2018. Lettre de Carême

 

Ensemble paroissial – Ste Anne et St Joachim de Polangis – St Charles Borromée

 

« S’engager envers Dieu avec une conscience droite et participer …»

 

            La relation à Dieu est cette familiarité du cœur avec sa Parole, la conformité de nos actes avec sa volonté, et notre volonté d’union, véritable parcours de sainteté. Cette volonté qui se travaille par l’application d’une conscience droite, et qui demande alors de convertir tout ce qui en nous n’est pas conforme à la communion.

 

            Le carême devient alors cette exploration de la grâce à recevoir par l’effort de notre part, et la pure gratuité de Dieu d’autre part. Comme un cheminement de la vie intérieure pétrie d’espérance aux effluves de foi et à la fragrance de l’amour. « L’exode de Carême est le chemin sur lequel l’espérance elle-même se forme»[i] La course du sens que nous remettons en question lors des débats bioéthiques (lettre de carême 2/2), nous interroge plus généralement sur ce que nous voulons vivre, et comment nous voulons le vivre, c’est-à-dire, à quelle place mettons-nous Dieu ? L’Evangélisation du temps passe dans ce regard d’espérance qui doit être éduqué au bien de tous. Il ne peut pas y avoir un regard à court terme. Ce qui est vrai dans toutes les parties de notre vie, l’est aussi sur notre chemin spirituel.

 

            Le carême n’est pas une fin en soi mais un chemin vers Pâques où, dans la foi nous reconnaissons l’œuvre de Dieu s’accomplir, et continuer dans le témoignage grâce aux fruits de la Pentecôte. S’il est vrai que ce n’est pas le principal de notre foi, il ne peut pas néanmoins être esquivé. La conversion est toujours nécessaire, et le carême nous fait entrer dans le chemin de la conversion pour mieux nous amener à la révélation du Christ dans toutes ses dimensions.

 

            Les trois axes de la conversion proposés par l’évangéliste Matthieu[ii] sont l’aumône, la prière et le jeûne. Aucun axe ne peut être absent de notre démarche de foi. La prière n’est en rien inutile, et nous donne de garder l’espérance, en fondant nos forces en Dieu. L’aumône est la réalité en acte de cette espérance. Quant au jeûne il en est l’habit qui permet d’accéder à la salle de noce pour nous sustenter avec l’époux. « Selon S. Grégoire le jeûne de Carême est la dîme de toute l’année. »[iii], comme une vigilance de notre âme à nous rappeler la direction du chemin à suivre, et de parfois s’y réorienter fermement.

 

            La lettre de carême 2016 avait pour thème le démon de l’acédie[iv], comme lieu du combat spirituel. Il me semble opportun aujourd’hui de réfléchir sur le sens du jeûne et sa signification dans les armes spirituelles à posséder.

 

 
   

 

Revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil !

 

            L’année dernière durant le carême et à 10 jours d’intervalle, on m’a posé une question de discernement sur le jeûne. Deux jeunes avaient décidé de ne manger que pain et eau durant les 40 jours du carême, affolant les mères inquiètes. Au premier, âgé de quinze ans, j’ai déclaré que c’était inadéquat et je l’ai invité à vivre le jeûne en respectant sa croissance ; à l’autre, âgé de vingt-cinq ans, j’ai dit à la mère que c’était une bonne démarche spirituelle lorsqu’elle se faisait dans la prière et en vivant l’aumône. A travers cette anecdote de la vraie vie de notre communauté paroissiale, un questionnement pointe sur ce qu’il nous est demandé par l’Eglise et par Dieu dans le jeûne. Cela renvoie à une conscience droite de vouloir la volonté de Dieu et la conversion de notre cœur, et en même temps à la communion fraternelle de ce que nous vivons en Eglise. De plus, la notion entre jeûne, ascèse et abstinence n’est pas toujours très claire. Enfin la mise en œuvre pratique, questionne souvent tant il y a une certaine relativité à ne point imposer. « Isidore dit que  » jeûner, c’est vivre de peu et s’abstenir de nourriture « . »[v] Il s’agit tout simplement de vivre la première béatitude « Heureux les pauvres en esprit (l’esprit de pauvreté) : le royaume des cieux est à eux » La simplicité de vie nous amène alors à voir le jeûne comme un langage vers Dieu de confiance et de fidélité dans la foi. Un acte d’alliance où nous restons fidèles à Dieu au-delà de nos besoins humains pour nous laisser imprégner de cette dimension divine d’image de Dieu appelé à la ressemblance.

 

La dimension physique du jeûne appelle à une conversion spirituelle. S. Jérôme dit:  » Le jeûne consiste à s’abstenir non seulement d’aliments, mais de toutes les séductions.[vi] Nous nous armons pour le combat spirituel en jeûnant. Par le manque nous expérimentons la dépendance à Dieu et parfois à nos frères. « Le jeûne …réduit la force de notre violence, il nous désarme et devient une grande occasion de croissance. D’une part, il nous permet d’expérimenter ce qu’éprouvent tous ceux qui manquent même du strict nécessaire et connaissent les affres quotidiennes de la faim ; d’autre part, il représente la condition de notre âme, affamée de bonté et assoiffée de la vie de Dieu. Le jeûne nous réveille, nous rend plus attentifs à Dieu et au prochain, il réveille la volonté d’obéir à Dieu, qui seul rassasie notre faim. »[vii]

 

