2018. Lettre Estivale

Ensemble paroissial – Ste Anne et St Joachim de Polangis – St Charles Borromée

 

Le temps de l’homme s’enracine dans le temps en Dieu.

 

            Nous voici invités dans ce temps estival à changer le rythme de notre vie en inversant nos priorités. Le repos est le nom d’une autre forme d’activité où Dieu ne doit pas être absent. Notre vie intérieure demande de s’attacher à une rencontre renouvelée dans le dialogue. « Un dialogue est beaucoup plus que la communication d’une vérité. Il se réalise par le goût de parler et par le bien concret qui se communique entre ceux qui s’aiment au moyen des paroles. C’est un bien qui ne consiste pas en des choses, mais dans les personnes elles-mêmes qui se donnent mutuellement dans le dialogue. »[i]En marche dans une activité prenante habituelle, nous nous mettons en marge dans une autre relation à l’autre et au Tout Autre. Le temps des vacances, que nous partions ou pas, est là pour nous ressaisir sur l’essentiel et sur ce que nous avons à vivre et comment nous devons le vivre. Un temps de murissement où nous devons faire le point sur cette année écoulée, vivre les lâcher-prises et les abandons nécessaires, et fortifier les fidélités et les axes que nous devons développer. Nous devons réfléchir sur l’avenir comme un appel au discernement sous le souffle de l’Esprit Saint. «  Dans les expressions chrétiennes d’un peuple évangélisé, l’Esprit Saint embellit l’Église, en lui indiquant de nouveaux aspects de la Révélation et en lui donnant un nouveau visage. »[ii]Vivre ce temps de relecture dans le repos, et sans forcément être en crise, nous invite alors à prendre du recul et à être à l’écoute de notre corps, de notre famille et des attentes, de la Parole de Dieu qui nous a accompagnés sur toute cette année liturgique et nous a invités à un déplacement. Le temps des vacances est aussi un espace de rencontre particulier où nous renouvelons notre vie par le sens de Dieu. 

 

Une bonne utilisation de notre liberté est de reconnaître ce que nous avons à vivre, à chaque instant de notre vie, selon le contexte, et de vouloir des choix qui sont bons pour moi et pour l’autre et en corrélation avec la Parole du Tout Autre. « la liberté ne consiste pas seulement à choisir telle ou telle action particulière ; mais elle est, au centre de tels choix, une décision sur soi et une façon de conduire sa vie pour ou contre le Bien, pour ou contre la Vérité, en dernier ressort pour ou contre Dieu. »[iii]Notre liberté ne peut être l’expression de désirs particuliers que je voudrais restreindre à mon propre environnement sans en porter toute la conséquence sur l’ensemble. La vente d’armes par exemple pose question. Je ne peux pas inviter les belligérants à arrêter la guerre tout en étant le principal pourvoyeur des armes. Vivre ma foi en vérité demande alors d’expérimenter concrètement les béatitudes pour me mettre en marche vers ce bonheur qui ne se trouve qu’en Dieu, et en Dieu seul. Etre artisan de paix dans l’exemple engage à une cohérence dans les actes que j’ai à poser. « ‘Je vous laisse la paix, c’est ma paix que je vous donne’, dit le Seigneur, qui ajoute ‘non pas comme le monde la donne’[iv]. La paix des hommes qui s’obtient sans la justice est illusoire et éphémère. La justice des hommes qui ne prend pas sa source dans la réconciliation par la ‘vérité de l’amour’[v]demeure inachevée ; elle n’est pas authentiquement justice. »La cohérence de notre foi ne s’attache donc plus à seulement faire la paix, mais à la préserver dans la justesse des relations qui respectent le droit et la dignité de la personne, et expérimentent la réconciliation, chemin de sanctification pour aller au-delà du don dans le pardon, jardin potager d’un amour généreux qui s’affranchit des logiques pour vivre une récolte de relations authentiquement véritables.  « C’est l’amour de la vérité, – ‘ la vérité tout entière’  à laquelle l’Esprit seul peut nous conduire[vi]–, qui trace le chemin que toute justice humaine doit emprunter pour aboutir à la restauration des liens de fraternité dans la ‘famille humaine, communauté de paix ‘[vii], réconciliée avec Dieu par le Christ. La justice n’est pas désincarnée. Elle s’ancre nécessairement dans la cohérence humaine. Une charité qui ne respecte pas la justice et le droit de tous, est erronée’[viii]. »[ix]La liberté est donc comprise comme une conscience personnelle qui s’inscrit dans un choix vers le Bien pour tous et n’obère en rien la dignité de la personne humaine. « dans le domaine de la liberté, il faut se rappeler que la liberté humaine requiert toujours le concours de différentes libertés. Ce concours ne peut toutefois pas réussir s’il n’est pas déterminé … l’homme a besoin de Dieu, autrement, il reste privé d’espérance. »[x]  Que ce temps de recul que nous vivons dans la pause estivale soit l’occasion pour nous d’harmoniser nos choix de vie et de recentrer notre conscience, non plus dans la course en avant, mais à travers l’intelligence de la foi et la sagesse de l’œuvre de Dieu dans notre histoire.

 

1/      Une vie dans l’Esprit Saint – Etre « pneumatikoi »

            Tout au long de cette année des paroissiens avec d’autres diocésains ont vécu sur St Charles le parcours de l’effusion de l’Esprit Saint. Le but de ce parcours est de rendre présente une spiritualité tournée vers le souffle de Dieu et de prendre conscience de sa présence dans notre vie d’une part, et de lui demander de s’inviter de manière renouvelée d’autre part. Etre dans le souffle de l’Esprit nous invite à être missionnaires et à partager cette joie de la rencontre. « L’homme peut comprendre pleinement et vivre parfaitement, par ses actes bons, sa vocation à la liberté dans l’obéissance à la Loi divine, qui se résume dans le commandement de l’amour de Dieu et du prochain. Cela se réalise par le don de l’Esprit Saint, Esprit de vérité, de liberté et d’amour : en Lui, il nous est donné d’intérioriser la Loi, de la percevoir et de la vivre comme le dynamisme de la vraie liberté personnelle : cette Loi est ‘la Loi parfaite de la liberté’[xi] »[xii]A travers l’accueil de l’Esprit Saint dans notre vie nous construisons toujours plus notre espace de liberté en vivant la joie d’être artisans de paix.

