2019. Lettre de l’Avent 2/4. L’éthique du partage

« Dieu, lui, n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi ? »[i]

Notre premier pas dans la foi se vit dans la prière, se prolonge dans la méditation des Ecritures et trouve son incarnation dans la relation fraternelle. Vivre le partage est donc d’abord un acte de foi. En effet la foi nous fait entrer en dialogue et demande pour chacun d’entre nous des choix responsables. C’est ainsi que nous entendons la volonté de Dieu à travers notre appel propre, et les charismes que nous avons à vivre dans le discernement des frères. C’est pourquoi, l’un des aspects à réfléchir est sur les actes que nous avons à vivre par le partage. L’éthique économique demande à chacun d’être attentif à vivre la vérité de l’Evangile, dans le choix du partage à travers les dons, mais aussi par les choix des dépenses et de la gestion rationnelle que nous avons à rechercher à travers les talents attribués. Cela demande à chacun de faire un acte de vérité par rapport à l’argent pour ne pas en faire une fin en soi mais un moyen d’évangélisation et de témoignage.

En effet notre foi est reliée de manière très concrète à notre manière de partager. « Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? »[ii] C’est bien dans notre vie de tous les jours que nous devons rendre compte de notre foi et notamment par le service de la charité. Certes il ne remplace ni le service de la foi dans la fidélité à la volonté de Dieu, ni le service de l’espérance déployée dans une pastorale de bienveillance et d’accueil à l’écoute de la promesse du salut. Mais le service de la charité demande d’accomplir notre élection personnelle à travers un réel partage. Une vérité de notre vocation personnelle se révélant par nos choix de vie et notre disponibilité à répondre avec confiance : qu’il me soit fait selon ta parole. Le dialogue spirituel dans la prière introduit à une vision de ce que Dieu veut pour moi. Une vision qui donne le sens de ma vie et m’introduit au bonheur d’être uni à Lui, d’être de plus en plus familier à sa présence. C’est dans la présence Trinitaire, Un et Trine que je comprends l’amour comme d’abord donné par le Père pour chacun d’entre nous de manière collective et personnelle, un amour qui sauve du péché et de la mort par la rédemption du Fils, un amour partagé comme un don gratuit et prolixe envoyé par l’Esprit Saint. Cette dimension spirituelle d’une relation personnelle et communautaire avec Dieu m’introduit à une dimension fraternelle dans la réception du frère tel qu’il est, et le service de la charité à vivre avec lui pour dominer la Création à travers le travail de nos mains non comme une fin, mais un moyen d’être co-créateur et serviteur fiable à l’œuvre de Dieu. Alors se pose la question de l’interpellation de l’apôtre sur nos façons de vivre. « Supposons qu’un frère ou une sœur n’ait pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l’un de vous leur dit : « Allez en paix ! Mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim ! » sans leur donner le nécessaire pour vivre, à quoi cela sert-il ? »[iii] Notre communauté doit être le lieu de la charité et cela passe très concrètement par le partage des moyens financiers.

1. Le partage financier une réalité de la foi

A l’amour que nous aurons les uns pour les autres, et à l’amour que nous prodiguerons auprès de ceux qui vivent des situations de pauvreté, la Parole de Dieu nous ajuste toujours .Cela demande un service du frère et du dialogue avec Dieu. « La lumière de la foi, dans la mesure où elle est unie à la vérité de l’amour, n’est pas étrangère au monde matériel, car l’amour se vit toujours corps et âme ; la lumière de la foi est une lumière incarnée, qui procède de la vie lumineuse de Jésus. Elle éclaire aussi la matière, se fie à son ordre, reconnaît qu’en elle s’ouvre un chemin d’harmonie et de compréhension toujours plus large. »[iv] le baptisé est dans la prière d’intercession pour demander pour ses frères et lui la manifestation de Dieu dans sa vie. Certes, cela se passe sans fanfaronnade, et sans superficialité, mais bien dans la profondeur d’une rencontre entre la créature et son Créateur. Cela demande de faire silence et de vivre le détachement pour connaitre vraiment son Seigneur.

1.1 La vérité du partage

Le meilleur détachement à vivre est d’abord pour nous sur des questions d’argent. Certains pasteurs d’Eglise évangélique appellent à la fin du mois les fidèles pour percevoir leur dîme, et faisant un lien étrange entre la qualité de la prière et la quantité d’argent versé. Comme si la prière de la pauvre veuve était moins importante que la prière du riche pharisien. Il nous faut dénoncer les abus, et libérer des peurs générées par ce genre de propos peccamineux. Dans l’Eglise catholique, la dîme (appelé denier) doit être versée en responsabilité suivant les cas de manière ajustée. « Sachez-le, celui qui sème peu moissonnera peu, et celui qui sème abondamment moissonnera abondamment. Que chacun donne comme il l’a résolu en son coeur, sans tristesse ni contrainte; car Dieu aime celui qui donne avec joie »[v] Ce n’est pas la paroisse qui reçoit toute la dîme, mais le fidèle est invité à partager avec ce qui lui tient à cœur, les chantiers du cardinal, St Vincent de Paul, le secours catholique, les orphelins apprentis d’Auteuil, le ministère d’évangélisation,… l’œuvre catholique qui lui parait importante dans une motion de l’Esprit Saint et à travers la réalité de ce qu’il vit.

1.1.1 Le denier – la dîme une réalité biblique du partage

On ne peut pas vivre dans une paroisse en comptant sur le partage des autres. Nous devons participer, cela est vrai notamment pour les paroisses des vacances, lorsque nous passons un mois quelque part, nous devons aider la paroisse du lieu dans un partage fraternel. Si ma dîme ne va que dans une poche, ce n’est pas catholique, ce n’est pas universel. Or dans l’Eglise nous devons vivre le partage et non l’attachement à l’argent dans un lieu. Il en va de même pour l’Eglise et la communauté paroissiale, elle partage son argent avec les services de la charité pour aider les uns et les autres à subvenir aux besoins, elle aide à la fraternité entre Eglise pour l’évangélisation et aussi à l’éducation des enfants à travers l’école catholique. L’argent d’une paroisse n’est pas là pour gérer uniquement la structure ou l’administratif, mais bien de participer à une œuvre de solidarité. Le riche pharisien est suffisant de ses propres œuvres, et n’est pas capable de vivre la simplicité. « « Toi, tu as la foi ; moi, j’ai les œuvres. Montre-moi donc ta foi sans les œuvres ; moi, c’est par mes œuvres que je te montrerai la foi. »[vi] la vérité de l’offrande est une pratique visible de notre foi et une affirmation de notre espérance dans l’amour désintéressé du don et de la gratuité du partage.

