2019. Lettre de Pâques 1/2: « La joie du Seigneur est notre rempart »

« La joie du Seigneur est notre rempart »

La première joie dans la Bible est celle de Dieu qui vit que tout ce qu’Il faisait était bon. Cette joie de la création de l’amour qui ouvre à la manifestation de la diversité dans la complémentarité. Chaque chose à sa place, Dieu créé, Dieu sépare, Dieu bénit. Cela n’exclut pas l’homme de cette solitude originelle qui fait dire à Dieu « Il n’est pas bon que l’homme soit seul » parce que dans l’altérité il vit la joie de la complémentarité. Ainsi l’homme entonna son premier chant du bonheur dans l’hymne nuptial « Cette fois-ci, voilà l’os de mes os et la chair de ma chair ! On l’appellera femme, elle qui fut tirée de l’homme » La joie de la rencontre de Dieu avec l’homme qui vit que cela était très bon devient la découverte de la femme par l’homme dans l’accueil de cet émerveillement de la nature qui comble sa solitude originelle et sa stérilité existentielle. La joie nuptiale est la rencontre de Dieu avec l’homme, et de l’homme avec l’altérité où peut se vivre une complémentarité. Une participation de la divinité à l’humanité avec ce dépôt de l’image de Dieu, et qui est pleinement réalisé dans l’incarnation du Rédempteur. Une ressemblance vécue à travers l’accomplissement de la volonté de Dieu. D’ailleurs la vraie joie n’est-elle pas d’abord don de Dieu, et dispensée par la Personne Don, l’Esprit Saint ? Son action est bien partage de la grâce qui relève l’homme et l’introduit à d’autres dimensions du mystère de la révélation. Une certitude croyante d’une vie qui s’exprime de manière invisible, mais bien plus puissante que ce que nous donne à voir, à toucher, à expérimenter notre sensibilité. Car la joie de Dieu nous fait accueillir la dignité humaine dans sa plénitude, et non de façon partielle. Une expérience de la présence de Dieu où s’exprime la réalité du don. Car la joie a pour désir le partage de la communion. Il existe un chemin qui ne connait pas de fin parce que Dieu est notre compagnon de route, et qu’Il est toujours avec nous, aujourd’hui et pour l’éternité.

La joie est l’espace de la rencontre.

Ne pas aller à la rencontre du Christ par la méditation des Ecritures et la méditation dans la prière nous fait aller sur les bords du chemin, accablés dans cet air sombre qui cherche en vain l’espérance. Cette tristesse de l’absence qui s’enferme sur l’événement sans être vraiment à l’écoute et pourtant dans ce désir d’échange. Notre joie trouve son expression dans la mémoire de notre histoire, et de la manifestation de Dieu dans notre vie, cette mémoire qui éclaire notre intelligence pour comprendre le dessein de Dieu, le tombeau est vide, les anges disent qu’Il est vivant. Faire mémoire pour exercer notre volonté dans la fidélité au Seigneur et contempler la sagesse de son œuvre. Cette joie-là, invite alors à garder le contact, passer du temps ensemble, et continuer de discuter de cette chaleur du cœur. L’invitation où le prétexte tient lieu de logique. « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. ».

Quelle est-elle cette angoisse de la nuit qui demande de garder nos lampes encore allumées ? De quel soir parlons-nous, après avoir subi le joug du jour ? Que redoutons-nous dans le déclin de la lumière et l’avènement de son absence connue sous le nom de nuit ? Si le combat spirituel s’annonce, l’Eucharistie en est la source qui remet sur la route pour braver toutes les peurs et témoigner de cette joie de la rencontre. Une constatation de la rencontre et une illumination de l’intelligence où tout prend sens. « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » La joie de la parole est joie de notre identité propre. Une joie indicible et tout autant invincible, parce qu’elle respire de la présence de Dieu, de sa fidélité dans notre histoire, de son amour particulier pour moi, de l’espérance du salut promis. Oui il s’agit de « redécouvrir l’expérience de la rencontre personnelle et communautaire avec le Christ, Verbe de Vie qui s’est rendu visible, et à s’en faire les messagers pour que le don de la vie divine, la communion, s’étende toujours davantage dans le monde entier »[i]La résurrection du Christ est joie de la manifestation de Dieu dans notre vie prolongée par la présence de l’Esprit Saint. Une puissance créatrice des Ecritures vécue à travers l’expérience de l’Esprit Saint dans nos vies. Une rencontre qui révèle l’amour Trinitaire et nous fait expérimenter la communion en Dieu.