 

            Il y a plusieurs jeûnes, celui que je vis dans le souffle de l’Esprit Saint comme une attente de la grâce. « Le  » jeûne d’exultation  » procède d’une inspiration de l’Esprit Saint, qui est l’Esprit de liberté…Les jeûnes qui sont institués par un précepte de l’Église sont donc plutôt des  » jeûnes d’affliction  » qui ne conviennent pas aux jours de joie. C’est pourquoi il n’y a pas de jeûne institué par l’Église pour toute la durée du temps pascal, ni non plus pour les dimanches. »[viii] Néanmoins il y a aussi les purifications intérieures où je me donne les moyens de me préparer à un sacrement (le baptême, la confirmation, le mariage, l’ordre) ou que je vis habituellement pour m’apprêter à un sacrement (l’eucharistie, la réconciliation – confession). Le sacrement des malades à déjà par lui-même sa part d’abstinence par la grave maladie. Il est d’usage de ne pas manger une heure avant le début de la messe pour rester en éveil sur le mystère eucharistique, et tendre son âme vers Dieu dans le désir de le recevoir (on appelle cela le jeûne eucharistique).

 

L’aspect concret du Jeûne

 

            Pour des questions de vocabulaire on reviendra sur la définition exacte du jeûne qui est privation de nourriture et de boisson autre que l’eau d’un coucher de soleil à un autre. L’abstinence est le refus d’un aliment (et parfois d’un repas, mais ponctuel) il s’agit de se modérer dans la prise de repas ou de boisson. Le jeûne, lui implique la durée et la radicalité dans une privation stricte.

 

            L’aspect du jeûne prend plusieurs dispositions :

  • Le refus de tout aliment
  • Les aliments essentiels (pain, légumes, soupe de mil)

 

L’Eglise a promu une forme de jeûne durant 40 jours à travers la privation de viande, et notamment les vendredis de carême. Mais elle garde sa dimension pastorale en invitant à un minimum requis par rapport à une démarche individuelle qui pourra s’enraciner dans des exigences plus fortes selon notre conscience droite, comme nous le rappelle le théologien. «  En instituant le jeûne, l’Église est restée attentive à ce qui arrive le plus communément. Or la viande est généralement un aliment plus agréable que le poisson, bien qu’il en soit autrement chez certaines personnes. C’est pourquoi l’Église a interdit à ceux qui jeûnent de manger de la viande plutôt que de manger du poisson. Les œufs et les laitages sont interdits à ceux qui jeûnent, comme provenant d’animaux à viande: la viande est donc interdite à plus forte raison. D’autre part, le jeûne de carême est le plus solennel, parce qu’on l’observe pour imiter le Christ et parce qu’il nous dispose à célébrer dévotement les mystères de notre rédemption. C’est pourquoi en tout jeûne il est interdit de manger de la viande; mais en outre, pour le jeûne de carême, il est universellement interdit de manger des œufs et des laitages. »[ix] Les indications de St Thomas d’Aquin feraient de nous des végétaliens. Dans une époque moyenâgeuse, où il était plus facile de manger du poisson que de la viande, nous comprenons la prescription. Aujourd’hui certains poissons sont plus chers que certaines viandes. Cela n’est pas une permission à manger de la viande, à cause de la démarche communautaire et universelle de l’Eglise. Cependant nous avons des indications pratiques fortes utiles.

 

            Un des aspects pratiques sur lequel on m’interroge est la boisson. Il faudra distinguer l’eau de toute autre boisson, pour rappeler la nécessité de se désaltérer avec tempérance. Je reste personnellement très réservé sur le fait de jeûner d’eau sur 24, 48 ou 72 h en s’abstenant totalement de toute absorption. Si la tradition monastique a rappelé l’ascèse nécessaire du corps et le détachement de la nourriture, il n’en va pas du tout de même pour la boisson.

 

 

Il y a d’abord une lecture rapide des livres de l’ancien testament. Lire le livre de Jonas de manière littérale, et donc faire un jeûne de nourriture et d’eau est distordre le sens du texte. Celui-ci rappelait la nécessité d’une conversion radicale qui touche tout le monde créé, hommes et bêtes. De même le jeûne d’Esther[x] qui sort de ce qui se faisait traditionnellement dans le judaïsme, se vit dès le lever du soleil jusqu’au soir (et non de la veille), et la privation de l’eau est sujet à contestation. Dans le livre de Daniel d’ailleurs il est bien dit qu’il jeunait de nourriture et de boisson et se nourrissait uniquement de pain et d’eau…A cela s’ajoute le point de vue de St Thomas d’Aquin qui garde le principe de prudence « Il y a deux sortes de jeûnes : – le jeûne naturel, qui est exigé pour la réception de l’eucharistie …et le jeûne d’Église, qui est le jeûne de  » celui qui jeûne « , et qui est rompu seulement par ce que l’Église avait l’intention d’interdire en instituant le jeûne. Or l’Église n’a pas voulu interdire l’usage de la boisson, qui est prise pour désaltérer le corps et pour aider à la digestion des aliments plutôt que pour se nourrir, encore qu’elle nourrisse aussi d’une certaine façon. – Mais si l’on use de boisson de façon immodérée, on peut pécher et perdre le mérite du jeûne; de même si l’on mange de façon immodérée dans un seul repas. »[xi]. Très concrètement, le jeûne va donc de la privation de nourriture jusqu’à la diminution de nourriture n’apaisant pas la sensation de faim, ce qui contribue à l’ascèse du corps. Nous jeûnons lorsque nous ne prenons qu’un repas frugal par jour. « « Ton jour de jeûne, tu ne prendras que du pain et de l’eau, puis tu calculeras le montant de la dépense que tu aurais faite ce jour-là pour la nourriture et tu le donneras à une veuve, à un orphelin ou à un indigent. Que par ton jeûne la faim du pauvre soit assouvie.»,[xii]