Comme je le rappelais dans un écrit de 2014 il nous faut discerner en vérité notre participation, et dans une libre conscience de la recherche du meilleur bien. C’est ainsi qu’il vaut mieux concevoir son denier de l’Eglise en mensualisation pour être sûrs de ne pas s’exonérer d’une authentique participation. [ Payer par mensualités permet que la main gauche ignore ce que donne la main droite. Néanmoins le montant devra, en vérité, être établi selon les moyens des uns et des autres. L’important est de participer, quelle que soit la somme. Certains ne peuvent donner que très peu, d’autres davantage, mais tous sont aimés également par Dieu lorsqu’ils agissent avec raison, dans une conscience droite et en vérité. « Les riches doivent aider les pauvres, les respecter et les promouvoir. Je vous exhorte à la solidarité désintéressée et à un retour de l’économie et de la finance à une éthique en faveur de l’être humain »[vii]]

Sur les questions pratiques que l’on m’a posées sur le denier, dans les Ecritures il est marqué selon les cas une partie[viii] que l’on admet à 10 % à travers le livre des Nombres[ix]. Aujourd’hui certains relativisent à un ou deux pour cent, cela ne me parait pas vraiment sérieux. D’autre part il faut tenir compte du niveau des finances et des besoins premiers de la famille. Effectivement donner 10 % lorsqu’on gagne 800 € par mois ou 8.000 € par mois n’est pas la même chose et ce n’est pas forcément non plus la demande du Seigneur. Pour celui qui gagne peu, qu’il puisse partager ce qui lui semble juste, pour celui qui gagne beaucoup, qu’il ne s’arrête pas aux 10 % mais donne selon une saine utilisation de l’argent éclairé par l’Evangile .

D’autres m’ont demandé s’il faut donner 10 % du salaire net ou brut ou s’il fallait retirer les impôts, la mutuelle… etc. D’abord il faut faire un discernement en conscience sur ce qui est juste, et en vérité avec ce que demande Dieu. D’autre part, nous ne pouvons partager que ce que nous avons, le salaire net me parait être le plus approprié, ensuite chacun se positionnera dans un dialogue avec son accompagnateur et / ou son confesseur pour discerner au fond de son cœur ce qui lui parait le plus approprié à l’écoute du souffle de l’Esprit Saint.

1.1.2 Les honoraires de messe

            J’avoue que moi le premier je n’ai pas bien compris dans ma jeunesse les questions d’honoraires de messe et de prière. Il nous faut rappeler l’importance de prier pour nos morts, dans la communion des saints. La prière pour les âmes du purgatoire participe à la communion céleste. « Cet enseignement s’appuie aussi sur la pratique de la prière pour les défunts dont parle déjà la Sainte Écriture[x] … . Dès les premiers temps, l’Église a honoré la mémoire des défunts et offert des suffrages en leur faveur, en particulier le sacrifice eucharistique[xi], afin que, purifiés, ils puissent parvenir à la vision béatifique de Dieu. L’Église recommande aussi les aumônes, les indulgences et les œuvres de pénitence en faveur des défunts : »[xii] L’offrande de messe est une participation active à la prière et à la participation du royaume à venir. La civilisation de l’amour se vit concrètement dans le partage des biens pour atteindre le plus grand Bien, c’est-à-dire la Terre Promise autrement appelée Paradis. S’il y a bien une vérité spirituelle, il y a aussi une attente économique. L’argent des messes fait partie du traitement des prêtres (pour un tiers du salaire soit 30 messes par mois représentant 285 € (l’autre moitié étant dans les émoluments des 600 €). Evidemment depuis le Concile Vatican II, il y a une péréquation entre toutes les paroisses permettant à chaque prêtre de toucher la même somme. Toutefois sachons que les honoraires de messes font vivre l’Eglise. Aujourd’hui sur St Charles et Ste Anne, nous arrivons à avoir des intentions a peu près pour tous les jours ce qui représente clairement un effort de chacun pour être attentif à cet aspect.

            Pour de plus amples explications, parfois des messes n’ont pas d’intention. Tout simplement, c’est que certains paroissiens ont payé pour la messe du dimanche plusieurs fois, or une seule intention ne peut être reçue, quand bien même les noms sont cités le dimanche, l’argent est reparti sur les messes de semaine afin de réguler les sommes. S’il s’avérait que nous touchions trop de célébrations, les messes seraient alors redonnées au niveau du diocèse pour les paroisses qui connaissent des graves carences. La péréquation et le partage en Eglise n’est pas un vain mot, mais une réalité à expérimenter dans le quotidien.

1.1.3 Les quêtes

            Comme vous pouvez le voir dans le budget d’une paroisse les quêtes rapportent un petit tiers des revenus paroissiaux (un autre tiers étant le denier, et le reste étant soit le casuel[xiii], soit les dons et autres activités paroissiales, journées portes ouvertes, brocantes… etc.) Pour la quête soyons les serviteurs de talents qui se multiplient et non qui s’enterrent, participons activement aux projets immédiats de la paroisse, pour entrer dans une dynamique missionnaire. La quête correspond à la gratuité du moment vécu en Eglise, et suivant, les circonstances, à nos capacités à prodiguer un partage sincère sans quémander comme le rappelle l’apôtre Paul. « Que tous les dimanches chacun de vous mette de côté, chez lui, une somme d’argent selon ce qu’il aura lui-même gagné, pour qu’on n’ait pas besoin d’organiser des collectes au moment de mon arrivée. »[xiv] Restons fiables dans ces moments de dons afin d’aider à l’établissement du Règne de Dieu autour de nous.

