2020. Lettre de Carême

Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,

            La conversion du cœur est une prise de conscience de Dieu dans ma vie et de l’ajustement que je dois opérer pour répondre à ce don de l’amour. La vue de mon péché mis à la lumière de l’Evangile m’invite donc à une transformation de tout mon être, corps et âme, afin de correspondre vraiment au projet créateur. « Se réconcilier avec Dieu, avec soi-même et avec les autres suppose que l’on remporte la victoire sur la rupture radicale qu’est le péché, ce qui se réalise seulement à travers la transformation intérieure ou conversion, qui porte des fruits dans la vie grâce aux actes de pénitence. »[i] La conversion n’est donc pas une idée mais bien une transformation de tout mon être dans la partie corporelle (jeûne), dans la partie relationnelle (partage) et dans sa partie spirituelle (prière). C’est tout notre être qui est tendu vers Dieu pour danser l’amour avec Lui en harmonie et non dans la multiplicité des faux pas même si, reconnaissons-le, Il est très patient et attend que nous rejoignions son rythme.

Il nous revient alors de rechercher d’étancher ce désir de Dieu à travers la source de vie et de laisser les torrents de grâce abonder dans le lit de notre histoire, comme un fleuve qui se dirige vers l’océan de la grande espérance du salut. « La pénitence est donc la conversion qui passe du cœur aux œuvres et par conséquent à toute la vie du chrétien. »[ii] Pour bien comprendre ce qu’est la pénitence, on pourrait prendre l’image du puzzle ou nous rassemblons tous les morceaux pour faire un beau tableau, il en va de même pour nos actes de réparation qui sont le lieu de la réintégration de tout notre être à l’image de Dieu, de la restauration de notre intégrité en fuyant tout ce qui nous clive. « Revenez au Seigneur votre Dieu, dont vos péchés vous avaient éloigné ; ne désespérez pas du pardon, quelle que soit l’énormité de vos crimes, car une grande miséricorde effacera de grands péché »[iii] 

            A la conversion s’opposent trois discours.

  1. « A quoi ça sert de jeûner, cela n’empêche pas Dieu d’être Dieu. Et puis s’il a tout mis à notre disposition c’est pour que nous puissions en profiter. »
  2. « Prier tout le temps fait perdre la notion de la réalité, et de l’occupation de la vie quotidienne, une excuse pour ne rien faire … C’est une aide pour dépressif. »
  3. « Le partage est une fabrication d’assisté »

 

La dureté du cœur, est de voir la relation sous forme de normes établies sans recours. Un formalisme de la relation qui exclut tout pardon pour laisser place à une récrimination de bon aloi. Il peut même y avoir un refus de conversion malgré les signes évidents de la grâce juste par désir de suivre les ersatz du bonheur et dans l’inconséquence du lendemain. Nous le voyons bien dans le monde des finances, lorsqu’un prédateur de richesse économique vient flouer les caisses de l’entreprise en voulant vivre l’instant présent, malgré le fait que le retour de bâton et le passage de la justice finit toujours par arriver. L’économie doit toujours être en vue du bien commun sinon elle devient violence et tyrannie. Or la conversion du cœur de chair, loin d’être sclérosée sur des positionnements absurdes, obtient un réajustement de la relation avec Dieu et avec le frère dans la vérité de l’amour et la libre expression d’un choix ouvrant à la paix dans l’équité, et la joie par la fécondité.

Nous pouvons aussi avoir un certain décalage entre le signe que nous posons comme œuvre de conversion et le décalage culturel. Un exemple précis est la pénitence des vendredis de carême avec l’abstinence de viande. Or parfois des poissons coûtent beaucoup plus cher que certaines viandes. Entre le signe d’une simplicité de vie et ce que nous donnons à voir, il peut y avoir un certain décalage. Nous ne signifions plus ce que nous voulons dire. Du coup certains se permettent une forme de relativisme en voulant prendre un peu de recul par rapport à tout cela, disant que ce n’est pas le fait de manger du poisson ou pas qui fait le carême. L’objection est effectivement pertinente, mais l’obéissance à l’Eglise et à la tradition ecclésiale demande l’humilité de vivre le signe afin de respecter la communion. La synodalité est justement cet appel du diocèse à vivre ce temps de marcher ensemble en Eglise, et passe par une vie spirituelle partagée entre tous afin de prendre les décisions de manière commune ou chacun est associé dans l’intelligence de la foi, la vérité de l’amour et la lumière de l’espérance.

Les décisions peuvent parfois nous sembler absconses, et posent des questions sur ce que nous avons à vivre. Doit-on forcement manger de la viande ou du poisson à tous les repas ? Les nutritionnistes disent que pour un repas d’adulte en bonne santé, trois apports par semaine sont nécessaires … On pourrait donc à défaut de viande et de poisson, s’alimenter d’une simple omelette par exemple. Le signe est ainsi conservé, et ce que l’on signifie reste pertinent dans l’intelligence d’une décision ecclésiale qui garde tout son sens. Entrer dans une forme de relativisme en remettant tout en question dans une vue dite plus générale, mais certainement plus partiale engendre des divisions et un manque de concertation nécessaire, en d’autres termes d’obéissance dans la foi.