 

 

La question de se désaltérer n’apparait pas comme une composante du jeûne chrétien avec les réserves mises plus haut, ou bien à une pathologie liée à la potomanie[1]. Je ne peux qu’être très réservé sur le jeûne d’eau, voire ressentir une certaine hostilité à sa pratique dans notre foi. Dans la tradition chrétienne l’eau n’est pas considérée comme de la nourriture et n’est pas concernée par le jeûne. Il existe d’autres moyens d’ascèses beaucoup plus adaptés sans oublier le prophète des Ecritures « Allez apprendre ce que signifie : Je veux la miséricorde, non le sacrifice»[xiii]. Toutefois l’aspect pratique du jeûne demande un accompagnement spirituel. « . En soi, le jeûne ne signifie pas quelque chose d’attrayant, mais quelque chose de pénible. Ce qui le fait choisir, (pour) celui qui a besoin d’un tel remède. Et comme c’est l’ensemble des hommes qui, le plus souvent, a besoin d’un tel remède, parce qu' » à maintes reprises nous commettons des écarts, tous sans exception « , selon S. Jacques[xiv] et parce que  » la chair convoite contre l’esprit « , selon S. Paul[xv], il était bon que l’Église instituât des jeûnes à observer communément par tous. »[xvi] Le jeûne est une arme spirituelle que nous ne pouvons pas délaisser au nom d’un modernisme qui en oublie notre réalité de pécheurs sauvés par la grâce. Néanmoins nous garderons la prudence nécessaire, et le discernement, pour faire la volonté de Dieu et non nous avancer sur des voies qui en oublient la charité obligatoire à son corps. « Comme déjà chez les prophètes, l’appel de Jésus à la conversion et à la pénitence ne vise pas d’abord des œuvres extérieures,  » le sac et la cendre « , les jeûnes et les mortifications, mais la conversion du cœur, la pénitence intérieure. Sans elle, les œuvres de pénitence restent stériles et mensongères ; par contre, la conversion intérieure pousse à l’expression de cette attitude en des signes visibles, des gestes et des œuvres de pénitence »[xvii].

 

 

 

 

 

Les empêchements pour le jeûne

 

            Le jeûne est porte d’entrée pour le salut, et amène dans une juste appréciation de la manière de le pratiquer, une aventure spirituelle. Néanmoins il peut y avoir des causes pour lesquels on se dédouane du jeûne notamment lorsqu’il y a un intérêt supérieur.

 

«  Chez les enfants se trouve un motif tout à fait évident de ne pas jeûner, à cause de la faiblesse de leur nature qui fait qu’ils ont besoin d’une nourriture fréquente et qui ne soit pas prise trop abondamment à la fois, et aussi à cause du besoin qu’ils ont de beaucoup de nourriture, nécessaire à la croissance que procure le surplus des aliments. C’est pourquoi, aussi longtemps qu’ils se trouvent dans la période de la croissance, qui se poursuit chez la plupart jusqu’à la vingt et unième année révolue, ils ne sont pas tenus à observer les jeûnes d’Église. Il convient cependant que, même pendant cette période, ils s’exercent à jeûner plus ou moins à la mesure de leur âge. » [xviii] Nous noterons deux points importants, que pour Saint Thomas ils doivent avoir une nourriture qui respecte la croissance, mais peuvent aussi à leur échelle exercer un jeûne qui respecte le corps. Durant le carême on peut inviter les enfants à ne pas manger de bonbons ou de gâteaux sans que cela leur soit préjudiciable, ni dévaloriser un tel acte sur des prises de position de mauvais aloi.

 

Il faut distinguer aussi pour ceux qui exercent un travail manuel nécessitant une nourriture consistante. Nous ne parlons pas des travaux qui peuvent être exercés sans détriment sur le bien du corps ou de « la situation extérieure que requiert la conservation de la vie corporelle et spirituelle » mais des travaux demandant un effort physique et intellectuel pour effectuer la tâche.  « il ne semble pas en effet que l’intention de l’Église, en instituant des jeûnes, ait été d’empêcher d’autres œuvres bonnes et plus nécessaires. [xix]» La non observation du jeûne peut alors se faire sous contrôle de l’accompagnement spirituel. Saint Benoit dans sa règle monastique, et notamment concernant le vin commence par décourager la consommation, pour finir par la permettre au-delà de la dose prescrite pour le réfectoire, aux frères qui font des travaux pénibles. Il y a toujours une grande sagesse à discerner selon les circonstances, et ne pas s’imposer des choses que Dieu ne demande pas. Cela renvoie aussi, à la conscience personnelle éclairée par le discernement de l’Eglise.

 

L’autre exception se trouve dans le dénuement extrême. «  Les pauvres qui ont assez de ressources pour faire un seul repas suffisant ne sont pas dispensés des jeûnes d’Église en raison de leur pauvreté. En semblent excusés cependant ceux qui, en mendiant, reçoivent morceau par morceau et ne peuvent obtenir en une fois une réfection suffisante. » Chacun vivra ce temps suivant ses possibilités et ce qu’il est raisonnable de vivre.

