2020. Lettre de Pâques 1/2

« Eternel est son amour ! »

La joie de la résurrection est l’accomplissement de la grande espérance du salut. Jésus Sauveur vient à notre rencontre, et le rédempteur par le sang de la croix nous libère des chaînes du péché pour entrer avec Lui dans la communion avec Dieu. Nous sommes appelés à ne pas rester à l’extérieur de notre foi par une expression rigide de la loi, mais à vivre la relation d’amour dans le dialogue constant avec notre Seigneur, à nos côtés jusqu’à la fin des temps, qui nous invite à tout instant à nous ajuster à sa volonté. « Une religion trop cérébrale, dans laquelle le lien avec Dieu est purement moral, ne remplit pas toute la vie, elle ne donne pas le sens de la fête, alors on va chercher ailleurs des substituts et c’est la festivité païenne qui s’installe »[i] La gestion du temps demande que nous soyons vigilants à ne pas faire un catalogue de permis et défendu, mais que nous sachions comment construire un esprit de communion. Vivre nos célébrations, surtout en ces périodes de confinement et d’absence, est pour nous l’occasion d’aller en profondeur et de fuir les substituts pourtant si séduisants « parce qu’il faut bien qu’on s’amuse aussi et qu’on se détende »… Le discernement de ce que nous avons à vivre demande toujours d’être relié à l’amour et nous le reconnaissons en Jésus notre Rédempteur. Il doit être au centre de notre vie et la logique de toutes nos actions, parce que Lui le premier nous a aimés dès notre conception. Et il nous l’a démontré en poursuivant son alliance par le Verbe qui s’est fait chair. « Par l’Incarnation, Dieu a donné à la vie humaine la dimension qu’il voulait donner à l’homme dès son premier instant, et il l’a donnée d’une manière définitive, de la façon dont Lui seul est capable, selon son amour éternel et sa miséricorde, avec toute la liberté divine; »[ii] Notre liberté dans la foi est bien de poursuivre l’amour comme recherche du meilleur bien et répondre ainsi à notre vocation de fils de Dieu

Le regard

Et si la résurrection était un autre regard sur l’alliance de Dieu avec les hommes, un regard de complémentarité, prenant en compte nos limites et demandant notre liberté pour accueillir la joie de la relation avec Dieu, en quelque sorte retrouver la familiarité du jardin d’Eden, dans la simplicité du cœur ? Ce que nous apprend la deuxième béatitude, « Bienheureux les doux, ils auront la terre en partage », c’est la joie de l’humilité. La douceur de l’amour dans la vérité est l’autre nom de l’humilité, qui ne se possède pas soi-même, mais rappelle la Parole de Dieu pour qu’elle puisse être entendue par les cœurs qui cherchent Dieu sans en déformer l’appel à faire la lumière dans sa vie. La Pâques du Seigneur est cette rencontre unique et en même temps communautaire d’un Dieu qui a franchi la mort pour faire de nous des témoins, comme Marie Madeleine courant du tombeau pour annoncer la bonne nouvelle, comme les disciples d’Emmaüs, qui refont deux heures de marche en sens inverse pour proclamer cette joie du Christ ressuscité.

1. « Ils ont des yeux et ne voient pas »[iii]

Le premier regard a été un regard d’amour de Dieu sur l’homme, et sa compréhension de sa solitude originelle. Un regard bienveillant dans la familiarité de la relation, posant les bases d’une alliance pleine de confiance et de croissance. Un regard de bénédiction qui intègre toute la personne dans son corps et dans son âme, lui permettant de manger tous les fruits du jardin, sauf celui de l’arbre de la connaissance du bien et du mal afin de ne pas briser cette unification de la personne. Car si la connaissance est un moyen d’émancipation et d’autonomie créatrice, elle peut être aussi l’arme du soupçon et de la défiance. Or cela demande une maturité dans le discernement afin d’avoir la sagesse de contempler l’œuvre de Dieu et de séparer ce qui vient de Lui de ce qui Lui est étranger. C’est poser un regard de légèreté sur le monde et tomber dans l’angoisse.

1.1. « J’ai eu peur parce que je suis nu et je me suis caché »[iv]

La première conséquence du péché est de se cacher de Dieu, de refuser d’être regardé par Lui. Pourtant il vient à la brise du jour, comme une présence qui s’annonce et en même temps apaise et rafraîchit. Cette brise du jour qui est une brise d’aval et monte vers les sommets comme une rencontre avec le Seigneur, alors que la brise de nuit est d’amont et descend dans les profondeurs. Un vent doux qui élève vers le Créateur et en même temps emmène au large, soufflant vers la terre ferme de la fidélité du Seigneur. Un vent qui porte notre regard vers Celui qui nous a créés et se promène dans le jardin de notre vie pour dialoguer avec nous. Une brise légère qui, loin du feu et du bruit[v], nous apprend le passage et nous invite à Pâques à découvrir notre visage pour nous retourner avec notre corps et faire face au mystère, pour nous retourner avec notre âme pour le reconnaître vraiment. Comme un souffle au milieu de nos abîmes, un vent de Dieu qui tournoie pour séparer les ténèbres de la lumière et nous révéler le Salut par la présence de l’autre Consolateur, l’Esprit Saint. Un vent de Dieu qui remet de l’ordre dans le tohubohu de notre humanité, et rappelle que l’amour est par nature fécond, car don et communion. La résurrection du Christ nous remet en lumière cet amour de Dieu pour chacun d’entre nous, comme lieu de dialogue et de concertation pour l’annoncer aux carrefours du monde, comme témoin de la Bonne Nouvelle. Car nul ne peut maîtriser ce souffle divin qui fait de nous ses messagers, et nul ne peut en réduire le message tant le dynamisme de l’amour pousse à l’inventivité pour faire reconnaître la source de toute vie.

