soi-même dans notre vocation de fils de lumière. En recherchant à recevoir les dons de l’Esprit Saint nous nous mettons sous le regard de Dieu et nous reconnaissons notre besoin d’entrer en familiarité avec Lui de manière particulière, d’écouter son pas et de marcher en sa présence. La prière d’effusion de l’Esprit Saint dans les jours qui séparent l’Ascension de la Pentecôte est donc notre participation pour être disponible à la grâce qui passe. C’est vrai que l’amour de Dieu est toujours premier, c’est vrai que tout dépend de Lui, mais il est de notre responsabilité de nous rendre disponible à sa joie et de nous laisser pétrir dans ce désir de communion pour le recevoir dans une vie labourée de méditation des Ecritures dans la prière et le service du prochain.

Les dons se reçoivent comme un amour en surabondance de Dieu dans notre vie. Non par un plan bien établi par nous-mêmes, mais par l’action de Dieu et l’accueil de notre vocation première. C’est pourquoi chacun reçoit les dons nécessaires à le faire grandir en union à Dieu. Néanmoins, s’il nous faut recevoir les dons, il nous faut aussi les rechercher comme expression du salut. « Saint Grégoire le Grand dit que le Saint Esprit donne la sagesse contre la sottise, l’intelligence contre la stupidité, le conseil contre la précipitation, la force contre la crainte, la science contre l’ignorance, la piété contre la dureté, la crainte contre l’orgueil »[ix] L’action de Dieu vient nous aider à ajuster notre vie à travers les actes adéquats pour nous amener au salut. Les dons nous disposent à l’action de Dieu, dans une recherche de perfection et de la grande espérance du salut. « Les dons du Saint Esprit perfectionnent l’homme dans ce qui a trait au bien-vivre »[x] Une action prévenante de Dieu nous aide à nous tenir devant Lui et à être fidèle à sa Parole dans tout ce que nous faisons.

Une des questions est de savoir si les dons sont différents des vertus ; or s’il faut une vie vertueuse, c’est-à-dire un terrain favorable à l’action de Dieu, comme le service de la charité pour Corneille et l’écoute de la Parole, les dons de l’Esprit Saint sont l’expression de la relation à Dieu comme lieu de réalisation de tout notre être en communion. L’Eglise, à la lecture des Ecritures, nous invite à y reconnaitre une spécificité sur des domaines particuliers. « Les sept dons du Saint-Esprit sont la sagesse, l’intelligence, le conseil, la force, la science, la piété et la crainte de Dieu. Ils appartiennent en leur plénitude au Christ, Fils de David[xi]. Ils complètent et mènent à leur perfection les vertus de ceux qui les reçoivent. Ils rendent les fidèles dociles à obéir avec promptitude aux inspirations divines »[xii]. Les dons se reçoivent comme action de Dieu à travers notre volonté de Lui être fidèle et de persévérer dans la prière, la fraction du pain et la vie fraternelle. « La plénitude de l’Esprit de Dieu s’accompagne de nombreux dons, les biens du Salut, destinés spécialement aux pauvres et à ceux qui souffrent, à tous ceux qui ouvrent leur cœur à ces dons, parfois à travers l’expérience douloureuse de leur propre existence, mais avant tout dans la disponibilité intérieure qui provient de la foi.»[xiii] La préparation à ce temps de l’appel de l’Esprit Saint est d’abord une disposition de tout notre être à sa présence et à nous laisser embraser par l’action de son amour.

L’accueil des dons de l’Esprit Saint demande une disposition intérieure de réception et de conformité de notre vie aux Ecritures. « L’Esprit Saint répand la sainteté partout, dans le saint peuple fidèle de Dieu, car « le bon vouloir de Dieu a été que les hommes ne reçoivent pas la sanctification et le Salut séparément, hors de tout lien mutuel ; il a voulu en faire un peuple qui le connaîtrait selon la vérité et le servirait dans la sainteté »[xiv]. » La demande des dons de l’Esprit Saint entre dans cette recherche de plaire à Dieu et de se conformer à sa Parole. « Assurément les dons de l’Esprit sont divers : tandis qu’il appelle certains à témoigner ouvertement du désir de la demeure céleste et à garder vivant ce témoignage dans la famille humaine, il appelle les autres à se vouer au service terrestre des hommes, préparant par ce ministère la matière du Royaume des cieux. Mais de tous il fait des hommes libres pour que, renonçant à l’amour-propre et rassemblant toutes les énergies terrestres pour la vie humaine, ils s’élancent vers l’avenir, vers ce temps où l’humanité elle-même deviendra une offrande agréable à Dieu »[xv]

Mais nous comprenons bien que vivre avec Dieu nous fait porter du fruit, comme authentification d’une vie de grâce et d’union avec Lui. C’est ce qu’on appelle les fruits de l’Esprit et ce qui nous permet de mieux discerner ce que nous vivons. Toujours avoir un regard extérieur sur une action intérieure. « Comment savoir si une chose vient de l’Esprit Saint ou si elle a son origine dans l’esprit du monde ou dans l’esprit du diable ? Le seul moyen, c’est le discernement qui ne requiert pas seulement une bonne capacité à raisonner ou le sens commun. C’est aussi un don qu’il faut demander. Si nous le demandons avec confiance au Saint Esprit, et que nous nous efforçons en même temps de le développer par la prière, la réflexion, la lecture et le bon conseil, nous pourrons sûrement grandir dans cette capacité spirituelle »[xvi] et Le reconnaître dans notre vie ou dans la vie des autres par les fruits. Souvent nous pouvons citer deux fruits majeurs qui sont la paix et la joie. Si, dans ce que je vis à travers l’Esprit Saint, je suis dans la joie et que cela me donne une paix intérieure, alors je peux raisonnablement penser que je marche dans les voies de Dieu et que ma vie est ajustée à sa Parole. Indépendamment des circonstances, certains martyrs marchaient en paix devant leur supplice. Cela a d’ailleurs parfois été l’occasion de la conversion des bourreaux quelques temps après. Car devant la sérénité du don de leur vie pour le Christ fait par ces témoins de lumière, ils ont été touchés par la grâce de la repentance, et l’amour les a appelés à la conversion. Ils ont retrouvés un sens nouveau, mettant en premier l’amour comme valeur fondamentale et rééquilibrant toutes les autres par rapport à cette référence. Oui, la paix intérieure est une disposition de l’Esprit Saint qui habite la personne dans les profondeurs et l’invite alors à une communion plus intense avec Dieu jusqu’à être un charbon ardent d’amour. C’est pourquoi « Les fruits de l’Esprit sont des perfections que forme en nous le Saint-Esprit comme des prémices de la gloire éternelle. La tradition de l’Église en énumère douze :  » charité, joie, paix, patience, longanimité, bonté, bénignité, mansuétude, fidélité, modestie, continence, chasteté  » »[xvii]. Vivre des dons de l’Esprit Saint c’est nous faire participer à la fécondité des fruits comme héritage par avance du Royaume des cieux.

Ainsi les dons sont l’expression de la miséricorde du Seigneur pour nous, afin de nous aider dans l’accomplissement de notre vocation propre d’une part, et de nous aider à dépasser nos limites humaines par les secours de sa grâce prévenante. Nous en discernons l’action par les fruits que nous pouvons discerner, qui nous poussent à continuer sur le chemin de la vertu pour entrer dans la joie de sa rencontre.

1.2.2 Les vertus

Les dons de l’Esprit Saint ne sont-ils pas tout simplement des vertus ? C’est en tout cas la question que se pose saint Thomas d’Aquin. Ce n’est pas une action de Dieu qui demande notre participation, d’une manière différente certes de notre volonté à vouloir les suivre, mais qui provient quand même de notre responsabilité. Il répond en faisant une séparation franche entre dons et vertus, mais rappelle que les dons sont à développer par la vertu. Il ne suffit pas simplement de demander les dons, encore faut-il les faire fructifier et les mettre au service de la communauté, dans un charisme reconnu.

Nous pouvons (et nous devons) demander la présence de l’Esprit Saint dans notre vie, et recevoir les dons comme lieu de manifestation de la grâce, mais nous en serons responsable dans le travail que nous effectuerons à les développer et à les rendre féconds. C’est là qu’intervient la vertu. L’effusion de l’Esprit Saint est un embrasement de la grâce dans notre cœur à travers les dons, les vertus sont le combustible de notre volonté pour que Dieu continue d’agir en toute chose. Comme nous le rappelle la morale, « Posséder une vertu, c’est reconnaître de façon raisonnée l’importance d’un bien qui, peut être obtenu ou préservé par l’action humaine, et accorder à ce bien, dans l’économie de nos pensées, sentiments, souhaits, désirs et activités, la place qui correspond précisément à cette estimation de son importance, en tant que bien à rechercher ou à préserver. »[xviii] La perspective chrétienne engage toujours l’espérance du salut comme finalité de l’acte. « Le dynamisme de l’action et l’amour du vrai et du bien permettent de tenir tous les éléments. Souvent d’ailleurs l’habitude d’agir bien conduit à intégrer ces données. C’est cette habitude dynamique de l’on appelle traditionnellement vertu…Il ne s’agit pas simplement de savoir où est le bien, mais de trouver l’énergie pour l’accomplir, de trouver assez d’amour de Dieu, de soi-même et du prochain pour agir vraiment bien »[xix]. C’est un engagement à être fidèle à la Parole entendue et au service du prochain, et ainsi se tenir prêt à recevoir les dons de l’Esprit Saint.

