2019. Lettre de l’Avent 1/4

« Accueillez-vous donc les uns les autres comme le Christ »

Nous sommes appelés par notre vie et nos choix à édifier nos frères en laissant transparaître le Christ. Il est non seulement la lumière de ma vie, mais encore, celui qui me guide et que je partage à tous comme une joie sans cesse renouvelée. L’Avent est à comprendre alors comme ce temps de la promesse et celle-ci vient enfin à son accomplissement. Voici le temps d’une nouvelle fraternité lorsque le Christ vient transformer tous nos rapports à travers la logique de l’amour. Une espérance renouvelée par le Christ Rédempteur et elle demande une transformation de ma vie, à me tenir prêt à sa venue et à l’accueillir de manière inconditionnelle, et non pas subordonnée à mes propres désirs. Le Christ n’est pas venu pour quelques uns, mais pour tous, nos propres enfermements nous empêchent de la voir c’est un fait, mais l’accueil de sa venue est une grâce et sa réception dans notre vie une source de vie. « La grâce de la contemplation n’est pas donnée à des hommes supérieurs et refusée aux tout-petits.. S’il n’est aucune catégorie de fidèles qui en soit exclue, quiconque tient son cœur au-dedans peut être éclairé de sa lumière, … personne ne peut se glorifier de cette grâce comme un privilège »[i] Il nous faut donc cultiver l’humilité pour être attentifs à toujours être accordés à la présence de l’Esprit Saint, un mouvement d’orgueil peut si vite nous faire chuter des hauteurs aux profondeurs, la vie de Lucifer en est révélatrice. La lumière n’est pas pour elle-même mais nous conduit vers Dieu à l’origine de toute chose. Nous avons donc à regarder notre histoire pour comprendre la réalisation progressive de la promesse et en témoigner autour de nous comme témoins de ce que nous avons vu et entendu. Ainsi nous aiderons chacun à reconnaitre le signe d’une naissance, du Christ Rédempteur, car celui-ci vient vraiment nous sauver une fois pour toutes. 

1 / « Venez… marchons à la lumière du Seigneur »

            L’obscurité de ce monde et de notre histoire, la réalité face à l’épreuve, et aux tentations nous font éprouver le besoin de vérité dans notre vie, afin de retrouver la lumière divine, car celle-ci éclaire toute notre histoire d’un aspect nouveau. Le choc de la maladie comme celui de la détresse face aux violences et aux épreuves de la vie nous demande à un moment donné de nous tourner vers Dieu et de Lui demander son aide efficace. Marcher à la lumière du Seigneur c’est éclairer notre vie de sa Parole, cheminer dans la prière, et agir dans le service de charité fraternelle. « Mettons fin aux désirs du monde, au moins avec la fin de ce monde ; imitons la conduite des hommes de bien, autant que nous le pouvons »[ii] Se laisser guider par la lumière de Dieu c’est vouloir rechercher le bien autour de nous et le vivre en nous pour ensuite le déployer dans toutes nos actions. L’amour est toujours plus puissant que tout dans le temps. D’où l’importance de la gestion du temps pour vivre la foi avec persévérance et attendre que vienne se réaliser pleinement la promesse. La bonne attitude spirituelle demande de tenir deux aspects : celle de la contemplation de Dieu et celle de l’action envers le frère. « L’amour de Dieu se rapporte à la vie contemplative, l’amour du prochain à la vie active »[iii] Une complémentarité que nous devons faire dans nos choix de vie pour tenir ce qui est premier dans ce que nous avons à vivre dans un contexte précis. Lorsque nous perdons cette complémentarité, soit nous sommes dans un activisme sans but, soit dans l’illusion spirituelle affairés à ne rien faire.

1.1 la lumière du Christ

            Il y a bien une recherche dans l’accomplissement de la promesse introduite par un temps préparatoire juste avant l’occasion. L’avent est une promesse qui tend à se réaliser. Il est ce temps de préparation où les désirs de Dieu deviennent une rencontre avec Jésus. « Celui qui croit, voit ; il voit avec une lumière qui illumine tout le parcours de la route, parce qu’elle nous vient du Christ ressuscité, étoile du matin qui ne se couche pas »[iv] Une lumière du Verbe incarné attendu depuis le début de l’alliance, comme un jour de joie. Le Christ vient illuminer toute notre existence de la présence de Dieu puisqu’il est la source de la vie, et l’envoi de l’Esprit Saint conduit notre intelligence à contempler le mystère de la révélation dans l’action de grâce. Cette lumière sur la route nous met en chemin, et nous devons être acteurs par nos choix de vie afin de mettre Dieu en premier C’est-à-dire disposer de tout ce qu’il nous est donné de vivre pour nous ajuster à la volonté de Dieu et nous servir de ce dont nous avons besoin sans abuser sur le superficiel.

            Reconnaître la lumière du Christ demande de nous préparer à sa venue. Il nous faut nous préparer à l’illumination en travaillant notre foi par la fidélité aux Ecritures, en œuvrant pour l’espérance dans la méditation de l’Alliance, et veillant à travers l’amour par le service continu du don sincère de soi-même afin de faire advenir la venue du Royaume. Cela demande de nous défaire des fascinations techniques, souvent perçues comme des naufrages éthiques, et se révélant comme collaborant à la culture de mort. Il nous faut refuser les chimères lumineuses aux vapeurs diaboliques et toujours clivantes, tant en matière juridique qu’économique ou sociale. La foi ne se négocie pas aux valeurs culturelles prégnantes de l’époque, mais elle demande une conversion de tout notre être et de toute notre culture pour laisser Dieu s’inscrire dans notre langage culturel, nous conduire dans notre bien commun et produire des fruits de paix et de joie. Trop souvent l’individualisme et les formes de corruptions à travers le fantasme d’un enrichissement immédiat à occasionné la violence, l’instrumentalisation du frère, et la mort de l’âme. Au naufrage dont tout cela est issu, un refus de conversion manifeste introduit alors une difficulté à se projeter dans l’avenir. Comme si tout était une fin au dernier souffle. Comme si Dieu était une belle idée sans suite. Ils se trompent. Ils nous trompent. La lumière de la foi nous illumine sur le sens de ce que nous avons à vivre, et nous redonne de rechercher les signes que nous gardons en mémoire comme une promesse de marche vers la cité de Dieu. Il ne suffit pas de se mettre en marche, encore faut-il se mettre en marche vers le Royaume, avec Jésus pour Berger. Les pèlerinages que nous pouvons faire c’est donner des pieds à notre foi, et prier avec notre corps à la suite du Christ. Un déplacement de Nazareth à Bethlehem (200km) pour reconnaitre le messie à naitre. La lumière du Christ est la clé de notre ‘marcher ensemble’ pour témoigner de l’Evangile de la vie, l’Evangile de la joie, l’Evangile de la véritable paix, Une parole incarnée chassant les ténèbres et toujours ajustée au Père dans le souffle de l’Esprit Saint. « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. »[v] Un pèlerinage vers une libération promise et une restauration d’un royaume de paix « De leurs épées ils forgeront des socs de charrue et de leurs lances, des faucilles… on ne s’entraînera plus pour la guerre »