La brise est souffle au-dessus des eaux, elle est un premier regard car elle parle de la fécondité et amène à voir la beauté de la création à travers l’action de Dieu. Avant même la lumière et. les ténèbres, Dieu est présence. Cette brise se prolonge par un chant d’amour où la bien aimée appelle « Avant que souffle la brise du jour et que s’enfuient les ombres reviens ! Sois semblable mon bien aimé à une gazelle, à un jeune faon sur les montagnes de Bétèr »[vi]. Une brise du désir, elle descend vers l’autre personne pour une complémentarité des corps prolongement de la communion des âmes. Et le bien aimé répond aux parfums de l’amour et à la reconnaissance du don« Avant que souffle la brise du jour et que s’enfuient les ombres, j’irai à la montagne de la myrrhe, à la colline de l’encens : Tu es toute belle ma bien aimée »[vii] La brise révèle le désir du corps pour l’union des âmes. Une complémentarité dans un même regard d’amour remettant Dieu à la première place. Un même regard qui pousse à l’harmonie avant de chercher les failles et d’être dans le jugement. Le « tu » tue lorsqu’il rend notre fraternité extérieure. Cette injonction dans le couple lorsqu’on parle des problèmes d’un enfant ;Ton fils que voilà (et qui n’est par conséquent plus le mien). C’est l’acte de défiance envers Dieu qui ouvre les yeux sur nos propres limites et dévoile nos fragilités, cette nudité d’un corps encombré de lui-même parce qu’il a oublié d’en trouver le sens tourné vers Dieu. D’où la nécessité le jour de la résurrection de nous retourner plusieurs fois afin d’ajuster le corps et l’âme dans la même direction de la joie du Sauveur, vers la même lumière et non pas dans la nostalgie des tombeaux. Même dans le feu de la fournaise, l’ange du Seigneur souffle comme une fraîcheur de brise et de rosée pour délivrer de toute douleur et de toute angoisse[viii]. La brise est cette présence de Dieu et en même temps une réponse au désir de l’homme dans l’union et la communion.

Néanmoins manger du fruit du jardin ouvre les yeux sur nos fragilités et amène à l’angoisse de ne pouvoir y faire face. Comme un mal profond produit par la défiance et l’arrogance de l’orgueil « Vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux »[ix] Le regard devient le jugement et entretient la jalousie d’une part et l’envie d’autre part. Hélas, elle révèle aussi la disproportion d’amour que Dieu nous avait cachée par humilité mais aussi par sagesse afin que nous nous affermissions dans la relation avant de connaître une certaine autonomie. Certaines dépressions viennent de ces dépréciations de soi par rapport aux autres, d’un désajustement de la relation avec la voie sans issue de nos limites. Et un enfoncement dans le cercle vertigineux de l’autoréférence. Nous sommes tous enclin à cet auto-référencement lorsque nous courrons de tâche en tâche sans en comprendre le sens, comme ces femmes venant au tombeau, forcément pour embaumer le corps, parce qu’il ne peut pas en être autrement. Et la puissance de Dieu se déploie afin de manifester que l’amour est plus fort que la mort et qu’il y a bien quelque chose d’autre que les sens pour vivre dans ce monde. Les réalités surnaturelles sont présentes lorsque nous savons les recevoir et ainsi réaliser l’intelligibilité de notre être, dans une recherche d’ajuster notre volonté au Seigneur, de voir avec l’intelligence de la foi et de faire mémoire en témoin de ce que nous avons vu et entendu.

Hélas nous pouvons nous laisser bercer par l’illusion et croire « que l’arbre est bon à manger et séduisant à voir »[x], rempli des promesses et des vains espoirs que le tentateur nous a fait miroiter. Le regard est alors enfermement dans une culture de mort faite de superficialité, d’une pensée fixée sur des points particuliers et incapable de voir l’ensemble. Bref, une forme d’idéologie qui pense expliquer la vie en oubliant son Créateur. Le regard est alors destructeur parce qu’il pousse à des actes qui nous brisent et nous laissent seul, fragmenté, vulnérable et, en fin de compte, réduit en poussière. La résurrection nous révèle une autre réalité, celle de l’homme sauvé par pure grâce et appelé à témoigner de l’amour de Dieu autour de lui, dans un regard d’action de grâce et d’éternelle confiance, où tout est possible lorsque Dieu est présent et qu’il me conduit dans la brise du jour à m’élever vers Lui. Le regard peut amener à l’éveil des consciences dans une recherche de contemplation, comme il peut abaisser à la fragmentation de la vérité par la fragmentation de ce qu’il nous est montré à voir.