La recherche du bien est la définition de l’homme de bonne volonté. Celui qui, même sans connaître Dieu, recherche le bien et reconnaît en l’autre toujours un frère. Le travail de vertu, qui commence par une éducation et demande la volonté pour ordonner son corps et son âme au désir de Dieu et réfréner ce qui l’empêche de marcher avec droiture. Elle, demande aussi l’intelligence afin de trouver les moyens ad hoc pour avancer avec force et prudence. Un travail jamais acquis mais qui demande jour après jour une progression. « Les vertus humaines acquises par l’éducation, par des actes délibérés et par une persévérance toujours reprise dans l’effort, sont purifiées et élevées par la grâce divine. Avec l’aide de Dieu, elles forgent le caractère et donnent aisance dans la pratique du bien. L’homme vertueux est heureux de les pratiquer. »[xx] Un travail sur la maîtrise de soi afin de nous amener à la reconnaissance d’une joie pleine dans la juste harmonie ainsi retrouvée. Une musique de tout notre être qui prend sens dans le chemin vers le Seigneur. Comme une suite d’accords, toujours en harmonie et dans la personnalité de chacun, laissant éclater ce bonheur d’être avec Dieu. « On dit que la vertu est l’ordre ou la mise en ordre de l’amour parce que c’est à cela qu’elle tend ; c’est par elle en effet que l’amour trouve en nous son ordre. »[xxi], c’est dans la vertu que l’amour trouve l’or de notre action qui rayonne devant la face de Dieu. Il nous retrouve comme un serviteur fiable, et nous appelle par notre nom pour que nous nous tenions debout en sa présence. L’Esprit Saint alors nous reconnaît dans les dons qu’Il nous a donnés le premier et que, dans notre responsabilité, nous avons développés, nous faisant participants de la création. « Les vertus doivent être formées par l’éducation qui nous fait faire les actes moralement bons dont nous ne serions pas capables sans elle et par là acquérir peu à peu une disposition personnelle à ces actes moralement bons c’est-à-dire une vertu… Il s’agit non d’une volonté rebelle, mais d’une volonté faible et chancelante cédant à tous les entrainement et ceci permet de préciser le rôle de l’éducation qui est une aide et une force apportées par elle à cette volonté faible pour résister à la tentation »[xxii] L’aide de l’Esprit Saint vient nous guider sur ce chemin de liberté à accueillir par un travail sur soi éclairé par la vérité de la grâce.

1.2.3 Les charismes

Reconnaissons-le, depuis l’avènement du Renouveau Charismatique en 1967 (et en 1973 en France), nous avons remis les charismes au centre de la vie spirituelle, nous avons reconnu l’œuvre de Dieu se manifestant par la foi et l’amour ardent qui amène au Salut. Néanmoins nous ne sommes pas toujours au clair dans la vie spirituelle sur l’appellation même, confondant parfois charismes et dons. Que nous dit le catéchisme ? « Extraordinaires ou simples et humbles, les charismes sont des grâces de l’Esprit Saint qui ont, directement ou indirectement, une utilité ecclésiale, ordonnés qu’ils sont à l’édification de l’Église, au bien des hommes et aux besoins du monde. »[xxiii]. Le premier point important c’est qu’ils ont une utilité ecclésiale, c’est-à-dire que les charismes se déploient pour la vie en communauté, qu’elle soit paroissiale ou autre. C’est une des grandes différences avec les dons, qui sont une progression personnelle de la vie intime avec Dieu. Le deuxième point, c’est que le charisme ne dépend pas de la sainteté de la personne, mais il est au service de tous, encore une différence majeure avec les dons et les vertus. Dieu se manifeste au milieu de nous avec les instruments qu’Il trouve, qu’ils soient dans les buissons en train de se cacher ou sur le chemin à ruminer ou à s’émerveiller. Le troisième point, qui n’est pas le moindre, est que le charisme s’exerce dans une communauté qui manifeste l’ardeur de Dieu. Or parfois la communauté peut être éteinte, et alors la personne se dit « mon charisme était provisoire ». Non le charisme est toujours là mais ne se manifeste pas, puisque le moment opportun n’est pas arrivé ou n’est plus là. Néanmoins il réapparaîtra lorsque le moment favorable sera venu. « L’Esprit Saint enrichit toute l’Église qui évangélise aussi par divers charismes. Ce sont des dons pour renouveler et édifier l’Église.[xxiv] Ils ne sont pas un patrimoine fermé, livré à un groupe pour qu’il le garde ; il s’agit plutôt de cadeaux de l’Esprit intégrés au corps ecclésial, attirés vers le centre qui est le Christ, d’où ils partent en une impulsion évangélisatrice. »[xxv] Les charismes sont compris comme un moyen d’évangélisation, venant de l’Esprit Saint pour reconnaître le Christ Rédempteur qui nous mène au Père. Une relation de communion dans l’expression de complémentarité d’un même et seul Dieu en trois personnes.

La question du charisme est donc une recherche pour le bien commun. Nous devons demander pour nous les dons de l’Esprit afin de marcher saintement et les charismes pour notre communauté afin d’être pleinement au service de nos frère et de la cité. « Le charisme est une grâce gratuitement donnée c’est-à-dire un don particulier qui n’est pas destiné à la sanctification personnelle de celui qui le reçoit, mais qui est accordée « en vue du bien de tous ». La prophétie vérifie éminemment cette définition puisqu’elle est entièrement au service de la communauté à qui il s’agit de transmettre la Parole de Dieu »[xxvi]. Saint Thomas d’Aquin assimile le ravissement à l’expression la plus haute de la prophétie, par anticipation de ce que nous connaîtrons dans la demeure céleste, cette union à Dieu où le temps n’est plus, juste la présence d’un cœur à cœur dans un bonheur prégnant. Une vision de Dieu qui produit une délectation sans fin, l’expérience d’une contemplation où corps et âme sont plongés dans la lumière habituelle de la gloire, où les réalités de la terre sont mises entre parenthèses pour goûter aux réalités du Ciel. D’autres charismes sont étudiés comme celui des langues, du discours (nous dirions aujourd’hui de la prédication) et des miracles. Car si Dieu est vivant, les miracles sont là pour manifester sa présence au milieu de nous et nous aider dans la foi à marcher avec confiance vers Lui. « Il nous invite à consacrer notre vie à son service. Attachés à lui, nous avons le courage de mettre tous nos charismes au service des autres. Puissions-nous nous sentir récompensés par son amour[xxvii] et puissions-nous dire avec saint Paul : « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile ! »[xxviii]. »[xxix] L’annonce de l’Evangile et le service de la charité sont les formes les plus éminentes des charismes, parce que l’une et l’autre amènent à la contemplation de l’œuvre de Dieu et portent un témoignage authentique.

1.2.4 L’effusion de l’Esprit Saint, une démarche d’ajustement à la Parole de Dieu

L’effusion de l’Esprit Saint est donc une demande personnelle de dons pour chacun d’entre nous et la manifestation des charismes pour la communauté, charge à chacun ensuite de le déployer dans une vie vertueuse. Ecrire cela semble tellement facile… Mais dans la réalité, c’est une autre paire de manches, tant le combat peut être dur par moment, dans la traversée houleuse du lac de nos envies contradictoires.

Dans cette recherche de vie dans l’Esprit, peut-on ainsi détacher aussi subtilement ce que Dieu nous donne et ce qui relève du don, du charisme et de la vertu ? Rien n’est moins sûr. En effet, les charismes ne sont-ils pas des dons de l’Esprit pour la communauté ? Les dons ne sont-ils pas des vertus octroyées par Dieu dans une habitude du chemin de la sainteté ? La vertu, avant d’être la volonté de l’homme, n’est-elle pas d’abord l’œuvre de Dieu ? Il nous faut alors appréhender ces notions avec clarté pour savoir de quoi nous parlons et avec humilité, pour ne pas les enfermer dans leur propre définition. Dieu agit bien au-delà de nos mots, par une présence que l’on essaye de rendre intelligible par des expressions, mais ne reflètent que pauvrement notre expérience spirituelle. C’est en Eglise que nous avons à vivre l’Esprit de vérité afin de vivre la communion entre nous et la diversité dans l’expression de nos personnalités à travers la grâce reçue et partagée. L’Esprit Saint nous pousse aujourd’hui comme hier à manifester sa présence, à travers nos communautés ecclésiales. « Cette Eglise qu’il introduit dans la vérité tout entière [xxx], qu’il unifie par la communion et le ministère, l’Esprit lui fournit ses moyens d’action et la dirige par la diversité de ses dons hiérarchiques et charismatiques, et il l’embellit par ses fruits[xxxi]. Par la vertu de l’Evangile, il rajeunit l’Eglise et il la renouvelle sans cesse, l’acheminant à l’union parfaite avec son Epoux »[xxxii]. La vie dans l’Esprit est une analogie avec les épousailles entre notre personne et Dieu, une réunification de notre être dans la communion avec notre Créateur.

La grâce du Renouveau Charismatique a été de rappeler la puissance de l’Esprit Saint à l’œuvre dans ce monde, de manière sensible, et a permis un déploiement de ferveur, faisant de ce mouvement spirituel un mouvement majeur du XXe siècle. Ne laissons pas refroidir cette intuitions prophétique du Dieu vivant au milieu de nous et continuons à travers cette neuvaine à vivre l’expérience vécue à la Pentecôte par les premiers disciples.

2 Neuvaine à l’Esprit Saint

Appeler neuvaine un temps de prière qui va durer dix jours est un abus de langage, mais c’est l’occasion pour nous de nous mettre à disposition de la nouvelle loi de Dieu, celle des fils de lumière appelés à une liberté retrouvée. Chaque jour un temps de méditation, puis quelques axes concrets pour vivre sa journée. Pour aider chacun à s’y retrouver, nous avons mis les dates du jeudi de l’Ascension au dimanche de Pentecôte. Cette proposition de méditation de l’Esprit Saint et d’attente de son accomplissement en nous est dans une démarche de recherche de vérité dans la prière et l’invocation de son Nom, par la médiation des Ecritures et la contemplation de son œuvre. Je vous propose aussi un acte de consécration qui peut être dit tous les jours (à moins que vous préfèreriez le Veni Sancte Spiritus). Il est important de méditer chaque jour une des prières, de manière régulière pour se mettre en présence du Seigneur dans un acte positif. Vous avez toujours dans les axes concrets un psaume proposé et un texte de l’Ecriture. Ce ne sont que des propositions, l’important étant d’être disponible à la grâce de la présence de l’Esprit Saint

 Acte de consécration au Saint-Esprit

 « Ô Saint-Esprit, Esprit de lumière et d’amour,
je te consacre mon intelligence, mon cœur et ma volonté, tout mon être pour toujours.
Que mon intelligence soit toujours docile à tes inspirations et à l’enseignement de l’Eglise, dont Tu es le guide infaillible.
Que mon cœur soit toujours rempli de l’amour de Dieu et du prochain ;
que ma volonté soit toujours conforme à la volonté de Dieu et que tout mon être soit au service de la communauté par le développement des charismes octroyés.
Je Te le demande, Esprit de Dieu, que toute ma vie soit une imitation fidèle de la vie et des vertus de Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ.
A Toi Esprit Saint, avec le Père et le Fils, soient honneur et gloire à jamais.
Amen »
[xxxiii]

2.1 « Qu’il ouvre à sa lumière les yeux de votre cœur ». 21 mai

L’Ascension du Christ nous invite d’abord à la contemplation. Il est paradoxal de demander la descente de l’Esprit Saint et, en premier, de s’émerveiller de la montée au Ciel du Christ. Mais c’est aussi pour nous rappeler, que Tout vient de Dieu et que c’est en Christ que nous pouvons comprendre notre cheminement dans ce parcours de l’Esprit Saint. L’Ascension est la fête de la contemplation de Dieu et de sa manifestation dans nos vies. Une présence qui nous appelle à un déplacement et c’est justement là que l’Esprit nous attend pour faire route avec Lui. Une quête pour entrer en profondeur dans une histoire d’amour intime avec Dieu, enraciné dans notre histoire et dans toutes nos relations fraternelles par la gratuité de notre présence et la persévérance de notre fidélité. La lumière du Seigneur est d’abord l’appréhension de la fidélité du Seigneur de toujours à toujours, car Il nous fait entrer dans sa joie, se révélant à nous comme toujours présent.