 

         1.1    L’amour s’articule autour de la paix

En effet vivre en paix exige de développer l’amour dans notre vie et de proposer l’espérance comme chemin de confiance en Dieu et de bienveillance en nos frères. Or la paix nous libère de toute forme d’esclavage que sont l’envie, la violence, la perversité des désirs comme la jalousie, la vanité et l’orgueil, et de toute forme de suffisance moderne qui veulent aller au gré du vent et retombent comme des feuilles mortes. Etre artisan de paix c’est donc œuvrer au service du Christ et témoigner d’un amour qui se révèle ainsi fructueux. C’est un espace de rencontre fraternel qui nous ouvre à la sainteté véritable. « La Parole de Dieu exhorte chaque croyant à rechercher la paix ‘‘en union avec tous’’ [xiii], car « un fruit de justice est semé dans la paix pour ceux qui produisent la paix »[xiv]. . Il n’est pas facile de bâtir cette paix évangélique qui n’exclut personne mais qui inclut également ceux qui sont un peu étranges, les personnes difficiles et compliquées, ceux qui réclament de l’attention, ceux qui sont différents, ceux qui sont malmenés par la vie, ceux qui ont d’autres intérêts. C’est dur et cela requiert une grande ouverture d’esprit et de cœur.,. Il s’agit d’être des artisans de paix, parce que bâtir la paix est un art qui exige sérénité, créativité, sensibilité et dextérité. »[xv]L’espace de la rencontre est aussi le lieu de nos choix et l’expression de notre liberté dans la conscience droite des décisions prises. La paix devient une invitation à la communion qui ouvre à la conversion du cœur, mais aussi à la prière et à la supplication pour attendrir le cœur de Dieu et inviter le frère à revoir sa position. Si la paix vient de l’Esprit Saint et est un sceau de sa présence, la haine est une marque de fabrique du diviseur. Le discernement amène alors à rechercher l’unité dans l’amour et toujours être en vérité les uns avec les autres, pour faire toute la lumière sur nos relations et construire ensemble une civilisation de l’amour. La vie parfaite en Christ se situe dans cet appel à ce que la paix soit avec nous, comme nous le voyons lors des récits des apparitions pascales. « La paix soit avec vous »La vie dans l’Esprit Saint est alors ce travail d’artisan de paix pour vivre pleinement notre vocation de fils de Dieu. Une liberté d’être qui nous envoie vers nos frères pour annoncer la joie de la présence de Dieu dans notre vie et qui est promise à tous.

 

1.2    La paix une communion en devenir

La paix découvre la communion dans la foi en Christ. Un renouvellement de la relation qui nous rend témoins de l’action de Dieu dans l’aujourd’hui de l’homme et qui nous remplit de zèle pour aller proclamer cette Bonne Nouvelle et la vivre à chaque instant de notre vie. Comme un enthousiasme insatiable d’une présence qui en même temps nous rassure et nous conduit à la douceur de sa présence. Plus de peur ni d’emprisonnement, mais cette paix que nul ne peut nous ravir, malgré tous les éléments extérieurs et toutes les contingences, Jésus est présent. Le regard tourné vers le Christ tout prend un sens nouveau. « La vision béatifique, dans laquelle Dieu s’ouvrira de façon inépuisable aux élus, sera la source intarissable de bonheur, de paix et de communion mutuelle. »[xvi]La révélation du Christ devient configuration de notre vie à sa Parole. Comme un chant d’espérance qui trouve son harmonie dans la foi au rythme de l’amour. Une musicalité de Dieu qui fait chanter notre vie dans l’action de grâce et la louange. La prière d’intercession devient prolongement de cette révélation puisque Dieu agit et nous fait connaître le réconfort afin de nous fortifier dans la foi. Point d’angoisse et de découragement mais cette confiance en Dieu qui tient notre histoire en main et qui sait ce dont nous avons besoin. Notre liberté viendra de cette paix que nous ne cesserons pas de rechercher dans une conscience droite qui demande discernement et humilité. « Le respect de ce commandement procure avec les fruits spirituels, des fruits temporels de paix et de prospérité. »[xvii]Que ce temps estival soit celui d’une recherche de la paix en retrouvant le sens premier qui est en Dieu.

 

1.3    Retrouver le sens de notre vie !

Découvrir ce travail de paix intérieure qu’il nous faut reconstruire dans la liberté de l’amour invite à réfléchir sur le sens de notre vie et ce qui fait nos priorités. Le discernement occupationnel est assez facile à faire. Sur quoi passons nous le plus de temps dans notre journée quotidienne. Mais par la suite cela demande une intelligence de la foi pour regarder sur ces occupations ce qui est de l’ordre idolâtrique de ce qui est de l’ordre de la nécessité. C’est dans un climat de paix que je peux opérer ce questionnement comme pour démêler ce qui est ajusté à la Parole de Dieu de ce qui ne l’est pas. Faire le point de notre année écoulée, tant au niveau professionnel que personnel demande de nous questionner avec une feuille à deux colonnes, sur ce qui a été et ce qui n’a pas été. Par la suite, nous numérotons sur cette feuille ce qui pour nous a le plus d’importance et ce qui a le moins d’importance, et finalement nous nous posons la question :  cela a-t-il du sens pour moi ?  (oui si l’aspect positif est plus fort que l’aspect négatif, non dans le cas inverse). Une réponse négative ne veut pas forcément dire tout rejeter, mais entrevoir une autre approche où je respecterais mieux mes choix de vie avec le sens que je veux lui donner. Si je veux voir mes enfants grandir et que je n’ai que des horaires de nuit, il faudra bien réfléchir à revoir les priorités et trouver un travail, peut-être moins bien payé, mais d’un meilleur équilibre pour la vie de famille. Parfois les réalités économiques, ou le marché du travail ne nous permettent pas d’évoluer dans ce sens, nous devons alors réfléchir comment nous pouvons organiser nos journées pour être avec nos enfants sans pour autant toucher à notre qualité de vie, et la nécessité du sommeil réparateur.