Mais ne regarder qu’une partie de soi empêche de s’émerveiller de l’ensemble. « Leurs yeux s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus »[xi] La recherche de la connaissance pour vouloir comprendre et maîtriser, c’est-à-dire posséder et devenir ainsi le seul référencement par rapport à cette connaissance. Nous avons pu l’observer parfois dans l’informatique à travers la rétention d’informations afin de devenir le point de passage obligé à tout changement. S’agit-il d’une connaissance qui nécessite d’acquérir l’intelligence, en dehors de toute norme, pour se faire sa propre opinion, comme l’insolence d’une science qui voudrait tout expliquer, d’une logique conceptuelle oubliant que c’est Dieu qui est à l’origine de toute chose ? Sous couvert de maturité la connaissance apparaît-elle donc comme une maturité à conquérir par la force de ses poignets et se faire sa propre philosophie de la sagesse, au lieu de la recevoir de Dieu comme contemplation de la vérité ? Mais la course à la connaissance n’est-elle pas aussi la recherche de succès, réussir là où d’autres ont échoué comme l’homme sur le bois de la croix que tous ont vu, c’est un fait, une réalité, et s’arrêter au vendredi Saint sans voir les lueurs de Pâques. Tentation de ceux qui se pensent si pécheurs qu’ils sont incapables de recevoir la grâce de Dieu, qui est pourtant proposée à tous ceux qui se convertissent. Et pour le premier homme et Eve qu’elle est donc cette connaissance qui révèle notre propre fragilité et pose un regard désaxé sur notre corps ?

Il y a une vaine recherche de normalité en allant voir ailleurs pour mieux s’informer, alors qu’en même temps nous ne satisfaisons jamais pleinement notre soif. La découverte conquérante se révèle la fragilité mal-aimante. Un des artifices du désaxement du regard passe par la pornographie et tout le travail du corps, relié à une société malade d’expressions en tous sens et sans réflexion sur la liberté aliénée qui s’y construit. « La pornographie a remplacé l’orgie primitive. Car qu’on le veuille ou non, nous savons désormais que Dieu est parole, distance, silence, chemin et vie. Et non pas effusion, grognements, sacrifice collectif. La pornographie est, en ce sens, une sorte de symbole pur ; elle est ce qui reste de la fusion quand on a cessé de vivre le groupe et le dieu sous la forme de la fusion »[xii] Les yeux qui s’ouvrent à d’autres réalités demandent alors une protection de la pudeur pour ne pas entrer dans le vice. Comme un respect posé sur le corps et sur l’âme de cette intimité avec Dieu et avec nous-mêmes, qui demande la réserve nécessaire au respect du sacré. Le regard devant être un prolongement de notre méditation, de la contemplation de Dieu dans notre vie et non une fuite dans la lâcheté et le refus de prendre ses responsabilités. « Il parle le silence qui contemple la majesté du fleuve, qui observe le ciel étoilé d’une sombre nuit d’août, qui danse autour du feu de bois en pleine forêt… il parle de méditation.-. Il parle le silence qui écoute sans dénoncer une accusation injuste, qui observe sans intervenir une agression, qui baisse la tête devant la mobilisation… il parle de lâcheté. »[xiii] A la question ouverte de Dieu qui cherche à mettre la lumière de la vérité dans la relation, et essayer d’aider l’homme dans sa responsabilité, vient la succession d’accusations, l’homme sur la femme, la femme sur le serpent. C’est pas moi c’est l’autre, un regard déviant parce qu’il n’accueille plus l’autre dans sa dignité fraternelle mais comme un adversaire. Un regard fragmenté, qui dévie la lumière pour donner à l’autre une lumière biaisée d’une vérité première. Le mystère de la résurrection est d’abord de vivre le témoignage de l’amour et du salut, avant d’être dans l’accusation et la réprobation. Le Christ ressuscité se dévoile aux pélerins d’Emmaüs comme méditation des Ecritures et partage de l’action de grâce. A aucun moment il n’a été condamnation de l’homme à la mort infamante de la croix. La résurrection est révélation du pardon par l’amour. « Que nous soyons n’importe où, Dieu y est aussi. L’espace pour le rejoindre, c’est la place de notre amour »[xiv] Il nous faut méditer sans cesse sur la place de notre amour pour Dieu et le juste regard face à ce que nous avons à vivre afin de nous laisser conduire dans la joie sur le chemin de vie, accompagné de la brise légère qui nous mène au ciel.

1.2. Tu n’auras pas d’autres dieux que Dieu

Si Dieu voit tout et nous conduit vers la source de l’amour, les idoles au contraire ne voient pas et nous aveuglent sur notre histoire, elles ne nous détournent pas seulement de Dieu, mais encore elles nous fracturent en nous-même, créant une angoissante désespérance, dans la perte de sens et le goût du néant. Car cette course vers ces dieux qui ne cessent pas nous égarent et fait perdre le vrai bonheur de la communion avec Dieu et avec nous-même. Les conséquences sont donc le fruit de nos actions mauvaises. En cela nous pouvons dire que nous avons collectivement part à la responsabilité de la pandémie. Dans cette mondialisation aveugle, et cette course à l’argent, dans un cercle de pouvoir toujours plus ogre à mesure que se resserre l’étau de l’aveuglement et du non-sens. Et cela touche tous les domaines, nous le savons bien. L’idolâtrie enferme notre relation. Elle détruit la relation fraternelle, elle enraye la recherche du bien commun pour la folie d’une perversion que l’on voudrait pure et qui s’avère d’un orgueil destructeur.