L’âme qui contemple Dieu est dans la joie, ce repos dans la quiétude de sa présence, cette douceur de la proximité qui est en même temps le feu de la pureté qui élève l’esprit vers Dieu. « Heureux les cœurs purs » c’est-à-dire ceux qui ont assez de sagesse pour contempler Dieu en tout temps, en tout lieu, en tout acte. Une vie de prière dans le quotidien du frère. Un service de la foi dans l’amour partagé et qui met son tablier de service pour être artisan de paix. Tout simplement mettre sa joie en Dieu dans cette petite voie empruntée par Thérèse, un appel à la sainteté possible pour tous, à travers l’expérience d’un quotidien fait du don de soi même et qui trouve l’harmonie de l’amour jubilatoire à travers la communion en Dieu. Vivre la volonté de Dieu en toute chose, et faire tout pour Dieu revient à respirer la grâce dans chaque acte quotidien et à se détacher de ce qui nous alourdit « J’ai compris qu’il n’y a rien de bon pour les humains, sinon se réjouir …. trouver le bonheur dans son travail, c’est un don de Dieu. »[ii] trouver la joie du cœur c’est apprendre à reconnaitre la volonté de Dieu en toute choses, sans fatalisme mais sans récrimination, dans l’abandon à sa divine providence, non pas ce que je veux, « mais ce que Tu veux Seigneur ». La joie est présence de Dieu dans notre vie, l’éternité qui s’invite dans l’instant de notre histoire. Nous trouvons dans l’intelligence des Ecritures la révélation de la joie promise qui se réalise dans ma vie. Elle est donc l’expression de la compréhension de la Parole de Dieu. « La parole que l’homme adresse à Dieu devient à son tour Parole de Dieu, confirmant le caractère de dialogue de toute la Révélation chrétienne[iii]. L’existence tout entière de l’homme devient, dans cette perspective, un dialogue avec Dieu qui parle et écoute, qui appelle et engage notre vie. »[iv] Mettre sa joie en Dieu réoriente notre vie, et lui redonne le sens premier d’image appelée à la ressemblance. Comme une réponse à l’aspiration du bonheur promis dans la fidélité de l’alliance. Les retrouvailles avec Dieu dans la familiarité de sa présence dans notre jardin intérieur. Une humilité dans l’écoute de la Parole et une jubilation dans la réalisation de sa grâce dans nos vies. La Parole de Dieu, joyau de notre existence, est l’hymne du bonheur. Abreuvé au cœur de l’Evangile la joie nous rend missionnaires, et continue de nous transformer dans la liberté retrouvée d’enfant de Dieu. Elle est un don de Dieu et fait écho à la Parole de Dieu, présence d’amour à partager au prochain. « L’amour fraternel accroît notre capacité de joie, puisqu’il nous rend capables de jouir du bien des autres : « Réjouissez-vous avec qui est dans la joie »[v]. »[vi] En même temps la joie génère une pudeur dans l’expression de son expérience qui demande le respect de la volonté de l’autre et de sa capacité à entrer en dialogue. Mais cette pudeur n’est pas à comprendre comme une entrave mais une libération. Nous pouvons être nous-mêmes dans l’émerveillement de la présence de Dieu dans notre vie et la joie qu’Il nous donne de vivre, reflet de son amour. La beauté de la liberté, est bien cette joie illuminant notre vie à des nouveaux possibles à réaliser. Une mission prolixe est tellement dynamique dans la créativité, qu’elle nous fait partager le don de Dieu avec simplicité et de manière ajustée. Oui, la pudeur de la joie est la réalisation d’une promesse d’espérance qui se découvre à mesure qu’elle est reçue. Une joie ardente et pourtant parfois imprudente dans le don de l’amour qui s’offre sans attendre de retour, jusqu’à accepter d’être blessée. Il n’en demeure pas moins, que la réalisation de notre confiance en Dieu à travers les promesses de l’alliance nous ouvre à une joie ineffable. Il est vivant comme Il nous l’avait dit, et notre cœur, pétri de la Parole, se trouve transfiguré par la réalisation de sa promesse.