1.1.4 Les legs

            Il n’est pas très populaire de parler d’héritage dans la relation fraternelle, convenons-en. Toutefois sans attendre la mort de ses paroissiens, l’Eglise diocésaine, chaque année, récupère un financement important par le legs des personnes. Il est parfois affligeant de voir l’argent repartir dans les caisses de l’état ou des organismes déjà largement pourvus, et de voir dans l’Eglise une raréfaction des legs assez importante. Lorsqu’il n’y a pas de descendance, il est important de rappeler la nécessité d’aider l’Eglise dans sa mission en léguant ses biens. Lorsqu’il y a des héritiers, et selon les limites de la loi française, il peut être propice de livrer une partie de ses biens à l’Eglise afin d’aider par les ressources à un renouveau structurel, même si le devoir premier reste le meilleur bien des enfants. Il faut savoir en parler, et se questionner sur son positionnement, mais surtout faire les papiers nécessaires à l’établissement d’un contrat qui puisse permettre à l’Eglise d’assurer sa mission.

1.1.5 Les prémices et autres participations

            Dans l’usage biblique, il est de coutume de verser les prémices de sa première récolte, c’est-à-dire concrètement son premier mois de salaire à Dieu à travers les services de l’Eglise. Cet usage s’est un peu perdu dans l’Eglise catholique mais reste présent dans les églises issues de la Réforme et surtout chez nos frères évangéliques. Cet usage est bon lorsqu’il se fait dans un esprit de partage et de liberté. Et il doit correspondre à de l’argent qu’effectivement nous avons. Je m’explique, une femme recherchait du travail, et avait commencé une neuvaine de prière en promettant de verser les prémices si elle trouvait un emploi. Or il s’avère qu’à la fin de sa neuvaine, après six mois de chômage elle trouve un travail. Et toute contente va verser son premier salaire à son Eglise. Seulement voilà, depuis six mois, elle n’avait pas payé le loyer, était en retard sur l’inscription de l’enfant à l’école, et avait des dettes à droite et à gauche. L’argent de son premier mois de salaire aurait dû être mis à profit pour régler les dettes du ménage avant toute autre anticipation, parce que le devoir d’état l’emporte sur les vœux. Elle aurait pu ensuite chaque mois mettre de côté pour honorer ses vœux, mais en aucun cas accumuler les difficultés sans se préoccuper de l’urgence de la situation. Nous ne sommes pas obligés de faire des vœux, mais une fois que nous formulons un engagement nous devons l’honorer avec discernement.

            D’autres participations financières peuvent se faire lors de la bénédiction d’une voiture, d’une maison, de la célébration des sacrements à la maison. Mais elles sont selon le choix des personnes et la capacité de partage. Là encore, je suis parti dans une ville des environs pour faire l’onction des malades, d’une personne étant alitée depuis plusieurs semaines, et sans revenus. A la fin de notre rencontre elle demande à sa mère d’emprunter de l’argent pour payer les défraiements. J’ai refusé parce que ce n’était pas juste. L’important est la prière, qu’on ait de l’argent ou pas. Verser dans une forme de simonie rampante est inique, et les serviteurs de Dieu doivent en être vraiment conscients pour ajuster la Parole aux actes. Cela demande un vrai discernement, et un accompagnement pour se faire aider à y voir clair.

1.2 Savoir ce que devient l’argent (compte rendu)

            Il importe d’être le plus transparent possible dans l’utilisation de l’argent. Cela demande plusieurs aspects pour lesquels nous devons être vigilants.

            Le premier aspect est la séparation entre le donneur d’ordre et l’exécuteur. Dans une entreprise, pour une saine gestion, il y a toujours dans un service de comptabilité une séparation entre ceux qui donnent les factures et ceux qui payent. Cela est vrai dans l’Eglise, des personnes sont là pour ramasser la quête et encaisser, d’autres pour faire les comptes, et un conseil économique pour donner les ordres de facture. Ce qui est vrai au niveau diocésain l’est aussi au niveau paroissial.

Le deuxième aspect est que nulle décision ne dépend d’une seule personne. Si chaque curé doit avoir un Conseil économique c’est bien parce que les dépenses ne se basent pas sur une seule personne, et que d’autre part, chacun doit rendre compte de ce qu’il dépense et les objectifs recherchés. Et aussi un rappel fraternel à être vigilant à la concordance des dépenses avec l’esprit évangélique. Il serait plus que douteux de n’avoir qu’un donneur d’ordre sans une visibilité communautaire de l’argent utilisé. Ce serait fonctionner sur un mode sectaire.

Le troisième aspect est de rendre des comptes à ceux qui ont donné, de l’utilisation de l’argent. Chaque paroisse normalement édite des comptes chaque année pour l’utilisation de l’argent, ce que nous faisons au niveau diocésain et sur anciennement les secteurs et aujourd’hui les doyennés. Il est important aussi d’en prévenir les paroissiens, ce qui n’a pas été fait sur Joinville sur les trois dernières années, c’est une faute j’en conviens. Néanmoins on ne peut pas vouloir responsabiliser les uns et les autres, si l’on ne donne pas les situations économiques et les évolutions. Comme on doit rendre compte sur les questions des uns et des autres, des masses de dépenses et de ce qu’elles contiennent. A part la masse salariale, normalement il n’y a pas grand-chose de confidentiel.

1.3 Se préoccuper des ressources et gérer les priorités

            Aujourd’hui très clairement les deux paroisses de Joinville sont dans des situations à peine à l’équilibre. Concrètement l’excédent observé sur les comptes provient d’un lissage des amortissements sur plusieurs années d’une part, et des travaux retardés d’autre part. Si sur St Charles, les quêtes ont augmenté permettant un équilibre des finances, sur Ste Anne et St Joachim de Polangis, c’est la location des appartements et les journées d’amitiés qui permettent l’équilibre. Sans cela la paroisse serait en déficit. Il ne faut pas tomber dans un climat alarmiste, mais juste savoir que la situation financière des paroisses de Joinville le pont n’est pas extraordinaire.