Ne croyons pas que l’idolâtrie est d’un autre siècle ou d’une autre culture. « Dans la mesure où la foi est liée à la conversion, elle est l’opposé de l’idolâtrie ; elle est une rupture avec les idoles pour revenir au Dieu vivant, au moyen d’une rencontre personnelle. Croire signifie s’en remettre à un amour miséricordieux qui accueille toujours et pardonne, soutient et oriente l’existence, et qui se montre puissant dans sa capacité de redresser les déformations de notre histoire. » L’idolâtrie est alors perçue comme une déformation de notre relation et une distorsion de notre histoire. Une communion avec Dieu qui s’est perdue à l’ère du soupçon et de la défiance. L’idolâtrie est juste un autre nom de ce que nous faisons en nous détournant de Dieu. D’ailleurs, reconnaître les idoles dans sa vie, c’est en général discerner par ce qui nous mange du temps et nous empêche d’être en relation avec soi-même dans un recentrement en profondeur dans son désir, d’être en relation avec Dieu pour retrouver le temps de la prière autre nom de la respiration de l’âme et du souffle du corps, et d’être en relation avec nos frères au service de la charité Une relation où nous remplissons notre vocation première d’être. « Il y a une certaine ressemblance entre l’union des personnes divines et celle des fils de Dieu dans la vérité et dans l’amour. Cette ressemblance montre bien que l’homme, seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même, ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même. »[xv] La gratuité de la relation ouvre à notre vocation première d’entrer en relation avec Dieu dans la familiarité de la rencontre, et en communion avec nos frères, en artisan de paix. La joie se trouve dans cette simplicité de la relation où Dieu est toujours présent.Voir Dieu est alors naturel à l’homme.

La démarche de conversion demande ainsi de relier tout ce que nous faisons dans notre vie dans une saine harmonie et la tradition. « Le passé de la foi, cet acte d’amour de Jésus qui a donné au monde une vie nouvelle, nous parvient par la mémoire d’autres, des témoins, et il est de la sorte conservé vivant dans ce sujet unique de mémoire qu’est l’Église. »[xvi]. Or, à chaque fois que nous fragmentons notre vie, lorsque nous rendons Dieu étranger à ce que nous faisons, souvent nous entrons dans une relation idolâtrique faite de domination, de mensonge et de fatuité. Lorsque nous ignorons la tradition de nos pères pour nous affranchir avec insolence de notre histoire, c’est pure folie. Il n’est pas bon que l’homme soit seul nous rappelle que Dieu nous a créés pour la relation, avec Lui et avec nos frères, dans un rapport de fécondité spirituelle et de responsabilité humaine quant à la croissance de ce qui nous est donné de partager.

Il en va ainsi de la prière que l’on oublie parce qu’on a trop regardé la télévision et tout ce qui touche à l’écran, ou que nous avons perdu notre temps dans les jeux et les mondanités du spectacle ou du monde qui passe. Il ne s’agit pas tant de chercher à prier qu’à vivre la prière comme dialogue de communion. « La prière, qui se fait dans l’esprit, dépasse sans mesure toutes les prières extérieures… Et si la prière intérieure, la vraie prière, se fait, tout ce qui l’a préparée n’est pas perdu, mais a pleinement atteint son but »[xvii] Or la fuite vers l’occupationnel est aujourd’hui une véritable tentation. Il en va ainsi de la relation de famille ou nous restons au travail plus que mesure, ou avec des amis, oubliant parfois le sacrement du mariage et le devoir d’état d’éduquer ses enfants. Pareillement sur le plan spirituel, croyant certes à Jésus, sachant qu’Il nous a sauvé, mais pensant à la puissance du mal et à une réalité ou l’humble foi ne pourrait pas agir (dans une recherche hystérique de spectacle symbolisée par le général Naaman et le prophète Eli[xviii]). Hélas, les ersatz spirituels ne sont jamais bons, et les séductions et artifices employés souvent dévastateurs pour la dignité de la personne, que ce soit à travers la sorcellerie, les malédictions et autres rebouteux de tout poil, car ils empêchent la relation apaisée de confiance et de repos en Dieu. Cette défiance vis-à-vis de la victoire finale du Christ est un blasphème Il n’y a pas d’autre dieu que Dieu et certainement pas un dieu du mal pour faire bonne figure à nos tentations. Le diable n’est qu’une créature parmi d’autres, qui a choisi le néant de l’amour, devenu son propre enfermement. Jésus vient me sauver et il m’envoie vers mes frères pour annoncer qu’Il vient tous nous sauver. Nul n’est exclu de la miséricorde du Seigneur, et tous sont invités à Le suivre jusqu’au bout. Dans l’attente de son retour glorieux à la fin des temps.