 

Dans ce temps de repos et de quiétude le discernement et la relecture de notre année, peut nous faire prendre conscience qu’il faut impérativement revoir nos priorités. La vie de prière, l’écoute de la Parole de Dieu, le discernement des frères nous oriente alors sur d’autres perspectives. Ce n’est pas tout seul mais bien accompagné que je peux réussir une dynamique de changement. Etre à l’écoute de l’Esprit Saint nous demande d’être attentifs au sens de ce que nous voulons vivre avec ce nouveau souffle qui irrigue tous nos actes. Naturellement, parfois nous comprenons qu’il nous faut réorienter notre vie et faire d’autres choix moins sécurisants peut-être mais plus habités dans la confiance en Dieu et une vie d’amour dans la fidélité aux Ecritures. « Pour acquérir le discernement, la force nécessaire et la liberté de résister à ces pressions, je vous encourage à mettre Jésus-Christ au centre de toute votre vie par la prière, mais aussi par l’étude des Saintes Écritures, la pratique des Sacrements, la formation à la Doctrine sociale de l’Église, ainsi que par votre participation active et enthousiaste aux rassemblements et aux mouvements ecclésiaux. »[xviii]Les frères nous rappellent cet appel à la joie que nous avons à redécouvrir dans la civilisation de l’amour et nous questionnent sur nos propres choix de vie pour amener avec délicatesse et douceur des interrogations qui nous réorientent et nous ouvrent à d’autres possibles.

 

1.4    L’Esprit Saint souffle dans notre vie pour que nous accueillions la grâce.

            La civilisation de l’amour nous entraîne à chasser toute colère qui nous emprisonne. Oui ! Nous devons transformer notre vie et modifier nos pensées pour nous ajuster au regard de Dieu. La fidélité à la Parole et la vie de grâce dans le dessein de Dieu que nous sommes appelés à suivre avec humilité nous introduisent à la communion, vie d’un royaume à venir. « N’attristez pas le Saint Esprit de Dieu, qui vous a marqués de son sceau en vue du jour de votre délivrance. Amertume, irritation, colère, éclats de voix ou insultes, tout cela doit être éliminé de votre vie, ainsi que toute espèce de méchanceté.  Soyez entre vous pleins de générosité et de tendresse. Pardonnez-vous les uns aux autres, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ. »La vie de l’Esprit Saint nous appelle alors à une conscience morale qui nous introduit à d’autres manières de réagir. Renouvelés par l’accueil de l’Esprit Saint et les lumières de sa grâce agissante, « au milieu de notre nuit obscure » sa présence nous illumine « d’amour enflammée »[xix]et nous oriente dans une demeure pacifiée où nous abandonnons tout souci. Une invitation à un déplacement de nos choix pour mieux nous conformer à la volonté de Dieu et ainsi exprimer notre liberté à trouver le bonheur. Nous sommes conviés à faire d’autres choix qui manifestent le salut et témoignent de cette grâce qui nous habite,en dons, en charismes et en vertus. « Sans l’Esprit Saint, Dieu est loin, le Christ reste dans le passé. L’Evangile est une lettre morte. L’Eglise est une simple organisation. L’autorité est une domination. La mission est une propagande ; Le culte est une évocation. L’agir chrétien est une morale d’esclave »[xx]Il y a bien un renversement de choix de vie, et d’approche qui nous introduit à d’autres expériences et éclaire les horizons d’une couleur de communion et de paix. Recevoir la grâce de l’Esprit Saint engage à un  témoignage communautaire, afin d’accomplir la Parole prophétique. Notre vie intérieure chemine dans cette recherche à porter témoignage en accomplissant la Parole du Seigneur. Comment dire cette expérience que Dieu nous aime à nos frères ? Laisser résonner la Parole dans notre vie est l’occasion de suivre le chemin de vie en se laissant habiter par la grâce et en y obéissant avec les moyens qui sont les nôtres. Nous avons tous un appel particulier et une place qui a du sens aux yeux de Dieu.

 

1.5    L’espérance plus forte que nos péchés à cause du Don de Dieu

            Ne nous laissons pas décourager par la réalité de nos péchés. La désespérance est œuvre du diviseur. Dans les moments de faiblesse, nous pouvons compter sur la consolation du Saint Esprit, notre défenseur (Paraclet). « Je vous le dis, j’en témoigne dans le Seigneur : vous ne devez plus vous conduire comme les païens qui se laissent guider par le néant de leur pensée. »La désespérance est cette forme de néant de la pensée dans une philosophie de l’absurde.L’Esprit Saint est là pour nous assister de sa grâce qui est toujours prévenante. Il suffit d’un oui de notre bouche pour que la grâce vienne. La recherche du bien entraîne alors d’avoir conscience de nos propres faiblesses et de changer ce qu’il faut pour nous ajuster à la Parole qui sauve. La Personne Don nous invite à être nous-même offrandes, sans désespérer de soi mais dans la confiance en l’œuvre de Dieu qui agit toujours, même lorsque nous ne le voyons pas. L’amour de Dieu nous introduit au zèle missionnaire et fait de nous des témoins joyeux d’une présence qui nous habite. Cela se voit, notamment en sanctifiant un jour de la semaine, ce n’est pas simplement un changement de rythme. « Le dimanche est un temps de réflexion, de silence, de culture et de méditation qui favorisent la croissance de la vie intérieure et chrétienne. »[xxi]La vie de l’Esprit Saint demande un effort de notre part dans notre la vie de la cité. Faire communion sans confusion entrenotre vie citoyenne et notre identité chrétienne. Les chrétiens « ont à donner à tous un exemple public de prière, de respect et de joie et à défendre leurs traditions comme une contribution précieuse à la vie spirituelle de la société humaine. »[xxii]Défendre les valeurs issues de notre foi chrétienne n’est pas un combat d’arrière- garde, mais bien une réalité de notre vie de foi qui est toujours actuelle.