Le Christ dans la montée au Ciel intervient avec cet autre défenseur qu’est l’Esprit Saint afin d’assurer une dynamique de l’amour qui vient de l’extérieur par le Verbe fait chair qui nous vivifie, et par l’intérieur à travers la grâce du Saint-Esprit. Une union de l’amour qui nous révèle le mystère de la Trinité en nous faisant participants de la joie de Dieu, et pénètre notre moi intérieur pour remplir notre corps et notre cœur de sa présence infinie. « Pour découvrir l’homme intérieur, il nous faut commencer par fléchir les genoux. La vision adéquate de l’homme chrétien se dégage au long d’un processus de conversion et de recueillement, de repentir et d’adoration. »[xxxiv] L’Ascension nous fait entrer dans une nouvelle configuration, la rencontre du Ressuscité et sa montée au Ciel m’invitent à une autre réalité, celle de la vie dans l’Esprit. En effet, transformés par la présence de l’Esprit nous sommes appelés à revoir nos actions à l’heure de l’Evangile et suivre, dans une conscience droite et attentifs aux motions intérieures, le chemin de la grande espérance du Salut. L’aventure de Pentecôte est bien une manifestation de Dieu en partant de l’Ascension comme lieu de contemplation jusqu’à la Pentecôte comme lieu de témoignage. « L’entrée dans le Royaume de Dieu demande une transformation de mentalité (metanoia) et de comportement et une vie de témoignage en paroles et en actes, nourrie au sein de l’Église par la réception des sacrements, particulièrement l’Eucharistie, le sacrement du Salut. »[xxxv] La transformation de notre vie par l’expérience de la grâce est aussi un renouvellement de notre liberté d’enfant de Dieu appelé à la ressemblance. C’est ainsi que nous pourrons porter du fruit à travers le témoignage.

Quelques axes concrets

La vie sacramentelle aujourd’hui est difficile à vivre. Mais nous pouvons essayer de vivre un témoignage en parole et en acte. Concrètement, méditer les Ecritures et, notamment, Jn 3 : la rencontre du Christ avec Nicodème. Le vent souffle ou il veut. Et, pour nous, à quel souffle sommes-nous appelés à obéir ? Que me demande concrètement l’Esprit Saint dans ma vie quotidienne ? Quels sont les services de la charité que je peux vivre autour de moi avec persévérance et assiduité ? A quel approfondissement intérieur suis-je appelé ? Le temps de l’Ascension est le temps du silence et de la contemplation. Comment suis-je disponible à la grâce qui passe ? Peut-être pourrons nous aussi approfondir le psaume 122 : « Vers Toi j’ai les yeux levés, vers toi qui es au Ciel. »

2.2 « Votre joie, personne ne vous l’enlèvera« . 22 mai

Il nous est proposé un temps de croissance en présence du Seigneur, ce qui demande en même temps une union et une séparation. Un temps ou Dieu remet de l’ordre dans notre chaos, afin d’y établir sa présence et Se révéler comme un appel de communion de tout notre être pour combler le désir d’être pleinement en sa présence. Mais pour que la joie soit parfaite, il nous faut séparer ce qui est du monde de ce qui est du Royaume, tout en étant dans le monde témoin. Rejeter ce qui est du monde, c’est-à-dire la superficialité de la vie, et la mondanité de nos relations en perte de sens dans une culture de mort affichée. La pandémie du Covid Wuhan a exacerbé les défaillances et le dépistage de l’utilité de la vie à travers les sélections par âge, officiellement réfutées, mais officieusement pratiquées. Vouloir le Royaume, c’est entrer dans la civilisation de l’amour à travers les œuvres de miséricorde. La piété, qui est une juste reconnaissance de notre dette envers Dieu notre Créateur (qui par gratuité nous a créé) mais aussi envers nos parents qui nous ont éduqué et notre patrie qui nous a théoriquement élevé dans la recherche du bien commun et une relative sécurité, nous invite alors à regarder ce que nous avons à vivre avec bienveillance et reconnaissance. Cela nous invite à prendre des temps pour Dieu dans la prière et la vie paroissiale, mais c’est aussi un appel de l’Esprit pour développer cet esprit de service dans la vérité de notre appel premier.

La joie s’apprend comme une force de Dieu qui nous est donnée par amour et nous entraîne dans un désir de réaliser la volonté de Dieu. Mais cela exige un travail sur soi et un apprentissage car la vie de l’Esprit Saint est un cheminement qui demande du temps et d’être à l’écoute de ce qu’Il nous enseigne au fur et à mesure, afin de nous rendre capable de tout nous communiquer en temps voulu et avec la maturation nécessaire pour ne pas entrer dans le piège de l’orgueil. Car l’orgueil est si vite arrivé lorsque nous manifestons les dons de l’Esprit. La maîtrise de soi invite alors à cette expérience de vérité dans le temps pour mûrir et comprendre petit à petit les pas à faire, dans un consentement quotidien ajusté à la Parole de Dieu et un travail de la charité, tourné vers nos frères en don sincère de soi-même. C’est cela la vie de l’Esprit Saint, Personne Don, d’être tout donné et de nous apprendre à être tout donné dans l’ajustement de notre vocation. Or, nous pourrions tomber dans l’illusion de se donner, notamment dans les services de la charité, sans être donné par amour de Dieu et dans la contemplation du Verbe. L’Esprit par les motions intérieures entretient en nous la ferveur pour être pleinement ajusté dans notre relation à Dieu.

Quelques axes concrets

Prendre des temps pour Dieu dans la prière avec ferveur et la vie paroissiale avec dynamisme et ainsi s’engager pour un temps : par exemple en cellule d’écoute, ou distribuer des colis alimentaires pour les plus nécessiteux, ou visiter des personnes malades ou isolées, dans l’aide aux devoirs ou la catéchèse… Le principe de précaution ne nous dédouane pas de l’obligation du service de charité. Comment je peux aider aujourd’hui à la réalisation du bien commun, ou plus exactement comment en être acteur dans la responsabilité citoyenne qui est la mienne (à mon échelle) ? Demander à l’Esprit Saint le don de piété pour servir Dieu et être juste dans la relation au frère. La parabole des deux fils (Mt 21, 28-32) nous aidera à écouter la voix du Seigneur et marcher à sa suite, afin d’entrer dans l’action de grâce comme nous le propose le psaume 123 : « Béni soit le Seigneur qui n’a pas fait de nous la proie de leurs dents ! » Quel est l’enseignement du Christ pour ma vie aujourd’hui ? En quoi je me laisse enseigner, à travers l’écoute de la Parole ?

2.3 « Demandez, et vous recevrez : ainsi votre joie sera parfaite« . 23 mai

Un temps de discernement est à vivre dans cet approfondissement de vie dans l’Esprit Saint et Marie nous montre le chemin dans l’obéissance parfaite à la volonté de Dieu. « Ceux qui sont conduits par le Saint-Esprit ont des idées justes. Voilà pourquoi il y a tant d’ignorants qui en savent plus long que les savants. Quand on est conduit par un Dieu de force et de lumière, on ne peut se tromper. L’Esprit Saint est une Lumière et une Force. C’est Lui qui nous fait distinguer le vrai du faux et le bien du mal. »[xxxvi] Séparer les eaux, afin de ne pas stagner dans une forme de marécage moderne mais sans oxygène d’une culture de mort et entretenir la désespérance, mais prendre les sources d’eau vive et fertiliser ma vie de la présence de l’Esprit Saint pour imprégner tous mes actes de la Parole de Dieu méditée, et ainsi connaître la joie prolixe de la communion dans le respect de l’altérité.

C’est un vrai bonheur lorsque nous suivons la Parole de vie, car l’Esprit nous guide vers la contemplation de Dieu en artisan de paix. Cette paix est traversée par la simplicité de vie et la douceur, recherchant en toute chose d’être ajusté à Dieu et aux frères, d’avoir le pardon comme lieu de nouvelle création (de recréation) et supporter l’épreuve comme authentification de notre liberté acquise. La paix est alors un havre de communion avec Dieu, dans le silence du cœur et l’exaltation de l’âme, une cohérence de tout mon être en harmonie avec la volonté de Dieu, ordonné selon son désir et enchaînant les élans de toute la personne pour combler la distance et ressembler de plus en plus au Seigneur. L’Esprit Saint nous conduit avec patience sur ce chemin de sainteté, non sans que nous éprouvions les affres du combat spirituel, et lamine tout ce qui paraît si important et pourtant reste bien secondaire.

La vertu de force demande de nous attaquer aux tentations du diviseur pour agir dans le péril menaçant avec pugnacité, afin de rejeter tout esprit de tristesse ou d’abandon, mais au contraire trouver le courage de résister aux manœuvre et d’aller sur l’autre bord à la rencontre du Christ pour grandir dans l’attachement au Seigneur. L’Esprit Saint nous conduit à travers le don de la force pour exercer avec douceur notre foi, avec justice notre attachement à Dieu et au respect fraternel, et persévérance afin qu’en tout la confiance en Dieu soit préservée. C’est alors que nous serons rassasié de la présence, et que nous vivrons avec patience tous les affres de la vie pour être tendu vers la grande espérance du Salut.