1.2 Nécessaire conversion

            La demande de conversion de Jean le Baptiste continue de résonner dans ce monde contemporain, pour retrouver le sens de Dieu et de la valeur sacrée de la lumière de la vie. Une témoignage prophétique de notre baptême juste en rappelant la source de la vie, « Conduisez-vous en enfants de lumière… Discernez ce qui plaît au Seigneur, et ne prenez aucune part aux œuvres stériles des ténèbres »[vi]. Dans la situation sociale actuelle, marquée par un affrontement dramatique entre la « culture de la vie » et la « culture de la mort », il faut développer un sens critique aigu, permettant de discerner les vraies valeurs et les besoins authentiques. »[vii] Nous ne devons pas nous adonner à la perversion des valeurs quand bien même elles sont rendues légales par la loi et admises comme modernes par l’abrutissement médiatique. Nous avons besoin de montrer une résistance aux tentations idolâtriques en refusant ce qui blesse la communion, et rejetant ce qui dévoie la Parole et les mœurs, pour affirmer la vérité de l’amour car celle-ci refuse toutes les compromissions. N’abusons pas de la miséricorde du Seigneur, mais essayons jour après jour de faire grandir l’amour dans notre vie pour accueillir tout homme comme mon frère, et refuser tout acte de péché, en le nommant, le dénonçant avec charité, et en ouvrant l’espace d’une conversion possible guidé par l’Esprit Saint « Il est urgent de se livrer à une mobilisation générale des consciences et à un effort commun d’ordre éthique, pour mettre en œuvre une grande stratégie pour le service de la vie. Nous devons construire tous ensemble une nouvelle culture de la vie: »[viii] La marche de l’avent est aussi une marche pour la culture de vie en prenant conscience de la dignité de l’homme et de clairement orienter ses choix vers la recherche du meilleur bien. Rappelons que la conscience éclairée doit sans cesse être illuminée par la lumière du Christ et en tout cas ne peut se résoudre à être entravée par d’autres au nom d’idéologies qui sous les bonnes intentions se révèlent toujours perverses. La conscience est cet espace intérieur où nous devons effectuer un choix libre, conforme à notre dignité humaine et en responsabilité avec la Parole de Dieu. Elle est propre à chacun et nul ne peut y exercer une force sans porter gravement atteinte à la dignité de la personne. Cela n’empêche pas de travailler à la formation des consciences pour permettre à chacun de se forger une bonne opinion, et dans la lumière de la vérité faire des choix qui libèrent. D’autres, hélas, quand bien même éclairés, refusent la conversion et s’enferment dans des choix mortifères. Mais la conscience reste le sanctuaire de la personne, où Dieu peut encore souffler librement pour aider à un choix qui remet debout.

            Effectivement, accueillir la lumière du Christ rédempteur demande de transformer notre vie au rythme de la parole et de s’impliquer pour des choix de vie. « la réconciliation est un don de Dieu, une initiative de Dieu. Or notre foi nous enseigne que cette initiative se concrétise dans le mystère du Christ rédempteur, réconciliateur, du Christ qui libère l’homme du péché sous toutes ses formes »[ix] Le recours au sacrement de réconciliation n’est donc pas une récompense au sacrement mais un chemin de sainteté autour de la maturation de la foi et de la recherche de communion d’amour. Certains attendent les grandes fêtes pour se confesser et ainsi approcher de la communion sans se poser de questions sur leur vie spirituelle tout au long de l’année. Pire encore, d’autres, profanateurs, viennent communier sans s’être confessé depuis des années. La lumière du Christ appelle à recevoir l’ajustement de notre vie à la volonté de Dieu et à nous préparer à recevoir le salut à travers une vie de prière, et d’ajustement à la volonté de Dieu, une vie de charité, toujours ouvert sur mon frère que je vois et sur Dieu que je contemple, une recherche du bien commun en portant la lumière du bien commun au cœur de la cité et attentif à la place de chacun dans la vérité des actes.

            La lumière de la foi éclairant en vérité notre intelligence nous demande alors de comprendre qu’il y a bien une gradation parmi les péchés, quand bien même le péché mortel détruit la charité sans tuer la vie spirituelle et que le péché véniel est un choix désordonné qui ne touche pas à l’orientation fondamentale de vivre avec Dieu. Aujourd’hui on est clairement dans une perte du sens de ce qu’est le péché et d’amoindrir la conscience pour ne pas en porter la responsabilité. Seulement cette vision parfois émotionnelle ne respecte pas la vérité des actes et la réalité de notre conscience profonde. Le «  sens du péché a sa racine dans la conscience de l’homme et en est comme l’instrument de mesure. Il est lié au sens de Dieu, puisqu’il provient du rapport conscient de l’homme avec Dieu comme son Créateur, son Seigneur et Père »[x] Nous conduire honnêtement, c’est prendre conscience de notre baptême et de notre élection propre pour faire les choix de vie et refuser l’endormissement de notre volonté dans un relativisme indigent et godiche même si on veut absolument le qualifier de moderne pour atténuer la gravité du clivage. 

1. Synthèse

            La foi reconnait en Christ la lumière des nations et nous amène à vivre pleinement notre engagement avec confiance et persévérance pour rendre un témoignage authentique. « L’Esprit Saint court en tout sens, splendeur de feu… Il jette au cœur des élus les flammes de l’amour afin de les frapper de terreur, comme fait la foudre et d’embraser de son amour ces cœurs engourdis »[xi] Rien ne sert d’attendre si nous refusons la conversion. La lumière de vérité est là pour éclairer l’amour dans la réalité de nos vies, et nous engager humblement sur une transformation pour la recherche de communion avec Dieu et d’unité avec nos frères. « Faute d’avoir d’abord l’humilité, on ne gravit pas les degrés des dons spirituels »[xii] L’avent nous prépare à la rencontre dans une nouvelle compréhension de notre rapport à Dieu et du cheminement à faire pour pleinement recevoir le don comme lieu de régénération, et non dans une appropriation mal avisée. « Rejetons les activités des ténèbres, revêtons-nous pour le combat de la lumière » nous invite Saint Paul, Il nous faut donc bien nous tenir prêts pour l’avènement du Royaume afin de reconnaître son Seigneur quand il viendra à notre rencontre.

2/ « Un rameau sortira de la souche de Jessé »

            L’avènement du Christ permet de relire notre histoire propre et d’être à l’écoute des Ecritures pour méditer la Parole dans notre cœur et la témoigner dans ce que nous sommes appelés à vivre.

2.1 Une promesse de bonheur réalisé par l’incarnation du Christ

            Notre histoire a une généalogie, c’est-à-dire une promesse de bonheur donné à nos pères et qui doit s’accomplir dans nos vies lorsque nous laissons Dieu aux commandes. « La foi est liée à l’écoute. Abraham ne voit pas Dieu, mais il entend sa voix. De cette façon la foi prend un caractère personnel ».[xiii] La recherche de paternité dans la foi est fondamentale pour comprendre l’histoire du salut. Car Dieu déploie son œuvre à travers l’histoire des hommes, et la promesse continue de génération en génération et nous en sommes les derniers témoins de notre arbre généalogique. « De cette façon la foi prend un caractère personnel. Dieu se trouve être ainsi non le Dieu d’un lieu, et pas même le Dieu lié à un temps sacré spécifique, mais le Dieu d’une personne, précisément le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, capable d’entrer en contact avec l’homme et d’établir une alliance avec lui. »[xiv] La promesse s’inscrit dans notre histoire et demande des fruits de conversion afin de bénéficier pleinement de la grâce de l’Esprit Saint. L’incarnation du Christ est la réalisation de la promesse du salut et éclaire le sens de toute notre histoire, hier, aujourd’hui et demain. « Il existe donc entre l’Esprit Saint et le Christ, dans l’économie du salut, un lien intime, par lequel l’Esprit agit dans l’histoire de l’homme comme « un autre Paraclet », assurant durablement la transmission et le rayonnement de la Bonne Nouvelle révélée par Jésus de Nazareth »[xv] Dans un pays de culture judéo chrétienne, érigé par mes pères, je peux affirmer librement l’engagement de ma fidélité au Seigneur. Grâce à la conversion de mes ancêtres je peux accéder au message du Christ. Dans mon histoire familiale, il y a bien les jalons d’un choix responsable que j’ai pu prendre pour hériter de la promesse du salut.