Dès qu’il nous faut vivre une conversion, l’Adversaire nous attaque d’ailleurs sur le sens pour nous inviter au détournement dans la séduction d’une bonne intention et le frelatage de notre foi. C’est vrai que la vertu d’obéissance a connu un certain dévoiement passant d’un extrême à l’autre sur le sujet. Une lecture partiale de Vatican II à changer l’obéissance rigide en une remise en cause permanente et très souvent relativiste, au nom même de sa dignité propre et du respect de sa conscience. Le carême est l’entrée dans une démarche de conversion, Il nous invite au contraire à revoir nos façons de faire afin de vivre l’obéissance, non comme la crainte d’une règle étouffante, et la vision individualiste d’un monde sans règle, mais bien dans l’obéissance à la Parole, vécue dans la prière et l’abstinence de nos propres désirs de toute puissance en recherchant en toute chose la communion.

C’est ainsi que dans le respect de la personne humaine, l’obéissance est une action pour une plus grande communion avec les frères, et une meilleure unité de notre personne. Si l’un des éléments manque, alors nous pouvons craindre une obéissance servile touchant soit à l’exclusion sectaire soit à l’atteinte de la dignité propre de chacun, et souvent dans ces cas-là touchant aux deux aspects. C’est pourquoi l’obéissance est un signe de liberté, et la première obéissance que nous avons à vivre est celle à la Parole de Dieu et à l’appel de l’Esprit Saint. Tout en découle. Le discernement fait à travers la médiation d’un accompagnement spirituel qui n’est pas la personne d’autorité permet alors de comprendre la maturité humaine auquel cela m’amène.

1. Le jeûne

Le jeûne est un acte de pénitence qui consiste dans sa première définition à l’abstention de nourriture et de boisson[1]. Il y a plusieurs exemples dans la Bible de périodes de jeûne, comme de temps de prière corporelle, lieu d’attente de la restauration de l’action du Seigneur dans notre vie.

1.1. Une histoire spirituelle

Le jeûne nous attire vers l’essentiel en désencombrant notre vie de la superficialité de nos désirs. Le véritable jeûne dans la transformation de notre corps invite à la transformation de notre être par mimétisme. Comme une volonté de réaliser dans notre corps ce que nous aspirons à vivre dans notre âme. « Sur le jeûne: il peut être pratiqué sous des formes anciennes ou nouvelles, comme signe de conversion, de repentir et de mortification personnelle et, en même temps, d’union avec le Christ crucifié et de solidarité avec ceux qui ont faim et ceux qui souffrent. »[iv] La configuration de notre vie au Christ passe par la réalité d’un quotidien où le don est absolu. La pénitence du jeûne n’est pas tant un mimétisme qu’une participation à la souffrance de ceux qui connaissent le dénuement, et l’ouverture de notre cœur aux cris du monde.

1.2. Quelques données pratiques

Je ne reviendrai pas sur la lettre de carême 2018 portant sur le jeûne, mais je rappelle quelques critères de discernement pour le vivre en vérité.

Dans l’Eglise il y a deux jours de jeûne obligatoires, le mercredi des cendres et le vendredi Saint, un jour de jeûne fortement conseillé, le samedi Saint et enfin une attention particulière de pénitence les vendredis de carême. Un autre critère du jeûne est de respecter les réalités de son corps, ainsi les enfants et les adolescents sont dispensés du jeûne strict, au nom même de la vérité du cycle de croissance et du devoir premier de veiller à l’équilibre physique. Il en va de même pour les personnes âgées afin de ne pas tomber dans la dénutrition et une dégradation irréversible de l’état de santé. En clair pour les moins de 20 ans et les plus de 80 ans, il faudra avoir un discernement éclairé afin de savoir les pénitences qui peuvent être posées. Tout cela se fait dans l’intelligence de la foi à la lumière de la Parole et dans une communion ecclésiale. Il est vrai aussi que le jeûne peut se faire à travers un repas par jour sur l’ensemble du carême. C’est en tout cas une décision personnelle et faite dans une libre conscience éclairée par la prière et la Parole de Dieu et le partage fraternel.

Qu’est-ce que jeûner ? Cela consiste à s’abstenir de nourriture et deréserver le temps gagné pour vivre la prière, il convient de mettre l’argent épargné dans une caisse afin de pouvoir vivre le partage en Eglise auprès de ceux qui sont dans le besoin. Donc, le jeûne ne peut pas être fait pour gagner du temps sur l’heure du repas pour vaquer à d’autres occupations futiles, et ne peut pas non plus être une privation de repas pour mieux se goinfrer le soir et dépenser deux fois plus.

Dans l’Eglise le jeûne se fait traditionnellement sur une journée. Ainsi le repas suivant est normalement le petit déjeuner. Il n’est pas traditionnel de jeûner le matin et le midi et de manger anormalement[2] le soir, par contre, il peut y avoir une collation (une soupe, ou un bout de pain et de l’eau) pour le soir, pour les organismes un peu plus fragiles. Peut-on jeûner sur 40 jours ? Suivant l’état de santé des uns et des autres et dans un effort de conversion et de pénitence, il est possible d’avoir des jeûnes importants, restant sauves les prescriptions déjà données : c’est-à-dire le respect de sa santé et des constantes vitales du corps, et ne pas se mettre en danger, de même qu’il ne faut pas être dans une volonté d’épreuve d’endurance ou d’exercice retirant l’aspect de la prière et du partage. L’accompagnement spirituel pourra aider à savoir ce que chacun d’entre nous doit vivre.