Quelques axes concrets

Nous pourrions méditer sur les Béatitudes Mt 5, pour comprendre ce à quoi le Seigneur nous appelle et vers quoi l’Esprit Saint nous conduit, tout en sachant lever les yeux vers le Seigneur et garder confiance en toutes ses œuvres (Ps 120). En pratique, aujourd’hui nous vous proposons une méditation avec la prière de sainte Thérèse Bénédicte de la croix (Edith Stein) afin de nous mettre à disposition du Seigneur et lui parler par une prière contemplative. Peut-être pouvons-nous la prendre après la prière de l’Angelus, (matin, midi et soir), afin de nous laisser habiter par sa présence vivifiante.

Qui es-tu, douce lumière qui me combles
et illumines la ténèbre de mon cœur ?…
Es-tu le Maître d’œuvre,
le bâtisseur de la cathédrale éternelle
qui depuis la terre s’élève jusqu’au Ciel ?
Tu donnes vie à ses colonnes, qui se dressent,
hautes et droites, solides et immuables[xxxvii].
Marquées du signe du Nom divin et éternel,
elles s’élancent vers la lumière et portent la coupole
qui achève et couronne la sainte cathédrale,
ton œuvre qui embrasse l’univers entier :
Saint Esprit, Main de Dieu créatrice !…

 Es-tu le doux cantique de l’amour
et du respect sacré qui retentit sans fin
autour du trône de la Trinité sainte (Ap 4,8),
symphonie où résonne
la note pure donnée par chaque créature ?
Le son harmonieux,
l’accord unanime des membres et de la Tête[xxxviii] ,
dans lequel chacun au comble de la joie
découvre le sens mystérieux de son être
et le laisse jaillir en cri de jubilation,
r
endu libre
en participant à ton propre jaillissement :
Saint Esprit, jubilation éternelle !

2.4 « Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu ». dimanche 24 mai

Une recherche du bonheur dans une connaissance pratique de Dieu, c’est l’appel premier de l’Esprit. Vivre la joie de l’Esprit c’est reconnaître sa présence en nous et nous laisser habiter complètement par Lui. « La joie de l’Évangile qui remplit la vie de la communauté des disciples est une joie missionnaire. …Jésus la vit, lui qui exulte de joie dans l’Esprit Saint et loue le Père parce que sa révélation rejoint les pauvres et les plus petits. »[xxxix] La rencontre avec l’Esprit Saint nous introduit dans l’action Trinitaire et nous pousse à être attentif à tous les aspects de la création. Pourquoi aller vers les pauvres et les petits, car ils sont l’expression de nos propres limites, de nos propres faiblesses et de notre propre dépendance, mais plus encore, alors que nous savons regarder ce qui est superbe, les plus faibles nous rappellent une réalité qui est aussi nôtre. L’impératif fraternel d’être attentif à eux vient aussi de l’expression du don de l’Esprit Saint rappelant la nécessaire communion, comme une réalité à vivre. Mais la vie dans l’Esprit nous invite aussi à rechercher la vérité de la relation dans notre foi, par l’amour et au nom de l’espérance. « Dieu est Esprit »[xl] ; et, de même que ceux qui l’adorent doivent nécessairement l’adorer « en esprit et en vérité » de même ceux qui désirent le connaître ne doivent chercher que dans l’Esprit Saint l’intelligence de la foi et le sens de cette vérité pure et sans mélange. Parmi les ténèbres et l’ignorance de cette vie, il est lui-même pour les pauvres en esprit[xli] la lumière qui éclaire, la charité qui attire, la douceur qui saisit ; il est l’accès de l’homme auprès de Dieu, l’amour de celui qui aime, la dévotion de celui qui se livre sans réserve. C’est lui qui, de conviction en conviction, révèle aux croyants la justice de Dieu ; il donne grâce pour grâce[xlii], et à la foi qui s’attache à l’écoute de la Parole, il donne en retour la foi illuminée. »[xliii] La joie de l’Esprit est donc la reconnaissance de la Parole dans notre vie et une adéquation qui nous donne d’être en action de grâce. « La joie ne peut se dissocier du don. En Dieu lui-même tout est joie, parce que tout est don »[xliv] Il nous faut donc comprendre que recevoir l’Esprit Saint, c’est le donner à nos frères, après l’avoir pleinement vécu dans tout notre être. Le partage de l’Esprit Saint, loin d’être un appauvrissement, au contraire nous aide à développer la dynamique de l’amour et à embraser le monde d’un feu d’amour.

Quelques axes concrets

Approfondir le mystère de l’Esprit Saint demande alors d’agir selon l’esprit de notre baptême. « L’Esprit Saint agit comme il veut, quand il veut et où il veut ; nous nous dépensons sans prétendre, cependant, voir des résultats visibles. Nous savons seulement que notre don de soi est nécessaire. Apprenons à nous reposer dans la tendresse des bras du Père, au cœur de notre dévouement créatif et généreux. Avançons, engageons-nous à fond, mais laissons-le rendre féconds nos efforts comme bon lui semble. »[xlv] Comment vivre le don de soi aujourd’hui, à travers ce que je vis, et comment je le vis ? Comment la prière de l’Esprit me régénère ? Quels sont les pas à faire ? Comment discerner ce que j’ai à vivre afin d’être fécond ? Relisons l’appel de Paul VI : « Ce regard positif sur les personnes et sur les choses, fruit d’un esprit humain éclairé et fruit de l’Esprit Saint, trouve chez les chrétiens un lieu privilégié de ressourcement: et d’insister à temps et à contre temps sur la fidélité des baptisés à célébrer dans la joie l’Eucharistie dominicale »[xlvi] qui peut se faire par désir à défaut de possibilités, en préparant les textes et méditant dessus, vivant en famille et autour de nous la vertu de charité. Oui, nous avons à nous appuyer sur le Seigneur pour nous laisser habiter de sa présence (Ps 124).

2.5 « Lorsque vous êtes devenus croyants, avez-vous reçu l’Esprit Saint ?« .  25 mai

La parole de Dieu est semence de vie et en même temps Vie. Elle est la source de notre foi, et en même temps abreuve notre foi de l’amour de Dieu et nous tourne résolument vers la grande espérance du Salut. Parce que Dieu nous aime, il nous appelle à être sauvé. C’est la Parole qui nous conduit dans cette vie de l’Esprit Saint et, en même temps, l’Esprit nous fait entrer dans l’intelligence de la Parole. En effet, « sans l’action efficace de « l’Esprit de Vérité »[xlvii], on ne peut comprendre les paroles du Seigneur »[xlviii]. En même temps, la Parole nous introduit au dialogue avec Dieu, qui nous écoute et répond à nos demandes en illuminant nos désirs authentiques de sa présence. « L’Esprit, qui agit au moment de l’incarnation du Verbe dans le sein de la vierge Marie, est le même Esprit qui guide Jésus au cours de sa mission et qui est promis aux disciples »[xlix] Dieu est toujours présent dans notre vie et certainement pas le grand horloger, à l’initiative de toute chose mais qui se désintéresse de l’homme. L’amour au contraire demande toujours d’être attentif à l’autre sans lui retirer sa propre responsabilité, c’est bien là qu’avec l’aide de l’Esprit Saint nous avons à vivre ajusté à la Parole. Rien n’est plus terrible pour l’amour que de voir l’être aimé faire des faux pas, mais il faut lui laisser cette liberté d’appeler pour qu’aussitôt l’Esprit vienne répandre sa grâce. La Parole nous a été donnée par la vie du Christ, mais elle continue de se révéler dans le souffle de l’Esprit. « Ce sera alors l’Esprit Saint qui enseignera toutes choses aux disciples et qui leur rappellera tout ce que le Christ a dit[l], parce qu’il lui revient, en tant qu’Esprit de Vérité[li], d’introduire les disciples dans la Vérité tout entière[lii]. »[liii] Nous continuons d’entendre le Seigneur nous parler et intervenir dans notre histoire, afin de nous aider à affronter ce qui fait notre vie et lui faire confiance. Notons bien qu’« aucune compréhension authentique de la Révélation chrétienne ne peut être atteinte en dehors de l’action du Paraclet. Et ce, parce que la communication que Dieu fait de lui-même implique toujours la relation entre le Fils et l’Esprit Saint, »[liv] Lorsque je fais confiance à Dieu, c’est donc à la Trinité que je me remets et par l’Esprit que je suis introduit dans la communion.

Le Seigneur est là et veut se révéler à tous les hommes, comme l’amour. Qu’importe la couleur, la race ou la tradition spirituelle, Jésus est venu sauver l’humanité et répond à la soif dans le cœur de tout homme en donnant l’eau vive, nous rendant témoin de sa Parole. Il se révèle le Messie et appelle les témoins à aller dans les villages pour inciter chacun à prendre position. « Ne serait-il pas le Messie ? » Et la foule se déplace et croit, non plus à cause de ce qu’a dit le témoin, mais parce qu’ils ont vu l’œuvre de Dieu se manifester. « Pour maintenir vive l’ardeur missionnaire, il faut une confiance ferme en l’Esprit Saint, car c’est lui qui « vient au secours de notre faiblesse »[lv]. Mais cette confiance généreuse doit s’alimenter et c’est pourquoi nous devons sans cesse l’invoquer. Il peut guérir tout ce qui nous affaiblit dans notre engagement missionnaire »[lvi] C’est pourquoi lire la Parole nous rend missionnaire et doit nous interpeller sur nos engagements. Les bibles dans nos maisons doivent toujours être ouvertes, et bien plus que nos programmes télé ou les dernières revues à la mode. La Bible est la nourriture de Dieu pour chacun d’entre nous et un dialogue avec l’Esprit de sagesse qui nous invite à contempler Dieu dans ses œuvres et se laisser guider. « Il n’y a pas de plus grande liberté que de se laisser guider par l’Esprit, en renonçant à vouloir calculer et contrôler tout, et de permettre à l’Esprit de nous éclairer, de nous guider, de nous orienter et de nous conduire là où il veut. Il sait bien ce dont nous avons besoin à chaque époque et à chaque instant. On appelle cela être mystérieusement féconds »[lvii] Soyons attentifs à la Parole de Dieu pour porter du fruit et laissons nous guider par l’Esprit afin d’avoir un comportement prophétique.