 

La peur de s’afficher ou d’entrer en opposition à la cité à cause de l’amour de l’Evangile et d’un certain Jésus de Nazareth, est un leurre. En faire une histoire personnelle en oubliant l’appel fraternel qui est forcément communautaire est une erreur de la foi. A vouloir ne pas imposer sa foi à la cité ce sont les valeurs idolâtriques de la cité qui s’imposent à notre foi. Le refus de pardon notamment aujourd’hui dans les non prescriptions de plus en plus nombreuses dans les lois de la cité nous fait perdre la grâce du pardon qui représente le message principal de l’Evangile et du déploiement de la miséricorde.  Or l’effusion de l’Esprit Saint nous introduit à une autre approche. « C’est le temps du « nouveau commencement » du don que le Dieu un et trine fait de lui-même à l’humanité dans l’Esprit Saint par l’action du Christ Rédempteur. Ce nouveau commencement est la rédemption du monde: « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » »[xxiii].Notre changement de vie sera la nouvelle réception de l’amour qui se déploiera dans la prière qui se vérifiera dans la fraternité et se conjuguera à notre capacité à être des intercesseurs devant Dieu de ceux qui nous sont confiés dans la prière. Le regard de bienveillance s’enfourne dans la prière et se cuit dans l’amour quotidien pour  présenter la bonne odeur de l’espérance que Dieu nous donne et dont nous devons être témoins.

 

L’Esprit Saint nous enseigne à prier avec ardeur pour orienter nos choix de vie dans le regard de Dieu et y trouver la force de la foi afin de garder cette grande espérance du salut. Dieu se révèle toujours aux serviteurs fiables, et  donne des signes qui sont pour tous un émerveillement de la grâce dans l’aujourd’hui. Notre vie intérieure est alors cet espace de prière où sans cesse nous nous tournons vers Dieu et nous lui laissons toute la place nécessaire à l’œuvre de ses mains. L’amour de Dieu nous oblige à la communion fraternelle et entraîne à une civilisation de l’amour qui se construit dans l’accueil de la vie et la recherche du bien. Le regard bienveillant que nous développerons de manière systématique, dans la vérité de l’amour invitera à la transformation des cœurs et d’un nouveau relationnel avec les autres. Plus que des mots, ou la diffusion d’idée, notre vie et l’attention aux pauvres et aux exclus, l’attention aux veuves et orphelins, comme celle de l’étranger sont autant de moyens de rétablir un équilibre fraternel crédible. Il y a bien un équilibre à avoir pour aider tous ceux qui me sont proches, et rayonner de la grâce de Dieu et non pas être que d’un seul créneau, tel l’immigration, ou alors les pauvres, en oubliant les familles par exemple. La Personne Don nous fait comprendre que notre vie doit être offrande. C’est ainsi que notre témoignage aura la radicalité de l’amour puisque c’est le chemin de vie que nous voulons suivre dans le souffle de l’Esprit.

2       L’injonction de la foi n’est pas une option de société.

Nos choix politiques dans la vie de la cité nous invitent à nous resituer non sur l’idéologie des courants du néo barbarisme dit modernes et qui se révèlent être un désastre anthropologique, mais sur l’alliance de Dieu avec sa création et la Parole qui nous vivifie « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. » Notre responsabilité est engagée dans le choix de nos élus. Dans cette période qui n’est pas électorale, peut-être pouvons-nous réfléchir de manière apaisée aux décisions que nous voulons pour la cité et comment transmettre la recherche du bien commun au-delà des clivages partisans.

 

2.1    Une liberté malmenée

Nous ne pouvons pas mettre en avant une valeur, qui par exemple serait sur l’immigration, et mettre à la marge les choix sociétaux et bioéthiques. Les choix du bien commun ne peuvent se faire dans une forme d’irresponsabilité d’actes qui ne mesurent pas les conséquences. Souvent aujourd’hui nous manquons de prudence dans les choix qui orientent les biens de la cité, balanciers d’un temps où la vie de la cité n’avançait pas, paralysée par une peur du changement et d’une prudence fossilisante. L’avancée non maitrisée des technologies, et les questions éthiques qu’elles posent, mais qui sont à peine effleurées invitent pourtant à discerner et à prendre le temps des responsabilités pour nous et pour les générations futures, avec les éléments que nous possédons. Parfois il faut savoir prendre du temps. Le temps c’est ce qu’a donné Dieu à l’homme pour lui permettre la période de murissement nécessaire à faire des choix libres qui respectent la voie du bonheur que sont les Saintes Ecritures afin d’aboutir à la sainteté.

 

L’utilisation de notre liberté dans ces choix impose alors une décision qui se fonde sur une conscience droite, et en vue du bien commun sans occulter le respect de la personne. « ‘ C’est pour que nous restions libres que le Christ nous a libérés. Donc tenez bon et ne vous remettez pas sous le joug de l’esclavage’[xxiv]. L’Apôtre Paul nous invite à la vigilance : la liberté est toujours soumise à la menace de l’esclavage. Et c’est justement le moment de faire un acte de foi — au sens d’une option fondamentale — qui soit distinct du choix des actes particuliers »[xxv]L’un des enjeux est donc d’exprimer notre point de vue et qu’il soit respecté et non méprisé dans une logique idéologique et perverse d’une pensée tyrannique. Evidemment que la conviction de notre foi impacte sur notre vie sociale ! Penser autrement sous prétexte de laïcité est une aberration de la foi, un dénigrement de l’amour et une instrumentalisation de l’espérance.