            Il revient donc à chacun d’entre nous de réfléchir pour revoir les charges et les ressources et assurer une certaine pérennité à l’œuvre pastorale dans le réalisme des moyens ce qui demande de vivre notre foi avec humilité. « Le Seigneur regarde les justes, il écoute, attentif à leurs cris » L’ajustement à la volonté de Dieu ne se fait pas dans la suffisance, mais avec une réalité de nos limites et l’accueil de la bonté de Dieu dans notre vie. La justesse de vie demande l’humilité du cœur pour accueillir la présence de Dieu et aussi la réalité fraternelle. L’humilité est chemin de communion. Elle introduit à un juste rapport entre Dieu et l’homme c’est pourquoi elle est la porte d’entrée de la sainteté. Le partage dans la réalisation des besoins et de ce que le Seigneur nous demande de vivre demande une hiérarchie des besoins à l’écoute de l’Esprit Saint.

Synthèse

Dans l’Eglise catholique parfois nous avons un langage beaucoup trop évanescent sur les questions d’argent comme si le spirituel méprisait le matériel au nom même d’un engagement pour le royaume. C’est très clairement un engagement gnostique qui voudrait qu’on le retrouve dans la vie spirituelle qui voudrait séparer le corps de l’âme. Or l’âme est au service du corps, et le corps est au service de l’âme, car tous deux ne font qu’un pour l’entrée au royaume. C’est corps et âme que nous serons face à Dieu. Le mépris de l’un par rapport à l’autre n’est pas rendre gloire à l’acte Créateur du Tout Puissant. Le matérialisme sombrant dans l’utilitarisme immoral et en se dédouanant de sa responsabilité, et le spiritualisme dans un oubli des contingences et du principe de réalité sont à vomir.

Puis je rappeler encore une fois, que le partage est souffle de l’Esprit Saint, donc un vent de liberté, et ne peut apparaitre ni comme un carcan, ni comme une obligation, ni même comme un « forçage » de main. L’amour demande la vérité du partage. Cela demande une conversion par rapport à l’avoir et revoir ce qui est premier dans notre vie. L’utilisation de l’argent doit être selon un ordre d’importance. Si les frères protestants abordent les questions financières de manière très décomplexée, jusqu’à l’étendre à une théologie de la prospérité, nous autres catholiques, sommes un peu timorés manquant parfois de justesse par rapport aux besoins réels, et parfois à travers un déséquilibre par toujours heureux. Je me souviens de cette célébration avec 450 / 500 personnes dans l’Eglise de St Charles et une quête de 40 € (et encore il y avait un billet de 20 et quelques pièces de 1 et 2 €, et environ 400 pièce de 1 ou 2 centimes) alors que le repas prévu par la suite contenait en alimentaire strict environ 10.000 €. Cette situation scandaleuse marque aussi une mentalité de refus d’un partage ecclésial pour une superficialité dans une culture fraternelle restrictive. Il nous faut dénoncer ces situations avec courage, même si cela choque, et que certains se ferment à toute conversion. La vérité de nos actes dit le souffle de liberté et nous fait habiter la paix intérieure et la joie de la communion avec Dieu.

2 Le partage spirituel

Vivre sa foi avec le Seigneur c’est voir les signes qu’Il me donne de vivre, et d’écouter sa Parole comme lieu de transformation de tout mon être. Les disciples d’Emmaüs écoutent le ressuscité leur parler, et prennent conscience dans leur cœur qu’il est tout brûlant, ils ont la vision spirituelle, alors que la vision physique elle, disparait. La première vision avec Dieu est de l’ordre de la rencontre personnelle. Mais nous avons besoin de signes. Le Seigneur envoie des signes tangibles de sa présence et Il vient au secours de la faiblesse de notre foi pour nous redire sa fidélité dans notre vie. En effet la fidélité est engagement sur le chemin de vérité du Christ en alignant notre vie aux Ecritures. Pas après pas il faut continuer de cheminer toujours plus avec Lui en profondeur, c’est-à-dire au plus intime de nous-mêmes. Et c’est là où nous voyons les traces de sa présence dès l’origine, et que tout notre être s’émerveille finalement. Oui, tout prend sens dans l’amour de Dieu et nous le manifestons auprès de nos frères à travers le service de la charité. C’est ainsi que nous sommes vraiment missionnaires.

2.1 Le partage comme service et non comme appropriation

Je reprendrai l’histoire racontée lors du parcours de l’Esprit Saint dans la vie de la cité, sur Mère Térésa. Un millionnaire américain vient voir la mère, pour savoir comment agir. Après plusieurs jours d’attente, il rencontre la Mère, et lui dit « je suis prêt à donner tout mon argent si vous me le demandez ». La Mère lui répond : « ce n’est pas votre argent ». Il rétorque, « pardon je suis actionnaire à 100 % tout m’appartient » et la Mère de lui rétorquer, vous n’en êtes que l’intendant. Utilisez votre argent à la lumière de l’Evangile.

Après un moment de silence elle lui demanda, vous êtes marié, votre argent doit être au service de votre femme et de vos enfants en premier, puis vous avez des salariés, vous devez faire en sorte que le bien commun de chacun soit préservé, s’il vous reste encore de l’argent, distribuez auprès de ceux qui sont proches et dans le besoin, ensuite vous pourrez donner le reste pour nos œuvres .Mère Teresa a simplement rappelé la hiérarchie de la charité qui demande de vivre notre devoir d’état et le service de charité dans la proximité. Rien ne sert d’envoyer de l’argent aux pays du Tiers monde, si le pauvre à la porte de la maison n’a rien pour manger. Il nous faut nourrir le pauvre Lazare avant de faire des grands projets. Il est important de rappeler la liberté du partage et en même temps l’impérative hiérarchie du service de la charité. La participation à la vie paroissiale, et l’utilisation des locaux demande une aide afin de garantir un bon fonctionnement matériel.

            Il nous faut rappeler que l’argent est au service de notre vie et non un maitre. Nous n’en sommes pas propriétaires mais intendant, et il nous faut sans cesse rappeler l’importance de discerner et mettre à distance pour ne pas nous laisser instrumentaliser.

2.2 Le partage de la relation dans la gratuité du temps

            La dimension du partage n’est pas simplement financière mais demande un regard bien plus large dans l’accomplissement des personnes et de la réalité des relations. Il ne sert à rien de vouloir ouvrir les frontières à l’immigration en étant le principal pourvoyeur d’armes dans le monde, créant violence et injustice dans une vision de spoliation et d’appropriation arbitraires. Il est vain de croire vivre le partage financier sans, en priorité, préserver la relation fraternelle, la travailler et lui faire porter un fruit qui demeure. Cela demande une vigilance dans ce que nous avons à vivre, d’abord au sein de la famille et ensuite dans l’accueil de la gratuité du temps.