La joie comme lieu de la présence de Dieu

La joie est l’indicible de Dieu vécu dans la réalité de notre vie. Elle est la révélation de sa présence et en même temps l’expérience de son action efficace qui illumine notre corps, notre âme, et notre esprit d’une autre réalité. La joie est le baiser de Dieu dans mon âme, rencontre d’un instant et se déploie pour l’éternité. La vraie connaissance de Dieu se trouve à travers l’expérience de l’amour et les fruits de paix et de joie,. Une bienveillance de Dieu pour nos limites humaines, et un affranchissement de nos propres limites pour expérimenter Sa présence et prendre part, par anticipation, au royaume des cieux. En quelque sorte, la joie est le langage de Dieu, qui parle du don et le décline au mode quotidien de notre vie et connait le pluriel de l’amour. On reconnait Dieu lorsqu’on plonge dans la joie, et en même temps on restaure l’espérance en faisant mémoire, comme un éclairage de paix dans tout ce qui a été vécu. Faire mémoire de sa présence aujourd’hui nous fait découvrir l’utilité de toujours s’ajuster à Lui dans une bienfaisante volonté. C’est pourquoi la joie est l’harmonie de tout notre être au rythme de Dieu dans un échange toujours vivant. Jésus Christ dans sa résurrection donne à la joie des disciples une profondeur dans la foi, et un ancrage dans l’espérance. Parce qu’il y a une expérience de la fidélité de Dieu, dans la réalisation de la promesse, une victoire de Dieu dans le bonheur promis malgré le péché originel. La promesse n’est plus un beau rêve, traversant les âges sans raison, mais bien la révélation d’une présence qui donne sens à tout ce qui peut être vécu. Dieu est là. La joie s’éclaire sous le regard bienveillant du Père, se goûte dans la relation au Fils, pain partagé, et se goûte dans la bonne odeur de la présence de l’Esprit, dynamisme de l’amour et efficacité dans l’histoire de notre vie.