2. J’ai vu le Seigneur

Cette annonce de la résurrection est d’abord un changement de vision. Les femmes arrivent au tombeau aveuglées par leur propre certitude que tout est fini, mais avec la ferveur du service de la charité pour préparer le corps au repos éternel. Le Christ les appelle à un double retournement, celui du corps pour orienter sa vie autrement, celui de l’âme pour accueillir le Christ pleinement. Un autre regard qui nous pousse à la joie d’une unification retrouvée. Les deux disciples marchent sur Emmaüs, enfermés dans leurs propres déceptions, leur tristesse, et doivent attendre le Christ pour se recentrer dans l’Ecriture et la fraction du pain. Un recentrement humain par la Parole et l’Eucharistie qui nous rappelle fondamentalement ce à quoi nous sommes appelés. « L’écologie humaine implique aussi quelque chose de très profond : la relation de la vie de l’être humain avec la loi morale inscrite dans sa propre nature, relation nécessaire pour pouvoir créer un environnement plus digne. …L’acceptation de son propre corps comme don de Dieu est nécessaire pour accueillir et pour accepter le monde tout entier comme don du Père et maison commune ; tandis qu’une logique de domination sur son propre corps devient une logique, parfois subtile, de domination sur la création. …. La valorisation de son propre corps dans sa féminité ou dans sa masculinité est aussi nécessaire pour pouvoir se reconnaître soi-même dans la rencontre avec celui qui est différent. »[xix] Cette unité de notre être entre ce que nous sommes et ce que nous faisons, rappelant la dignité de toute la personne par nature et par acte. Par nature nous sommes image de Dieu, et donc avons un caractère éminemment sacré dès la conception jusqu’à l’heure de notre mort. Et ce caractère sacré continue dans le culte pour les morts, et les enterrements rappellent ce caractère sacré de la personne dans sa composante première d’image créée pour la ressemblance avec Dieu. Mais nous participons à cette dignité de la personne humaine par nos actes et il y a des actes indignes et des actes dignes. Il y a des actes où nous annonçons la Bonne Nouvelle du Christ et nous sommes témoins de l’Evangile par ce que nous vivons, et d’autres fois où nous agissons de manière indigne en oubliant le service de la charité, en ne lisant pas la Parole de Dieu et en oubliant le service de la communauté dans la prière.

Or la résurrection du Christ nous invite à entrer dans cet ajustement de notre vie à travers l’amour de la Parole de Dieu et l’annonce à nos frères de la grande espérance du salut, et cet appel à la communion avec tous les hommes. Car l’annonce est d’abord un amour à répandre partout et un témoignage pressant pour vivre l’unité fraternelle afin de vivre l’alliance de Dieu pleinement. La demande du baptême pour les adultes se vit à travers un cheminement dans la foi et une relation vivante avec le Christ. Il est Dieu et il est mon Dieu. Une expérience unique de l’amour et l’assurance de la grande espérance du salut.La foi se vérifie dans l’amour rencontré en Dieu et vécu à travers les frères, et nous ouvre la porte de la vie éternelle, telle est notre espérance. La résurrection du Christ, fait unique dans l’histoire, nous manifeste que cela n’est pas un beau discours mais une réalité par lequel le nouvel Adam ouvre les portes du Royaume. La résurrection est la réalité de la vie pour chacun d’entre nous lorsque nous marchons sur le chemin des Ecritures et nous les écoutons, vivons la réalité de la vérité dans tous les aspects de notre quotidien, et que nous honorons la source de la vie comme lieu de fécondité et de bénédiction. « Le fait d’être en communion avec Jésus Christ nous implique dans son être « pour tous », il en fait notre façon d’être. Il nous engage pour les autres, mais c’est seulement dans la communion avec Lui qu’il nous devient possible d’être vraiment pour les autres, pour l’ensemble. »[xx] La résurrection fait de nous des témoins d’une communion avec Dieu, possible grâce à Jésus notre Sauveur. Il est un fait historique, mais avant tout un fait spirituel, une histoire d’alliance, qui continue aujourd’hui de nous guider sur un chemin de vie et entretient en nous d’avoir ce désir de Dieu.

Néanmoins, la gestion du temps est une vraie question dans notre société aujourd’hui. Il n’est pas possible de vivre en famille de façon chrétienne sans partager un repas en commun par jour. Les enfants ne doivent pas manger de façon désordonnée, laissant les parents manger seuls et eux-mêmes mangeant parfois en ordre dispersé. Il n’est pas envisageable de faire le vide dans la discussion en laissant la télévision ou la radio ouverte, ou se permettant d’avoir un rapport au portable lors du repas. Tout cela créé du lien avec la culture de mort, sous prétexte de modernité et de confort technique, et touche notre environnement familial et social de manière très concrète. La crise du Covid de Wuhan nous permet ainsi de nous recentrer en vérité sur nous-même et sur nos frères et de revoir notre hiérarchie des valeurs en restaurant un relationnel parfois un peu oublié, et demandant aussi parallèlement une maîtrise de soi pour accepter nos propres limites et celles des autres, et continuer de grandir dans la dignité humaine à travers les actes que nous posons.

3. « Car, les yeux dans les yeux, ils voient le Seigneur »[xxi]

C’est le premier cri des amoureux, « Il guette par la fenêtre, il épie par le treillis »[xxii] comme une attente de l’amour pour réaliser la rencontre, une attention à l’autre en regardant avec ferveur et en même temps de façon cachée. Ce regard qui est d’abord attention à l’autre. « Avez-vous vu celui que mon cœur aime »[xxiii] comme une recherche active d’un regard qui se veut communion. La foi demande ce double regard du guetteur attentif aux signes de l’Esprit et de ce désir de Dieu qui nous met en recherche pour contempler Dieu dans sa manifestation aujourd’hui.