 

2.2    L’amour comme principe politique

L’amour de Dieu est premier. Le Seigneur nous demande de le partager en vérité, avec la générosité de l’amour même qui ne calcule pas. Cet amour ne peut être dénigré parce que nous sommes croyants, mais doit être respecté parce que nous regardons notre frère comme image de Dieu appelé à la ressemblance, et invité à entrer dans cette révélation de l’amour qui ouvre à l’espérance. Il est vain de mettre l’espérance dans les pratiques techniques lorsque Dieu y est absent ! Et vouloir instrumentaliser les convictions de foi en injonctions pour la cité, alors même que cette cité dans une idéologie morbide impose parfois de manière tyrannique ses propres visions, est pure vanité. Penser que cela durera dans le temps est une illusion, les lois sociétales qui vont à l’encontre de la dignité de l’homme ne tiennent jamais dans le temps. L’histoire nous le rappelle sans cesse. Si nous prenons un exemple, l’esclavage pratiqué par Rome qui a participé à son éboulement, et les sociétés qui n’ont pas respecté l’égale dignité de l’homme et de la femme n’ont pas connu un déploiement de civilisation tant géographique que scientifique ni d’ailleurs une stabilité dans un bien commun recherchant la paix. . C’est bien le critère de la paix qui sert de discernement sur l’évolution d’une société, et sa capacité à intégrer tout ce qui conduit au bien et rejeter les intérêts particuliers et les perversités idéologiques.

 

2.3    Vivre le bien de la cité avec les verres correcteurs de l’Evangile

            Dans la foi en Jésus Christ il ne s’agit plus de voter pour un parti sans réfléchir sur le programme sans relire avec les lunettes de l’Evangile les choix sociétaux et dans un discernement éclairé, laisser sa conscience droite faire les choix qui libèrent. J’ai bien conscience en écrivant ces quelques lignes, que cela n’aide pas à choisir un parti bien précis. Notamment parce que dans chaque parti politique, il y a des valeurs qui me paraissent importantes, et d’autres moindres. Si le vénérable pape, Paul VI rappelle que l’Eglise ne doit faire de politique, il invite les fidèles laïcs à prendre part aux décisions de la cité, et selon leurs consciences s’orienter vers des choix qui leur paraissent être les meilleurs, sans être instrumentalisés par des ingérences extérieures. Le sens fidèle des chrétiens (sensus fidei) entre bien dans cette conception que l’Esprit Saint donne à chacun de quoi discerner les valeurs intrinsèques de la Parole de Dieu. « Plus que quiconque, celui qui est animé d’une vraie charité est ingénieux à découvrir les causes de la misère, à trouver les moyens de la combattre, à la vaincre résolument. Faiseur de paix, « il poursuivra son chemin, allumant la joie et versant la lumière et la grâce au cœur des hommes sur toute la surface de la terre, en faisant découvrir, par-delà toutes les frontières, des visages de frères, des visages d’amis » [xxvi].Le choix de la cité tient alors au respect de la dignité de la vie sous toutes ses formes tant dans la recherche technique que dans les choix éthiques du début à la fin de la vie, et au bien commun qui tend à l’universalité en accueillant l’étranger comme au refus d’union illégitimes. Ensuite les choix que nous faisons sur tel ou tel parti viennent de notre conscience et d’une hiérarchie des valeurs qui doit se laisser interroger par d’autres mais ne jamais servir de prétexte au refus de communion. C’est pourquoi il nous faut éviter tout ce qui peut nous cliver, pour « sauver la proposition de l’autre » en accueillant le mieux possible par nos choix de vie ce qui nous semble premier dans la responsabilité qui nous incombe et la vérité de nos actes.

 

 

 

 

 

         2.4    Une qualité de la politique

Dans le domaine de l’évaluation qualitative, existe une formule pour bien faire comprendre la démarche « Dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit ». La formule s’apparente assez bien au discours évangélique comme à nos choix politiques. Nous ne pouvons pas choisir pour les autres, ni même inviter les autres à vivre dans des situations dont nous nous extrayons avec une totale hypocrisie. « Le précepte évangélique de la charité éclaire les chrétiens sur la signification la plus profonde de la communauté politique. Pour la rendre vraiment humaine, « rien n’est plus important que de développer le sens intérieur de la justice, de la bonté, le dévouement au bien commun, et de renforcer les convictions fondamentales sur la nature véritable de la communauté politique, comme sur la fin, le bon exercice et les limites de l’autorité publique ».[xxvii]L’objectif que les croyants doivent se fixer est l’instauration de rapports communautaires entre les personnes. La vision chrétienne de la société politique confère le plus grand relief à la valeur de la communauté, aussi bien comme modèle d’organisation de la vie en commun que comme style de vie quotidienne. »[xxviii]Etre en vérité dans les choix de la cité incite à prier pour ceux qui sont en charge du domaine politique pour que l’Esprit Saint les éclaire dans les choix, regarder la vie et les choix des personnes et s’enquérir du programme, voire se le faire expliquer pour le moment venu glisser dans l’urne en conscience ce qui nous parait le plus juste et non nous défausser sur l’instrumentalisation médiatique. Le parcours Zachée que nous avons mis en place sur la paroisse nous permet de vivre de l’intérieur la doctrine sociale de l’Eglise pour interpeller chacun sur les choix à poser et réfléchir en communauté sur ce qui nous semble important. L’Eglise doit être un lieu de débat tourné vers le Christ dans un regard bienveillant sur le frère et des options puisées à l’encre des Saintes Ecritures.

 

2.5    Vigilante objection de conscience

Nous pourrions désespérer de nos contemporains dans cette vaine course à l’illusion d’instant du désir qui dénie la réalité. La déconstruction du langage participe à cette vanité d’une prétendue évolution qui en oublie la simpleobservation. ‘IL n’y a plus d’homme, plus de femme, mais un genre…’ « Vanité des vanités, tout est vanité !…. Une génération s’en va, une génération s’en vient, et la terre subsiste toujours. »Mais cela demande pour nous d’être toujours responsable de notre foi en témoignant de la Parole et en assurant la lumière nécessaire à ceux qui ne voient pas. Il ne sert à rien d’éclairer un aveugle, il vaut mieux lui donner la main pour l’aider à progresser. Quant à ceux qui se fourvoient dans l’erreur, loin de toute violence, la prière et l’intercession à Dieu est une offre de restauration de dignité que rien ne pourra remplacer. Notre prière et nos choix de vie, doivent être suffisamment lumineux pour orienter chacun vers la vérité de la vie et non la culture de mort.