Ainsi, la complémentarité du couple aide à comprendre comment se réalise cette promesse. Dans la tradition judéo-chrétienne, la femme donne la vie, l’homme donne l’identité, ce qui est expliqué par l’arbre généalogique dans la relation au Père. Notre première identité est d’être créés à l’image de Dieu selon sa ressemblance, certes, mais elle se vérifie dans l’histoire généalogique, parce qu’elle révèle la promesse qui se réalise. « Ceux qui ont la ferveur de l’esprit : réchauffés à la chaleur de l’Esprit Saint, il croissent dans les vertus, comme à la lumière de midi…Les hommes qui bien initiés aux sacrements de la foi, n’ont pas sombré par la suite dans les profondeurs du vice, pourront parvenir aux joies mystérieuses… ceux qui ont débuté dans la chaleur et la lumière, puis sont tombés par leurs péchés dans le froid et l’obscurité, pourront venir au pardon grâce au vif aiguillon du repentir et connaître la véritable liesse qui récompense au-dedans »[xvi] Nous sommes bien responsables des talents que nous avons reçus, et nous ne pouvons ni accuser notre famille, ni accuser notre histoire des choix que nous faisons aujourd’hui, car lorsque nous en prenons conscience, nous en sommes forcement acteurs .Dois-je continuer dans l’héritage familial, ou bien transformer ma vie à la recherche de l’Esprit Saint, source de paix et de joie ? « L’origine divine de cet esprit de vie explique l’insatisfaction perpétuelle qui accompagne l’homme au cours de sa vie. Créé par Dieu, portant en lui-même une marque divine indélébile, l’homme tend naturellement vers Dieu »[xvii] Il nous faut donc vivre le combat spirituel contre les tentations des désordres contre nature. Dieu créé tout homme dans la recherche d’un bien et non dans des désirs désordonnés. A chacun de comprendre et réaliser pleinement la volonté de Dieu dans sa vie et d’entrer dans une recherche active de la communion avec Dieu par l’écho des Ecritures lues et méditées.

Cela nous implique à dire avec charité et fermeté que nous sommes tous appelés à la sainteté malgré les tendances qui peuvent nous traverser, et que nous avons à vivre des choix de vie et non nous soumettre au dictat de la culture de mort. « Il s’ensuit que seule l’éducation de l’amour enracinée dans la foi peut conduire à acquérir la capacité d’interpréter les «signes des temps», qui sont l’expression historique de ce double amour (amour de Dieu poussé jusqu’au mépris de soi, amour de soi poussé jusqu’au mépris de Dieu St Augustin) »[xviii] La foi n’est donc pas un supermarché selon l’accointance de nos désirs, mais bien une aventure à la lumière de la Parole de Dieu au souffle de l’Esprit Saint et au service de charité envers le prochain. « Nous sommes le peuple de la vie parce que Dieu, dans son amour gratuit, nous a donné l’Evangile de la vie et que ce même Evangile nous a transformés et sauvés. Nous avons été reconquis par l’« auteur de la vie »[xix] au prix de son précieux sang[xx] et par le bain baptismal nous avons été insérés en lui [xxi], comme des branches qui tirent du même arbre leur sève et leur fécondité[xxii]. Renouvelés intérieurement par la grâce de l’Esprit, « qui est Seigneur et qui donne la vie », nous sommes devenus un peuple pour la vie et nous sommes appelés à nous comporter en conséquence. »[xxiii] Elle est là notre racine, notre historicité spirituelle généalogique. Elle est là inscrite dans notre histoire personnelle et communautaire. D’ailleurs nous pouvons nous interroger sur la signification concrète de l’appartenance messianique.

2.2 De la racine de Jessé au don de l’Esprit

Qui est Jessé dont le nom signifie l’homme de Dieu ? Père de huit enfants, dont le petit dernier David devient le grand roi d’Israël. C’est à son époque qu’il y eut la plus grande expansion du royaume mais cela ne durera pas longtemps puisqu’après son fils Salomon, le jugement de Dieu devant le péché du roi, selon les Ecritures, divisa le royaume en deux ; Juda au Sud et Samarie au Nord. Jessé est de la descendance de Juda, et habite Bethlehem de Juda (où naitra Jésus, il existe un autre Bethlehem mais mal identifié par les archéologues et les exégètes). Toute la royauté d’Israël est reconnue à partir de David, et de son père Jessé dont nous avons la première lecture «Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. » Puisque le premier roi Saul est mort sans avoir pu léguer le royaume, la bénédiction de Dieu s’étant retirée, la dynastie royale commence bien avec David. L’importance de rappeler la promesse à partir de la bénédiction de Dieu, montre la constance de la Parole de Dieu dans l’histoire des hommes malgré les péchés et les refus d’Alliance, Dieu reste fidèle, toujours fidèle, car Il ne peut se renier lui-même. Il continue de déployer son amour jusqu’à ce qu’il y ait un disciple qui dise oui à son amour. C’est en cela que nous sommes appelés à donner notre vie pour le règne de Dieu dans le sacerdoce. « Quels sont donc les prêtres gardiens du Temple de Dieu, sinon ceux qui par la prière, la prédication, la promotion vigilante des activités de l’esprit défendent la Sainte Eglise contre les incursions des esprits du mal, les suggestions des pervertis, les erreurs des hérétiques »[xxiv] Le pasteur au service de la charité doit enseigner la saine doctrine et vivre des sacrements et en faire vivre son peuple par une connaissance pratique dans les célébrations et l’accompagnement du « sensus fidei » (le bon sens des fidèles) tout en encourageant les appels à vivre la fraternité en toute occasion à travers la prière et l’action caritative. Les repas fraternels que nous faisons le samedi soir sont un rappel d’une fraternité à partager simplement mais qui est un signe efficace, et un témoignage auprès de tous. Nul n’en est dispensé. Ensuite, il est vrai selon les agendas que tous ne peuvent être présents à chaque fois. Mais entre être à chaque fois absent, et être présent quand c’est possible, il y a une forte nuance et un discernement à opérer.

Notre généalogie spirituelle trouve sa source dans l’Esprit du Seigneur et les 7 dons de l’Esprit Saint car ilsi interviennent non seulement dans notre âme mais aussi dans notre corps. Et Isaïe, selon St Grégoire le Grand énumère les dons de l’Esprit Saint par ordre décroissant, La sagesse, et l’intelligence, l’esprit de conseil et de force, l’esprit de science et de piété et la crainte du Seigneur. La piété et la crainte du Seigneur sont la même expression d’un amour qui souffre de penser offenser Dieu (crainte) et son prochain (piété). Le mot piété dérivera d’ailleurs en pitié pour son prochain par amour et non par mépris ou condescendance. Cela demande la science pour progresser dans la connaissance et avoir l’attitude la plus juste dans l’intelligence de la relation et des rapports et la force pour avoir l’énergie nécessaire au courage et en même temps à la persévérance. C’est-à-dire dans un esprit de vigilance pour prendre la hauteur nécessaire au discernement (esprit de conseil). Tout cela demande les deux dons par excellence que sont l’intelligence pour pénétrer le mystère de Dieu, et la sagesse pour le contempler dans son œuvre et s’y associer dans un ajustement toujours renouvelé. Il s’agit bien dans un rapport ajusté à la volonté de Dieu notre Père d’avoir le rapport ajuste à nos frères dans nos actes, et dans le discernement de leurs propres actes, chacun selon le degré d’autorité qu’il possède. Notre Dieu participe à l’histoire des hommes dans le mystère de la révélation et l’universalité de son action, l’amour est présent. « Si Jésus Christ lui-même est la révélation suprême et la plus complète de Dieu à l’humanité, le témoignage de l’Esprit en inspire, en garantit et en confirme la transmission fidèle dans la prédication et dans les écrits apostoliques[1], tandis que le témoignage des Apôtres en assure l’expression humaine dans l’Eglise et dans l’histoire de l’humanité. »[xxv] La généalogie de notre foi commence vraiment alors par l’onction du baptême et la réception de l’Esprit Saint à la tradition apostolique de là découle d’ailleurs notre devoir de communion dans l’humble reconnaissance des dons offerts. Ce qui demande aussi d’ailleurs une certaine humilité dans le positionnement, que rappelle si justement Jean aux pharisiens venus l’interroger « il se tient parmi vous celui que vous ne connaissez pas ». 