Le désir de voir Dieu n’est pas sans rapport avec cette familiarité de l’homme au jardin d’Eden. La conscience du manque et l’appel à retrouver ce qui a été perdu font partie intégrante de notre relation humaine. Et la résurrection du Christ nous rappelle que ce n’est pas vain, Dieu s’offre à nous à chaque Eucharistie, Il nous invite à la communion par la réception de son corps et de son sang, et il nous envoie témoigner de ce don de l’amour par l’action de l’Esprit Saint. L’expérience de la Parole de Dieu dans notre vie et sa méditation à travers notre quotidien nous ouvrent les yeux à sa présence effective et nous engagent à l’annoncer à nos frères. Oui, Il est bien vivant. « La foi naît de la rencontre avec le Dieu vivant, qui nous appelle et nous révèle son amour, un amour qui nous précède et sur lequel nous pouvons nous appuyer pour être solides et construire notre vie. »[xxiv] Ce n’est pas une idée mais une personne que nous aimons, pas la course vers un bonheur promis, mais un bonheur à vivre dans la familiarité avec Dieu. Une expérience unique de rencontre où Dieu se montre à travers nos pas sur la terre du buisson ardent et se révèle la chaleur de l’amour et le rayonnement du salut promis. Alors nous voulons « admirer le Seigneur dans sa beauté »[xxv] et continuer de voir la lumière à travers les Ecritures et leur réalisation dans nos actes jour après jour et ainsi réaliser par anticipation le royaume de Dieu, c’est-à-dire entrer dans la civilisation de l’amour. « J’en suis sûr je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants »[xxvi]. Voir Dieu nous rend missionnaire, parce que nous ne pouvons pas garder cela pour nous, parce qu’Il nous envoie l’annoncer, parce que l’amour grandit lorsqu’il se partage ; il s’enrichit au fur et à mesure qu’il se donne.

Face à la manifestation de Dieu, soit je peux faire un détour, retirer mes sandales et m’approcher du lieu saint, c’est-à-dire me préparer à la rencontre, soit je peux passer, nier l’événement et mentir de façon éhontée en refusant l’œuvre de l’Esprit Saint dans la proposition de la rencontre. La résurrection nous ouvre à accueillir l’autre réalité. « c’est la nouvelle lumière qui naît de la rencontre avec le Dieu vivant, une lumière qui touche la personne au plus profond, au cœur, impliquant son esprit, sa volonté et son affectivité, et l’ouvrant à des relations vivantes de communion avec Dieu et avec les autres. »[xxvii] Ecouter la Parole de Dieu nous conduit à nous émerveiller de la Création que Dieu nous donne de contempler. Un nouveau regard sur ce qui nous entoure et l’action de grâce toujours présente pour les effets de sa bonté. Oui, la nature nous révèle la gratuité de l’amour comme lieu de passage vers l’éternité de délice du salut. Le témoignage de notre foi et l’annonce explicite de ce qui nous enracine dans la relation transforment les cœurs les plus endurcis lorsque l’amour est notre vie. « Nous avons cru à l’amour de Dieu : c’est ainsi que le chrétien peut exprimer le choix fondamental de sa vie. À l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive. »[xxviii] A l’origine de tout témoignage, il y a cette rencontre unique, ce buisson ardent que nous avons vu, pour lequel nous avons fait un détour, et dans lequel nous avons entendu Dieu nous parler, et se révéler comme communion d’amour. La joie de la résurrection nous oblige à ne pas rechercher dans les tombeaux de nos propres désirs ce que Dieu veut nous donner, mais de l’accueillir là où Il nous attend, et marcher avec Lui sur le chemin de vérité en faisant la lumière sur notre vie. Non dans l’orgueilleuse prétention de tout changer immédiatement mais, pas après pas, s’ajuster à la volonté du Père, méditer la Parole, faire le deuil de ce que nous avons à perdre et accueillir dans la joie du maître, le bonheur de la communion. Jésus-Christ, par sa vie et par sa mort, nous laisse voir l’amour de Dieu et, par sa résurrection, la porte du salut pour chacun d’entre nous.

 La mort est définitivement vaincue. Avec Jésus dans notre vie le jour de Dieu est notre quotidien. Certes la foi demande de se passer de signe, mais le Seigneur dans sa bonté pour chacun d’entre nous fait miséricorde en nous donnant les signes nécessaires à l’affermissement de notre fidélité à sa Parole. Voir Dieu et le contempler, n’est pas simplement de l’ordre de la rencontre, mais la relation aboutit à la connaissance de Celui qui s’est révélé à nous le premier. C’est le témoignage que nous devons vivre dans ce désir intense d’être tout en Dieu, comme le révèle le portrait de cette béguine « Tout ce que l’on peut dire, c’est que sa bouche débordait en paroles de douceur, ses yeux versaient sans cesse des douces larmes d’amour, et soit dans ses paroles, soit dans ses actes, elle procédait en tout comme s’il n’y eût qu’elle et Dieu. »[xxix]