 

Cependant, désespérés devant l’entêtement de certains à vouloir avancer dans la perversité, nous ne pouvons pas être en marge de notre temps. Une des difficultés serait alors de s’ostraciser dans un entre nous qui en oublie la dimension universelle de la fraternité et qui est un leurre et une violence puisqu’elle exclut. Parallèlement nous ne pouvons pas intégrer ceux qui refusent d’entrer en relation au nom d’autres cultures, d’autres langues, d’autres idéologies dévoyées. La vérité nous rendra libres dans l’accueil du frère et sa conversion, et donc une recherche intense de communion, mais nous rendra esclaves lorsque nous laisserons place à l’indifférence, au relativisme et à la démission. Une des erreurs de pensée est dans une logique relativiste. Puisque nous avons connu telle situation exceptionnelle nous pouvons donc permettre cela de manière ordinaire. Ce genre de pensée qui relativise la vérité à un contexte précis est une erreur logique. La vérité de l’amour n’est pas à relativiser selon les circonstances. Oui mais, m’objectera-t-on pour les débats de fin de vie, vous dites qu’il faut regarder selon la situation précise. La conscience morale prend en compte les circonstances, effectivement mais ne dévie en rien la vérité révélée. Elle l’acclimate à notre quotidien humain pour y percevoir le souffle de l’Esprit Saint. Notre pensée doit d’abord être habitée par l’humilité, c’est-à-dire la présence de la Parole de Dieu dans nos choix de vie, et l’obéissance à la loi comme promesse du bonheur lorsqu’elle est vécue en responsabilité. L’autre erreur de pensée est de dire : » la loi nous autorise » donc nous pouvons le faire. L’élan prophétique nous rappelle qu’il est rare que la majorité ait raison sur certaines questions, et que rappeler la Parole de Dieu dans une déliquescence des actions est plutôt mal venu.

 

D’autres au sang révolutionnaire veulent faire feu de tout en y oubliant l’obéissance aux autorités du pays, tout en rappelant la vérité de l’Evangile. Néanmoins « Le citoyen n’est pas obligé en conscience de suivre les prescriptions des autorités civiles si elles sont contraires aux exigences de l’ordre moral, aux droits fondamentaux des personnes ou aux enseignements de l’Évangile.[xxix]Les lois injustes placent les hommes moralement droits face à de dramatiques problèmes de conscience: lorsqu’ils sont appelés à collaborer à des actions moralement mauvaises, ils ont l’obligation de s’y refuser.[xxx] »[xxxi]Le délit d’entrave, comme les lois sur l’avortement ou les législations sur la procréation assistée doivent être combattues avec fermeté et dans un même langage, et certainement pas dans une relativité assassine pour notre unité. L’interpellation de nos responsables publics, notre propre engagement dans la cité en portant les valeurs de l’Evangile comme signe d’universalité, notre prière active oriente bien notre vie vers un accomplissement de la Parole de Dieu, tantôt comme le prophète Eli en dénonçant les idoles du pays, ces baal médiatiques ou de techniques médicales qui sacrifient des vies au nom du progrès humain, tantôt comme le prophète Jean Baptiste en rappelant que nous ne pouvons prendre femme, comme marchandise de commerce.

 

 Le témoignage est alors à comprendre dans cette radicalité à dire la vérité, et à la vivre déjà dans sa propre vie. La Parole de Dieu est une exigence de vie qui demande une expérience individuelle et en même temps un appel communautaire du bien commun. Aux grands parents le pape François envoie un message ; « Dans un monde, comme celui d’aujourd’hui, où la force et l’apparence sont souvent idéalisées, vous avez la mission de témoigner les valeurs qui comptent vraiment, ne meurent jamais, car inscrites dans le cœur de tout être humain et garanties par la Parole de Dieu. »[xxxii]Tout discours sur la vie de la cité, doit partir de l’éclairage que nous pouvons avoir de l’Evangile et de sa place dans notre vie. Ne nous laissons pas instrumentaliser, mais laissons à tous la place du cœur de Jésus. Il s’est incarné et invite à l’amour offrande et porte un témoignage de la miséricorde. « Les martyrs chrétiens de tous les temps – et aussi de notre temps – ont donné et continuent de donner leur vie pour rendre témoignage de cette foi devant les hommes, convaincus que tout homme a besoin de Jésus Christ, lui qui a vaincu le péché et la mort et réconcilié les hommes avec Dieu. »[xxxiii]Notre foi se témoigne à travers le zèle missionnaire de répandre la bonne odeur de l’Evangile à tous. Elle peut être en butte à l’hostilité des forces du mal et d’une culture qui promeut la mort, mais il nous faut garder le cap et rappeler que « ni la mort, ni la vie, … rien ne nous séparera de l’amour du Christ » L’annonce de la vérité de la foi est une exigence que le mercenaire ne comprend pas mais que l’amant intègre complètement. Nous ne pouvons pas rester à la périphérie lorsque le centre de notre foi est attaqué. Courageusement il nous faut aller au combat, armés du casque du salut et du bouclier de la grâce afin d’annoncer la joie du salut.

 

3       La beauté des âges

            N’ayons pas peur du temps il est la bénédiction de Dieu sur notre vie.

            Ne nous arrêtons pas à l’instant, il n’est que passage et peut créer des

            illusions. Notre histoire se lit dans la durée, et porte témoignage dans l’amour de Dieu et du frère.