1.3. L’abstinence

Autres formes de jeûne : l’abstinence. L’abstinence est l’absence d’un élément de notre vie. Connue par l’obligation durant le carême de manger du poisson par esprit de simplicité de vie, et que l’on a étendue à tous les vendredis de l’année (sauf la semaine pascale) en mémoire de la Passion. Après le concile Vatican II, l’Eglise a rappelé l’obligation de vivre l’abstinence et la simplicité d’alimentation les vendredis de carême. Cela reste la règle aujourd’hui malgré l’inversion des prix, puisque actuellement le poisson coûte plus cher que la viande … alors que la viande depuis l’antiquité était un aliment de luxe …

On parle indifféremment d’abstinence ou de jeûne lorsque nous nous privons d’un élément. Jeûne de chocolat, ou abstinence de chocolat durant le carême a la même signification (enfin s’il est vraiment possible de s’abstenir de chocolat…). L’abstinence ou le jeûne d’un aliment particulier, se vit traditionnellement pendant le carême. C’est une forme de gratuité de notre temps de vie à Dieu et parfois de remise en cause. Par exemple on peut s’abstenir de télévision durant le carême, et s’apercevoir ensuite qu’en fait, nous sommes invités à vivre d’autres choses et passer des 3 h 42 quotidiens[3] après le carême à deux heures par semaine ou par mois, et ainsi être appelé à vivre d’autres réalités, notamment la lecture de la Bible, la prière, et la vie avec les frères dans la gratuité des rencontres. D’autres formes d’abstinence peuvent amener à des changements de vie, arrêter de fumer et de boire de l’alcool. S’accrocher à son heure de prière par jour durant le carême nous permettra par la suite de garder le rythme et ainsi de retrouver un nouvel élan missionnaire dans notre vocation baptismale, étant plus à l’écoute de l’Esprit Saint.

Notons que parfois certains jeûnes nous font redéfinir nos priorités, et nous font gagner en maturité spirituelle dans une recherche plus ardue des profondeurs avec Dieu comme appui. C’est en tout cas l’appel de conversion que nous avons à vivre dans une réunification de tout notre être autour de ce désir de Dieu. Nous comprenons bien qu’il y a une grande liberté à vivre le jeûne et en même temps une forme de radicalité qui n’est pas relativiste. Ce qui n’est pas obligatoire n’est pas de l’ordre du facultatif, mais bien de l’ordre de l’ajustement à ce que nous devons vivre au jour le jour. Or nous avons vite fait de mettre une forme d’hypocrisie dans la façon de faire le carême pour précisément rester en surface. Notre effort de carême est d’abord pour soi, dans une conversion intérieure, et ensuite une meilleure relation à l’autre dans un regard de bienveillance, il ne peut pas être vu comme une entreprise de jugement de ce que fait l’autre, par rapport à ce que je fais. Ce jugement de comparaison entraînant une forme de jalousie voire d’orgueil est contreproductif pour la conversion. Au contraire le jeûne doit nous amener à une vie de prière et à des actes de partages rendant notre effort plus proche de la volonté de Dieu, répondant ainsi à notre vocation première d’enfant de Dieu.

Les ruptures de jeûne, un péché irréparable ? Nous pouvons décider de jeûner et succomber à la tentation. La miséricorde de Dieu étant plus grande que notre péché, il nous faut d’abord retourner à la contemplation du Seigneur, la restauration par les Ecritures et le sacrement de pénitence. Il n’y a pas de « rattrapage » dans le jeûne, mais peut être un discernement à exercer sur les actes que je pose. Ensuite il faut questionner son jeûne : mettre des échelles trop hautes rend l’ascension impossible (démon de l’acédie), le principe de réalité à vivre dans le discernement demande alors de réajuster ce que nous avons à vivre avec nos possibilités. Ce n’est pas non plus un effort physique pour s’éprouver, mais bien accepter de discerner ce que nous avons à choisir et de ne pas tout prendre. Tout est à ma disposition mais tout ne m’est pas profitable pourrions-nous dire en paraphrasant saint Paul. Le jeûne est d’abord une attitude intérieure de conversion qui m’invite à m’ajuster pleinement à la volonté de Dieu en faisant silence dans mon corps de tout ce qui pourrait m’incliner vers d’autres désirs. Nous devons être devant la création, responsables et non des profiteurs. Il y a bien une démarche personnelle à travers l’obéissance ecclésiale, et une écoute à la tradition de l’Eglise par la vie des grands spirituels.

2. Le partage

Le partage dans la tradition biblique comporte l’obligation d’être attentif au frère dans sa dimension concrète des biens pour se nourrir ou pour se vêtir. Il y a une double dimension dans le partage sur ce qui est objet de partage et ceux qui sont les plus vulnérables, la veuve et l’orphelin, ou l’étranger qui est de passage et souvent dans le dénuement parce qu’il est en fuite d’un événement traumatique chez lui. La précarité touchait rapidement les veuves et les orphelins, n’ayant plus de famille sur qui compter, se retrouvant facilement à la rue et dans la misère. L’obligation hébraïque de prendre pour femme la femme de son frère décédé se voulait être une aide pour la femme afin de lui éviter la morsure de l’indigence. Le jeune orphelin n’avait guère plus d’espoir et l’histoire de la veuve de Sarepta dans un pays étranger, nous apprend le triste dénuement qui attend la mort avant l’heureux passage du prophète Elie. L’injonction d’aider l’étranger, celui qui est en errance, c’est se rappeler que le peuple hébreu est un peuple d’émigrés qui a trouvé des personnes pour l’aider à s’établir. L’histoire de Ruth est la jonction entre la misère éprouvée par le veuvage et l’émigration pour rentrer en Judée. Booz, en respectant la loi, prendra Ruth comme femme et aura une postérité dont le petit fils est Jessé, père du roi David. D’une situation de pauvreté inextricable, la bénédiction de Dieu donne le deuxième roi d’Israël et la dynastie davidique parce que sa Parole s’est révélée féconde dans l’accueil du pauvre et le partage vécu en vérité. L’aumône est alors « ce moyen de concrétiser la charité en partageant ce dont on dispose avec celui qui éprouve les conséquences de la pauvreté »[v]. Le christianisme dès l’origine a été un peuple de croyant émigré, fuyant les persécutions qui n’ont pas cessées d’être jusqu’à ce jour. L’attention au partage est donc de nous souvenir de notre propre précarité.