Ce que fait le Saint Esprit « à toute heure et sans cesse ; il remplit et inonde tous les fonds, cœurs et âmes où il trouve quelque place et les comble de grâce, d’amour et de dons, d’une richesse qu’on ne saurait décrire. C’est ainsi qu’il remplit les vallées et les profondeurs qui lui sont présentées »[xxx] Le désir de Dieu se vit avec l’Esprit Saint comme un souffle de joie dans notre vie, à travers la communion vécue et réalisée en Christ. Voir Dieu nous retourne toujours dans un approfondissement du mystère créé. Il se manifeste de plus en plus en profondeur et rayonne de sa présence nous appelant nous-même à nous tenir prêt, le bâton à la main et la lampe allumée. C’est le rôle des témoins qui gardent confiance en Dieu dans tous les pas de leur propre histoire. « Ces gens ne goûtent que Dieu seul et rien d’autre. Ils sont en vérité illuminés, car Dieu répand en eux sa lumière claire et pure en toutes circonstances, même aux heures de l’obscurité la plus profonde, et beaucoup plus vraiment encore à cet instant, qu’aux heures de brillantes clartés »[xxxi] Une délectation de Dieu où tout prend sens lorsque c’est la fin, c’est-à-dire la grande espérance du salut qui oriente tous les choix. Chaque étape de vie apparaît alors comme une progression vers un amour qui nous attend et qui nous est destiné personnellement. La relation à Dieu est toujours une histoire personnelle avant d’être, aussi et nécessairement, une aventure communautaire.

4. « Lorsque le fils de Dieu paraîtra… nous le verrons tel qu’Il est »[xxxii]

La contemplation de Dieu se lit dans notre histoire à travers les Ecritures, comme un lieu de bienveillance de Dieu pour l’homme et un accompagnement des conséquences : être dehors, là où il y a des grincements de dents, c’est une conséquence du refus de nos responsabilités, de nos refus de confiance et de prendre nos talents pour les développer. Il paraît vraiment simpliste d’en faire une punition de Dieu alors que c’est le fruit de notre refus. De plus, Dieu n’est que bénédiction. Même à l’extérieur de nous-mêmes, nous sommes appelés à changer notre cœur et à revenir au Seigneur pour le redécouvrir en nous-mêmes, car si nous n’avons pas été fidèles, Lui ne nous a jamais abandonnés. Alors nous pouvons faire résonner la parole mystique du cantique par excellence « Tu me fais perdre le sens par un seul de tes regards… que ton amour a de charmes… que ton amour est délicieux »[xxxiii] Nous retrouvons en effet cette communion d’amour dans le don partagé dans la confiance et l’abandon à sa présence. La prière est alors le dialogue constant de tous nos instants, non comme une âme en peine, mais comme ce dynamisme d’une présence qui se languit en attendant la communion éternelle. « Notre Seigneur nous apprend… lui-même ce que nous devons faire pour que notre intérieur devienne une maison de prière, car l’homme est vraiment un temple consacré à Dieu »[xxxiv] Rechercher sa volonté et la faire nôtre dans ce chant d’une complémentarité disproportionnée, certes, parce qu’Il est Dieu et nous ne sommes que sa créature, mais une complémentarité de l’amour sans jamais être dans l’évaluation (ou même la jalousie), mais le don désintéressé de soi-même dans la gratuité de la relation. Il nous appelle par notre nom et nous Lui répondons « présent » par notre conversion. Dieu nous habite vraiment dans sa dimension Trinitaire, car nous reconnaissons Dieu comme notre Créateur et notre Père, c’est-à-dire celui qui nous conduit dans ce chemin de liberté créatrice. La résurrection du Christ nous fait apparaître qu’Il vient nous sauver malgré notre faiblesse et qu’Il est notre Rédempteur. Le don de l’Esprit Saint nous rend témoin de son action dans notre histoire et des signes qu’Il nous donne de vivre et de croire. Mais c’est tout au long de l’histoire et dans un processus de purification que nous pouvons comprendre le sens de ce que nous avons à vivre. Nous avons à combattre l’adversaire, présent pour nous décourager, mais nous pouvons combattre efficacement, avec la grâce du Seigneur que nous demandons avec ferveur et persévérance.

Synthèse

Comme le souffle planant au-dessus des eaux, le premier jour de la semaine, de bonne heure, viennent les femmes au tombeau. La mer de leur tristesse les submerge et pourtant la pierre roulée fait découvrir un autre continent où l’aventure continue, car la carte au trésor de l’alliance a pris un nouvel aspect. « On a enlevé le Seigneur du tombeau et nous ne savons pas où on l’a mis »[xxxv]. Voici que l’on nous enlève même la possibilité de faire le deuil. Pierre et Jean accourent et, par les signes du linge gisant à terre et du suaire roulé à part, Jean comprend aussitôt : l’intelligence de la foi le connecte avec la contemplation des Ecritures, « Il vit et il crut » Intéressant de voir que le premier acte de la reconnaissance de la résurrection du Christ chez saint Jean n’a pas d’intermédiaire, ni d’apparition. Le fait de voir pousse à croire. « Le croyant apprend à se voir lui-même à partir de la foi qu’il professe. La figure du Christ est le miroir où se découvre sa propre image réalisée. »[xxxvi]   La résurrection du Christ redonne sens à toute mon histoire, parce que le dialogue nous ouvre à la grande espérance du salut. Pas de grande démonstration en chemin sur une réflexion des Ecritures, pas d’apparition spectaculaire. Il voit le tombeau vide et, saisi par la grâce, il comprend aussitôt la vérité de la réalité. Il est ressuscité. On pourrait dire avec saint Jean que voir c’est croire. La simple contemplation de Dieu amène à la foi. Certes, nous qui sommes un peu plus fragiles, il nous en faut un peu plus et, comme Marie-Madeleine, nous avons besoin de voir les anges pour nous rappeler qu’il ne sert à rien de pleurer les morts lorsque nous avons pour Père la vie. Jésus se révèle à elle pour lui ouvrir les yeux à la réalité du mystère de la foi. Ce mystère, que nous ne cessons pas d’approfondir tout au long de notre vie, en accueillant les signes, en comprenant un peu plus ce que Dieu attend de nous et en nous posant d’autres questions pour aller en profondeur à la rencontre de notre Seigneur. « La foi est un don gratuit de Dieu qui demande l’humilité et le courage d’avoir confiance et de faire confiance, afin de voir le chemin lumineux de la rencontre entre Dieu et les hommes, l’histoire du salut. »[xxxvii].

