Fête de Saint Charles Borromée. Homélie

4 Novembre 2018 – Ac 20,17-36, Ps 109, Jn 10,11-16

« Écoute, Israël Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. » La vie de Charles Borromée est insouciante, nommé cardinal à 22 ans pour recevoir des revenus confortables. Il est un amateur de chasse et de musique de chambre, tout va bien pour lui. Mais la mort subite de son frère aîné, et l’appel à reprendre la charge de chef de famille sont l’occasion d’un réveil de la conscience et du sens de la vie. C’est un appel à faire un choix, et il renonce à l’héritage familial et demande à se faire ordonner prêtre Archevêque de Milan à la suite de St Ambroise (premier évêque), il travaille à l’évangélisation par la réforme de l’Eglise. Il participe au Concile de Trente (qui instaura les séminaires pour préparer les prêtres), connu pour être l’un des principaux rédacteurs du catéchisme, il n’a eu de cesse de répandre la foi en langage intelligible pour tous. Il est reconnu par sa charité, et notamment en prenant soin des pestiférés en 1576 enjoignant son clergé de le suivre dans sa prise en charge.

« Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis » L’amour se donne et se reçoit pour ensuite être partagé comme un feu intérieur qui ne cesse de se développer au contact des frères. Un impératif de l’amour qui introduit à une fidélité dans la liberté. St Charles fut comme nous dans une époque sombre de la culture de mort, parsemée d’épreuves pour la communauté chrétienne dans ses divisions récurrentes où l’humilité est raillée et l’orgueil médiatisé, ce qui entraine des divisions et des errances doctrinales qui affaiblissent la pureté de la foi par des mœurs débridées. Or, nous le rappelle St Paul « Veillez sur vous-mêmes et sur tout le troupeau où l’Esprit Saint vous a placés comme responsables » Les premiers touchés sont les prêtres et les diacres, mais cela concerne tout le monde dans le témoignage que nous avons à donner. A l’exemple de St Charles Borromée « Pour changer les autres, il commença par réformer sa propre vie. Il était conscient qu’une réforme crédible devait partir des pasteurs » et pour y parvenir il eut recours à la centralité de l’Eucharistie, à la spiritualité de la croix, à la fréquence des sacrements et à l’écoute de la Parole, à la fidélité envers le Pape, « toujours prompt à obéir à ses indications comme garantie d’une communion ecclésiale, authentique et complète« . »[i] Ne pensons pas que c’était plus simple hier qu’aujourd’hui.

Le sacrement de l’Eucharistie est le sacrement de la communion. Nous avons perdu le sens de la communion le chosifiant à l’instant où nous recevons l’hostie, corps du Christ. Mais la communion est d’abord une histoire d’union à Dieu, et d’unité avec nos frères. La communion est d’abord cette prière commune qui nous fait être deux ou trois devant Jésus, et qui l’incite à intervenir dans notre vie. La communion est le partage de la Parole de Dieu comme phare de notre agir et action de grâce de ce qu’Il fait dans notre vie. La communion c’est l’écoute de la tradition apostolique et la participation au sacrifice du Christ, vie qui s’est fait don. Même si je ne peux pas recevoir le corps du Christ à cause de mon état de vie ou de mes fautes, je suis appelé à vivre la communion. Si nous pouvions comprendre l’eucharistie comme chemin de communion, combien de malentendus pourraient être levés!

St Charles Borromée en avait bien conscience, rien ne sert de témoigner si nous ne vivons pas la communion. Car l’Eucharistie constitue « l’être et l’agir de l’Eglise »[ii]. C’est pourquoi le Concile Vatican II rappelle qu’elle est la source et le sommet de notre foi. « Participant au sacrifice eucharistique, source et sommet de toute la vie chrétienne, les fidèles offrent à Dieu la victime divine et s’offrent eux-mêmes avec elle ; ainsi, tant par l’oblation que par la sainte communion, tous, non pas indifféremment mais chacun à sa manière, prennent leur part originale dans l’action liturgique »[iii] Une des illusions est de croire que nous pouvons vivre le bonheur de la communion sans connaitre la croix et les difficultés du combat spirituel pour parvenir à l’espérance du salut. Non que nous recherchions la croix, elle vient à nous comme une conséquence de l’amour qui se donne, et qui par le péché se voit rejeté. La souffrance du don de soi refusé par la suffisance de l’autre, une déchirure intérieure. Nous devenons alors victimes de l’amour parce que blessés, mais nous triomphons avec les armes de l’amour que sont le pardon et la gratuité du don.

Néanmoins le témoignage peut être mis à mal. Les frasques de certains dans l’Eglise et l’étalage honteux des richesses, les mœurs en déliquescence des autres, bien pis, le mauvais exemple des hommes d’Eglise rappellent la fragilité humaine du message divin. Dieu passe par des hommes. St Charles Borromée, comme nous aujourd’hui a été confronté à des problèmes de pédophilie dans les collèges jésuites, et est intervenu fermement. Il a été mis en procès par la compagnie des jésuites à Rome, heureusement le verdict fut en sa faveur. L’autorité demande de vivre la justice, et d’être dans la vérité de l’amour dans nos actes. Les errements des uns et des autres prennent leur source dans une schizophrénie de la foi et de leur agir.

Comme si la morale était un carcan, et oubliant implicitement qu’elle est d’abord et avant tout une conduite du bonheur dans la recherche de la béatitude céleste. C’est de prendre la foi comme une action extérieure à nous mêmes sans engagement, en un mot, être mercenaire. Une complaisance avec la foi mais la fuite dès que les attaques arrivent « Le berger mercenaire n’est pas le pasteur, les brebis ne sont pas à lui : s’il voit venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit ; le loup s’en empare et les disperse. » N’entrons pas dans des discours mensongers qui confondent justice et vengeance, ou vie de foi avec vie de regret, ni dans des discours d’amnésie partielles ou d’irresponsabilité de ce qui dépend de l’autorité dont nous avons la charge. St Charles a commencé par se convertir lui-même et à avoir cette exigence pour les autres par l’exemple de vie, et le témoignage de la parole.

Nous sommes amenés alors à éduquer nos jeunes dans l’action charitable qui participe à la force du témoignage et à sa fécondité. Comment aimer mon prochain dans cette vigilance à ce qu’il vit et à ses besoins ? Répondre présent en donnant de notre temps à la rencontre pour vivre la communauté non pas comme une fatalité mais comme une grâce. Je reprendrais le discours adressé aux jeunes « A l’exemple de Charles Borromée, vous pouvez faire de votre jeunesse une offrande au Christ et au prochain. Si vous êtes l’avenir de l’Eglise, vous en faites partie dès aujourd’hui. Si vous avez l’audace de croire dans la sainteté, vous serez le principal trésor de l’Eglise …bâtie sur ses saints« [iv]. N’ayons pas peur quel que soit notre âge d’être des saints, mettons-nous en marche dès aujourd’hui avec le Christ comme étendard. « Le jour où paraît ta puissance, tu es prince, éblouissant de sainteté : « Comme la rosée qui naît de l’aurore, je t’ai engendré. »

Père Grégoire Bellut, curé de l’ensemble paroissial de Joinville-le-Pont

Notes :

[i] Benoit XVI – message du 4 novembre 2010

[ii] Sacramentum Caritas &15

[iii] LG 11

[iv] Benoit XVI – message du 4 novembre 2010