2.2.1 Le partage nuptial

Le mariage est la grâce d’une communion où se vit la complémentarité dans la richesse des personnalités. Il faut rappeler cette vérité première avant d’établir un catalogue de toutes les réalités et les problématiques soulevées. Le mariage c’est de vivre la joie de la relation sous le regard de Dieu et dans une recherche permanente d’ajustement à l’autre dans le don sincère de soi-même. Cela demande de partager du temps ensemble pour approfondir la connaissance de l’autre et sans cesse rechercher à mieux s’ajuster. Le travail comme le sport ou l’activité extra familiale peut être la maitresse ou l’amant et s’inviter dans le couple de manière insidieuse jusqu’à en devenir odieux. Car il s’agit bien d’une libation aux dieux que d’oublier sa fidélité au Seigneur à travers le sacrement du mariage. La fidélité demande un engagement et si le travail et la relation à l’argent passent avant tout, cela grève la communion familiale. Ce n’est pas tant ce que nous avons, mais ce que nous construisons ensemble qui a de la valeur. Plus particulièrement « l‘amour envers sa femme devenue mère et l’amour envers ses enfants sont pour l’homme la route naturelle menant à la compréhension et à la réalisation de sa paternité. Là surtout où les conditions sociales et culturelles poussent facilement le père à se désintéresser d’une certaine façon de sa famille, ou du moins à être moins présent au travail d’éducation, il faut faire en sorte que l’on retrouve dans la société la conviction que la place et le rôle du père dans et pour la famille sont d’une importance unique et irremplaçable[xv]. »[xvi] Retrouvons l’intimité familiale pour vivre la liberté de l’amour dans la vérité de ce que nous sommes. Trop de fois nous habitons en cohabitation avant de rechercher la communion attendant de l’autre une première démarche. Le partage demande toujours un exercice de vérité pour discerner ce qui parait ajusté à la volonté de Dieu et conforme à notre désir profond d’un bonheur à construire et à préserver. Cela demande aussi une mise en commun de l’argent et certainement pas une aide vers la famille élargie restée au pays dans le dos de l’autre. C’est en couple que les discussions d’argent doivent aboutir à une générosité suivant les priorités discerner dans la prière et la réalité des besoins.

Que ce temps de l’avent soit pour chacune des familles un temps de se retrouver ensemble, de construire ensemble un mode de communion dans une recherche d’intimité. Cela commence déjà par avoir au moins une soirée tous les 15 jours de tête à tête pour vivre des choses ensemble, une ballade le long de la marne, un ciné, un restaurant, une activité où se tissent toujours plus fort les liens de la familiarité. Nous avons vite fait de croquer la pomme de la distanciation pour nous retrouver à la porte de sortie. Il nous faut retravailler la relation dans le couple pour trouver la juste distance, sans être étouffés en étant trop près, mais sans non plus éprouver une solitude en étant trop loin. Le couple est promis au bonheur dans l’union et non à la récrimination, contre l’autre, et parfois contre le Tout Autre.

Le partage se vit aussi à travers les enfants, et la gratuité du temps vécu ensemble. « Si les parents sont comme les fondements de la maison, les enfants sont comme les ‘‘pierres vivantes’’ de la famille »[xvii] Il nous faut choisir entre les activités de développement personnel et l’enfant, c’est clairement l’enfant qui est premier et qui nous aidera à nouer un cercle relationnel ajusté à notre devoir d’état. Afin de construire une communion familiale, cela sera facilité « …si les parents exercent sans faiblesse leur autorité comme un véritable «ministère», ou plutôt comme un service ordonné au bien humain et chrétien des enfants et plus particulièrement destiné à leur faire acquérir une liberté vraiment responsable, et si ces mêmes parents gardent une conscience aiguë du «don» qu’ils reçoivent sans cesse de leurs enfants »[xviii] De fait les enfants ont besoin d’une présence des parents plus qu’une aide au devoir ou des cadeaux à ne plus savoir qu’en faire. Passer du temps en famille, s’occuper de ses enfants, partager son temps dans le don de soi-même comme lieu de réalisation du sacrement du mariage est la voie de sanctification.

C’est pourquoi cela demande de fuir les situations d’orgueil qui nous font nous croire les égaux de Dieu, de vanité où nous pensons pouvoir nous passer de Dieu, et de suffisance comme un recentrement sclérosé sur soi-même. Au contraire l’accueil de nos limites et de nos capacités, la confiance en la grâce de Dieu par l’Esprit Saint, la configuration de notre vie à la croix et à la résurrection du Christ nous entrainent dans une prière fervente, une véritable relation avec notre Père, un dialogue dans la liberté de l’amour, un espace de bonheur en étant comblés de la plénitude de sa présence. Ainsi le sacrement du mariage est d’abord un sacrement du partage dans la réalité fraternelle et la complémentarité à travers l’altérité sexuelle. Les époux deviennent alors une église domestique appelée à rappeler les vertus théologales de la foi l’espérance et la charité. «Mémorial, le sacrement leur donne la grâce et le devoir de faire mémoire des grandes œuvres de Dieu et d’en témoigner auprès de leurs enfants; actualisation, il leur donne la grâce et le devoir de mettre en œuvre dans le présent, l’un envers l’autre et envers leurs enfants, les exigences d’un amour qui pardonne et qui rachète; prophétie, il leur donne la grâce et le devoir de vivre et de témoigner l’espérance de la future rencontre avec le Christ»[xix] Il y a un principe de générosité à travers le partage à travers une profusion accrue par le souffle de l’Esprit Saint et la vie de grâce. L’amour se vit en partage comme lieu de réalisation de chacune des personnes à travers le mariage, et comme réalisation d’un témoignage du bonheur dans la communion de l’Eglise. En effet « L’amour entre l’homme et la femme dans le mariage et en conséquence, de façon plus large, l’amour entre les membres de la même famille – entre parents et enfants, entre frères et sœurs, entre les proches et toute la parenté – sont animés et soutenus par un dynamisme intérieur incessant, qui entraîne la famille vers une communion toujours plus profonde et plus intense, fondement et principe de la communauté conjugale et familiale. »[xx]