 

3.1    L’hymne à la vieillesse

            Etre vieux est une grâce. Nous n’arrivons pas tous à cet âge, et nous devons continuer de bénir Dieu pour ce que nous avons à vivre. Or dans une société du rebut, nous refusons d’être vieux, en nous disant jeunes, ou nous rajeunissant afin de faire passer quel message ? Il est beau d’être vieux et de prendre du temps pour louer le Seigneur, de ne pas cesser d’être fidèle aux Ecritures, et toujours attentifs à l’autre, tout en acceptant  que les autres soient attentifs à moi. Il est beau d’être vieux dans ce regard de bienveillance développé au fil des ans et qui a délaissé nos intransigeances de jeunesse pour laisser faire place à la miséricorde qui habite ainsi nos pensées. Il est beau d’être vieux afin de se souvenir de l’histoire et d’être pour les autres générations une référence afin de rappeler ce qui fut échec et ce qui a permis de réussir, d’encourager les bonnes volontés, et de stopper les perversités. Il est beau d’être vieux et d’être toujours aussi attentifs à ses enfants et petits-enfants, aux histoires de chacun, d’avoir ce temps de l’écoute dû à notre âge et d’être là pour continuer à aimer, et le recevoir en partage. Il est beau d’être vieux même dans la maladie pour permettre à l’autre d’exercer la charité et de l’accueillir dans ses pauvretés, à travers le sourire de nos vies, et notre histoire, malgré nos tempéraments, même à travers nos facétieux souvenirs d’un avant ou luisait le soleil de tous les possibles. Il est beau d’être vieux et de garder sa foi toujours brulante, son amour pour l’autre en source de tendresse, et attendre le bonheur de la grande espérance.

 

            Nos communautés paroissiales parfois vieillissent, et peut être s’éclaircissent. Mais n’oublions pas que l’âge avancé rappelle toujours la fidélité. Une erreur serait une Eglise qui voudrait faire place aux jeunes en chassant les vieux. Cette nouvelle forme de lutte des âges tient d’un racisme de l’âge appelé âgisme.  A cause de l’âge nous sommes perçus comme un passé vers le néant. Certains clubs de tennis appellent vétérans ceux qui jouent après 35 ans…. Les choses vont vite parfois… Nous sommes toujours le jeune de l’un et le vieux de l’autre. Un jeune de 5 ans trouvera vieille une personne de 20 ans. L’âge est à comprendre dans la notion du temps qui vient de Dieu et nous rappelle qu’à chaque âge habite une grâce particulière. Une sanctification à vivre comme témoignage de la fidélité à la Parole malgré les ouragans du quotidien. Retirer un service à cause de l’âge est idéologique, le principe de réalité demande le principe de vérité. Nous ne pouvons pas tirer un critère à cause de l’âge, surtout qu’en ce domaine, nous sommes sur des situations bien différentes. Celui qui à 75 ans peine à marcher pour des soucis de santé, alors que tel autre à 97 ans continue de faire son footing quotidien, montre bien que nous ne sommes pas égaux.

 

3.2 L’action de grâce d’être notre âge

            Remercier le Seigneur pour sa vie, et la grâce de notre âge est une étape pour chacun d’entre nous, avant de nous plaindre sur ce que nous ne pouvons plus faire ou les affres de nos maladies qui nous rendent vulnérables. Le corps nous rappelle parfois que nous ne sommes pas éternels. Il fait partie des indicateurs pour nous ramener à l’humilité d’un cycle de vie où chaque période est d’un temps. Toutefois durant cet épisode estival, il nous faut aussi rendre grâce pour la vie de nos parents et de nos grands-parents. « Les personnes âgées aident à percevoir « la continuité des générations », avec « le charisme de servir de pont ».[xxxiv] Bien des fois, ce sont les grands-parents qui assurent la transmission des grandes valeurs à leurs petits-enfants, et « beaucoup peuvent constater que c’est précisément à leurs grands-parents qu’ils doivent leur initiation à la vie chrétienne ».[xxxv] Leurs paroles, leurs caresses ou leur seule présence aident les enfants à reconnaître que l’histoire ne commencent pas avec eux, qu’ils sont les héritiers d’un long chemin et qu’il est nécessaire de respecter l’arrière-plan qui nous précède. Ceux qui rompent les liens avec l’histoire auront des difficultés à construire des relations stables et à reconnaître qu’ils ne sont pas les maîtres de la réalité »[xxxvi]Il nous faut rappeler que la période des vacances n’est pas une fermeture individualiste sur les plaisirs de son épanouissement personnel mais bien une occasion de partager dans la rencontre avec ceux avec lesquels nous ne prenons pas toujours beaucoup de temps durant l’année. L’occasion de revoir notre relation dans un éclairage nouveau où nous faisons mémoire dans cette communion intergénérationnelle où chacun retrouve sa dignité dans la complémentarité des places à trouver.  La relation intergénérationnelle invite à la communion et nous conduit à une révélation de la sagesse où Dieu se manifeste comme maître du temps et de l’histoire.

 

            Etre jeune, être vieux, être notre âge invite à rendre grâce à Dieu pour ce temps vécu, et pour toutes les relations qui nous ont permis de reconnaître l’œuvre du Seigneur sur notre chemin. Oui  « les personnes âgées sont une partie essentielle de la communauté chrétienne et de la société. Elles représentent en particulier les racines et la mémoire d’un peuple. … votre expérience constitue un précieux trésor, indispensable pour regarder l’avenir avec espérance et responsabilité. Votre maturité et votre sagesse, accumulées au fil des années, peuvent aider les plus jeunes, en les soutenant sur le chemin de leur croissance et lorsqu’ils commencent à s’ouvrir à l’avenir, lorsqu’ils cherchent leur voie. Les personnes âgées, en effet, témoignent que, même dans les pires épreuves, il ne faut jamais perdre confiance en Dieu et en un avenir meilleur. …»[xxxvii] Avec l’âge et l’expérience vient ce développement de la vertu de l’espérance qui sait voir au-delà de l’immédiateté l’amour de Dieu pour chacun. Ce qui est vrai pour les vieux, l’est tout aussi pour une vie familiale réconciliée, où les parents et les enfants s’assurent d’une réelle communication fondée sur la bienveillance et portée par l’amour non dans le sentimentalisme mais dans la vérité des exigences qui apprennent en même temps les moments de tendresse dans les bras des parents, et les moments d’exigence dans la prise de distance. Si nous nous laissons guider sous le regard du Christ, et tournons notre visage vers Lui, alors nous aurons toujours l’attitude la plus ajustée avec le frère quel que soit son âge.