Il doit être bien clair que notre effort de carême sur le jeûne doit amener à un partage financier pour les services de solidarité, tel le Secours Catholique, Saint-Vincent de Paul, le CCFD et tout ce qui touche à l’aide aux personnes. La quête du CCFD le 5e dimanche de carême est faite pour nous rappeler cet impératif. L’argent du carême doit résolument être pour les frères en besoin, en premier et non pour une communauté, une paroisse, ou même les chantiers du cardinal, quand bien même ils ont aussi besoin d’un partage. Le partage du carême s’adresse à des personnes, et demande donc de revisiter notre proximité comme nous le rappelle le synode afin d’être attentifs à ceux qui nous sont proches et les plus fragiles et de savoir trouver les gestes qui conviennent et la vérité du partage, afin d’être véritablement témoin d’une conversion qui passe par le frère et non pour l’utilité d’un ministère. L’Eglise dans la quête du CCFD rappelle ce décentrement de ses propres besoins institutionnels pour, dans cette période précise, être force de proposition dans la solidarité et vivre par des actes tangibles la restauration fraternelle. Il en va de même pour l’aide au Secours Catholique et à Saint-Vincent de Paul. Peut-être que le premier partage que nous pourrions vivre pleinement est de passer du temps à distribuer des colis alimentaires ou aller visiter les personnes afin de les aider par notre présence à dépasser les épreuves du moment. Le partage du carême est d’abord relation au frère.

Aujourd’hui cette pauvreté pourrait s’étendre à ceux qui sont malades ou dans un profond isolement et pour lesquels ils nous faut prendre soin. Plus que de partage financier, le premier partage que nous avons à vivre durant ce carême est l’attention à l’autre et le partage de son temps. L’axe du diocèse dans « prendre soin les uns des autres » demande d’exercer la fraternité à travers la convivialité et l’exercice d’une relation de foi, d’espérance et de charité par l’accueil de tous et l’attention à chacun.

N’oublions pas dans ce temps de conversion que le partage prend une dimension missionnaire dans l’appropriation de notre foi à l’écoute de l’Esprit Saint et à en rendre compte autour de nous. Il nous faut retrouver la vigueur de la foi pour redire l’espérance du salut autour de nous et vivre l’amour comme sceau de la vérité de cette révélation. Jésus me sauve et m’invite à partager l’amour comme lieu de vie. C’est accueillir une coresponsabilité dans les conversions que nous avons à vivre et reconnaître en chacun la conscience propre pour agir selon son charisme et respecter cette conscience comme un sanctuaire sacré. Le partage des responsabilités nous fait grandir dans la foi et nous concerne tous. Nous ne pouvons pas être dans une froide indifférence ou un tiède relativisme par rapport à l’urgence d’annoncer la Parole et de la vivre en acte. Le devoir d’exemplarité est la première chose demandée à l’Eglise et à tout acte humain, les scandales que nous connaissons aujourd’hui montrent que la duplicité n’aide pas à un rapport juste et sont l’occasion d’une dispersion du peuple. Or ceux qui sont enracinés dans la foi continuent de prier et de vivre le partage comme lieu de réalisation de la Parole. Le mystère de la femme et de sa vocation propre dans la transmission des valeurs comme mère et sœur est une vérité qu’il nous faut souligner : « elles « savent susciter l’écoute de la Parole, la relation personnelle avec Dieu et transmettre le sens du pardon et du partage évangélique »[vi], comme elles savent aussi être porteuses d’amour, modèles de miséricorde et artisans de paix, communicatrices de chaleur et d’humanité dans un monde qui, trop souvent, juge les personnes selon les critères froids de l’exploitation et du profit. »[vii] L’attitude d’accueil et de réconciliation demande alors de profiter des charismes de chacun pour imiter cette ouverture à la vie et rappeler que Dieu doit être premier dans notre vie. Car l’annonce de la foi dans le partage d’une même espérance est la vocation de tout baptisé. « Tous les fidèles du Christ sont appelés à transmettre la Bonne nouvelle de génération en génération, en annonçant la foi, en la vivant dans le partage fraternel et en la célébrant dans la liturgie et la prière »[viii] La dimension de la conversion est un chemin de carême pour nous rappeler alors les piliers de notre foi dans la prière, la célébration ecclésiale et la nécessité du partage comme lieu de réalisation du règne de Dieu que nous annonçons. « De toutes les créatures visibles, seul l’homme est « capable de connaître et d’aimer son Créateur »[ix] ; il est « la seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même »[x] ; lui seul est appelé à partager, par la connaissance et l’amour, la vie de Dieu. C’est à cette fin qu’il a été créé et c’est là la raison fondamentale de sa dignité » Le partage de cette vie en Dieu est la raison de notre existence et l’espérance du salut. Nous sommes le projet d’amour de Dieu, personnel et communautaire, afin de vivre dans la civilisation de l’amour une relation de liberté et de vérité dans la dimension de notre histoire et de l’œuvre du salut.