 

            Nous sommes aussi attentifs aux malades qui pratiquent le jeûne d’une autre manière. Pour eux, du point de vue de la santé, nous devons être vigilants à ne pas alourdir le fardeau de la maladie. Il n’y a pas de jeûne des médicaments, mais l’obligation de prendre soin du corps dans sa responsabilité de serviteur fiable. Dans ce domaine, les problématiques liées à l’alimentation et notamment l’anorexie, exonère du jeûne, car il y a une guérison intérieure à vivre dans un combat quotidien sur l’estime de soi. C’est pourquoi toute personne avant de pratiquer un jeûne doit en discuter pour avoir un discernement éclairé sur ce qu’elle a à vivre dans les fruits de l’Esprit Saint. C’est ainsi que les personnes atteintes de troubles de l’alimentation et notamment de l’anorexie, auront à jeûner d’une autre manière qu’à travers l’alimentation. Par exemple (si c’est possible), s’éloigner de sa balance durablement ou s’appliquer à recevoir avec simplicité ce qui est dans l’assiette, et non dans un calcul immédiat des calories ajoutées. Il existe d’autres formes d’ascèse dans l’aide à la personne, le don de soi dans le service du prochain, ou toute autre action permettant d’acquérir une plus grande liberté sera à promouvoir, et le jeûne de nourriture proscrit (tant que le trouble demeure, et qu’il n’y a pas eu une longue période d’observation pour vérifier l’authenticité de la guérison).

 

            Je n’oublie pas les femmes enceintes qui selon leur état ne peuvent pas suivre le jeûne, rappelons que nous sommes dans une culture de vie, où la réception de l’enfant, don de Dieu est le premier devoir à respecter dans un environnement viable. A partir de trois mois, il est communément acté que le jeûne est à déconseiller, chacun faisant ce qui lui semble juste.

 

            Il importe de ne pas se tromper de combat, et parfois le combat de mon frère n’est pas mon combat, car j’ai d’autres choses à vivre. Ma pratique du jeûne se fait sur la conscience droite, éclairée par un discernement prudentiel et en lien avec l’Eglise. Ce qui est vrai pour un ordre religieux ou pour une situation particulière n’est pas toujours vrai pour une situation de témoin dans le monde. « Ce qui fait la principale valeur d’un ordre religieux, S. Antoine l’a remarqué, ce n’est pas la rigueur de son observance. Et il est écrit[xx]:  » Est-ce là le jeûne que je demande, se mortifier toute la journée?  » Cette rigueur de l’observance est un élément de la vie religieuse en tant que nécessaire à la macération de la chair. Mais, suivant la remarque de S. Antoine, la macération de la chair pratiquée sans discrétion risque d’aboutir à ruiner les forces corporelles. » Or nous avons besoin de témoins tenant leur place dans la société. L’abstinence de viande et de boisson (alcoolisée) pour Daniel[xxi] et ses compagnons ne les ont pas désavantagés physiquement, mais au contraire ils avaient l’air plus vigoureux et en meilleure forme que leurs camarades pour servir le roi. Le jeûne ne doit pas entamer notre disponibilité à notre devoir premier dans la famille ou notre travail.

 

Le sens du jeûne

 

            Après avoir donné quelques indications je rappelle le plus important dans cette démarche personnelle, c’est la liberté intérieure. Je rappelle cet adage monastique, ‘si tu jeûnes pour ta propre sanctification, c’est bien, mais si dans ton jeûne tu juges ton frère qui ne pratique pas la même ascèse, arrête ton jeûne, et vis d’abord la charité.’ Le jeûne a bien une disposition personnelle qui ne prête pas au jugement de l’autre. Seul l’accompagnateur spirituel peut donner un éclairage, mais toujours avec prudence et mansuétude. « Jeûne avec intelligence et exactitude. Veille à ce que l’ennemi ne s’immisce pas dans l’affaire de ton jeûne… Reçois donc avec sécurité la croix du Seigneur marquée dans les vertus, c’est-à-dire une foi droite avec des œuvres saintes. »[xxii]

            Le jeûne ne peut entrer dans un légalisme de forme, quand bien même ai-je donné des indications auparavant. Chacun dans son cœur doit méditer ce qu’il convient de faire, et le vivre dans la vérité de la foi, et non par ordre ou par devoir. Le jeûne, qu’il soit de pénitence ou qu’il soit de purification est toujours relié à un acte de charité pour nous conformer au Christ dans l’ascèse. Demandons-nous personnellement ce que nous avons à vivre. Il peut y avoir des propositions de jeûne communautaire, comme le Pape François, d’ailleurs, l’a demandé pour la Syrie, mais nous y obéissons par amour de la Parole, et communion avec Dieu qui se prolonge dans la bouche du frère. L’amour doit toujours être premier mais n’empêche pas la contrition de la chair pour nous libérer des servitudes. « La maitrise de soi est la richesse de l’âme. Acquérons-la avec une pensée humble en fuyant la vanité qui est la mère des maux »[xxiii]

 