 Quelques axes concrets

Demandons avec ferveur de vivre cette expérience de l’Esprit Saint dans notre vie. Tournons-nous vers Lui avec audace et prions avec force afin qu’Il agisse dans notre vie. Pas de grande formule, mais rassembler sa foi et appeler l’amour de Dieu sur notre vie de manière visible et efficace (qui produit de l’effet). Nous pourrons nous aider à travers l’Evangile du Semeur (Mt 13,18-23) à faire un bout de chemin avec la Parole et la semer dans la bonne terre de notre vie par nos choix. C’est-à-dire, s’accorder aujourd’hui un vrai temps de lecture de la Parole de Dieu et de méditation. Peut-être recopier une phrase et la mettre dans un endroit de la pièce que je regarde souvent… A défaut de prendre un psaume, peut-être relire Is 55,10-11 : « La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission. »

2.6 « Ils ont vraiment reconnu que je suis sorti de toi« . 26 mai

La foi illumine notre vie pour confesser le Seigneur dans ses manifestations. « La foi connaît dans la mesure où elle est liée à l’amour, dans la mesure où l’amour même porte une lumière. La compréhension de la foi est celle qui naît lorsque nous recevons le grand amour de Dieu qui nous transforme intérieurement et nous donne des yeux nouveaux pour voir la réalité. »[lviii] La venue de l’Esprit Saint dans notre vie est alors ce nouveau regard sur le monde afin de vivre la vie de fils de Roi dans la liberté de l’amour. Rien d’extraordinaire que de contempler Dieu et de l’adorer en vérité. « Tous ceux qui recherchent les visions et les extases ne savent pas du tout ce à quoi ils aspirent. Aspirons à la pureté du cœur car le Saint-Esprit habite dans un cœur pur et simple »[lix] Demandons les dons de l’Esprit nécessaires à notre vie et non pour nous donner en spectacle. Discernons la présence du Seigneur dans l’ordinaire de notre vie, afin qu’en toute chose Il nous accompagne et nous fasse vivre l’extraordinaire de sa présence. Il s’agit « d’entretenir un désir habituel d’imiter le Christ en toute choses, en se conformant à sa vie, qu’il faut étudier afin de la reproduire et de se comporter en tout comme il se comporterait lui-même »[lx] L’Esprit Saint vient illuminer notre intelligence pour conformer notre vie à Dieu et faire la vérité comme Il appelle tout baptisé à être docile à la Parole malgré les vicissitudes de la vie. Pour aider ceux qui sont fidèles, Jésus envoie un Défenseur. « L’Esprit lui-même les guide, les éclaire, les fortifie, afin que chacun puisse marcher dans la vie, même dans l’adversité et les difficultés, dans les joies et dans les peines, en restant sur le chemin de Jésus. C’est possible justement en restant dociles à l’Esprit Saint, afin que sa présence active puisse non seulement consoler mais transformer les cœurs, les ouvrir à la vérité et à l’amour. »[lxi] En effet, la découverte de la vérité se lit dans l’amour et s’authentifie à travers le don sincère de soi-même. Le Christ nous le montre par sa vie, sa mort et sa résurrection, mais nous interpelle pour que nous puissions le reconnaître dans le temps qui est le nôtre, et cela commence par une vie de prière. « Rien n’aide davantage l’homme que la prière. C’est le Saint-Esprit qui nous apprend à prier. Il nous donne de vivre constamment dans la paix et dans la joie, qui sont un avant-goût du Paradis »[lxii] Reconnaître une vie de l’Esprit, c’est donc accueillir la joie et la partager autour de nous avec humilité et audace. En effet, l’Evangile est une parole de bonheur, et il faut l’affirmer, dans une intelligence octroyée par l’Esprit Saint.

Poursuivre une vie dans l’Esprit demande pourtant de la prudence dans nos rapports fraternels. « Il n’y a rien de plus pernicieux que de vouloir s’ériger en maître et se mêler de la conduite des autres, aussitôt qu’on a commencé à marcher dans la vie de l’Esprit »[lxiii] C’est un peu l’étudiant en première année de médecine qui veut déjà prescrire des ordonnances… Il nous faut du temps et vraiment travailler le discernement pour distinguer les nourritures de la Parole face à notre auditoire. Ce n’est pas tant de la pédagogie qu’une adaptation de la capacité d’entendre et de recevoir, et cela se fait par celui qui agit à l’intérieur de nous-mêmes, c’est pourquoi nous avons à le prier sans cesse. « Pour ne pas se fatiguer, il faut élever souvent son cœur vers Dieu, tout au long de la journée. Le Mystère de Dieu ne se dévoile pas à notre intelligence. On apprend plus la sagesse de l’Ecriture sainte par la prière que par l’étude »[lxiv], sinon que l’une ne dispense pas de l’autre. Certains prédicateurs, notamment chez nos frères évangéliques, se lancent dans de grandes prières et de longues prédications, sans toujours avoir une solidité dans l’intelligence des Ecritures. Or, nous ne sommes pas dispensé de la vertu de foi pour développer l’intelligence afin d’approfondir le mystère de Dieu et de sa révélation. Il est raisonnable de croire et l’Esprit Saint vient à notre secours pour nous éclairer de ses lumières. Néanmoins la connaissance ne doit pas s’éparpiller dans tous les domaines en négligeant la foi. « Qui veut autre chose que le Christ ne sait pas ce qu’il veut ; qui cherche autre chose que le Christ ne sait pas ce qu’il souhaite ; qui travaille et n’œuvre pas pour le Christ ne sait pas ce qu’il fait »[lxv]

Quelques axes concrets

Aujourd’hui, demandons à l’Esprit Saint d’agir dans notre vie et, nous-mêmes, soyons acteur dans l’attention aux frères : « Allez, l’heure de votre prière est finie, mais non celle de bien faire. Soyez joyeux, toujours joyeux ! Soyez bons si vous le pouvez »[lxvi] Oui, à travers les services que nous faisons, vivons de cette joie de Dieu comme un don ineffable. « Jésus nous demande de l’aimer, mais il explique : cet amour ne s’épuise pas dans un désir de Lui, ou dans un sentiment, non, il requiert la disponibilité à suivre son chemin, c’est-à-dire la volonté du Père. »[lxvii] Essayons de faire la volonté de Dieu aujourd’hui et de nous rendre disponible pour nos frères. Etre là pour chacun et savoir donner sans compter, mais sans négliger le devoir d’état. Peut-être pourrons nous reprendre le psaume 131 : « Souviens-toi, Seigneur, de David et de sa grande soumission » afin de vivre ce temps dans l’humilité du cœur et méditer sur les charismes que le Seigneur développe dans les communautés des disciples (1 Co 12).

2.7 « Veillez sur vous-mêmes, et sur tout le troupeau« . 27 mai

Demander la vie de l’Esprit Saint demande aussi notre responsabilité pour accueillir les talents et les faire fructifier. Comme nous l’avons vu, si les dons sont la manifestation de la gratuité de Dieu dans notre vie, les vertus demandent un travail de notre volonté pour nous conformer à la Parole et faire croître les dons afin d’en recevoir les fruits. Au jugement final, Dieu nous demandera ce que nous avons fait des dons qu’Il nous a octroyés. C’est une terrible responsabilité que de se laisser vivoter. « Que rien ne vienne entraver la course d’aucun de ceux qui sont sur la Terre compagnons de route dans cette vie évangélique ; mais, bien que la route soit raboteuse et pénible, marchons d’un pied agile, montrons une âme courageuse et virile, franchissons les obstacles, passons de sentier en sentier et de colline en colline, jusqu’à ce que nous grimpions sur la montagne du Seigneur et que nous nous établissions dans le saint lieu de son impassibilité. »[lxviii] Or l’exemplarité de notre foi doit se vivre à travers une vie ancrée dans l’Esprit Saint et, surtout, le discernement des frères. Le pape émérite Benoît rappelle l’humilité profonde de saint Jean-Paul II qui, dans ses intuitions prophétiques, demandait l’avis de la congrégation de la foi et n’outrepassait jamais les avis. Il a quand même fait du deuxième dimanche de Pâques le dimanche de la miséricorde, mais dans les ajustements proposés par le préfet responsable, le cardinal Ratzinger. Certes, l’Esprit nous parle et nous pousse à agir, mais l’obéissance fraternelle nous invite à passer au crible la Parole et authentifier l’œuvre de Dieu. Un travail de purification.

Le don de Dieu est un appel à vivre en concordance avec l’Evangile de la Vie et nous en avons une responsabilité personnelle et collective. Certes, les pasteurs doivent se tenir sur leurs gardes pour ne pas être objet de scandale, mais plus encore, ils doivent par la sainteté de leur vie assurer une attractivité vers Dieu. Tout un programme… Mais, c’est vrai pour chaque baptisé, nous ne devons pas nous évaluer par rapport aux autres mais à chaque moment vérifier ce que nous avons à vivre et à témoigner. Etre désagréable face à une caissière, et s’emporter, n’est pas un témoignage congruent de notre foi. C’est aussi vrai dans nos comportements en voiture. Il y a un enjeu de témoignage d’une part, mais aussi de fuite de l’Esprit Saint dans un cœur qui s’en éloigne. Dieu se propose toujours, mais l’Esprit Saint ne peut rester dans une âme qui, par ses attitudes, s’éloigne de Lui. On le ressent assez bien dans la perte de la paix intérieure et comme un manque de joie. Veillez sur nous-mêmes et rester des veilleurs pour nos frères est un enjeu important. « Le guetteur se tient toujours sur la hauteur pour voir de loin tout ce qui va venir. Et tout homme qui reçoit le poste de guetteur doit se tenir sur la hauteur par sa vie, afin de pouvoir rendre service par sa vigilance. »[lxix] La vigilance de garder l’Esprit Saint dans notre vie demande d’être ancré dans la prière et soucieux d’être en toute chose fidèle à Dieu. Une tension qui se vit dans l’amour, bien entendu, et non dans le stress. Un appel à vouloir ce que Dieu veut et à aimer dans le don sincère de soi-même. « L’onction ne dépend pas de nous, mais ce qui dépend de nous, c’est d’ôter les obstacles qui l’empêchent de se diffuser…Cela relève de la foi, de la prière et de l’humble supplication… nous devons demander l’onction avant d’entreprendre une action importante au service du Royaume. »[lxx] Rendons-nous disponible et ajustons tous nos actes afin de laisser l’Esprit Saint faire son œuvre.