A travers la pénitence et le partage, je comprends alors que le don devient relation. Une rencontre vers l’inconnu qui nous révèle le visage du Christ. « La participation profonde et personnelle aux besoins et aux souffrances d’autrui devient ainsi une façon de m’associer à lui : pour que le don n’humilie pas l’autre, je dois lui donner non seulement quelque chose de moi, mais moi-même, je dois être présent dans le don en tant que personne. »[xi] La traversée du désert nous fait tout de suite prendre conscience de la présence du frère, puisque nous n’avons rien d’autre. Nous parlons bien de la présence du frère et en même temps de l‘impératif radical (qui ne se relativise pas) d’être attentif à lui dans un milieu si hostile. La première chose que l’on fait dans le désert lorsqu’on rencontre l’autre, c’est de lui proposer à boire, d’étancher sa soif. Le monde a soif de Dieu mais il est noyé dans ses propres préoccupations mondaines qui oublient l’essentiel. Vivre la Parole de Dieu dans notre chair et la partager avec nos frères fait sens. Et cela doit se voir dans la simplicité de notre vie et la disponibilité que nous pouvons avoir envers le prochain.

            S’engager dans une démarche de conversion, c’est élargir l’espace de notre tente pour savoir accueillir l’autre dans ce qu’il est, et non dans ce que je souhaite qu’il soit. Accueillir, sans jugement, sans volonté de toute puissance ou d’instrumentalisation, avec un regard de bienveillance et en y voyant le Christ notre frère. Nous détacher des biens matériels, être capables de partager nos richesses, de ne pas nous laisser posséder par l’argent, et travailler à propager la lumière de la foi à l’aune de notre attention aux autres, les plus humbles, les plus petits, qui recèlent la grâce de Dieu. Plus qu’une obligation de donner, il y a une volonté de vivre l’amour et de se détacher de ce qui nous encombre dans ce désir d’union à Dieu.

C’est pourquoi, en communauté paroissiale, nous devons lutter contre les tentations de ce monde, notamment dans cette volonté du partage. « La gratuité est présente dans sa vie sous de multiples formes qui souvent ne sont pas reconnues en raison d’une vision de l’existence purement productiviste et utilitariste. »[xii]. Dans notre façon de vivre la gratuité, dans nos actes, nous portons témoignage. « Nous avons créé de nouvelles idoles. L’adoration de l’antique veau d’or a trouvé une nouvelle et impitoyable version dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage et sans un but véritablement humain. »[xiii] Il nous revient donc de témoigner du sens de notre action par notre façon de vivre par rapport aux biens matériels. Certains parents orientés vers une réussite scolaire ou sportive de l’enfant au détriment de la vie spirituelle sont les agents de la dictature de l’économie sur le sens de la vie puisée en Dieu. Lorsque nos choix de vie sont orientés exclusivement sur une réussite économique ou une bonne place dans la société, nous participons à la fabrication du veau d’or. Lorsque la place des devoirs, ou du sport, du travail ou des loisirs est un absolu alors la place de Dieu devient toute relative. C’est un refus de partage dans une vision unilatérale d’une réalisation de soi sans Dieu et dans sa racine reste inéluctablement idolâtrique, c’est une évidence irréfragable. Le veau d’or sous l’apparence d’une mise en commun de l’or est en fait un refus de communion avec Dieu. Le partage est là pour nous rappeler que le sujet est toujours plus important que l’objet. En d’autres termes que le frère doit être premier dans la relation, et les biens seconds. La conversion du carême est justement dans le partage de nous rappeler l’importance de la fraternité et la vanité des biens qui passent.

La réalité de la fraternité demande un véritable engagement dans le partage L’un des éléments d’ailleurs peut se faire dans la participation à la vie de l’Eglise à travers le denier de l’Eglise ou la quête. Donner ce qui est juste, et non dans une logique de donner le moins possible. Accepter une relecture en ce domaine, dans une relation plus authentique au Christ notre Sauveur. Mais le partage inclut aussi le frère et l’attention aux besoins de tous. La capitalisation est parfois une captation des richesses pour la vanité d’une finitude pourtant programmée. La réalité du partage doit être vécue d’un point de vue financier mais aussi aujourd’hui, avec plus d’urgence, dans le partage du temps relationnel. La société des écrans nous a fait oublier la réalité du frère, et oppresse notre disponibilité pour s’ancrer dans la recherche éperdue de vains loisirs. Le carême introduit un décalage dans la course, pour se rappeler le bon sens de ce que nous avons à vivre et accueillir la joie de la rencontre. Nous n’avons pas à juger l’autre qui a besoin de notre aide, mais nous avons à l’accueillir en vérité pour remplir notre devoir de fraternité dans l’urgence par une solidarité inventive et dans la vérité de la situation. Nous ne pouvons pas donner de l’argent à un SDF alcoolique notoire, mais par contre, nous devons acheter à la boulangerie ou dans un magasin de quoi le nourrir ou le vêtir. Certes cela demande de passer plus de temps et, en même temps, reste une vérité du partage qui permet l’autre à regagner un peu plus en dignité par notre attention à lui. « Donner à manger aux affamés[xiv] est un impératif éthique pour l’Église universelle, qui répond aux enseignements de solidarité et de partage de son fondateur, le Seigneur Jésus. »[xv] Cet impératif se conjugue dans l’Eglise locale et notre vie communautaire dans l’ensemble paroissial de Joinville. Une exigence que le carême remet en avant pour recentrer notre vie de foi sur la vérité du frère.