            Il est important de ne pas donner au jeûne d’autres fonctions que les armes spirituelles pour combattre l’ennemi – le Père du mensonge – celui qui nous divise, le diable. Le carême n’est pas là pour nous faire perdre du poids, ou mieux nous sentir physiquement, ou d’autres justifications de ce style. Je jeûne à cause du Christ et d’une meilleure imprégnation des préceptes de l’Evangile dans ma vie. C’est pourquoi notre jeûne se justifie par notre foi et un approfondissement de la sagesse. A travers le jeûne je purifie ma vie pour connaitre une relation plus étroite avec Dieu et lutter contre ce qui m’attache à l’esprit du monde. « Selon S. Jean Chrysostome,  » pour que tu apprennes comme est grand le bienfait du jeûne, comment il est un bouclier contre le diable, et combien après le baptême il faut s’adonner non à l’intempérance mais au jeûne, lui-même a jeûné, non qu’il en eût besoin, mais pour nous former. »[xxiv] Dans cette recherche d’imitation du Christ, nous entrons dans la familiarité de sa rencontre et fortifions notre relation sur des bases solides. « Et pourtant il n’a pas été anormal qu’après avoir jeûné au désert, le Christ soit revenu à la vie ordinaire. Car cela convenait au genre de vie selon laquelle on transmet le fruit de sa contemplation, genre de vie qu’il a adopté pour vaquer d’abord à la contemplation et ensuite descendre à l’action publique en vivant avec les autres hommes. C’est ce qui fait dire à S. Bède:  » Le Christ a jeûné pour que tu ne te détournes pas du précepte. Il a mangé avec les pécheurs pour qu’en voyant sa miséricorde tu reconnaisses son pouvoir. »[xxv]

 

            Le sens du jeûne est de consolider sa vie intérieure, en libérant le temps du repas, pour un temps de prière plus long, une attention à la vie familiale, et à la relation sociale. Suivre les motions de l’Esprit Saint pour donner du temps à Dieu et au prochain dans un témoignage qui rayonne, qui réchauffe et qui éclaire.

 

            Il est vrai qu’il existe d’autres formes de jeûnes, tels que l’absence d’écran, ou une réduction drastique, évitez d’allumer les radios ou les appareils à musique quel qu’ils soient. Se dispenser d’aller au Cinéma ou au restaurant (notamment les vendredis et surtout la semaine sainte !!!). Prendre du temps pour rentrer plus tôt du travail et passer du temps en famille, être attentif aux besoins du collègue et du voisin. Dans la prière demander au Seigneur quels sont les chemins de rencontre que je peux vivre. «  La pénitence intérieure est une réorientation radicale de toute la vie, un retour, une conversion vers Dieu de tout notre cœur, une cessation du péché, une aversion du mal, avec une répugnance envers les mauvaises actions que nous avons commises. En même temps, elle comporte le désir et la résolution de changer de vie avec l’espérance de la miséricorde divine et la confiance en l’aide de sa grâce. Cette conversion du cœur est accompagnée d’une douleur et d’une tristesse salutaires que les Pères ont appelées affliction de l’esprit[xxvi], repentir du cœur[xxvii] »[xxviii]. Pour chacun, vivre en vérité ce temps comme une relecture de vie, où j’évangéliserai mon temps par la réduction du superficiel et du secondaire pour m’attacher au Christ et vivre mon devoir d’état. Peut-être que sur ce Carême nous pourrions habiter le silence, et laisser Dieu nous parler dans une disponibilité de tous les jours à l’attention de nos actes quotidiens. Arrêter notre course du temps pour goûter l’instant de Dieu qui est en même temps désert et oasis. Témoignons d’une réorientation de vie pour nous défaire des penchants mauvais. L’ascèse de se priver de chocolat, peut être un temps de conversion personnel et d’attention à l’œuvre de Dieu et peut être quantifiable dans le temps, celle de nous défaire d’une trop grande place de la télévision dans notre vie (par exemple), doit nous amener après Pâques à ne pas retomber dans les mêmes travers, mais vivre les choses différemment, elle doit donc se prolonger dans le temps avec une vigilance dans mon rapport aux écrans. Le jeûne m’ayant fait prendre conscience d’un certain attachement qui s’est perverti par habitude, dans le temps passé devant les écrans, et le peu de temps dans la prière.

            Rappelons-nous de l’effort de carême que nous vivons, n’allons pas au-dessus de nos forces pour ne pas nous décourager, ni en dessous dans une tiédeur de l’engagement. Avançons avec confiance dans la profondeur de la rencontre où nous sommes appelés à retrouver la relation bienveillante dans une confiance en Dieu et une persévérance dans la prière. « C’est moi qui aurais besoin d’être préparé par vous au combat, en étant imprégné de foi, d’encouragement, de persévérance, de patience. »[xxix] Car nous entrons dans une attitude d’humilité lorsque nous nous privons, en reconnaissant au Créateur la source de toute chose et en nous invitant devant Lui, en sa présence. Acte d’abandon à la volonté du Père en suivant le chemin du Fils et sous le souffle de l’Esprit. Il y a comme un dynamisme de communion à travers le détachement pour mieux s’ouvrir à l’universel. Un peu comme en mathématiques : qui veut réduire une équation doit passer les nombres premiers ; le jeûne nous permet l’équation de l’essentiel et nous fait délaisser tout le superflu. Vivre le jeûne, c’est à la suite de Jésus, ne pas s’afficher mais au contraire vivre cette aventure intérieure comme un renoncement à soi-même pour mieux porter sa croix.