Quelques axes concrets

Une relecture de la Parole des Talents chez saint Matthieu nous fera réfléchir sur nos responsabilités, la vision que nous avons de Dieu et la confiance que nous Lui faisons (Mt 25, 14-30). Très concrètement, comment utilisons-nous les dons que Dieu nous a déjà donnés ? Réfléchir au temps que nous passons pour déployer les talents que nous avons. Garder l’espérance en sachant que seul Dieu est notre bonheur (Ps 61) : « Lui seul est mon rocher, mon salut, ma citadelle : je reste inébranlable. » Cette responsabilité qui compte sur le souffle de l’Esprit pour l’accompagner dans les prises de décision, oui Dieu est notre refuge et Lui-même nous insuffle une vie nouvelle. Reconnaissons nos manques de souffle et demandons au Seigneur de renouveler la révélation de sa présence. 

2.8 « Je garde le Seigneur devant moi sans relâche« . 28 mai

L’homme est un émerveillement de Dieu parce que fruit de son amour dans l’acte créateur. Dieu s’est engagé le premier dans notre humanité, en nous créant. Il nous donne une dignité d’image de Dieu et de Fils d’un même Père. Or, l’Esprit nous révèle cet émerveillement, dans la joie qu’Il nous communique d’une part, et la communion qu’Il nous propose d’autre part. Cela demande alors que nous lui fassions place, en faisant le vide dans notre intérieur afin d’être réceptif et de nous remplir de l’Esprit qui vient s’attacher à nous. « L’homme qui ne rentre pas au moins une fois par jour dans le fond de son âme, du moins selon ses moyens, celui-là ne vit pas en vrai chrétien. Mais pour ceux qui débarrassent ce fond, le nettoient et en écartent les images, afin que le soleil puisse y répandre sa lumière, le jour de Dieu est plus doux que le miel, que toute douceur, et tout ce qui n’est pas ce joug leur est insipide et amer »[lxxi] Tenir le Seigneur sans relâche devant soi demande alors de refuser toute illusion pour se garder en Dieu seul.

La vie dans l’Esprit nous invite alors à recevoir une nouvelle fois l’alliance à travers le Christ Rédempteur. Car il continue de travailler : « Tout don de Dieu engage Dieu dans la plénitude de son mystère. Toute promesse de Dieu a pour contenu premier et dernier la vie même de Dieu se communiquant à nous En tout ce qu’il nous dit de faire, Dieu nous prépare à la vie plénière qu’il veut nous donner en lui dans le déploiement de l’Alliance. »[lxxii] L’appel de l’Esprit Saint dans notre vie est une conséquence de cette alliance voulue par Dieu, et ce n’est pas une question de chanceux ou malchanceux comme parfois je peux l’entendre, ou de jugement sur le don de l’autre par rapport à celui que j’ai. L’Esprit se donne suivant nos besoins et notre capacité à la recevoir, mais Il se donne à tous. « Oui l’Esprit de Dieu est en nous parce qu’Il nous a donné la vie, parce que nous sommes une Parole vivante qu’Il a prononcée, parce que nous sommes une émanation de sa Pensée. C’est en nous que nous trouvons les secrets de Vie, c’est Dieu qui nous les révèle de sa voix divine, sa voix qui n’a pas de son !!! »[lxxiii] Il nous faut alors être à l’écoute du Seigneur et laisser le feu habiter notre cœur pour repartir annoncer la Bonne Nouvelle. Oui l’Esprit est Personne Don et se partage dans notre vie, Il intervient dans notre vie. Il est là, présent.

Quelques axes concrets

L’Esprit Saint nous donne la lumière de la foi pour suivre le Christ. Le texte de Bartimée (Mc 10, 46-52), par une guérison physique, nous révèle aussi une dimension spirituelle avec le croyant, invité à intercéder avec force et, lors de l’appel à se lever, à jeter son manteau des lourdeurs du quotidien et suivre le Christ en disciple fidèle. L’Esprit Saint se propose dans notre vie, que devons-nous rejeter de la vie passée pour nous laisser embraser par le feu de sa présence ? Comment ouvrir nos yeux aux manifestations qu’Il nous donne de voir ? Quels sont les sujets d’émerveillement pour moi aujourd’hui ? Oui, heureux celui qui garde sa foi dans le Seigneur et demande à l’Esprit de le guider, à lui le bonheur (Ps 127).

2.9 « Seigneur, toi, tu sais tout« . 29 mai

La présence de Jésus dans notre vie nous amène à la contemplation et au silence. Parce que, dans le silence, je laisse résonner la Parole et je contemple sa présence. Car oui, Il est là, présent. C’est l’œuvre de l’Esprit de nous faire entrer dans ce temps de contemplation. Tout notre être tourné vers Dieu est appelé à des réalités surnaturelles par lesquelles dès l’origine nous avons été dirigés. La solitude de l’homme vient justement de ce déséquilibre premier, d’une perte de la réalité surnaturelle, inhérente à sa création et au silence de la Parole mais qu’il retrouve dans la contemplation. C’est donc un transport de tout l’être vers l’appréhension d’un bonheur béatifique, une forme d’extase où nous expérimentons une intimité avec Dieu par le souffle de l’Esprit. Une vision de Dieu qui nous retire temporairement de ce monde pour contempler le bonheur promis, vécu par les premiers disciples dès le commencement de l’Eglise.[lxxiv]

Habiter le silence dans un monde surmédiatisé est un véritable défi. « Fais silence et écoute, Israël. Aujourd’hui tu es devenu un peuple pour Le Seigneur Ton Dieu. Tu écouteras la voix Seigneur ton Dieu, et tu mettras en pratique les commandements et les lois que je te prescris aujourd’hui. »[lxxv] Le silence est une qualité d’écoute où la Parole se révèle comme une alliance et une joie de Dieu pour ma vie d’aujourd’hui. L’Esprit Saint m’accompagne sur ce chemin de sainteté auquel nous sommes tous appelés. Au milieu du silence, la Parole de Dieu me rejoint pleinement comme révélation de son amour et m’invite de l’intérieur à le suivre comme un appel pressant, une force agissante pour la communion d’être. « Je suis sûr qu’un homme qui se tiendrait droit à l’intérieur ne pourrait en aucun cas être séparé de Dieu… comme les saints… Ils sont tellement ravis, attirés et habitués qu’ils ne peuvent plus se tourner vers une autre voie »[lxxvi]que celle de l’amour de Dieu dans la vérité du service fraternel. Le silence permet alors de mûrir ce temps de rencontre où la Parole nous éclaire dans la nuit. « J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, …ni le présent ni l’avenir, …ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. »[lxxvii]

Une vie dans l’Esprit Saint demande alors ce besoin d’intériorité, pour reconnaître Dieu en toute chose et lui laisser la place. Cela demande une vie de prière et de contemplation, et en même temps un engagement au service de la charité dans les relations fraternelles. « Une âme qui possède le Saint-Esprit goûte une exquise saveur dans la prière : elle ne perd jamais la sainte Présence de Dieu. »[lxxviii] Dieu s’invite dans notre vie, nous redécouvrons d’une nouvelle manière sa bonté et sa miséricorde. La prière d’adoration devient alors un rééquilibrage de toute notre vie en présence du Seigneur. « Le Seigneur passe parmi nous pour nous servir, parce qu’il nous rassasie de la splendeur de sa lumière. On dit qu’Il passe lorsqu’Il retourne du jugement au Royaume, ou encore que le Seigneur passe pour nous, après le jugement, en nous élevant de la vue de sa nature humaine jusqu’à la contemplation de sa divinité »[lxxix] Or l’Esprit Saint nous guide dans ce passage pour nous laisser goûter à la communion Trinitaire dans la vision béatifique. Un espace de rencontre où la seule connaissance qui vaille est de se laisser enseigner et d’entrer dans l’intelligence de la grande espérance du Salut. « Passer, pour Lui, c’est nous conduire à la vision de sa gloire et nous donner de contempler en sa divinité après le jugement Celui que nous voyons en son humanité lors du jugement. »[lxxx] Le ravissement en Dieu est prophétique car il nous fait entrevoir la grande espérance du Salut et nous pousse alors à développer le dynamisme de l’amour pour correspondre au mieux à sa volonté divine. Une découverte de la joie qui est tant intérieure qu’extérieure à nous-mêmes lors de la vision du visage qui jamais ne cesse de nous rassasier. « Les pâturages des élus sont la présence du visage de Dieu, dont une contemplation ininterrompue rassasie indéfiniment l’âme d’un aliment de vie. Ceux qui ont échappé aux pièges du plaisir fugitif goûtent, dans ces pâturages, la joie d’un éternel rassasiement. »[lxxxi] Et c’est là où l’Esprit nous conduit

Quelques axes concrets

Habiter le silence, peut-être éteindre tous les appareils de nos maisons et entrer en prière pour être disponible à la grâce. Accueillir la Parole, non comme un lieu d’oppression mais bien de libération, dans les autres possibles qui s’ouvrent à nous. Méditer l’hymne à l’amour (Rm 8) qui a été citée et être attentif aux motions de l’Esprit Saint pour continuer le cheminement. Le Ps 129(130) nous invite à persévérer dans la prière : « J’espère le Seigneur de toute mon âme ; je l’espère et j’attends sa Parole ». Avec Marie continuons de progresser dans cette vie de l’Esprit : « l’Esprit Saint est en elle. Celui qui, à l’intime d’elle-même inspire, anime, dirige toute sa vie »[lxxxii] Laissons-nous inspirer par l’Esprit en Lui demandant à chaque moment de notre journée sa volonté, laissons-nous animer en nous rendant disponible, et laissons-Le diriger notre vie en suivant ses motions et Lui faisant confiance.