La saveur de la joie est cette amitié avec Dieu incluant ce désir de vivre avec Lui et d’ajuster notre vie à sa Parole. D’exercer notre volonté dans l’obéissance qui nous libère de tout clivage pour retrouver en profondeur l’intégrité de nous-mêmes. La joie est alors cette expression d’une réunification de tout notre être qui résonne à l’écho de l’amour de Dieu. « L’Esprit Saint meut la volonté de telle sorte que celle-ci produise elle-même l’acte d’amour »[vii] Notre joie se vit par cet effort de la volonté qui nous introduit au mystère de la présence de Dieu et de sa révélation. La joie est cette éternité vécue dans l’instant. La source de l’amour provoque la joie de la rencontre dans un jaillissement d’espérance toujours fidèle et qui ne cesse de croitre jusqu’à l’océan de la miséricorde de Dieu. Parfois le cours de la joie, comme un torrent, dévale notre vie, d’autrefois s’écoule lentement en prenant son temps, rencontre les barrages d’un quotidien parfois abrupt, mais qui redonne paradoxalement un dynamisme de vie lorsqu’elle franchit avec puissance les vannes ouvertes du pardon. Elle peut déborder sur la plaine stérile, comme sur celle qui est féconde, en introduisant un goût de la vie. La joie traverse les gouffres de la peur et de l’angoisse, comme elle continue tout au long des champs qui murissent, elle est toujours la même et pourtant toujours autre. Le reflet des rives colore nos joies mais ne les transforme pas. Cette joie qui abreuve nos cœurs et purifie nos pensées pour n’être qu’à Dieu. « c’est un don et une tâche incontournable de l’Église de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la Personne du Christ, Parole de Dieu présente au milieu de nous. Dans un monde qui souvent ressent Dieu comme superflu ou étranger, nous confessons comme Pierre que Lui seul a « les paroles de la vie éternelle »[viii]»[ix]. Nous avons à témoigner avec audace de cette joie de croire, et de vivre dans le Christ Jésus, mais parfois nous errons dans des propositions de désirs immédiats sans avoir la conscience ajustée à la volonté du Seigneur, la parole tombée sur le chemin est cuite par le soleil de nos habitudes, au rayon de nos abandons et à la lumière de notre inconstance. La rencontre nous ouvre à la joie qui dynamise et nous fait explorer d’autres réalités fructueuses qui nourrissent et fortifient.

Joie de la libération et de la guérison

Lorsque nous parlons de la fin du monde, que nous appelons eschatologie, c’est-à-dire le retour du Christ dans la Gloire (autrement dit les fins dernières », cela ne peut être sous le mode apocalyptique, spécialement des films américains, comme craintes et tremblements, mais bien une rencontre dans la joie du Christ qui certes juge, mais vient d’abord et avant tout sauver l’humanité. L’un n’étant pas opposable à l’autre, ni indifférent d’ailleurs. Le jugement de Dieu se fait dans la bienveillance de son amour et la réalité de nos libertés que nous avons exprimés. Le système scolaire français n’aide pas à la compréhension, puisque nous sommes dans une logique d’examen avec des bonnes ou des mauvaises notes, et parfois un repêchage. L’eschatologie est au contraire, cet examen qui accompagne un acquis de l’expérience, et demande une maturation jusqu’à obtenir le résultat final. Même au pied de la croix, aux portes de la mort, le bon larron a su voir en Jésus son Sauveur, alors que l’autre, très clairement l’a refusé. L’amour de Dieu se propose toujours, et jusqu’au bout. Découvrir son visage dans le face à face éternel est source de joie. Ce qui fera dire à la Madre « L’amour quand il a grandi ne peut rester sans agir… et voudra triompher en tout. Quelle joie ce sera de te voir… je viens à toi, plein de joie, sans mériter de t’aimer. C’est pour moi grande joie de te voir »[x]La rencontre de Dieu ne peut se vivre dans la défiance, la peur et la désespérance, mais bien au contraire dans la confiance, en essayant d’être fidèle à sa parole, dans la crainte de Dieu, c’est-à-dire l’aimer jusqu’à craindre de l’offenser, et l’espérance du salut promis en Christ, porté par notre baptême et que nous sommes appelés à témoigner. L’amour est source de toutes les joies

L’attente du retour du Christ signifie pour nous une libération avec une joie de la communion enfin rétablie éternellement. Ce choix de l’homme qui devient définitif et qui accepte l’amour de Dieu comme don et communion. Là est notre joie, car là est notre vocation. Auprès des frères, être au service de l’amour et expérimenter cet accomplissement de tout notre être qui jubile en présence du Seigneur. Là où est l’amour comme don, là est Dieu. Il ne s’agit donc pas de nous détourner du moment présent, mais de retrouver le sens de ce que nous faisons tendus vers cette joyeuse attente du retour du Christ. Car en serviteur fiable, nous pourrons entrer dans la joie du maître. Une joie de la rencontre en écho à la joie de Dieu. Une réponse à l’amour de Dieu premier et auquel l’homme répond par son oui. Marie en a été le modèle par excellence, dans la confiance et la méditation des Ecritures, elle a dit oui, toujours disponible à la joie que Dieu lui prépare. Et si la vraie joie était tout simplement de se savoir dans la main de Dieu et savourer pleinement sa présence dans notre vie. La mort est vaincue, le Christ est vivant. Il nous a libérés de nos limites, et nous guérit de nos peurs pour nous inviter à sa suite.