3. La prière

Que vient faire la prière dans l’effort de carême puisque toute vie chrétienne est normalement vécue dans la contemplation du Christ à travers la prière personnelle, communautaire et sacramentaire et la piété déployée par le bon sens des fidèles ? L’accent sur la prière durant le carême est en lien avec le partage et le jeûne car elle prend la forme du combat spirituel. Elle est une prière d’intercession pour nous-mêmes et pour nos frères, une reconnaissance de notre propre péché à travers les trois grandes tentations qu’a vécues le Christ et qui demande la prière afin de se consolider dans la foi. Un dialogue au souffle de l’Esprit Saint, car celui-ci demande un engagement de toute notre personne. « Nous prononçons nos paroles de louange dans un monde infâme. Nous chantons nos chants de victoire sur une terre habitée par le désordre et la désorganisation. Nous vivons notre bonheur entourés de personnes qui ne nous comprennent pas, ni ne nous encouragent. Mais le contenu de notre existence est Dieu, pas notre humanité »[xvi] La prière est alors l’espace d’une rencontre ou nous laissons notre âme respirer dans l’union à Dieu. Une relation qui demande persévérance dans le silence et l’accueil de l’inattendu à travers le temps de notre histoire. Ce n’est pas tant l’immédiateté de Dieu que notre engagement long et patient qui nous rend réceptifs à la présence du Seigneur.

3.1. Quelques propositions concrètes

Le moment de conversion que nous avons à vivre est de redécouvrir le sens de la prière dans le rythme de notre histoire. Parmi les formes de prières, peut-être pourrions-nous remettre à l’honneur en famille, la prière de l’angélus (annexe) comme nous le propose judicieusement le Pape François. C’est une prière assez courte que nous pouvons réciter avant nos repas avec le bénédicité. Dans cette période de carême, nous pouvons aussi reprendre la prière du pape Léon XIII que nous récitons à la fin des messes en semaine à saint Charles Borromée. C’est par la prière que nous sommes amenés à nous revêtir de l’armure pour le combat spirituel. Certains remettront à l’honneur la récitation du chapelet en famille comme lieu de communion fraternelle et de contemplation des mystères du Christ avec l’aide de la première des disciples, Marie.

Il y a des moments d’adoration proposés dans les deux paroisses de Joinville, un des efforts du carême pourra sûrement être d’y participer de manière régulière, afin de se laisser habiter par sa présence, et vivre une expérience communautaire de prière silencieuse. « L’adoration ne satisfait pas notre faim pour Dieu – elle nous met en appétit. Notre besoin de Dieu n’est pas rassasié lorsque nous l’adorons. Au contraire, il s’en trouve approfondi et déborde de son heure allouée pour affecter toute la semaine »[xvii] C’est une invitation à aller plus loin dans la familiarité avec Dieu, et connaître la joie des joies dans l’union.

Il nous faut retrouver le rythme en se tenant à une régularité dans les temps que nous prenons avec le Seigneur. S’atteler à Lui, être fidèle chaque jour. S’organiser des temps de prière, notamment pendant le jeûne où nous ne mangeons pas, ou en s’abstenant de certaines activités d’oisiveté, comme les lectures mondaines, ou de télévision ou d’internet. Bref, trouver dans un temps nouveau dégagé par la pénitence un lieu de rencontre supplémentaire avec son Seigneur, comme il est aussi un lieu supplémentaire pour vivre le partage fraternel dans la consolidation de la relation. La prière de ces nouveaux moments de liberté est en même temps un lieu de re-création de notre âme. Il nous faut réinvestir notre vie par la piété, et perdurer dans la familiarité avec « Mon Seigneur et Mon Dieu ». Le temps de prière est une nouvelle relation avec Dieu et une invitation à la communion de plus en plus intense pour vivre le partage de l’amour et en témoigner autour de nous.

La lecture orante de la Bible comme la méditation des psaumes peuvent être des moments de grande proximité et de découverte intérieure par l’éclairage que les Ecritures nous offrent. Un oubli de soi où nous entrons dans une transformation de tout notre être, afin de connaître la félicité du Ciel qui est la manifestation de Dieu dans notre vie et cette confiance inépuisable en son dessein d’amour. Cette vie en Jésus Christ qui désire l’imiter en toute chose pour mieux Lui ressembler et s’offrir pour les pécheurs afin de vivre l’amour dans toutes ses réalités. Tout est aspiré par Dieu et, dans l’adoration, nous Lui donnons toute la place pour laisser l’Ecriture résonner à l’infini, reconnaissant là un avant-goût de l’éternité. Il y a une ardeur pour vivre sa vie d’enfant de Dieu, un zèle pour le témoigner autour de soi, une ferveur pour l’exprimer dans tous nos actes avec humilité et en artisan de paix. « Vous êtes libre de venir à Dieu ou pas. Vous devez, pour ainsi dire, voler de vos propres ailes, mais avec une invitation ouverte à toujours venir écouter le Seigneur, le recevoir et jouir de sa présence »[xviii] La transformation qu’il nous est demandé de vivre est d’ajuster ce désir de Dieu à la rencontre que nous faisons avec Lui. Un ajustement qui se vit dans l’accueil prévenant, l’attente du désert et l’épreuve de la solitude et des tentations de l’Adversaire pour orienter tous nos choix vers notre Rédempteur et avancer dans le souffle de l’Esprit Saint afin de conformer notre vie à la volonté de Dieu. Sans prière et la réalité du combat spirituel, cela serait vain, car la prière est lieu de rencontre, et le combat spirituel l’expression de notre liberté pour faire le choix de Dieu et sans cesse lui faire confiance malgré nos inclinations au péché. Heureusement pour nous, Dieu vient au secours de notre faiblesse et ne nous impose pas au-delà de ce que nous pouvons supporter, mais Il demande notre responsabilité par la disposition orante et la méditation des Ecritures. Le carême est le lieu d’émergence d’une nouvelle relation plus profonde et en même temps plus juste.