3/ « Voici que j’envoie mon messager devant toi »

            Est-ce que Jésus à fait de nous des témoins de son Evangile ou des consommateurs de la Parole et des spectateurs dans notre façon d’agir ? L’annonce de l’Evangile fait partie de notre responsabilité à vivre la fraternité. Elle n’est pas annexe au service de la charité mais bien au cœur de ce service. Par l’amour que nous avons les uns pour les autres, nous témoignons efficacement de l’amour de Dieu au monde. « La présence de Dieu accompagne la recherche sincère que des personnes et des groupes accomplissent pour trouver appui et sens à leur vie. Dieu vit parmi les citadins qui promeuvent la solidarité, la fraternité, le désir du bien, de vérité, de justice. »[xxvi] La présence de Dieu passe par l’accomplissement des vocations prophétiques de ceux qu’Il envoie. Nous avons à être signes de cette grande espérance du salut. Quel est le témoignage que nous pouvons avoir sur notre engagement minimaliste dans la vie paroissiale ? De quelle espérance répondons-nous dans nos propositions où parfois nous sommes si peu nombreux ? Et parallèlement quel est le message de communion lorsqu’il semble que nous ne communiquions pas bien les informations ? Un travail de conversion est à vivre en Eglise pour répondre de notre foi au monde de ce temps. « La mission doit être au cœur de la vie de nos paroisses et non l’organisation ou le fonctionnement »[xxvii] Témoigner du Christ est de l’ordre du vrai partage fraternel, il redonne sens à tous ceux perdus dans l’errance du vide intérieur et d’une société de l’avoir, individualiste et d’une moderne désespérance. Envoyé pour témoigner c’est rendre compte de cette mystique de la fraternité. Une reconnaissance en chacun de l’image du Dieu amour appelé à la vérité de la ressemblance. Ne laissons pas la distance se faire dans nos relations ou dans la pratique de la foi, l’espérance et la charité. Ne nous laissons pas aller sans affirmer notre volonté d’aimer Dieu et nos frères en écho à l’Evangile. Interrogeons-nous sur ce que nous témoignons, non dans une recherche culpabilisante, mais bien à la lumière de la vérité, redresser ce qui est tordu et réchauffer ce qui est froid afin de laisser l’Esprit Saint faire son œuvre en nous et autour de nous.

            « Es-tu celui qui doit venir ? » Voici le cousin qui du fond de sa prison se renseigne sur Jésus. Des profondeurs de son obscurité, il lui semble discerner la lumière véritable. Le questionnement de la foi passe souvent par l’épreuve. « Cette foi est presque toujours, aujourd’hui, confrontée au sécularisme, voire à l’athéisme militant : elle est une foi en butte aux épreuves et menacée, bien plus, une foi assiégée et combattue »[xxviii]. Mais elle est aussi l’épreuve d’un manque de liberté que nous pouvons connaitre à travers la maladie, la perte d’un être cher, ou le déséquilibre de notre vie personnelle ou professionnelle. Alors se pose la question : qui est Dieu ? C’est là que nous entrons à l’écoute de la foi, de ce que nous comprenions intellectuellement pour entrer dans cette foi que nous comprenons avec le cœur, dans le langage de l’amour et la recherche de notre élection première. Oui, à quoi Dieu nous appelle, et quelle a été notre histoire ? Du coup on se demande comment discerner ce que nous avons à vivre, à la suite des disciples de Jean à Jésus. Pour chacun d’entre nous, il faut reconnaitre dans sa vie les pas de Dieu, et lire les signes dans l’existence de nos frères pour comprendre la sagesse évangélique à suivre. C’est pourquoi nous devons retrouver cette affection pour Dieu et accepter sa volonté en toute chose, malgré ce que nous traversons de manière personnelle et communautaire. Néanmoins nous avons besoin de témoin qui nous rappelle ce que nous avons à vivre dans l’instinct de la foi. Comment reconnaitre les signes de l’Esprit ? De manière intuitive par une ferveur sans faille et redecouvrir ainsi la grande espérance du salut auquel nous sommes tous appelés.

3.1 Mission de témoin

            Notre témoignage demande d’être sûr de la mission à laquelle nous sommes envoyés. Le sens de la question de Jean, dit le baptiste doit être pris dans cette notion de comprendre ce pour quoi nous sommes envoyés. « La mort de Jean Baptiste, précurseur du Sauveur, atteste aussi que l’existence terrestre n’est pas le bien absolu: la fidélité à la parole du Seigneur est plus importante encore, même si elle peut mettre la vie en jeu[xxix]. Et Etienne, alors qu’on lui enlève la vie temporelle parce qu’il était un témoin fidèle de la Résurrection du Seigneur, suit les traces du Maître et répond par des mots de pardon à ceux qui le lapident[xxx], ouvrant ainsi la voie à l’innombrable cohorte des martyrs vénérés par l’Eglise dès ses origines. »[xxxi] Il est important de reconnaitre que le pardon fait partie du témoignage de l’amour et n’est pas assujetti ni à la justice ni à la réparation, mais juste au témoignage véridique, offrande à Dieu et oblation pour nos frères. Néanmoins elle ne l’exclut pas non plus, mais redisons le, ce n’est pas un préalable. Le témoignage devient alors ce dialogue de confiance continue malgré les ruptures de communion et celui-ci persévère comme ajustement de la relation jusqu’à l’illumination intérieure où Dieu est vraiment compris comme l’unique nécessaire.

Dans l’accueil du témoin, nous retrouvons notre vocation première. L’appel de Dieu n’a jamais cessé parce que « L’homme est l’objet le plus personnel de la providence amoureuse et paternelle de Dieu. »[xxxii] Le témoin nous introduit dans notre héritage de fils de Dieu appelés à être des fils de la lumière en laissant l’Esprit Saint nous guider tout au long de nos choix de vie. Comme une volonté de vivre l’Esprit Saint en toute chose, et cela demande un engagement fort où nous laissons la Parole nous modeler, et puiser dans la vie en Dieu la joie de notre quotidien « Jésus est l’unique Evangile… Annoncer Jésus, c’est justement annoncer la vie »[xxxiii] Pas n’importe laquelle, mais la vie où nous sommes familiers de Dieu, celle où nous sommes ajustés aux Ecritures et nous mettons la valeur de la vérité de l’amour au plus haut de nos préoccupations. Une vie où nous nous retrouvons dans le don sincère de nous-mêmes et l’accueil de l’autre dans le mystère du Verbe incarné. C’est pourquoi après les témoins, nous sommes envoyés pour partager cette nouveauté surprenante du Christ Rédempteur que nous attendons dans ce monde pour le salut promis à tous. Un éblouissement de notre vocation repris par St Grégoire de Nysse « L’homme qui, parmi les êtres, ne compte pour rien, l’homme qui est poussière, paille, vanité, dès qu’il devient fils adoptif du Dieu de l’univers, est le familier de cet Etre dont personne ne peut voir, écouter ou comprendre l’excellence et la grandeur. Par quelle parole, quelle pensée, quel élan de l’esprit pourra-t-on exalter la surabondance de cette grâce? L’homme transcende sa propre nature: de mortel, il devient immortel; de périssable, impérissable; d’éphémère, éternel; et, pour tout dire, d’homme, il devient Dieu ».[xxxiv] En fait l’homme retrouve sa vocation des origines pour connaitre l’embrasement de la communion avec Dieu.