La joie de la libération de nos péchés par la résurrection ouvre à une autre dimension de l’espérance du salut dans la réalisation de l’espérance. Ce n’est plus de l’ordre conceptuel d’un messie à venir, mais bien une personne, Jésus, qui a vécu notre condition humaine et continue de nous enseigner notre vocation à vivre l’obéissance comme lieu de fidélité et d’action de grâce. « Le Tout Puissant fit pour moi des merveilles, Saint est Son Nom » Dieu passe par nos besoins pour continuer de se révéler en chacun de nous, et par les guérisons afin que la Parole puisse porter un fruit qui demeure. Mais la guérison n’est pas une fin en soi, ce qui est une fin en soi, c’est d’accueillir la Parole et d’être un témoin joyeux de cette rencontre. Un témoignage d’un bonheur promis à tous lorsque nous vivons la simplicité, la douceur, la juste place avec nos frères et le pardon comme lieu de réconciliation. Un témoignage qui invite à la pureté du cœur en regardant le Christ et en exultant de joie, et en vivant comme artisan de paix dans une recherche de fraternité toujours à maintenir. Une joie du témoignage qui relève et restaure, même si dans l’immédiateté ce n’est pas vu. La joie de la guérison est alors un appel à entrer en profondeur pour aimer Dieu pour lui-même et non pour ce qu’Il donne, ou ce qu’Il manifeste. Aimer Dieu, car Il est communauté d’amour qui demande dans son unicité une même adoration et une même gloire. La découverte d’un Dieu Un et Trine suscite en nous une multiplicité de l’amour dans le dynamisme de l’inattendu. « La joie pascale n’est pas seulement celle d’une transfiguration possible ; elle est celle de la nouvelle présence du Christ ressuscité dispensant aux siens l’Esprit Saint pour qu’Il demeure avec eux »[xi]

La joie d’une épreuve transformée en succès

La joie traverse l’épreuve et lors du combat spirituel la transcende par la victoire. La joie de la résurrection supplante de manière définitive et complète la crucifixion. Non qu’elle l’a supprimée, le Christ a toujours les marques des clous dans ses mains, et la plaie de la lance sur le côté, mais la signification de la résurrection et de la joie de Dieu dans la communion transcende tout. Jésus Christ nous sauve une fois pour toutes, il n’y a pas de retour en arrière, ni même de récrimination sur les épreuves endurées. La première parole du Christ aux apôtres pour se présenter est bien d’être dans la paix. Cette paix de Dieu, ouverture du chemin de l’espérance retrouvée que nous sommes appelés à suivre en toute confiance. Le sportif après l’entraînement est content des progrès qu’il faits. Ainsi celui qui connait l’épreuve, en gardant le Seigneur à ses côtés connait la joie de l’approfondissement de la rencontre. La joie d’un accompagnement du Seigneur et un approfondissement de la vie spirituelle, redonnant un sens nouveau à ce que nous avons à vivre, plus détachés du monde, et en même temps plus en réalité à notre vocation d’image de Dieu. Défaits de nous-mêmes, nous approchons du mystère de communion par un don de plus en plus sincère. Cela interroge l’entourage et en même temps porte un témoignage plus grand. « La joie naît toujours d’un certain regard sur l’homme et sur Dieu. … L’éducation d’un tel regard n’est pas seulement une affaire de psychologie. Elle est également un fruit de l’Esprit Saint. … C’est ce même Esprit qui donne aujourd’hui encore à tant de chrétiens la joie de vivre chaque jour leur vocation particulière, dans la paix et l’espérance qui surpassent les échecs et les souffrances. C’est l’Esprit de Pentecôte qui emporte aujourd’hui de très nombreux disciples du Christ sur les chemins de la prière, dans l’allégresse d’une louange filiale, et vers le service humble et joyeux des déshérités et des marginaux de notre société. Car la joie ne peut se dissocier du partage. En Dieu lui-même, tout est joie parce que tout est don. »[xii]