3.2. Les maitres spirituels

Il est important pendant le temps du carême de retrouver des maitres spirituels pour nous aider à progresser dans la relation à Dieu et sa réalité dans notre prochain. Une lecture d’un auteur spirituel comme Jean Paul II, ou Thérèse d’Avila nous aide à progresser dans l’intelligence de la foi et la relation avec Dieu. Ne soyons pas des analphabètes de la tradition catholique. La lecture de la Bible ne suffit pas, il nous faut nous former à l’école des maîtres spirituels pour continuer de progresser dans la foi, par les exercices de saint Ignace, la règle de saint Benoît, l’invitation à la prière de sainte Thérèse, ou la petite voie de l’amour : nous sommes toujours invités à approfondir notre voyage spirituel dans la réalité du temps qui passe. Le corps n’est jamais absent du voyage et la confiance dans le temps un gage de discernement. « Mes enfants, vous n’avez pas à être différents pour que Jésus vous aime. Croyez simplement que vous lui êtes précieux. Apportez vos souffrances à ses pieds et ouvrez seulement votre cœur pour qu’il vous aime tels que vous êtes. Et lui fera le reste »[xix] La traversée du désert et l’épreuve avec l’Adversaire nous fait comprendre qu’il y a un véritable enjeu du salut et la prise de conscience de l’amour absolu de Dieu pour chacun d’entre nous est comme une révélation de la transformation que nous avons à vivre pour mieux correspondre au salut promis.

La vie de prière dans le temps du carême nous introduit à vivre en présence de Dieu, non par devoir mais d’abord et avant tout par amour. « La pratique la plus sainte, la plus commune et la plus nécessaire en la vie spirituelle est la présence de Dieu. C’est de se plaire et de s’accoutumer en sa divine compagnie, parlant humblement et s’entretenant amoureusement avec Lui à tous moments »[xx]. Les maîtres spirituels nous montrent le chemin à suivre par leur vie, saint Laurent de la Résurrection officiait comme cuisiner dans son carmel, ce qui ne l’a pas empêché d’atteindre un haut niveau de contemplation de Dieu. C’est encourageant pour chacun d’entre nous : ce n’est pas la qualité des tâches qui retient l’attention de Dieu, mais bien la disponibilité du cœur et l’amour mis à remplir notre service. Le temps du carême est justement ce temps de rétablissement des priorités pour comprendre que c’est la disponibilité à Dieu en toute chose qui compte avant tout. Que l’on soit en haut de l’échelle sociale ou en bas, peu importe, c’est d’accueillir le Seigneur dans notre vie, Lui parler et cheminer avec Lui comme compagnon de route. C’est alors que notre cœur sera tout brûlant et que nous le reconnaîtrons dans tous nos moments de communion fraternels.

4. Synthèse

Pourquoi la conversion demande une forme de discrétion, pour aller prier dans la chambre, ne pas aller sur les places pour montrer que l’on jeûne et faire l’aumône dans le secret ? Parce qu’elle répond à ce besoin de discernement en vérité afin d’être vraiment libre de son choix, et non pas dépendant du regard des autres ou de soi-même. Dans le silence de notre cœur, alors nous pouvons reconnaître le Seigneur dans la profondeur de la rencontre par la voix intime, car celle-ci accueille le souffle de l’Esprit Saint et exerce la vertu de prudence dans la fidélité à la Parole et le témoignage de nos actes auprès de nos frères. Nulle fanfaronnade dans l’annonce mais ce souci du frère pour lui annoncer le salut promis. Hélas, « L’homme d’aujourd’hui semble avoir plus de peine que jamais à reconnaître ses propres erreurs et à décider de revenir sur ses pas pour reprendre le chemin après avoir rectifié sa marche ; il semble très réticent à dire: «Je me repens» ou «je regrette»; il semble refuser instinctivement, et souvent de manière irrésistible, tout ce qui est pénitence au sens du sacrifice accepté et pratiqué pour se corriger du péché »[xxi] Toutefois notre propre comportement, et l’effort de conversion que nous vivons fait sens pour chacun et peut aussi admirer un attrait certain pour le ressourcement spirituel.

La sortie au désert avec la Parole de Dieu en bandoulière, le partage dans la besace, et la prière comme chaussure nous entraînent à vivre une forme de dépouillement, qui laisse la place à Dieu et nous dégage du trop-plein de nous-même. « La cause de tous les maux, nous le savons, est le péché qui, depuis son apparition au milieu des hommes, a brisé la communion avec Dieu, avec les autres et avec la création à laquelle nous sommes liés avant tout à travers notre corps. La rupture de cette communion avec Dieu a également détérioré les rapports harmonieux entre les êtres humains et l’environnement où ils sont appelés à vivre, de sorte que le jardin s’est transformé en un désert[xxii]. Il s’agit là du péché qui pousse l’homme à se tenir pour le dieu de la création, à s’en considérer le chef absolu et à en user non pas pour la finalité voulue par le Créateur mais pour son propre intérêt, au détriment des créatures et des autres. » Le fait de revenir à une vigilance dans la simplicité de vie, nous apprend alors à reconnaître d’une part notre fragilité et, d’autre part, nos dépendances. Sans nourriture, dans le jeûne notre corps se révèle bien faible et nous rappelle notre condition de poussière. Et, d’autre part dans le manque, nous savons que tout dépend du Seigneur, vers qui nous nous tournons, vers qui nous espérons et qui se révèle être notre salut.