 

Le Carême lieu du combat spirituel

            « Et ne nous laisse pas entrer en tentation », je préfère d’autres traductions qui disent ne nous abandonne pas dans la tentation[xxx], permettant d’éclairer de notre liberté, et en même temps de la miséricorde de Dieu lorsque nous en faisons mauvais usage. L’exercice de la liberté est cet espace où Dieu s’inscrit dans l’amour et demande la confiance de l’homme. Une relation fondée sur l’accueil de l’autre et du Tout Autre. Néanmoins pour que nous puissions exercer pleinement cette fidélité au Seigneur, il nous faut connaitre l’épreuve de la tentation, telle que la montre le livre de Job. « Le Seigneur dit à l’Adversaire : « Soit ! Tu as pouvoir sur tout ce qu’il possède, mais tu ne porteras pas la main sur lui. » Et l’Adversaire se retira. »[xxxi] Nous approchons alors du combat spirituel pour ne pas nous révolter contre le Père en nous faisant passer pour des dieux, mais bien dans la persévérance de nos propres actes de foi, confiants dans le dessein de Dieu et sûrs de son amour.

 

            Le combat spirituel vient d’une situation que nous avons choisie ou pas, et qui nous met en difficulté. L’une des épreuves que nous pouvons connaitre, est ce sentiment d’échec face à notre action, dans la recherche de travail, dans notre vie familiale ou dans le passage des examens. Comme un long parcours où nous ne voyons pas la fin, et le démon de la désespérance est là pour nous attirer à lui. L’abandon de Dieu est souvent dans cette tentation de la désespérance, et engendre peurs et angoisses. Lorsque nous cheminons, et le jeûne est là pour nous y aider, nous faisons la part des choses, et nous comprenons alors que notre attachement à Dieu va bien au-delà de notre avoir, mais bien dans l’être. Les biens matériels deviennent alors juste une bénédiction de Dieu qu’Il donne ou qu’Il retire et qui ne doit pas nous affliger, puisque nous gardons toujours la relation d’être avec Lui. L’épreuve de la tentation permet à Dieu de sonder la sincérité de notre amour, et à nous mêmes de hiérarchiser ce qui est important dans notre dimension spirituelle. Le plus important étant le don de l’amour.

 

L’autre forme d’épreuve que nous pouvons traverser est cette réalité de la souffrance, que nous pouvons connaitre par la mort d’un proche, la maladie, les cataclysmes et les guerres.

 

            Le tentateur enfante la mort, et promeut une culture de mort. C’est pourquoi la tentation est une invitation au péché, et le combat spirituel est justement d’entrer en résistance. «  Le péché est une faute contre la raison, la vérité, la conscience droite ; il est un manquement à l’amour véritable, envers Dieu et envers le prochain, à cause d’un attachement pervers à certains biens. Il blesse la nature de l’homme et porte atteinte à la solidarité humaine. … Le péché est une offense de Dieu …il se dresse contre l’amour de Dieu pour nous et en détourne nos cœurs. … le sacrifice du Christ devient secrètement la source de laquelle jaillira intarissablement le pardon de nos péchés. »[xxxii] Ainsi, Dieu ne peut pas nous inviter au péché, et le fait d’être tenté n’est pas le péché. C’est d’y répondre qui nous rend pécheurs, et la repentance qui nous permet d’être sauvés par la grâce. D’où l’importance pour résister au péché d’avoir les éclairages nécessaires, d’abord par sa propre conscience éclairée par la foi de l’Eglise. «  L’être humain doit toujours obéir au jugement certain de sa conscience. S’il agissait délibérément contre ce dernier, il se condamnerait lui-même. ….La conscience bonne et pure est éclairée par la foi véritable. Car la charité procède en même temps  » d’un cœur pur, d’une bonne conscience et d’une foi sans détours  » »[xxxiii] La tentation essaye d’obliquer notre conscience dans une forme de relativisme où la perte des valeurs permet d’agir autrement. « Plus la conscience droite l’emporte, plus les personnes et les groupes s’éloignent d’une décision aveugle et tendent à se conformer aux règles objectives de la moralité »[xxxiv]. Mais dans la tentation tout n’est pas question de conscience, il y a aussi le développement du désir qui entraîne la concupiscence et entrave la grâce qui est en nous lorsque nous y succombons. Le jeûne éclaire notre conscience par l’ascèse du corps et une radicalité intérieure qui remet en perspective ce qui fait notre quotidien, et délaisse le superflu. Il nous fait prendre conscience dans le temps de notre attachement à Dieu par nos pauvres moyens, et de sa bonté envers nous qui est toujours présente. Notre histoire personnelle devient alors un témoignage dans l’histoire de l’Eglise et contribue à sa sanctification dans tout ce que nous faisons qui répond à la grâce reçue.

            L’expérience du désert où l’homme est mis à l’épreuve, nous donne les forces nécessaires pour résister aux attaques du bien nommé Malin. Car à travers la tentation que nous traversons dans le jeûne, nous sommes soumis à la question de la fidélité à l’amour de Dieu qui nous est promis. Le jeûne est alors l’arme de l’espérance. Comme un jaillissement rigoureux des choix à poser. Nous sommes réduits à un petit reste de grâce que nous devons faire éclore par notre oui. Cette démarche d’humilité qui reconnait la volonté de Dieu dans ce que nous faisons et qui demande en même temps de garder confiance. L’humilité ouvre à la pondération et nous entraîne à discerner les petits riens comme des pas de Dieu dans notre vie, toujours en proposition, mais qui ne cesse pas de s’offrir.