Le pardon donne dans la persévérance une joie toujours prolixe

L’amour est l’expression du don de soi-même dans la gratuité, mais qui peut connaitre la blessure, comme lieu de souffrance et de rupture. La grâce du pardon est de retrouver la joie de la communion. Le pardon est lieu de cette joie au service de la paix et de la fidélité aux commandements du Seigneur. Cette fête des retrouvailles que le berger a faites en invitant les amis pour la brebis retrouvée, cette joie du Père prodigue qui accueille son Fils égaré, et tue le veau gras. Cette joie de Dieu lorsque nous venons nous réconcilier avec Lui. « Mais la joie la plus profonde nait chez le chrétien, de l’expérience de la rémission des péchés. La rémission des péchés est un don pascal de Jésus et le fruit de son libre sacrifice rédempteur sur la Croix » [xiii] Le pardon est cette réconciliation de nous avec Dieu par le sang de Jésus Christ de Nazareth.

Si nous devons demander pardon à Dieu nous devons vivre la vérité de notre relation spirituelle dans le pardon à accorder à notre frère. Reconnaitre ses torts est certes humiliant, mais nous ouvre à la joie de la réconciliation, d’une nouvelle relation plus profonde et plus fiable. Nous n’avons pas à endurcir notre cœur, mais voir en l’autre une image de Dieu, frère de Jésus Christ. Le pardon à vivre en famille instaure un climat de plus en plus serein et une joie de vivre délivrée de l’angoisse et de la désespérance. Dieu nous conduit à le vivre concrètement dans le renouvellement de la relation à l’autre. Une joie de la rencontre qui restaure et ouvre d’autres horizons de fraternités. Apprendre à pardonner nous invite à redécouvrir qu’à travers les blessures l’amour doit toujours être premier.

La joie de l’inattendu

La vie en Dieu nous demande une souplesse pour être disponibles à l’appel de l’Esprit Saint, cet inattendu de la rencontre ouvrant d’autres chemins et conduisant sur d’autres besoins de l’Eglise. St Philippe Neri, soucieux d’entrer chez les jésuites pour aller convertir les pauvres âmes des nouvelles indes, se retrouve à évangéliser les enfants abandonnés à eux-mêmes, et à vivre un apostolat de la réconciliation. Nos pensées sur les services à rendre à Dieu ne sont pas toujours l’appel que Dieu nous fait. Mais l’authentification de notre juste place, et la découverte de cette joie profonde de nous ajuster à sa volonté dans ce que nous faisons. Cette joie que l’on découvre alors que nous ne soupçonnions même pas nos possibilités dans les domaines pour lesquels le Seigneur nous envoie. Mais la réalité de ce que nous avons à vivre nous plonge à la source de notre vocation d’amour selon nos propres charismes, pour y déployer les talents que Dieu y a disposés. « Suscitant l’homme au-dedans d’un univers qui est œuvre de puissance, de sagesse, d’amour, Dieu, avant même de se manifester personnellement selon le mode de la révélation, dispose l’intelligence et le cœur de sa créature pour la rencontre de la joie, en même temps que de la vérité. »[xiv] Aller à la rencontre de Dieu c’est ouvrir à l’inattendu de sa présence. Il vient combler nos cœurs de son existence, et nous rappelle à notre vocation d’aimer. Nous éprouvons alors une grande joie dans le possible à réaliser. Un bonheur grandissant dans la fidélité à sa Parole, malgré les exigences et les radicalités, mais en même temps épurés de toute forme d’individualisme et de renfermement. L’amour de Dieu devient premier et le visage du Christ l’horizon de toutes nos actions dans le souffle de l’Esprit Saint.