2.10 « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ?« . 30 mai

Que peut-il nous arriver si nous laissons l’Esprit Saint nous arriver ? Tout puisqu’un bonheur est vite arrivé. Dieu nous invite à l’espérance du Salut. « Ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de sagesse » – c’est ainsi que, par une belle expression, la seconde Lettre à Timothée (1, 7) caractérise l’attitude fondamentale du chrétien. »[lxxxiii] Disciple du Christ, nous avons à vivre la confiance et à avancer dans cette vie de l’Esprit Saint en nous laissant saisir par la grâce. En effet, « la vie n’est pas un simple produit des lois et des causalités de la matière, mais, en tout, et en même temps au-dessus de tout, il y a une volonté personnelle, il y a un Esprit qui, en Jésus, s’est révélé comme Amour.[lxxxiv] »[lxxxv] L’amour est le seuil du don et, dans la relation, demande le pardon afin de vivre pleinement la miséricorde. Seul l’amour nous conduit au don sincère par la gratuité de tout notre être. Et Marie en a été le témoin fidèle, en première disciple de son Fils. « Avec l’Esprit Saint, il y a toujours Marie au milieu du peuple. Elle était avec les disciples pour l’invoquer[lxxxvi], et elle a ainsi rendu possible l’explosion missionnaire advenue à la Pentecôte. Elle est la Mère de l’Église évangélisatrice et sans elle nous n’arrivons pas à comprendre pleinement l’esprit de la nouvelle évangélisation. »[lxxxvii] La vie dans l’Esprit demande alors de nous en remettre à Marie pour qu’elle nous invite à faire tout ce qu’Il nous dira. C’est-à-dire, pour imiter sa pleine confiance en la présence de Dieu en ce monde, ce qui n’est pas une assurance sans risque, certes, mais le malheur ne pourra nous frapper car le Seigneur sera toujours à nos côtés et nous lui abandonnerons notre vie avec confiance. Aucun malheur ne sera une fin en soi parce que nous sommes, avec Marie, porteur d’espérance.

Recevoir Marie comme Mère et comme première des disciples nous invite à affirmer dans la foi l’engendrement virginal de Jésus. Parce que Dieu s’est manifesté sans l’aide humaine, la médiation du corps de la Vierge est l’humilité du signe de la manifestation d’une présence. La virginité de Marie est vue dans la tradition de l’Eglise comme une conséquence du mystère de l’Incarnation, et ceci dès les débuts de l’Eglise et affirmé comme de source traditionnelle par Vincent de Lérins (mort vers 450). Aujourd’hui certains chrétiens dans une méconnaissance de la Parole de Dieu semblent remettre en cause cela. Le concile de Latran de 649 avait déjà dit que c’était une vérité de foi. Les juifs et les païens en ont fait une objection capitale à la foi des disciples du Christ, les juifs reprochant de tomber dans les mythes et les païens dans les légendes dont ils s’étaient déjà défaits. Après les premiers siècles, la foi en la virginité de Marie n’a plus été remise en cause jusqu’à l’arrivé du protestantisme et des différentes sectes, dont aujourd’hui les témoins de Jéhovah ou certaines églises évangéliques, en n’hésitant pas à mettre en enfer ceux qui prient la Vierge Marie. Ici reconnaissons notre proximité avec l’Islam qui affirme la naissance de Jésus par la Vierge Marie et assurant qu’elle est restée vierge. Si Marie est un visage pour nous du disciple, c’est parce qu’elle a été tout don et que la vie dans l’Esprit Saint nous fait comprendre les vocations spécifiques comme l’œuvre de Dieu en ce monde et un témoignage pour les hommes. Ne pas croire en la virginité de Marie ou la remettre en cause, est alors une incompréhension d’une vie dans l’Esprit Saint, un manque de la richesse de sa grâce aujourd’hui. Les passages des frères de Jésus sont sujets à discussion, puisque la notion orientale de frère est très large, et certains frères mentionnés ont une mère distincte de Marie de Nazareth. L’affirmation historique dans un sens ou dans un autre est difficile à partir des Ecritures, mais la tradition apostolique et la foi de l’Eglise ont toujours, dès le début, affirmé la virginité de la Mère du Rédempteur. Elle s’est donnée complètement à l’amour de Dieu et s’est laissée embraser par l’Esprit Saint dans la liberté d’un oui qui s’est voulu obéissance pleine et fruit de la méditation des Ecritures.

Quelques axes concrets

Peut-être pourrions-nous relire les fruits de l’Esprit (Ga 5, 16-25) : « puisque l’Esprit nous fait vivre, marchons sous la conduite de l’Esprit » et Lui demander de venir infuser tout notre être afin qu’à travers ce que nous vivons Il soit présent. Laissons nous guider par Marie en méditant les mystères glorieux, et notamment le mystère de Pentecôte. Qu’avec Marie nous soyons réceptif à la grâce de l’Esprit Saint et que nous sachions nous rendre disponible dans la gratuité de notre temps. Cela demande de faire nôtre la prière du psalmiste « oui, il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis ! » (Ps 132) et de continuer de marcher dans l’obéissance à sa Parole. Vivre l’obéissance comme une liberté intérieure et avec une conscience droite pour rendre gloire à Dieu et ainsi témoigner de notre foi. 

2.11 « Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez« . Pentecôte

La Pentecôte pour chacun d’entre nous c’est lorsque nous recevons l’Esprit pour être missionnaire. En fait il n’y a pas de foi qui ne soit pas missionnaire. Nous avons cheminé plusieurs jours pour demander l’Esprit Saint et avons probablement vécu sa présence dans notre vie, et c’est beau. Mais cela ne nous dédouane pas d’un partage dans l’annonce de l’Evangile. Recevoir l’Esprit Saint n’est pas un bien de consommation propre. Il est à consommer pour le monde entier. L’aspect missionnaire est non seulement nécessaire mais revitalise le don reçu et fait de nous des témoins ardents de sa Parole. Une erreur est de faire de la mission une histoire de spécialistes ou de personnes dévouées à la tâche. L’aspect prophétique de notre baptême se vérifie dans la Parole vivante que nous partageons autour de nous. Certes les pasteurs doivent être attentifs à guider le peuple de Dieu et l’aider à animer des communautés. « Leur mission est d’aider leurs frères à prendre les sentiers de la joie évangélique, au milieu des réalités qui font leur vie et qu’ils ne sauraient fuir. »[lxxxviii] Chaque baptisé, régénéré par l’Esprit Saint, doit demeurer fidèle à la Parole de Dieu et l’annoncer aujourd’hui, pour une transformation du monde et une joie retrouvée dans la civilisation de l’amour. C’est cela, notre héritage prophétique promis par le baptême et revivifié par l’Esprit Saint. « L’Esprit promis par les prophètes est descendu sur le Fils de Dieu devenu Fils de l’homme[lxxxix] : par-là, avec lui, il s’accoutumait à habiter dans le genre humain, à reposer sur les hommes, à résider dans l’ouvrage modelé par Dieu. Et il réalisait en eux la volonté du Père et les renouvelait en les faisant passer de leur vétusté à la nouveauté du Christ. »[xc] Une nouveauté qui introduit une transformation dans notre vie mais ne s’arrête certainement pas à la vie privée. Comment sommes-nous témoin de la Pâque du Seigneur dans l’esprit de Pentecôte ?

Vivre l’Esprit Saint nous envoie vers le monde et partage l’espérance du Salut pour tous. L’amour tient son horizon dans le sens de notre vie, qui est d’être ajusté à la volonté de Dieu afin de vivre notre Salut comme une communion joyeuse, une rencontre déjà commencée par notre baptême. « C’est grâce à l’appui du Saint-Esprit que l’Eglise s’accroît.[xci] Il est l’âme de cette Eglise. C’est Lui qui explique aux fidèles le sens profond de l’enseignement de Jésus et son mystère. Il est Celui qui, aujourd’hui comme aux débuts de l’Eglise, agit en chaque évangélisateur qui se laisse posséder et conduire par Lui, et met dans sa bouche les mots que seul il ne pourrait trouver, tout en prédisposant aussi l’âme de celui qui écoute pour le rendre ouvert et accueillant à la Bonne Nouvelle et au Règne annoncé. »[xcii] Que cette neuvaine ne s’arrête pas avec la Pentecôte, mais au contraire nous ouvre à la réalité du monde et au besoin d’aller vers toutes les nations faire des disciples en les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Quelques axes concrets

Une vie de l’Esprit engendre une louange incessante dans toute notre existence, comme nous y invite saint Augustin ; « Nous vous exhortons, mes frères, à louer Dieu en ce moment, et c’est ce que nous faisons tous lorsque nous disons : Alléluia. Loue le Seigneur… Mais louez-le partout vous-mêmes : c’est-à-dire que votre langue et votre voix ne doivent pas être seules à louer Dieu ; louez-le aussi par votre conscience, par votre vie, par vos actions »[xciii]. La Pentecôte dans la louange nous invite au témoignage par le service. Et le premier service que nous avons à vivre est l’annonce de l’Evangile. Mais cela demande aussi de nous mettre au service de nos frères, en Eglise, afin de témoigner de cette communion entre nous et de la vie fraternelle. Qu’elle soit l’étendard de notre Eglise. Demander l’Esprit Saint n’est pas une option pour la magie de notre vie mais bien, dans le service de la charité, assurer la vie surnaturelle que Dieu m’a octroyée. Enfin, après la louange et le témoignage, il convient de développer les charismes, en se formant et en les exerçant, afin d’être toujours plus docile au souffle de l’Esprit Saint. Avoir une belle voix ne dispense pas de prendre des cours au conservatoire… Les dons de l’Esprit peuvent s’exprimer au service de la communauté et devenir des charismes, il nous faut alors rechercher comment les développer dans l’intelligence de la foi pour la vérité du don reçu à partager. Relire le discours de Pierre peut nous aider à garder avec vigueur notre appel premier pour l’annonce (Actes 2), et continuer à développer notre vie dans l’Esprit à travers la communauté et le Psaume 133 : « Vous tous, bénissez le Seigneur, vous qui servez le Seigneur, qui veillez dans la maison du Seigneur au long des nuits. »

3 Conclusion

Demander l’Esprit Saint pour soi est donc recevoir les dons qui nous font progresser dans cette communion avec Dieu. Mais demander au Seigneur de se manifester dans la communauté et l’Eglise, c’est vouloir vivre les charismes comme manifestation d’une annonce de l’Evangile qui produit de l’effet (et qui est donc effective). Néanmoins la vie dans l’Esprit demande aussi un travail de notre volonté pour déployer les vertus et ainsi vivre les Béatitudes comme lieu de sanctification.