 

            Le combat spirituel peut nous faire rencontrer l’absurde du mal et notre incompréhension face à lui. Cette absurdité que nous pouvons rencontrer dans la maladie. Pourquoi moi ? Qu’ai-je fait de mal ? Est-ce à cause de mon péché ou de celui de mes parents que je suis dans cet état ? Ou bien d’autres nous accusent de péché pour vivre une telle maladie. Le Christ répond fermement, toute maladie n’est pas conséquence du péché mais pour que la grâce de Dieu se manifeste pleinement. Il y a bien des maladies qui sont les conséquences de nos propres enfermements, mais parfois nous nous retrouvons devant l’absurdité du mal sans comprendre pourquoi. La tentation de murmurer contre Dieu, voire de le blasphémer est forte. Nous ne sommes plus dans un manque de confiance en la manifestation de Dieu, le stade du reproche dans l’épreuve est une défiance à l’être même de Dieu. Le blasphème est l’attribut de celui qui divise, et l’intercession celle des enfants de lumière.

 

            Parfois le combat spirituel vient d’un aveuglement de notre propre conscience. Qu’elle est grande la tentation de reprocher à Dieu nos propres errements ! Pourquoi pleurer la déliquescence économique dans mon pays, en participant activement à toutes les formes de combines, ou en y étant complice, a minima par mon silence à défaut d’en profiter un peu…le combat se fera contre le mensonge de notre vie personnelle et communautaire afin de vivre la vérité de l’amour dans la justesse de la Parole, et la paix dans toutes nos relations. L’amour à travers le jeûne vainc la tentation et choisit selon le souffle de l’Esprit Saint. Il nous faut nous défaire de nos certitudes pour nous attacher à la Parole de Dieu et continuer d’habiter la louange en tout temps et en tous lieux.

 

            Notons bien que dans le combat spirituel, comme dans notre histoire de grâce, c’est le même Esprit Saint. Jésus sous le souffle de l’Esprit du Jourdain est poussé au désert pendant 40 jours pour vivre le combat à travers les trois tentations. Jésus connait l’adversité tenté par le diable. (le diviseur, celui qui sème la pagaille). Le combat tient justement à nous opposer à Celui qui veut séparer l’homme de Dieu. Le Diable est dans le clivage, il veut nous enlever le meilleur de nous-mêmes, notre image de Dieu. Le combat est bien de garder la conscience droite ,or le Satan est là pour s’y opposer. Il est celui qui veut diviser, le tentateur, qui tente pour dévier. Le jeûne nous rappelle ce devoir d’espérance, et l’humilité de notre condition, d’être pleinement dans sa volonté, pour résister à toute attaque et nous garder dans l’obéissance des Ecritures.

 

     L’action du combat spirituel

           

Le combat spirituel est ce qu’il y a de plus ardu pour l’homme, car ce qui est extérieur à l’homme, comme la guerre, les violences, nous rend victimes alors que le combat spirituel nous rend acteurs. Il est cet appel à la liberté de l’image de Dieu, pour vraiment ressembler à l’amour du Père Créateur. Comme un écho de la grâce à vivre dans l’expression des choix à poser, afin d’œuvrer nous-mêmes dans cette création de Dieu en étant serviteurs fiables de la Parole. Le combat nous remet en route vers la sainteté, en nous débarrassant de la tiédeur vécue dans un quotidien qui en a amenuisé la présence de Dieu. « La graisse spirituelle, c’est l’épaisseur que le mal fait contracter à l’intelligence »[xxxv] Le jeûne est ce dégraissage qu’il nous faut vivre en confiance. « Avec le Christ, je partage tout, et l’Esprit et le corps, et les clous et la Résurrection… Il est ma force et mon souffle, et le prix merveilleux de la source….Je l’aime comme mon amour le plus pur, car, pour ceux qu’il aime, il est fidèle au-delà de ce que nous pouvons concevoir. En Lui ma joie, même s’il veut m’imposer quelques souffrances, car j’aspire à être purifié comme l’or dans le feu »[xxxvi]

 

 

            La fin du combat spirituel est alors cette union avec Dieu qui nous permet de connaitre l’amour. Cette connaissance nouvelle de Dieu qui est illumination de mon âme et en même temps chaleur de ma raison, comme l’enthousiasme d’une joie de croire, renouvelé à travers l’épreuve, et fortifié sur des fondements plus solides. Vivre la tentation n’est donc pas une condition de Dieu, mais une exigence de l’homme pour établir sa vraie liberté en choisissant toujours l’amour. « Celui qui passe de l’ascèse à la liberté intérieure obtient de contempler dans l’Esprit Saint, la vérité des êtres et des choses : c’est comme s’il passait de la chair du Christ à son âme »[xxxvii] . Le résultat du combat spirituel est ce désir de Dieu qui prend tout notre horizon pour ne rien faire qui puisse le contrister. Il s’agit de jouir d’un repos en Dieu où la communion prend sens dans tous les actes du quotidien. « Le Seigneur regarde moins la grandeur de nos œuvres que l’amour avec lequel nous les accomplissons. » [xxxviii]