Synthèse

Pâques est donc la rencontre de la joie. « l’homme, en vivant dans la fidélité au Dieu unique, fait lui-même l’expérience d’être celui qui est aimé de Dieu et qu’il découvre la joie dans la vérité, dans la justice, la joie en Dieu qui devient son bonheur essentiel. »[xv] Ne laissons pas les épreuves toucher notre foi, mais portés par la joie d’appartenir au Christ témoignons avec fidélité de sa présence dans notre vie. Témoignons cette générosité de l’amour et vivons les vertus théologales (Foi, Espérance, Amour) comme lieu d’unification de notre être et de communion avec le Tout Puissant. La joie est la lumière de la rencontre de l’amour de Dieu, d’une expérience de la relation dans la fidélité à ses œuvres. Nous descendons de notre arbre pour laisser Dieu habiter notre demeure, et tout lui offrir dans la réalité de notre quotidien. « La vérité libère l’amour des étroitesses de l’émotivité qui le prive de contenus relationnels et sociaux, et d’un fidéisme qui le prive d’un souffle humain et universel. Dans la vérité, l’amour reflète en même temps la dimension personnelle et publique de la foi au Dieu biblique qui est …: Charité et Vérité, Amour et Parole. »[xvi] La joie de Pâques nous laisse entrevoir la vie bienheureuse dans la civilisation de l’amour que nous sommes invités à vivre tout autour de nous. C’est un appel à une réalité de la relation qui se tisse dans l’ingéniosité d’une fraternité à construire jour après jour. « C’est la vérité originelle de l’amour de Dieu – grâce qui nous est donnée – qui ouvre notre vie au don et qui rend possible l’espérance en un « développement (…) de tout l’homme et de tous les hommes »[xvii], en passant « de conditions moins humaines à des conditions plus humaines »[xviii], et cela en triomphant des difficultés inévitablement rencontrées sur le chemin. »[xix] La joie est l’expression de l’amour et nous invite à vivre cette présence de Dieu comme un espace de communion intense. Laissons-nous habiter par la joie en recherchant la présence de Dieu, et gardons la précieusement en ayant notre regard fixé sur le Christ. Alors nous entendrons l’Esprit saint dans le chant de l’amour nous inviter à nous retrouver nous-mêmes dans cette grâce du don de Dieu et de la communion. « De même, vous aussi, pensez que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus Christ. »

Père Grégoire BELLUT – Curé de l’ensemble paroissial de Joinville-le-Pont

Sainte Anne et Saint Joachim de Polangis – Saint Charles Borromée

Sources :

[i] &2 Verbum Domini – Benoit XVI

[ii] Ecclesiaste 3,12-13

[iii] Cf. Proposition 4.

[iv] &24 Verbum Domini

[v] Rm 12, 15

[vi] &128 Gaudete et exsultate – François

[vii] P 216 – La saveur de Dieu de JC Nault

[viii] Jn 6, 68

[ix] &2 Verbum domini

[x] 21 Poésies – in œuvres completes de Ste Thérèse d’Avila p 1269

[xi] & 28 Gaudete in domino – Paul VI

[xii] &69 Gaudete in domino

[xiii] P 61 la joie Janez zupet – Communion  XXIX – 2004

[xiv] &9 Gaudete in domino

[xv] &9 Dieu est amour

[xvi] &3 Amour dans la vérité

[xvii] Ibid., n. 42: loc. cit., 278; DC 64 (1967) col. 689.

[xviii] Ibid., n. 20: loc. cit., 267; DC 64 (1967) col. 681.

[xix] &8 Amour dans la vérité

Source de l’illustration : Apparition du Christ ressuscité aux Saintes-Femmes. Détail de la clôture sud du chœur de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Photo prise par Alexander Baranov. Mai 2012