Etre audible aujourd’hui est une vraie difficulté, pas seulement à cause de l’événement traumatologique de la pandémie, mais parce qu’avec une lettre de différence, nous pouvons passer d’être audible à être au diable. C’est-à-dire lorsque nous ne sommes pas attentifs à la fragilité du prochain, ou que nous vivons notre foi en cercle fermé. Lorsque nous voulons tellement être aux périphéries que nous en oublions le centre et que le relativisme nous écarte de la radicalité de la vérité dans la foi en Jésus. Parfois les nuances sont très subtiles et il nous faut exercer avec discernement ce que nous avons à vivre. Néanmoins, la vie dans l’Esprit est un travail de croissance dans la charité, par la prière d’une part, et le service du frère d’autre part. Ce n’est pas que de l’ordre du témoignage, c’est aussi de l’ordre de la communion et de la transformation de notre être. Plus nous écoutons nos frères, plus nous prions pour eux, et plus nous sommes en communion et acquérons un esprit de miséricorde qui hait le péché mais aime le pécheur. Ne pas réduire une personne à son acte demande toujours un regard de bienveillance et en même temps une liberté dans la relation pour regarder l’autre comme un frère. C’est aussi un appel à ne pas se laisser manipuler par l’événement, mais à entrer en profondeur pour discerner ce que j’ai à vivre.

Vivre dans l’Esprit est alors façonner tout son être pour se laisser transformer à travers les dons que nous pouvons exercer. Car non seulement les dons nous aident à vivre, mais ils nous transforment de l’intérieur et, plus nous les utilisons, plus nous les approfondissons et plus nous nous transformons. C’est un cheminement intérieur où ma responsabilité personnelle à exercer ce que Dieu m’a donné permet la croissance. « Tout est en lien, Dieu et moi, et pourtant l’homme ne coïncide jamais parfaitement avec lui-même. De cet écart naît le désir, le désir de ce qui nous manque encore, et de ce manque, l’amour, l’amour pour la vie »[xciv].L’Esprit Saint nous guide sur ce chemin de perfection en nous octroyant les grâces nécessaires à notre cheminement. Il nous fait entrer dans l’intelligence de l’amour, comme lumière de vie, explosion de joie, béatitude de communion. En effet, tout prend sens lorsque Dieu est premier. Tout prend sens et nous demande un travail de la conscience pour qu’elle reste droite, éclairée par la fidélité à la Parole et les commandements du Seigneur relayés par la tradition apostolique et l’Eglise. « Le péché est une faute contre la raison, la vérité, la conscience droite ; il est un manquement à l’amour véritable, envers Dieu et envers le prochain, à cause d’un attachement pervers à certains biens. »[xcv] L’Esprit habitant notre vie, nous comprenons que notre vrai bien est cet attachement à Dieu, et la recherche de communion. Seul ce bien céleste comble le désir profond de notre cœur et nous éloigne de la solitude originelle. La communion avec Dieu est un festin de retrouvailles où les dons permettent l’expression de toutes nos personnalités.

Père Greg BELLUT

Délégué diocésain adjoint des groupes de prières
Curé de St Charles Borromée

18 mai 2020 – centenaire de la naissance du Pape Jean-Paul II

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Sources

  • [i] Mt 25,13
  • [ii] &66 Veritatis splendor
  • [iii] Is 58
  • [iv] Ps 120,4-5
  • [v] <Mt 25,6
  • [vi] Ac 10,44
  • [vii] ST II-I q 68 art 1 Solution 1/
  • [viii] &1830 CEC
  • [ix] ST II-I q 68 art 2 obj 3/
  • [x] ST II-I q 68 art 4 sol 1/
  • [xi] cf. Is 11, 1-2
  • [xii] &1831 CEC
  • [xiii] &16 Dominum et vivificantem
  • [xiv] Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, sur l’Église, n. 9.
  • [xv] &38-1/ Gaudium et spes
  • [xvi] &166 Gaudete et exsultate
  • [xvii] &1832 CEC citant Ga 5, 22-23 vulg
  • [xviii] Article vertu Dictionnaire d’éthique et de philosophie morale Tome 2 – Monique Canto Sperber
  • [xix] &515 Catéchisme des évêques de France / Vivre en enfants de Dieu // la loi de l’Alliance
  • [xx] &1810 CEC
  • [xxi] ST II-I q 55 art 1 sol 4
  • [xxii] P 109 Doctrine et vie chrétienne // vie morale et vie sociale
  • [xxiii] &799 CEC
  • [xxiv] Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. Dogm. Lumen gentium, sur l’Église, n. 12.
  • [xxv] &130 Evangelii Gaudium
  • [xxvi] ST II-II La prophétie p 965 note 1 de Jean-Pierre Torelle
  • [xxvii] cf. 2 Co 5, 14
  • [xxviii] 1 Co 9, 16
  • [xxix] &130 Gaudete et exsultate
  • [xxx] cf. Jn 16,13
  • [xxxi] cf. Ep 4,11-12 1Co 12,4 Ga 5,22
  • [xxxii] Const. dogm. sur l’Eglise Lumen gentium, LG 4 I1 y a toute une tradition patristique et théologique en ce qui Concerne l’union intime entre l’Esprit Saint et l’Eglise, union présentée parfois en analogie avec le rapport entre l’âme et le corps dans l’homme: cf. S. IRÉNÉE, Adversus haereses, III, 24, 1: SC 211, pp. 470-474, S. AUGUSTIN, Sermo 267, 4, 4: PL 38, 1231; Sermo 268, 2: PL 38,1232; In Iohannis evangelium tractatus, XXV, 13; XXVII, 6: CCL 36, 266, 272-273; S. GRÉGOIRE GRAND, In septem psalmos poenitentiales expositio, psal V, 1: PL 79, 602; DIDYME D ALEXANDRIE, De Trinitate, II, 1: PG 39, 449-450; S. ATHANASE, Oratio III contra Arianos, 22, 23, 24: PG 26, 368369, 372-373; S. JEAN-CHRYSOSTOME, In Epistolam ad Ephesios, Homil. IX, 3: PG 62, 72-73.
    SAINT THOMAS D’AQUIN a synthétisé la tradition patristique et théologique qui le précédait en présentant l’Esprit Saint comme le « cœur » et l' »âme » de l’Eglise : cf. Somme théol., III 8,1 ad 3; In symbolum Apostolorum Expositio, a. IX; In Tertium Librum Sententiarum, Dist. XIII, q. 2, a. 2, quaestiuncula 3.
  • [xxxiii] Prière au Saint-Esprit pas 37
  • [xxxiv] P 24 La vie dans l’Esprit – Jean Claude Sagne
  • [xxxv] &86 Ecclesia in africa
  • [xxxvi] Pensées choisies du saint Curé d’Ars (J. Frossard; Éds Téqui 1999, p. 67, rev.)
  • [xxxvii] Ap 3,12
  • [xxxviii] Col 2,19
  • [xxxix] &21 Evangelii Gaudium cf. Lc 10, 21
  • [xl] Jn 2,24
  • [xli] Mt 5,3
  • [xlii] Jn 1,16
  • [xliii] Guillaume de Saint-Thierry – Le miroir de la foi, 6 – commun des docteurs
  • [xliv] Conclusion Gaudete in domino
  • [xlv] &279 Gaudium Evangelii
  • [xlvi] Conclusion Gaudete in Domino Paul VI
  • [xlvii] Jn 14, 16
  • [xlviii] &16 Verbum Domini
  • [xlix] &15 Verbum Domini
  • [l] cf. Jn 14, 26
  • [li] cf. Jn 15, 26
  • [lii] cf. Jn 16, 13
  • [liii] &15 Verbum Domini
  • [liv] &15 Verbum Domini
  • [lv] Rm 8, 26
  • [lvi] &280 Gaudium Evangelii
  • [lvii] & 280 Gaudium Evangelii
  • [lviii] &26 Lumen Fidei
  • [lix] Saint Philippe Neri
  • [lx] Ch p13-3 p 624 œuvres complètes – Saint Jean de la croix – Montée du carmel
  • [lxi] Angelus du 17 mai 2020 Pape François
  • [lxii] Saint Philippe Neri
  • [lxiii] Maxime de saint Philippe Neri Livre II Chap XVII p 366 la vie de saint Philippe Neri
  • [lxiv] Saint Philippe Néri
  • [lxv] Saint Philippe Neri
  • [lxvi] Saint Philippe Neri
  • [lxvii] Angelus du 17 mai 2020 Pape François
  • [lxviii] Saint Théodore le Studite (759-826) Satéchèse 28 – coll spiritualité orientale 79 p 275-277 rev
  • [lxix] Saint Grégoire le Grand, homélie sur Ezekiel
  • [lxx] P 142 Viens Esprit Créateur – Raniero Cantalamessa
  • [lxxi] P 61Sermons Jean Tauler
  • [lxxii] P 63La vie dans l’Esprit – Jean Claude Sagne
  • [lxxiii] P 161 Viens Esprit Saint-  Ecrist spirituels, YA de Malestroit Olivier Belleil
  • [lxxiv] Ac10,10
  • [lxxv] Dt 27,9-10
  • [lxxvi] Sermon 9 Maître Eckhart p 108
  • [lxxvii] Rm 8,38-39
  • [lxxviii] Pensées choisies du saint Curé d’Ars (J. Frossard; Éds Téqui 1999, p. 67, rev.)
  • [lxxix] Saint Grégoire le Grand, 40 sermons, p 58
  • [lxxx] ibid
  • [lxxxi] Saint Grégoire le Grand, 40 sermons, p62-63
  • [lxxxii] P 63 La Vierge Marie et le Saint-Esprit – HM Manteau Bonamy
  • [lxxxiii] &9 Spe Salvi
  • [lxxxiv] Cf. Catéchisme de l’Église catholique, nn. 1817-1821
  • [lxxxv] &5 Spe salvi
  • [lxxxvi] cf. Ac 1, 14
  • [lxxxvii] &284 Gaudium Evangelii
  • [lxxxviii] Gauidete Domine
  • [lxxxix] Mt 3,16
  • [xc] Irénée de Lyon – contre les hérésies III 17,1-2 SC 211 p 331
  • [xci] Cf. Ac 9, 31.
  • [xcii] &75 Evangelii Nuntiandi
  • [xciii] Homélie de saint Augustin sur le Psaume 148
  • [xciv] P 245 Maître Eckhart ou la profondeur de l’intime – Eric Mangin
  • [xcv] &1849 CEC