 Le témoin est là pour être écouté, et nous évangéliser, ainsi nous discernons dans ses propos le courage des témoins zélés, et l’audace de l’annonce nous entrainant dans la force salvifique de notre existence. C’est le Christ le Seigneur « Allez rapporter… les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux son purifiés, le sourds entendent, les mortes ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres » En une phrase la reprise de l’accomplissement messianique annoncé par les prophètes. Un rétablissement dans la création originelle libérée de tous les maux pour être dans l’humble relation familière avec Dieu. Un témoignage qui par la résurrection du Christ prendra une dimension universelle à la Pentecôte. « Par le don de l’Esprit Saint, « l’Esprit de vérité qui vient du Père » et qui rend témoignage au Fils[xxxv], tous les baptisés participent à la fonction prophétique de Jésus-Christ, « le témoin fidèle et véridique »[xxxvi]. Il leur faut rendre témoignage à l’Évangile et à la foi des apôtres dans l’Église et dans le monde. »[xxxvii] Toutefois, le témoignage passe par le travail de cultivateur de la foi. Il sème avec patience, et connait la persévérance pour vivre la récolte de la civilisation de l’amour. Oui l’endurance dans la foi est prophétique, parce qu’elle nous fait sortir de l’immédiateté pour connaitre le projet de l’amour dans le temps de Dieu et le déploiement tout au long de notre vie. Rien n’est immédiat, et rien n’est retardé, tout s’enchaine aux temps fixés.

3.2   Prendre de la hauteur dans notre vie

            Le témoin est un guetteur, c’est-à-dire qu’il tient « son âme sur les hauteurs… pour voir venir de loin »[xxxviii] . Il y a une exigence d’exemplarité à l’école du Christ pour nous différencier de la vanité du pécheur et inviter à la progression vers la sainteté. Cependant le témoignage ne se fait pas dans la faculté à ne pas tomber, mais bien à savoir sans cesse se corriger pour avancer avec confiance dans la miséricorde du Seigneur. Le sacrement de réconciliation est une chirurgie de l’amour, c’est-à-dire sur la table d’opération demande la lumière de la vérité, le scalpel de la purification, les pansements de la consolation et le rétablissement dans la familiarité avec Dieu par l’union des cœurs.

Nous avons à rechercher la liberté de qualité dans la pratique du bien et nous surpasser dans notre vie par des œuvres au service de la charité dans le don de soi-même pour que Dieu se manifeste ainsi à la face de tous les peuples. L’annonce de la bonne nouvelle se voit à travers les œuvres, et la persévérance malgré les épreuves. Elle se voit également sur l’attention aux plus pauvres, et à ceux qui sont souvent marginalisés, parce qu’ils disposent souvent d’une richesse qui est l’attention du cœur et la simplicité de la relation. Le témoin du Christ dans la simplicité de la relation éclaire ainsi la fraternité d’un rapport plus naturellement familier et respectueux de chacun.

C’est ainsi que nous avons de la patience et que nous ne gémissons « pas les uns contre les autres » parce que l’amour passe avant le jugement et il s’en moque, pour aller toucher au cœur ce qu’il faut transformer. Point de bavardage sur ce qu’il faut faire avec le frère, mais il faut vivre avec et contempler ensemble la Parole de Dieu se réaliser dans nos vies. Le guetteur fuit la torpeur de ce monde et la négligence de notre volonté pour garder fidèle la Parole à chaque instant de sa vie et avertir ses frères dans les glissements de terrain qui peuvent se produire. Le terrain de la foi est à préserver en premier avant la vie familiale, professionnelle ou estudiantine. C’est le Christ qui sauve et lui seul, le guetteur le sait qui le met en premier et veille à le garder près de lui tout au long du jour, comme dans la traversée de la nuit. C’est ainsi que les déserts se couvriront des fleurs des champs et y coulera la source d’un bonheur retrouvé à travers la fidélité au Seigneur et sa présence à nos côtés tous les jours de notre vie.

            Néanmoins, cela n’empêche pas de connaitre l’adversité, et de combattre pour la justice afin de rétablir chacun dans sa légitime dignité. Les intérêts particuliers peuvent nuire au bien commun, et la roublardise être un mode de fonctionnement dans l’hypocrisie des demandes. Il nous faut bien examiner les litiges et discerner en faisant des choix de vie afin de garder la paix du cœur. Cela demande aussi de supporter patiemment ceux qui font le mal pour les amener à la conversion, tout en contrecarrant leurs méchancetés et prendre soin d’eux en les questionnant sur les engagements. Les interpeller à vivre leur foi ancrée dans la prière et le service du frère. Parfois il ne s’agit pas de fuir le désert, mais de savoir comment le changer en vallée fertile. Trop souvent avec nos frères nous sommes dans la fuite et l’évitement, au lieu d’aller à la rencontre et d’appeler à la transformation de vie à la lumière du Christ. « Alors le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie » Ecraser le frère sous son péché c’est oublier un peu trop vite notre responsabilité de fraternité. Au nom de la vérité nous demandons la justice avant de voir l’impératif de l’amour. Le guetteur veillera toujours à maintenir la vérité des actes dans l’amour du frère. C’est cela prendre soin les uns des autres dans l’exigence de la charité. Savoir vivre sa foi dans la volonté d’imiter le Christ en toute chose et l’intelligence des Ecritures afin de faire mémoire des bienfaits du Seigneur en toute occasion. Il y a bien de la hauteur à prendre dans le bruit de ce monde pour vivre le silence nécessaire à un dialogue fructueux. Faire silence c’est se mettre à l’écoute de l’autre et l’accueillir tel qu’il est. « Le fardeau de Dieu est léger une fois que nous nous sommes mis à le prendre sur nous, au point que pour son amour nous trouvons bonne la persécution, et que toute affliction soufferte pour lui devient douceur pour l’âme, comme pour les saints apôtres, qui se réjouissaient d’endurer les fouets pour le Seigneur »[xxxix] Annoncer le Christ n’empêche pas les persécutions, mais aucune étape, aucune situation ne nous enlèvera l’amour de Dieu et notre responsabilité de fraternité. Il s’agit alors d’entrer dans la grande espérance et la confiance en Dieu dans le dessein du salut.

3. Synthèse

            Veiller pour attendre la venue du Seigneur demande d’être vigilants dans ce que nous vivons pour être toujours prêts à entrer pleinement dans la civilisation de l’amour éternel. Cela demande d’être sur nos gardes, et de guetter les signes pour habiter pleinement la vie de Dieu. C’est-à-dire qu’il faut rester sobre dans la parole pour ne pas aller dans les bavardages inutiles, et en même temps zélés dans l’annonce pour amener à l’amour tous ceux qui s’en sont éloignés. Le témoignage demande la sincérité du cœur dans la véracité de nos actes. « C’est donc cela, veiller ; être détaché du présent et vivre dans l’invisible ; vivre dans la pensée du Christ tel qu’il est venu une fois et tel qu’il reviendra de nouveau ; désirer son second avènement en se rappelant le premier avec amour et reconnaissance»[xl] Etre témoins c’est guetter les signes du retour du Christ et veiller par la méditation de la Parole et le service de la charité auprès du prochain. Cela demande d’être attentif à chacun dans la communauté.