Synthèse

Le temps des vacances est une recherche de sens où nous faisons véritablement le choix de Dieu par une relecture priante de notre année. Mais lui le premier nous a aimés. Le choix de Dieu de se révéler dans nos vies nous introduit sur le mystère du Règne de Dieu qui s’inscrit dans nos choix d’amour, comme une relation particulière qui fait grandir notre espérance, consolide notre foi et vivifie notre amour. L’initiative gratuite de Dieu dans l’appel est révélation de l’amour dans le don. Il me choisit pour aimer et répondre librement à cet amour dans la communion fraternelle. Ce qui nécessite non pas du sentimentalisme mais bien d’être en vérité avec soi et avec nos frères dans un regard bienveillant.

 

Cela ne se contrôle pas, cela se vit. « Notre ambition, c’est de plaire au Seigneur. »Nous sommes appelés à nous détourner des œuvres idolâtres de la culture de mort, de l’individualisme perclus d’aliénations, du relativisme insensé et néo barbare pour nous ancrer dans la présence de Dieu qui est éternel, et qui le premier nous a aimés. L’élection que Dieu fait demande toujours de se mettre au service les uns des autres, mais plus encore pour le salut appel à la disponibilité totale de certaines personnes. L’illusion serait que dans le service du bien commun l’Etat puisse tout, ou encore que l’argent soit le moteur de développement dans une course aux diplômes.  Le choix de Dieu est gratuit, et prend le plus pauvre pour rappeler que c’est Lui qui appelle, et c’est Lui qui fait. Nous ne pouvons pas compter sur nos propres forces, mais nous devons nous incliner devant sa Toute Puissance qui ne cesse pas d’agir en tout lieu, en tout temps, et en toute circonstance, par les moyens qu’Il veut.

 

A travers le souffle de l’Esprit Saint nous devons laisser l’appel de Dieu résonner dans notre vie et ouvrir les horizons du salut à travers l’obéissance de la foi. Mais l’élection de Dieu ne doit pas nous empêcher non plus de nous former, et de rechercher comment faire sa volonté, à travers les études que nous menons, la vie fraternelle que nous développons, l’amour que nous partageons. Nous sommes responsables de nos talents, et devons les faire fructifier pour qu’en bon serviteur fiable nous entrions dans la joie du maitre. La recherche du règne de Dieu dans notre vie demande alors de déployer tous les efforts possibles pour nous rendre disponibles à sa grâce prévenante. Dans l’appel de Dieu se trouve une joie qui nous donne le dynamisme nécessaire à nouer une relation durable.

 

Ainsi dans cette relation retrouvée nous répondons à l’amour de Dieu et témoignons à nos frères de la joie de la rencontre et de la liberté enfin acquise. « En lui, et en lui seulement, nous sommes libérés de toute aliénation et de tout égarement, de la soumission au pouvoir du péché et de la mort. »[xxxviii]Car le diviseur nous attaque bien sur notre capacité à vivre la communion de l’amour et l’appel à vivre la fraternité. Il est là pour nous opposer dans la violence, l’irresponsabilité des choix de vie, l’orgueil de nos positionnements et nos suffisances. « C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde ». Mais le témoignage transforme le frère et l’invite à nous rejoindre dans la civilisation de l’amour. « La nouvelle évangélisation engage tout baptisé à être instrument de pacification et témoin crédible d’une vie réconciliée.[xxxix]C’est le moment de savoir comment, dans une culture qui privilégie le dialogue comme forme de rencontre, projeter la recherche de consensus et d’accords, mais sans la séparer de la préoccupation d’une société juste, capable de mémoire, et sans exclusions. »[xl]

 

Père Greg BELLUT
Curé de l’ensemble paroissial

 

 

[i]&142 Evangelii Gaudium

[ii]&116 Evangelii Gaudium

[iii]&65 Veritatis splendor (NB le texte est aussi souligné dans la citation)

[iv]Jn 14, 27

[v]Ep 4, 15

[vi]cf. Jn 16, 13

[vii]Benoît XVI, Message pour la Journée mondiale de la Paix 2008: AAS 100 (2008), pp. 38-45 ; DC 2393 (2008), pp. 2-6

[viii]Mt 5, 19-20

[ix]&18 Exhortation sur l’Eglise d’Afrique – Benoit XVI

[x]&23 Spe Salvi

[xi]Jc 1, 25

[xii]&83 Veritatis Splendor

[xiii]cf. 2 Tm2, 22

[xiv]Jc3, 18

[xv]&88-89 Gaudete et exsultate

[xvi]&1045 CEC

[xvii]&2200 CEC

[xviii]&63 Exhortation sur l’Eglise d’Afrique – Benoit XVI

[xix]St Jean de la croix, la montée du carmel  – Chant

[xx]Ignace de l’Attaquié

[xxi]&2186 CEC

[xxii]&2188 CEC

[xxiii]Jn 3,16

[xxiv]Ga 5, 1

[xxv]&66 Veritatis Splendor

[xxvi]&75 Populorum Progressio – Paul VI citant l’Allocution de Jean XXIII lors de la remise du prix Balzan, le 10 mai 1963, A. A. S., 55 (1963), p. 455.

[xxvii]Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 73: AAS 58 (1966) 1095.

[xxviii]&392 Compendium de la Doctrine Sociale de l’Eglise

[xxix]Cf. Catéchisme de l’Église Catholique, 2242.

[xxx]Cf. Jean-Paul II, Encycl. Evangelium vitae, 73: AAS 87 (1995) 486-487.

[xxxi]&399 Doctrine Social de l’Eglise

[xxxii]Discours du Pape François aux grands parents

[xxxiii]&11 Redemptoris Missio

[xxxiv]Jean-Paul II, Discours aux participants du « Forum international sur le Troisième âge » (5 septembre 1980), 5 : dans Insegnamenti, III, 2 (1980), p. 539.

[xxxv]Relatio finalis2015,  n. 18.

[xxxvi]&192 Amoris Laetitia

[xxxvii]Discours du pape François sur les grands parents

[xxxviii]&11 Redemptoris missio

[xxxix]Cf. Proposition 14.

[xl]&239 Evangelii Gaudium