            Le carême est ce travail de discernement que nous avons à réaliser en recherchant la volonté de Dieu dans tout ce qui fait notre vie. Une écoute de la Parole qui se prolonge dans notre obéissance aux exigences de l’amour. Transformer notre histoire en une vie d’union et de communion juste par amour de Dieu et de nos frères. Refuser les néants de l’immédiateté des désirs sans lendemain afin de nous attacher à ce qui demeure dans la fidélité au Seigneur. Une conversion du cœur humain pour laisser la volonté de Dieu envahir notre conscience et rechercher ce qui conduit au plus grand bonheur dans l’échange du don et du pardon. Le chemin vers Pâques nous fait entrevoir tout ce qui passe, et bâtir sur le roc de la foi pour ne pas nous laisser entraîner par les intempéries du monde et nos propres convoitises. Le carême est cette lutte contre les passions pour retrouver l’espace de liberté des fils de lumière, et se laisser conduire par Dieu sur le chemin de la vie. Un travail de l’homme intérieur qui maîtrise son corps pour laisser l’âme s’épancher vers ce désir de Dieu qu’elle porte en elle. « La volonté de Dieu, c’est que vous viviez dans la sainteté… et en veillant chacun à rester maître de son corps dans un esprit de sainteté et de respect, sans vous laisser entraîner par la convoitise comme font les païens qui ne connaissent pas Dieu. » Le carême nous y conduit pour recevoir dans la Pâque du Seigneur le message du salut et de tendre à retrouver cet espace de la rencontre originelle entre l’homme et son Dieu au jardin d’Eden. Laissons-nous envahir par la grâce et marchons tout joyeux à la rencontre du Seigneur. « Rends-moi la joie d’être sauvé ; que l’esprit généreux me soutienne. Seigneur, ouvre mes lèvres et ma bouche annoncera ta louange. 

Père Greg – Curé modérateur

St Charles Borromée – Ensemble paroissial de Joinville-le-Pont

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5. Annexes

La Prière de l’Angélus 

1. L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie

R/ Et elle conçut du Saint-Esprit

Je vous salue Marie, pleine de grâce,

Le Seigneur est avec vous,

Vous êtes bénie entre toutes les femmes,

Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.

Sainte Marie, mère de Dieu,

Priez pour nous, pauvres pécheurs,

Maintenant, et à l’heure de notre mort.

2. Voici la servante du Seigneur

R/ Qu’il me soit fait selon votre parole.

Je vous salue Marie

3. Et le Verbe s’est fait chair

R/ Et il a habité parmi nous.

Je vous salue Marie

4. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu

R/ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.

Prions : Que ta grâce, Seigneur, se répande en nos cœurs. Par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’Incarnation de ton Fils bien aimé, conduis-nous, par sa Passion et par sa Croix jusqu’à la gloire de la résurrection. Par le Christ, notre Seigneur.

R/ Amen.

Prière à Saint Michel Archange du Pape Léon XIII

Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat, soyez notre secours contre la malice et les embûches du démon.

Que Dieu exerce sur lui son empire, nous vous le demandons en suppliant.

Et vous, Prince de la Milice Céleste, repoussez en enfer par la force divine Satan et les autres esprits mauvais qui rôdent dans le monde en vue de perdre les âmes.

Ainsi soit-il.

Léon XIII – 1884

Sources :

[1] Comprendre ce qui n’est pas de l’eau. Il n’est pas traditionnel dans le judéo-christianisme de ne pas boire durant le carême et a contrario l’eau ne peut remplacer l’effort de carême (règle de St François d’Assise) et on s’abstiendra de boire au-delà du nécessaire.

[2] De façon non usuelle, non habituelle

[3] moyenne nationale 2017 et pour les personnes âgées  on passe à 35 h par semaine

[i] &4 Reconciliatio et penitentiae

[ii] ibid

[iii] Saint Jérome commentaire sur le prophète Joel

[iv] &26 Reconciliatio et penitentiae

[v] ibid

[vi] Proposition 17.

[vii] &85 Verbum Domini

[viii] &3 CEC citant Ac 2,42

[ix] GS 12, § 3

[x] GS 24, § 3

[xi] &34 Dieu est amour

[xii] &34 Amour dans la vérité

[xiii] &55 (cf. Ex 32, 1-35) Evangelii Gaudium

[xiv] cf. Mt 25, 35.37.42

[xv] &27 Amour dans la vérité

[xvi] P 85 Méditations sur les psaumes des montées – E.H. Peterson

[xvii] P 58 Méditations sur les psaume des montées op cité

[xviii] P 175 méditation sur les psaumes op cité

[xix] Mère Térésa – Testament in Initiation à la prière et à l’adoration p 173

[xx] P 145 Saint Laurent de la Résurrection –cuisinier dans son carmel – p 145 prière et adoration op cité

[xxi] [xxi] &26 Reconciliatio et penitentiae

[xxii] cf. Gn 3,17-18

Source de l’illustration : James Tissot.  Jésus tenté dans le désert. Brooklyn Museum.