4/ « Elle enfantera un fils »

Comment accueillir la joie d’une naissance même quand cela n’était pas prévu ? « L’amour des parents est un instrument de l’amour de Dieu le Père qui attend avec tendresse la naissance de tout enfant, l’accepte sans conditions et l’accueille gratuitement »[xli] Le don de l’accueil n’empêche pas une certaine responsabilité dans le projet familial, ni les moyens naturels pour aider à recevoir la vie selon les attentes, mais en même temps oblige à vivre la volonté de Dieu et à un lâcher prise pour accueillir la joie d’un renouveau. « En arrivant, l’enfant « ne vient pas de l’extérieur s’ajouter à l’amour mutuel des époux ; il surgit au cœur même de ce don mutuel, dont il est un fruit et un accomplissement ».[xlii] L’illusion de la maitrise à travers la technique assèche la générosité du cœur, et endurcit le regard vers l’opprobre pour les familles nombreuses. Elle relativise la capacité d’éducation à un nombre restreint, comme si tout dépendait de la volonté parentale, ou d’un programme scientifique clairement établi. Alors laissons résonner la voix du poète :« Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même, Ils viennent à travers vous mais non de vous. Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas. »[xliii] La vie dès la fécondation et jusqu’au dernier souffle ne nous appartient pas. Elle est un don de Dieu pour l’homme, une promesse d’espérance pour le salut, un service de l’amour dans la relation fraternelle. Oui, la vie s’accueille.

4.1 Une histoire de don et d’offrande

Certes l’arrivée d’une nouvelle vie est un cadeau de Dieu, mais parfois nous ne sommes pas disposés à la recevoir. La liberté de qualité[2] nous invite à dire oui à la suite de Marie, car l’enfant à naitre est promesse avant tout de bonheur. « Tout enfant qui est formé dans le sein de sa mère est un projet éternel de Dieu le Père et de son amour éternel »[xliv] Mais ce cadeau demande de refaire un choix par le don sincère de soi-même, pour l’accueil de la vie, non par ce qu’il le faut, ou que c’est demandé par l’Eglise, mais par amour de Dieu, de ma famille et du bien commun de la cité. Il y a bien une limite de notre nature humaine entre la volonté de Dieu et l’expression de notre liberté dans l’acte que nous posons et la conscience que nous en avons. Que nous l’acceptions ou pas, il nous faut bien un agir moral, et un ajustement à la volonté de Dieu, et non une conscience obscurcie par l’esprit du monde[3], tel que le décrit St Jean l’évangéliste.

Toute décision issue d’un choix libre ne vient pas nec nihilo, mais parfois demande l’acceptation d’une réalité pour grandir en humanité. Une étape nécessaire de ré-enchantement pour reconnaitre les signes de l’Esprit et s’offrir en offrande dans l’humilité de l’obéissance. Une volonté d’être ajusté à Dieu dans la conscience d’une recherche d’un meilleur bien. Les familles dans le don du mariage sont amenées à « garder un amour fort et nourri de valeurs, telles que la générosité, l’engagement, la fidélité ou la patience »[xlv]. Marie nous montre le chemin de la volonté de suivre la Parole et la conscience d’une élection particulière, celle d’être la mère du Sauveur. Que signifie pour nous l’arrivée d’une vie ? Dans une hiérarchie des valeurs, comment j’accueille cette vie dans mon foyer ? Qu’est ce qui fait sens et qui pour moi est prioritaire en vérité. Il faut comprendre la vérité de la priorité comme un discernement de ce qui est premier, orienté vers la grande espérance du salut, et ainsi se remettre en perspective à travers les choix fondamentaux, et certainement pas dans un sentimentalisme de bon aloi. En d’autres termes, d’une part être conforme à ma vocation propre d’image de Dieu appelé à la ressemblance et d’autre part la conscience que j’en ai pour faire des choix ordonnés à la promesse du bonheur. Un travail constant pour être à l’écoute de l’Esprit Saint et ainsi se laisser conduire à travers la Parole de Dieu, car celle-ci accompagne notre conscience à une éducation à la liberté promise au service de la charité. Cela passe très concrètement par l’accueil de la vie, même de façon inattendue.

Toutefois l’accueil de la vie peut se révéler au moins comme un traumatisme de départ dans le tourbillon d’activités choisies, et de projets que l’on pensait bien établis. Voici que surgit alors une demande de vivre l’abandon des projets bien établis pour d’autres réalités inconnues. Ce qui n’est guère sécurisant avouons-le. Mais le Seigneur nous connait mieux que nous-mêmes et sa main nous conduit à une voie de sanctification de toute notre vie. « Nous sommes tous appelés à être des saints en vivant avec amour et en offrant un témoignage personnel dans nos occupations quotidiennes, là où chacun se trouve »[xlvi] L’arrivée d’un enfant survient comme le fou dans un jeu d’échec. Il désarçonne dans une diagonale que l’on n’avait pas vue, et déstabilise l’ensemble du projet professionnel, familial, et renverse parfois les attendus économiques. Néanmoins une lecture culpabilisante de comparer la fertilité des uns à la stérilité des autres n’aide pas à grandir ni à accepter le don de Dieu. L’Eglise à travers la communauté paroissiale et les liens interpersonnels est là pour accompagner chacun sur l’accueil de la vie, et doit être disponible pour aider chacun dans sa responsabilité familiale. Il nous faut développer une ingéniosité pastorale pour aider les familles à trouver un juste équilibre.

 La démarche de deuil demande du temps, et la capacité à accepter les changements pour une vie placée sous le regard de Dieu, et à l’écoute de sa providence. Que chacun se sente d’abord et avant tout aimé dans sa personne. La réalité des actes ne doit pas obscurcir la vérité de la dignité de la personne. En prenant le temps, et dans un juste discernement, en corrélation avec la vérité de son être profond il nous faut bien accueillir l’enfant à naitre comme un cadeau et non comme un fardeau, un don précieux issu du sacrement de mariage et du projet familial dans son inattendu accepté avec générosité. « Dans sa réalité la plus profonde, l’amour est essentiellement don, et l’amour conjugal, en amenant les époux à la «connaissance» réciproque qui fait qu’ils sont «une seule chair»[xlvii], ne s’achève pas dans le couple; il les rend en effet capables de la donation la plus grande qui soit, par laquelle ils deviennent coopérateurs avec Dieu pour donner la vie à une autre personne humaine »[xlviii] Une des responsabilités du sacrement du mariage est de participer à la fécondité, qu’elle soit physique en procréant des enfants, ou spirituelle dans le cas de stérilité en participant signe de l’amour pour les orphelins ou en aidant d’autres familles à l’éducation des jeunes, et au service de la charité.

L’accueil de la vie, à la suite de Marie, demande de s’ouvrir au projet d’amour de Dieu dans l’offrande et non une perception qui en oublierait d’être au service pour devenir propriétaire. L’offrande entre dans l’accueil comme lieu d’un autre possible s’invitant dans notre aujourd’hui et nous obligeant à d’autres choix pour découvrir d’autres réalités. L’offrande est un lieu d’acceptation et de communion. Le temps de l’avent est justement ce temps de communion qui se prépare pour une réalité de l’incarnation à recevoir dans notre vie aujourd’hui de manière renouvelée. Ce n’est pas une mémoire d’ancien combattant mais l’actualité du dessein de Dieu dans ma vie, ici et maintenant. Un renouvellement d’une préparation à l’accueil de ce qu’il m’est demandé de vivre à travers la docilité à l’écoute des Ecritures et la folle réalisation d’une promesse m’introduisant à des bonheurs que je ne pensais pas pouvoir vivre. L’humilité d’une rencontre où je ne cesse pas de m’ajuster à la volonté de Dieu, par une progression toujours plus riche, plus dense et donc plus humaine.