Le partage en vérité demande d’être attentif à vivre la gratuité du partage comme lieu de réalisation de chacun dans le plan de Dieu. Il en va ainsi de la réalisation du sacrement du mariage. « La fécondité de l’amour conjugal ne se réduit pas à la seule procréation des enfants, même entendue en son sens spécifiquement humain: elle s’élargit et s’enrichit de tous les fruits de vie morale, spirituelle et surnaturelle que le père et la mère sont appelés à donner à leurs enfants et, à travers eux, à l’Eglise et au monde. »[xxi] L’appel à la fraternité commence déjà par une vie de famille où chacun a sa place, et est respecté dans sa dignité propre. Mais plus encore dans la construction d’une conscience éclairée par la recherche du vrai bien et l’aide à un discernement qui met en priorité l’amour de Dieu et du prochain. « L’Évangile nous rappelle également que les enfants ne sont pas une propriété de la famille, mais qu’ils ont devant eux leur propre chemin de vie. »[xxii]

2.2.2 La gratuité du partage

            Certains financièrement ne peuvent pas partager beaucoup. C’est une réalité sociétale, mais ils peuvent participer par la donation du temps à la construction de la communauté, et un témoignage auprès des gens de la cité. Comme je l’ai dit, et je le redis, tout n’est pas qu’une question d’argent. Le partage implique une responsabilité sur le temps que nous passons ensemble, que ce soit en famille ou en communauté. « Car l’homme, de par sa nature profonde, est un être social, et, sans relations avec autrui, il ne peut vivre ni épanouir ses qualités. »[xxiii] Or nous avons la responsabilité de notre frère, et de l’ajustement à notre vocation d’artisans de paix. Le rôle de la vie fraternelle demande d’entrer dans une gratuité du temps en participant aussi aux activités de la paroisse et en étant acteurs et non juste spectateurs des propositions ; Cela demande une vie de prière ancrée dans la méditation des Ecritures, et l’écoute aux motions de l’Esprit Saint pour essayer d’ajuster sa vie au plan de Dieu dans la vérité de ce que nous avons à vivre au moment présent. L’achèvement du dialogue fraternel se vit dans la communion et exige le respect de la dignité spirituelle en respectant la conscience de chacun.

            Aujourd’hui dans l’utilitarisme ambiant nous avons à rappeler la gratuité de la relation moralement bonne, et l’impératif de fraternité de chacun et de la communauté pour éclairer le sens de l’homme et illuminer sa dignité profonde. Chaque personne a du prix aux yeux de Dieu et est aimé de Dieu. Ce qui implique, par vocation notre appel à faire vivre cet amour dans une recherche de communion fraternelle. Le lien social aujourd’hui est plus que distordu avec une évaluation des distances toutes relatives et un « occupationisme » sans pareil. « En somme, les relations de l’homme avec ses semblables se multiplient sans cesse, tandis que la « socialisation » elle-même entraîne à son tour de nouveaux liens, sans favoriser toujours pour autant, comme il le faudrait, le plein développement de la personne et des relations vraiment personnelles, c’est-à-dire la « personnalisation ». »[xxiv] La vérité du partage demande de remettre au centre ce qui est essentiel et de le préserver comme lieu de restauration intérieure. Tout ce qui tient à la pâte humaine ne peut avoir pour référence l’utilité, et être déconnecté de l’agir moral ni être sacrifié sur l’autel du plus grand nombre pour s’affranchir de chaque personne dans son individualité. Le partage demande alors une vigilance envers chacun, comme une brebis à rechercher laissant les autres dans la sécurité des verts pâturages pour rechercher celle qui s’est égarée dans les chemins menant au gouffre de la finitude humaine et de ses travers.

            Il y a un vrai travail pour chacun d’entre nous, de la justesse de la relation et de notre participation dans la responsabilité de nos choix de vie et de l’appel propre à chacun. « Pour mener à bien cette tâche, l’Église a le devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile, de telle sorte qu’elle puisse répondre, d’une manière adaptée à chaque génération, aux questions éternelles des hommes sur le sens de la vie présente et future et sur leurs relations réciproques. »[xxv] Retrouver le sens de la fraternité, c’est travailler la gratuité de la relation dans le don de soi-même et l’éclairage du mystère du Verbe incarné qui nous rappelle l’impérieuse nécessité d’être disponibles et bienveillants dans l’accueil.

En effet je ne peux partager que dans un climat de confiance et d’écoute bienveillante, et certainement pas dans la peur et la suspicion. Cela demande une attitude de vérité quant aux actes et un accueil inconditionnel de la personne comme fils de Dieu, car elle est appelé à être aimé et à aimer en retour. Le véritable partage effectivement implique une réciprocité, mais n’est pas le point de départ du don, car la gratuité demande d’accepter aussi cette possible non réciprocité, et de continuer d’être fidèles à notre vocation d’amour en continuant de donner. C’est peut-être là une vraie difficulté spirituelle, qui demande de la pugnacité et en même temps de la persévérance.

2.3 Le partage comme lieu d’échange et de communion

La suffisance empêche la persévérance, c’est-à-dire la fidélité à Dieu et la confiance dans le temps à l’histoire d’amour qu’Il nous propose comme lieu de réalisation de notre vocation propre. Or nous avons vite des attitudes de pharisiens, lorsque nous savons ce que nos enfants doivent vivre sans même leur demander leur avis, ou en infléchissant leur choix pour notre propre confort. Nous sommes pharisiens lorsque nous nous tournons vers nos propres besoins sans être attentifs à l’appel de Dieu et aux besoins réels de nos frères. Nous sommes pharisiens, lorsque nous tournons le temps que nous avons vers nous-mêmes et oublions de vivre la communauté. Demandons au Seigneur une transformation du cœur pour être à l’écoute de sa Parole et vivre les conversions nécessaires pour une meilleure disponibilité ajustée à la volonté de Dieu.