Synthèse

            C’est dans l’amour que nous sommes invités à surmonter ce qui veut nous désagréger. Le jeûne entre alors dans une osmose entre l’âme et le corps pour reformer une unité où nous sommes invités à participer à l’œuvre de Dieu. Tout ce qui est de l’ordre des pensées qui nous attaquent, ou des désirs qui nous dévorent, est contré par la confiance en Dieu, la régularité de notre prière, la fécondité de notre charité, et l’attention à vivre le détachement pour rester en paix avec nous-mêmes et avec nos frères. « Ne rien faire passer avant l’amour du Christ. Ne pas mettre sa colère à exécution. Ne pas ruminer la vengeance. N’avoir pas de tromperie au cœur. Ne pas donner une paix fausse. Ne pas abandonner l’amour. »[xxxix]

 

            Les indications du jeûne qui sont proposées dans cette lettre ne peuvent en aucun cas servir de critère de jugement pour mon frère, mais bien comme un chemin de conversion pour moi-même. « Si vous jeûnez et ne veillez pas sur votre bouche pour qu’elle ne dise aucune parole de méchanceté ou de colère, aucun mensonge, aucun parjure, si vous dites du mal de votre prochain, même si cela vient de la bouche d’un jeûneur, le jeûne ne servira de rien et sera peine perdue. »[xl] D’autre part, l’importance du discernement doit orienter notre jeûne vers la sainteté, et non comme une pratique dénuée d’assise. Le rapport à l’accompagnateur spirituel est fondamental lorsque nous voulons vivre une vie de sanctification.

 

            Que ce temps de pénitence et d’ascèse soit aussi le temps d’une conversion où nous puissions faire grandir la communion entre nous et ainsi témoigner de l’amour. Pour donner envie d’être disciple du Christ, nous devons témoigner avec audace de cette joie d’être ensemble et de prier le Seigneur, attentifs aux besoins de tous et dans une recherche d’unité. L’Esprit Saint est là pour nous conduire dans la richesse des charismes à la prolixité de la grâce et en même temps à la recherche d’unité. Il y a bien profusion et en même temps unité à vivre l’Eglise.

 

            Que ce carême soit l’occasion pour nous d’approfondir les actes du synode diocésain pour être disciples missionnaires à travers le combat spirituel et la conversion nécessaire à la nouvelle relation. . « Avec Lui, prendre soin les uns des autres et partager à tous la joie de l’Evangile ».

Père Greg BELLUT

Curé de l’ensemble paroissial

 

 

 

[1] La potomanie, maladie d’ordre psychique, se définit par un besoin irrépressible de boire en permanence

[i] 13 le Carême comme chemin d’espérance – catéchèse du Mercredi 1er mars 2017 Pape François

[ii] Mt 6,1-18

[iii] ST II-II – St Thomas d’Aquin

[iv] Démon de l’acédie, connu sous le nom de démon de midi, est celui qui en même temps nous donne le gout de rien, cette fadeur de l’âme et en même temps recherche dans l’excès à pousser vers la rupture avec Dieu. Longuement combattu par les moines du désert, il est devenu une nomenclature en psychiatrie dans la perte de soi.

[v] ST II-II – St Thomas d’Aquin

[vi] ST II-II – St Thomas d’Aquin

[vii] Pape François, Lettre de carême

[viii] ST II-II – St Thomas d’Aquin

[ix] ST II-II – St Thomas d’Aquin

[x] Esther 4,16 « Va, rassemble tous les Juifs qui se trouvent à Suse. Jeûnez pour moi, ne mangez pas, ne buvez pas pendant trois jours, nuit et jour. Moi, je jeûnerai aussi avec mes servantes. C’est alors que j’irai chez le roi, en dépit de la loi, et s’il faut périr, je périrai. »

[xi] ST II-II – St Thomas d’Aquin

[xii] Le Pasteur d’Hermas (livre daté du IIème siècle et ayant une certaine autorité)

[xiii] Mt 9,13

[xiv] Jc 3,2

[xv] Ga 5,17

[xvi] ST II-II – St Thomas d’Aquin

[xvii] &1430 CEC – cf. Jl 2, 12-13 ; Is 1, 16-17 ; Mt 6, 1-6. 16-18

[xviii] ST II-II – St Thomas d’Aquin

[xix] ST II-II – St Thomas d’Aquin

[xx] Is 58,5

[xxi] Dn 1,12

[xxii] &102 Chapitre IV la maitrise de soi – p 257Les apophtegmes des pères

[xxiii] & 87 Chapitre IV la maitrise de soi – p 229Les apophtegmes des pères

[xxiv] ST II-II – St Thomas d’Aquin

[xxv] ST II-II – St Thomas d’Aquin

[xxvi] animi cruciatu

[xxvii] compunctio cordis

[xxviii] &1431 CEC – cf. Cc. Trente : DS 1677-1678 ; 1705 ; Catech. R. 2, 5, 4

[xxix] St Ignace aux Ephésiens

[xxx] Pape François – méditation sur le Notre Père

[xxxi] Jb 1,12

[xxxii] &1849 – 1851 CEC

[xxxiii] &1790 et 1794 CEC

[xxxiv] GS 16

[xxxv] Evagre le pontique, Centuries IV, 36

[xxxvi] Grégoire de Nazianze, Poèmes théologiques.

[xxxvii] Maxime le confesseur, Ambigua

[xxxviii] 7ème demeure, chapitre 4, Ste Thérèse d’Avila

[xxxix] Règle IV, St Benoit

[xl] &7, De la virginité, Athanase d’Alexandrie