L’attention au plus pauvre passe aussi par cette pauvreté de la naissance qui demande une attention de chaque moment afin de permettre à la vie d’irradier tout l’être. « Il y a aujourd’hui une multitude d’êtres humains faibles et sans défense qui sont bafoués dans leur droit fondamental à la vie, comme le sont, en particulier, les enfants encore à naître. »[xlix] Soyons alors conscients de la responsabilité de nos actes, et du témoignage que nous devons rendre à ce monde qui se meurt s’il ne laisse pas entrer Dieu. Il y a bien une responsabilité individuelle et collective. Nous avons à éclairer nos consciences de cette lumière de l’Evangile, de l’intelligence relationnelle avec le Christ chemin de vérité, et au souffle de l’Esprit Saint être dociles à la volonté du Père. Ainsi il nous est demandé de persévérer malgré les vents contraires pour affirmer la joie de Dieu et notre confiance en sa divine providence. Dès la conception nous ne pouvons pas parler de cellule mais de personne en devenir, et ainsi avoir l’obligation de respecter le « sanctuaire de la vie ». La matérialité de la naissance ne définit pas la personne. Celle-ci est par nature en devenir dès l’origine de sa création et la rencontre entre les gamètes d’un homme et d’une femme dans une relation normale et naturelle du rapport à la vie. « Si un enfant naît dans des circonstances non désirées, les parents ou d’autres membres de la famille doivent faire tout leur possible pour l’accepter comme un don de Dieu et pour assumer la responsabilité de l’accueillir avec sincérité et affection »[l] C’est un chemin de transformation, mais aussi d’espérance renouvelée à la providence de Dieu et à l’accueil de sa grâce. Ne soyons pas figés sur des positions, mais laissons nous conduire à travers le souffle de l’Esprit Saint, pour accueillir la vie comme un lieu de joie et d’ouverture sur d’autres horizons. Un projet prenant de l’ampleur et s’affirmant comme un choix pour Dieu au service de l’amour dans la logique de l’amour et à travers la vérité de l’amour.

4.2 Un accompagnement social discriminant envers la liberté religieuse

Le recueil des témoignages recroquevillés sur les situations où les personnes se sont trouvées isolées, et le mauvais accompagnement, laisse place à la révolte et au sentiment d’impuissance au lieu d’être un lieu de libération et d’épanouissement sous le regard de Dieu. Le paradoxe venant du changement de posture d’Amnesty International qui d’une part demande de « combattre la réprobation sociale associée à l’avortement les préjugés liés au genre qui sont à l’origine de la criminalisation de l’avortement »… et d’autre part invite à « encourager la mise en œuvre de politiques économiques, sociales et de santé qui permettent aux gens de prendre leurs propres décisions concernant leur envie en matière de procréation » indique clairement une vision restrictive, et idéologie clairement en opposition avec le respect de la vie, et à la dignité de la personne. Ce pour quoi cet organisme en l’occurrence a été créé. L’argutie utilisée étant que « les normes internationales indiquent clairement que le droit à la vie démarre à la naissance… et aucun organe régional ou international de défense des droits humains n’a jamais déclaré que l’avortement violait le droit à la vie »[li] La culture de mort est en marche même pour un organisme qui prétend défendre les droits de l’homme. Derrière cette terrible citation nous pouvons comprendre que « combattre la réprobation sociale » est combattre la liberté de conscience des personnes, d’une part, et la foi d’autre part à travers les religions, celles-ci étant dans l’espace social. Derrière l’affirmation péremptoire « des préjugés liés au genre qui sont à l’origine de la criminalisation de l’avortement », il y a une avalisation de la théorie du genre qui de déclaration de scientifique en déclaration de scientifique s’avère être une escroquerie intellectuelle et une idéologie mortifère De plus le lien entre la théorie du genre et la criminalisation de l’avortement est un raccourci d’une malhonnêteté intellectuelle sans bornes, et une logique d’affirmation d’un indigence crasse pour la raison. Enfin lorsqu’on fait de la vie « une envie en matière de procréation », on comprend mieux le besoin d’affirmer la transcendance pour rappeler le caractère inaliénable de la sacralité de la vie. « La société de consommation peut aussi dissuader les personnes d’avoir des enfants, simplement pour préserver leur liberté et leur mode de vie ».[lii] L’esprit du monde se répand comme le choléra dans un monde en quête de sens, une pandémie qui tyrannise les pays pauvres en obligeant à changer les valeurs des sociétés moyennant finance, comme le dénoncent si justement les conférences épiscopales d’Afrique.

C’est dans cette société-là, et avec la voix prophétique de l’Eglise que nous sommes appelés à effectuer un discernement dans une conscience éclairée par la vérité de l’Evangile de la vie. « Tout ce qui s’oppose à la vie elle-même, comme toute espèce d’homicide, le génocide, l’avortement, l’euthanasie et même le suicide délibéré… tout ce qui est offense à la dignité de l’homme, … toutes ces pratiques et d’autres analogues sont, en vérité, infâmes. Tandis qu’elles corrompent la civilisation, elles déshonorent ceux qui s’y livrent plus encore que ceux qui les subissent, et elles insultent gravement à l’honneur du Créateur ».[liii] Rappeler au nom de notre fidélité à Dieu, et l’amour du frère, dans l’espérance d’un bonheur à venir, avec force et courage que nos valeurs élèvent l’homme au lieu de l’aliéner à ses désirs est porteur de sens, et illumine les cœurs de la vérité première.

C’est bien au nom même de cette vérité que certains prennent conscience de la réalité de l’homme et de ce qu’il a à vivre. Le bon sens, et la recherche de la loi naturelle sont là pour nous garder de l’idéologie mortifère éloignant de la civilisation de l’amour. La recherche d’un meilleur bien ne doit pas être obscurcie par la progression du mal et du renferment sur soi. « . Si les parents sont comme les fondements de la maison, les enfants sont comme les ‘‘pierres vivantes’’ de la famille »[liv] L’avent est cette marche d’espérance qui révèle à l’homme sa vocation première d’être aimé par Dieu, d’être sauvé par Dieu et de témoigner de ce Dieu d’amour autour de Lui dans la vérité des Ecritures et de sa fidélité à travers tous les gestes posés.

4. Synthèse

L’action de l’Esprit Saint introduit à un débordement de vie dans la joie des Ecritures. Une joie qui s’accueille et en même temps se partage. « Le don d’un nouvel enfant que le Seigneur confie à un papa et à une maman commence par l’accueil, continue par la protection tout au long de la vie terrestre et a pour destination finale la joie de la vie éternelle. »[lv] La fidélité au Seigneur et le service fraternel de l’amour nous amène à la joie. Le don précieux de la vie est toujours une aventure, un bonheur, un chemin de rencontre et d’invitation au dialogue et se prolonge dans le chant d’action de grâce. Oui le Seigneur agit dans notre vie, aujourd’hui, comme hier, et il est bien vivant dans tout ce qui fait mon être. « Créés à l’image et à la ressemblance de Dieu amour, nous ne pouvons-nous comprendre nous-mêmes que dans l’accueil du Verbe et dans la docilité à l’œuvre de l’Esprit Saint. C’est à la lumière de la révélation opérée par le Verbe divin que se clarifie définitivement l’énigme de la condition humaine»[lvi] L’avent est donc l’attente de la résolution pleine et entière de ce mystère révélé, que nous sommes invités à habiter par notre témoignage de vie et au service de la charité dans une fraternité renouvelée auprès de tous. Notre histoire participe à la création de Dieu et dans la responsabilité de notre engagement et le oui à la grâce qui se donne gratuitement, pour un véritable témoignage de la présence du Dieu vivant. « Tout cela arriva pour que s’accomplit la Parole du Seigneur »

5 Conclusion

            Nous approchons de la nativité où Dieu s’est offert dans un amour gratuit et total pour chacun d’entre nous sans exception de langue, de race ou de culture. « Rien de plus large qu’un amour qui accueille en son sein toutes les personnes, et ne tolère aucune des étroitesses de la haine… Autant une âme aura été large à aimer le prochain, autant elle montera dans la connaissance de Dieu. En se dilatant autour d’elle par l’amour, elle s’élève au-dessus par la connaissance, et elle prend d’autant plus de hauteur au-dessus d’elle-même qu’elle s’étend davantage tout près d’elle dans l’amour du prochain »[lvii] Rappelons-nous que le temps de l’Avent est une préparation joyeuse à la fête de la nativité. Il convient alors d’être attentif aux signes que nous avons à vivre, à l’écoute de nos histoires personnelles et disponibles aux demandes d’écoute de nos frères, et regarder au ciel l’étoile qui illuminera notre vie de la présence du Christ Sauveur .