 Et n’oublions pas que la parabole de Jésus est au Temple, lieu de la prière. « La foi n’est pas seulement une option individuelle que le croyant prendrait dans son intériorité, elle n’est pas une relation isolée entre le « moi » du fidèle et le « Toi » divin, entre le sujet autonome et Dieu. Par nature, elle s’ouvre au « nous », elle advient toujours dans la communion de l’Église. »[xxvi] La relation fraternelle est toujours un dialogue avec Dieu dans la réalité de ce que nous avons à vivre. L’esprit de communion des personnes est à vivre avec Dieu dans la Trinité, ultime espace d’union dans la prière nous dit St Thérèse d’Avila, mais aussi dans la communion des personnes à travers la réalité fraternelle, et les limites des uns et des autres. Un don de soi dans la gratuité de l’amour qui accepte la liberté pour accueillir pleinement la fécondité dans la réciprocité. Cette nouvelle famille que nous avons à construire chaque jour par la civilisation de l’amour, parents et enfants, membres d’une même communauté.

2.4 Les refus

L’orgueil peut apparaitre comme comptabilisation de la vaine gloire. « Je ne suis pas voleur injuste adultère » nous dit le pharisien de ce qui plait à Dieu mais hélas en même temps il juge son frère « ou encore comme ce publicain ». Le jugement du frère et un refus de sa propre conversion et de l’accueil du don de Dieu dans sa vie. Comme une mise à distance de la création pour se croire juge et maitre alors que nous ne sommes que des serviteurs. Le refus de transformation de sa vie qui se voit à travers l’autosuffisance de choisir ses propres référentiels du bien et du mal avant d’écouter la Parole de Dieu et la tradition vécue en Eglise. Elle se retrouve d’ailleurs dans l’expression ‘l’Eglise pense que… mais moi je…’. Comme le pharisien, nous nous mettons en dehors de l’Eglise, et nous jugeons ce qui ne nous appartient pas, nous avons à vivre l’obéissance dans l’Eglise et la recherche de l’intelligence de la volonté de Dieu et non dans une suffisance par rapport à ce que l’on vit ou ce que l’on croit par expérience. La vanité du moment nous empêche la prise de distance salutaire et la reconnaissance de nos limites humaines en nous reconnaissant pécheurs sauvés par la grâce. Nous sommes alors attentifs à réfléchir notre foi à l’aune de la raison. « L’humilité qui se laisse « toucher » par Dieu, fait partie alors de la théologie, reconnaît ses limites devant le Mystère et est motivée à explorer, avec la discipline propre à la raison, les richesses insondables de ce Mystère. »[xxvii]Nous ne nous positionnons pas orgueilleusement devant Dieu mais dans l’attente d’une illumination intérieure pour mieux comprendre sa volonté pour nous, et mieux le connaitre pour retrouver l’ajustement des origines.

Le refus du partage est un enfermement sur nos propres richesses, sur nos propres biens, et créé inéluctablement une forme de stérilité. « Pauvre fou ce soir Dieu te demande ta vie que restera t’il ? » La vanité des biens doit nous faire souvenir de la nécessité de la recherche du sens de ce que nous avons à vivre, et l’accueil des besoins des autres et de la responsabilité de nos propres dépenses. Utilisons nous toujours l’argent dans une recherche des désirs nécessaires et non dans une recherche de l’immédiateté des pulsions et l’achat compulsif « parce que c’est beau et il faut que cela se voie ». Une forme d’arrogance des biens qui font imperceptiblement glisser l’argent d’un moyen à une fin. Le discernement des frères et de ce que nous avons vraiment à vivre par la prière nous aide à vivre les conversions nécessaires à l’écoute de l’Esprit Saint. C’est Lui qui nous conduit lorsque nous lui faisons place dans notre cœur.

2.5 Le partage commun dans une recherche du bien

            Aujourd’hui il nous faut aussi être attentifs au partage commun dans le domaine de l’écologie et du respect de la création. « Le principe de la destination universelle des biens offre une orientation fondamentale, morale et culturelle, pour dénouer le nœud complexe et dramatique qui lie crise environnementale et pauvreté. »[xxviii] Ce qui demande une réorientation de nos biens par la recherche du don de ce dont nous n’avons plus besoin au lieu de vendre ou de jeter. Dans les dressings et nos bibliothèques, dans les jeux et autres objets, nous pouvons faire un peu d’ordre afin de savoir ce que vraiment nous utilisons et ce qui est de l’ordre du décoratif et de l’inutilité. Un instant de vérité pour savoir nous séparer du superflu pour aller à l’essentiel d’une part, et de donner à ceux qui en auraient besoin d’autre part. Il y a un principe de fluidité dans les biens, et d’enrichissement lorsque nous nous dépouillons de l’inutile pour nous recentrer sur l’essentiel. C’est un appel à l’intériorité et à la recherche d’une profondeur d’être qui nous fait trouver le sens et dynamise la profondeur de l’être pour témoigner d’un amour sauveur et vivre la joie promise.

            Le partage fraternel vécu dans la matérialité est aussi un ajustement de toute notre vie à la volonté de Dieu et un souci de justice pour mon frère. Si je gagne beaucoup d’argent et que mon frère en gagne peu, le partage de mes moyens rétablit l’injustice sociétale par l’ajustement relationnel. Ce partage se vit aussi dans l’accueil des facultés de l’autre et l’aide à l’emploi. Faire participer l’autre à travers ses talents à la construction de la civilisation de l’amour c’est aussi annoncer le règne de Dieu. L’aide fraternelle dans la réalisation de chacun et du partage des biens est une vraie richesse de notre foi. « Ces attitudes rendent l’homme capable de reconnaître la relativité des biens économiques et de les traiter comme des dons divins à administrer et à partager, car la propriété originelle de tous les biens appartient à Dieu. »[xxix] Un appel à la solidarité en vue du travail du bien commun et de la réalisation de la promesse du Christ dans le monde de ce temps. « Le Règne inauguré par le Christ perfectionne la bonté originelle de la création et de l’activité humaine, compromise par le péché. Libéré du mal et réintroduit dans la communion avec Dieu, tout homme peut poursuivre l’œuvre de Jésus, avec l’aide de son Esprit: rendre justice aux pauvres, affranchir les opprimés, consoler les affligés, rechercher activement un nouvel ordre social qui offre des solutions appropriées à la pauvreté matérielle et qui puisse endiguer plus efficacement les forces qui entravent les tentatives des plus faibles à sortir d’une condition de misère et d’esclavage. Quand cela se produit, le Règne de Dieu est déjà présent sur cette terre, bien que ne lui appartenant pas »[xxx] Le travail que nous avons à faire demande alors une disponibilité à l’appel du Seigneur et aux demandes de nos frères pour vivre pleinement la communion