Ce temps de Pâques est pour nous aujourd’hui un temps de grâce et d’épreuve. De grâce parce qu’il nous force à voir les choses autrement dans ce temps de confinement et de pandémie. Entre ceux qui peuvent travailler, ceux qui sont submergés, et ceux qui restent à la maison, chacun a un rythme différent où il doit s’ajuster. En même temps, nous sommes invités à redécouvrir le visage du Christ et sa Parole à travers ce que nous traversons pour renouer un dialogue avec Dieu et avec nos frères. Quand bien même nous arrivons à la sortie du confinement, nous ne ressortirons pas dans les mêmes conditions et un devoir de solidarité et de bienveillance fraternelle devra se faire jour. Que ce temps de Pâques soit l’occasion pour chacun d’entre nous d’entretenir un regard amoureux sur Dieu et un don de soi pour nos frères au service de la prière, de la charité et de l’annonce de la Bonne Nouvelle. Oui, la vie est une beauté qu’il nous faut protéger contre la bêtise humaine, les fléaux de plus en plus techniques d’un « progrès » bioéthique qui oublie la sacralité de la vie et le dérèglement de nos comportements vis-à-vis de la création entraînant des conséquences dont nous sommes les premiers responsables avant d’accuser Dieu ou le serpent. Mais que ce temps de Pâques où nous pouvons méditer sur l’intelligence des Ecritures et comprendre là où le Seigneur veut nous emmener, soit aussi l’occasion d’un véritable approfondissement de notre vie de prière. Une rencontre intime avec Dieu qui nous pousse toujours plus à le désirer. « Sans m’arrêter à tout ce que vous pouvez accomplir par le moyen de l’oraison, je vous dirais ; «’ne visez pas à faire du bien au monde entier, contentez-vous d’en faire aux personnes dans la société desquelles vous vivez. Cette œuvre sera d’autant plus méritoire que vous n’êtes plus obligé de l’accomplir »[xxxviii] Que ce temps de résurrection soit aussi un temps de reconstruction intérieure et de renouvellement dans le témoignage de notre vie. Oui, le Christ est vivant aujourd’hui, Il est venu pour me sauver car Eternel est son amour.

Père Greg BELLUT– Curé St Charles Borromée – Joinville le pont

Saint jour de Pâques de l’an 2020

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Sources :

  • [i] Michel Gitton – FC 3669 du 21/02/2020
  • [ii] &1 Redemptoris hominis
  • [iii] Ps 135,16
  • [iv] Gn 3,10a
  • [v] 1 R 19,12
  • [vi] Ct 2,17
  • [vii] Ct 4,6
  • [viii] Dn 3,50
  • [ix] Gn 3,5a
  • [x] Gn 3,6a
  • [xi] Gn 37
  • [xii] p82 « L’amour vrai au seuil de l’autre » Martin Steffens – Salvator
  • [xiii] P 94 Brise et bourrasque – collectif – Des silences qui parlent Yvonne Demers
  • [xiv] Madeleine Delbrel
  • [xv] GS 24
  • [xvi] &38 Lumen Fidei
  • [xvii] Sermon – Jean Tauler p 41
  • [xviii] 2 R5
  • [xix] &155 Laudato si
  • [xx] &8 Spe salvi
  • [xxi] Is 52,8
  • [xxii] Ct 2,9
  • [xxiii] Ct 3,3
  • [xxiv] &4 Lumen Fidei
  • [xxv] Ps 26(27), 4b
  • [xxvi] Ps 26(27), 13
  • [xxvii] &40 Lumen Fidei
  • [xxviii] & Dieu est amour
  • [xxix] Jean Chuzeville, les mystiques allemands du XII au XIXème sicèle, paris 1935, p 180 in sermons de Jean Tauler p 32 propos sur Sœur Mezzi Sidwibrin
  • [xxx] Sermon – Jean Tauler p 40
  • [xxxi] Sermons 3 de Jean Tauler p 27 
  • [xxxii] 1 Jn 3,2
  • [xxxiii] Cantique des cantiques 4, 9-10
  • [xxxiv] Les sermons – J. Tauler p 159
  • [xxxv] Jn 20,2b
  • [xxxvi] &22 Lumen Fidei
  • [xxxvii] &14 Lumen Fidei
  • [xxxviii] VIIème demeure, Ch 4 – le château intérieur – Thérèse d’Avila

Source de l’illustration : Saint-Mihiel, église Saint-Etienne, Milutin Mratinkovic, Le Christ ressuscité, métal, 2013