Père Greg– Curé modérateur
Ensemble paroissial – Sainte Anne et Saint Joachim de Polangis – St Charles Borromée – Joinville-le-Pont– Diocèse de Créteil

Annexe – Sermons paroissiaux vol 4 – Le paradoxe chrétien

Il veille dans l’attente du Christ, celui qui a un cœur sensible, ouvert et accueillant, qui est éveillé, prompt, intuitif, qui se tient aux aguets, ardent à le chercher et à l’honorer, qui l’attend dans tout ce qui arrive et qui ne serait ni surpris ni décontenancé ni bouleversé s’il était mis tout à coup devant le fait soudain de sa venue.

Et il veille avec le Christ celui qui, en regardant vers l’avenir, ne néglige pas le passé et ne se borne pas à contempler ce que son Sauveur lui a acquis au point d’oublier ce qu’il a souffert pour lui. Il veille avec le Christ celui qui fait mémoire de la croix et de l’agonie du Christ et les revit en sa propre personne, celui qui prend sur lui, avec joie, ce manteau d’affliction que le Christ a porté ici-bas et a laissé derrière lui quand il est monté au ciel. C’est pourquoi, dans les épîtres, les écrivains inspirés expriment aussi souvent leur désir de son deuxième avènement qu’ils expriment leur souvenir de sa pre­mière venue et qu’ils ne perdent jamais de vue son crucifiement en célébrant sa résurrection. C’est pourquoi saint Paul, qui rappelle aux Romains qu’ils « attendent la rédemption de leurs corps » au dernier jour, dit aussi : « puisque nous souffrons avec lui pour être aussi glorifiés avec lui ». S’il parle aux Corinthiens de « l’attente de notre Seigneur Jésus Christ », il dit aussi : « Nous portons partout et toujours en notre corps les souffrances de la mort de Jésus, pour que la vie de Jésus soit, elle aussi, manifestée dans notre corps. » S’il parle aux Philippiens de la « puissance de sa résurrection », il évoque aussitôt après « la communion à ses souffrances [pour] lui devenir conforme dans la mort». S’il console les Colossiens avec l’espérance que, « quand le Christ sera manifesté […], alors vous aussi vous serez manifestés avec lui pleins de gloire », il a déjà déclaré : « je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps, qui est l’Église ». Ainsi, la pensée de ce qu’est le Christ maintenant ne doit pas effacer de l’esprit la pensée de ce qu’il a été ; la foi ne cesse de s’affliger avec lui en même temps qu’elle se réjouit avec lui. La même union de pensées opposées est imprimée en nous dans la sainte communion où nous voyons réunies en un même temps la mort et la résurrection du Christ ; nous faisons mémoire de l’une et nous nous réjouissons de l’autre, nous faisons une offrande et nous obtenons une bénédiction.

Saint Cardinal Newman

Sources

  • [1] « La vérité divinement révélée, que contiennent et présentent les livres de la Sainte Ecriture, y a été consignée sous l’inspiration de l’Esprit Saint « , et par conséquent  » la Sainte Ecriture doit être lue et interprétée à la lumière du même Esprit qui la fit rédiger  » CONC. CUM. VAT. II, Const. dogm. sur la Révélation divineDei Verbum, DV 11 DV 12
  • [2] La liberté de qualité est de choisir le meilleur bien, en opposition à la liberté d’indifférence qui est de choisir entre le bien et le mal.
  • [3] L’esprit du monde chez St Jean est celui qui s’oppose à la volonté de Dieu. Il ne s’agit donc pas d’un rejet du monde, mais d’un rejet de ceux qui s’opposent à Dieu et s’enferment dans des choix d’une culture de mort, autrement appelé l’abomination de la désolation.
  • [i] St Grégoire Ier dit le Grand Livre II, Homélie V,19
  • [ii] St Grégoire Ier L II, H VI, 23
  • [iii] St Grégoire Ier L II, He VI,5
  • [iv] &1 Lumen Fidei
  • [v] Jn 1,4-5
  • [vi] Ep 5, 8.10-11
  • [vii] &95 Evangelium Vitae
  • [viii] ibid
  • [ix] &7 Réconciliatio et penitentiae
  • [x] &18 Reconciliatio et penitentiae
  • [xi] St Grégoire le Grand L I, H V,8
  • [xii] St Grégoire Ier Le II, H VII,9
  • [xiii] &8 Lumen Fidei
  • [xiv] ibid
  • [xv] &7 Donminum et vivificantem
  • [xvi] St Grégoire Ier L II, H II,13
  • [xvii] &34 Evangelium vitae
  • [xviii] &6 Familiaris Consortio
  • [xix] Ac 3, 15
  • [xx] cf. 1 Co 6, 20; 7, 23; 1 P 1, 19
  • [xxi] cf. Rm 6, 4-5; Col 2, 12
  • [xxii] cf. Jn 15, 5
  • [xxiii] &78 Evangile de la vie
  • [xxiv] St Grégoire Ier – L II, H X, 12
  • [xxv] &5 Domimnum et vivificantem
  • [xxvi] &71 Evangelii Gaudium
  • [xxvii] Mgr Nicolas Brouwet
  • [xxviii] &54 Evanglii Nuntiandi
  • [xxix] cf. Mc 6, 17-29
  • [xxx] cf. Ac 7, 59-60
  • [xxxi] &47 Evangelium Vitae
  • [xxxii] &61 Evangelii Vitae
  • [xxxiii] &80 Evangelii Vitae
  • [xxxiv] Homélies sur les Béatitudes, St Grégoire de Nysse VII : PG 44, 1280.
  • [xxxv] Jn 15,26
  • [xxxvi] Ap 3,14
  • [xxxvii] &1 Sensus Fidei
  • [xxxviii] St Grégoire Ier L I, H XI, 4
  • [xxxix] St Grégoire Ier L II, H V,14
  • [xl] Sermons paroissiaux – St Cardinal Newman
  • [xli] &170 Amoris Laetitia
  • [xlii] & 80 Amoris Laetitia Catéchisme de l’Église catholique, n. 2366.
  • [xliii] Le prophète de Khalil Gibran
  • [xliv] &168 Amoris Laetitia
  • [xlv] &5 Amoris Laetitia
  • [xlvi] &14 Gaudete et exsultate
  • [xlvii] Cf Gn 2, 24
  • [xlviii] &14 Familiaris Consortio
  • [xlix] &5 Evangile de la Vie
  • [l] &166 amoris Laetitia
  • [li] Position d’amnesty sur l’avortement le 3 aout 2018
  • [lii] &42 Amoris Laetitia citant la Relatio finalis 2015,  n. 7.
  • [liii] &27 Gaudium et spes
  • [liv] &14 Amoris Laetitia
  • [lv] &166 Amoris Laetitia
  • [lvi] &6 Verbum Domini (voir GS 22 et 24)
  • [lvii] St Grégoire Ier L II, H II,15

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