Conclusion

« Qu’il vous donne d’accomplir tout le bien que vous désirez, et qu’il rende active votre foi. » Notre foi se fera active dans la communion que nous sommes invités à vivre parmi les fidèles. Cela demande d’être assidus à l’enseignement des apôtres, c’est-à-dire du magistère de l’Eglise aujourd’hui, et de ne pas en faire une soupe tiède dans le relativisme ambiant. La tradition de l’Eglise est là pour nous faire grandir dans un chemin déjà expérimenté par d’autres et que je suis invité à continuer dans l’humilité de l’obéissance. La communion à la fraction du pain invite à se réunir le plus souvent possible autour du service eucharistique. La fraction du pain est signe d’Emmaüs et en même temps de partage vrai. L’invitation à la prière qui se détache de celle de la fraction du pain nous invite alors à persévérer de différentes manières pour nous retrouver ensemble. Nous ne parlons pas que d’une messe du dimanche, mais d’une intensive fraternité où les uns et les autres se retrouvent régulièrement. Et de mettre tout en commun, cela inclut le partage. Vivre la fraternité passe par des choses très pratiques, même s’il ne faut pas pour autant être naïfs. Le récit de Zachée est éclairant sur ce point. Car lui aussi, comme nous, passe par cette expérience ecclésiale, la tradition des hommes faisait de Jésus un messie, et il accourt pour le connaitre. Il prend de la hauteur pour voir le Christ passer, et comprend qu’il est resté extérieur, et que le Christ s’invite à l’intérieur de son être. De là il vit le partage pour faire don de ce qu’il possède afin d’être pleinement disponible au salut de Dieu et entrer dans l’action de grâce pour tous les bienfaits que le Seigneur a faits dans sa vie. Le partage ainsi vécu dans la profondeur de l’amour trouve tout son sens, et s’accueille comme un retournement vers les autres et vers le Tout Autre. La vie eucharistique, la vie de prière, la rencontre personnelle avec Jésus, mon compagnon de route, prennent sens dans l’amour et le témoignage de vie que je donne à voir.

 Peut-être que dans un monde utilitariste où tout se marchandise, il faut rappeler la grandeur de la prière et la force du partage généreux, une gratuité du don qui entre dans la logique de l’amour. « La prière comme moyen pour puiser toujours à nouveau la force du Christ devient ici une urgence tout à fait concrète. Celui qui prie ne perd pas son temps, même si la situation apparaît réellement urgente et semble pousser uniquement à l’action. »[xxxi] Il nous faut maintenir ce dialogue d’espérance avec le Seigneur, ce lien personnel aux profondeurs de l’intime. La prière est le lieu de la rencontre, l’espace d’un instant qui s’éternisera lorsque nous serons face à Lui. La prière nous transforme et change nos choix de vie pour nous faire correspondre à la vérité de l’Evangile et partager nos biens pour entrer dans une vraie communion. La recherche de familiarité avec Dieu nous structure et nous fait retrouver l’identité originelle qui par grâce se renouvelle à travers une fraternité reconnue.. Nourris par cette attitude fervente, et accueillant la réalité fraternelle, nous entrons dans le service du prochain, nourris par la prière et portés par la grande espérance du salut qui nous amène à témoigner généreusement, en tout lieu, en tout temps de cet amour vivant. L’attention à la vie spirituelle développe l’expérience d’une confiance en Dieu et structure le petit d’homme pour connaitre l’amour dans le pardon et le détachement comme lieu de réalisation de la promesse. « C’est dans la paix qu’est semée la justice, qui donne son fruit aux artisans de la paix. « [xxxii]

Père Greg – Curé modérateur
Saint Charles Borromée – Joinville le pont. Doyenné de St Maur – Joinville, Diocèse de Créteil

Sources :

  • [i] Jc 2,5
  • [ii] Jc 2,14
  • [iii] Jc 2,15-16
  • [iv] &34 Lumen Fidei
  • [v] 2 Co 9,6-7
  • [vi] Jc 2,18
  • [vii] &58 Evangelii Gaudium
  • [viii] Dime de la terre Lv 27,30-33 dime de la fête Dt 12,10-18 et dime des pauvres Dt 14,28-29
  • [ix] Nb 18,26
  • [x] « Voilà pourquoi il (Judas Maccabée) fit faire ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu’ils fussent délivrés de leur péché «  (2 M 12, 46)
  • [xi] cf. DS 856
  • [xii] &1031 CEC
  • [xiii] Le casuel est la participation pour une célébration, 60 € pour le baptême, 250 € pour le mariage et l’enterrement
  • [xiv] 1 Co 16,2
  • [xv] Cf. Jean-Paul II, homélie aux fidèles de Terni, 19 mars 1981, nn. 3-5: AAS 73 (1981), pp. 268-271.
  • [xvi] &25 Familiaris consortio
  • [xvii] &14 Amoris laetitia
  • [xviii] &21 Familiaris consortio
  • [xix] & 13 Familiaris consortio citant Jean-Paul Il, discours aux délégués du Centre de liaison des Equipes de recherche (CLER), 3 novembre 1979, n. 3: lnsegnamenti di Giovanni Paolo II, II, 2 (1979), 1032
  • [xx] &18 Familiaris consortio
  • [xxi] &28 Familiaris consorti
  • [xxii] &18 Amoris laetitia
  • [xxiii] &12/4 GS
  • [xxiv] &5 GS
  • [xxv] GS 1
  • [xxvi] &39 Lumen Fidei
  • [xxvii] &36 Lumen Fidei
  • [xxviii] &482 cdse
  • [xxix] &324 CDSE
  • [xxx] &325 CDSE
  • [xxxi] &36 Dieu est amour
  • [xxxii] Jc 2,18

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